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Faire part d'une agonie annoncée
Dans le lit au centre: l'agonisante, ce lit posé dans cette chambre sombre et nue, dépouillée mais que l'on situe quand même au XIX° siècle, une époque où la mort (ainsi que la naissance) n'était pas encore sous-traitée par les familles aux hôpitaux.... LA MORT: le gros mot est prononcé, et dès le titre, sans plus de précautions. Avec Je suis morte Isabelle Esposito poursuit avec courage ou inconscience son parcours artistique sur un chemin solitaire et escarpé. A l'accompagner on jouit pourtant de points de vue qui valent le déplacement. Mais pour cela il faut un peu oser: dans notre univers mental desacralisé, et borné par l'illusion du droit au bonheur et du risque zéro, l'obsénité artistique la plus impardonnable consiste bien à montrer la mort plutôt que le sexe.
Tout bien pesé, on rit alors beaucoup, au moins en dedans. On rit en silence, la respiration en sursis de la mourante tenant lieu de bande son. Ce silence, on l'accepte aussi. Pâle et diaphane, yeux fiévreux, Maxence Reyest une impeccable agonisante, aux râles inguérissables et aux gestes finissants. En cet instant elle n'est pas seule, plutôt bien entourée, dans l'entre deux. Entourée de morts et vivants. Ce n'est au début pas si facile de distinguer les uns d'autres. De sa place, au milieu. Parmi tous ces personnages, lesquels sont donc les fantômes de ses rêves et regrets? Et parmi eux lesquels sont les derniers accompagnants- frère, soeur, docteur- ceux-là pas au mieux de leur forme, du moins dans le regard de la mourante. Les endeuillés surgissent d'une porte noire et béante, leurs gestes souffrent saccadés et leurs pas tremblent. Les fantômes nés de ses délires ultimes, sont quant à eux souvent des bons vivants, doubles bondissants, qui batifolent, se taquinent et se poursuivent dans le plus simple appareil. Dans ces deux mondes dont elle est le point de rencontre, et sous ces deux lumières, le malaise se dissipe par l'effet libérateur d'un burlesque grinçant. Cette dé-dramatisation ne tourne jamais au ridicule, pourtant. De temps en temps la presque morte s'extrait de sa situation, pour s'adresser à nous posément droit dans les yeux. Ces moments nous permettent de relâcher quelque peu la tension, et aussi de nous faire prendre conscience qu'il s'agit pour le reste d'un pur théatre sans texte. Muet mais jamais ennuyeux, parfaitement chorégraphié et joué avec jubilation- certains matérieux déja travaillés dans vieille nuit ici réordonnés. Le tout est d'une claire et irréprochable construction.
Sans ostentation, donc un beau pas vers la réalisation de l'idéal interdisciplinaire. Déja à ce stade, car je suis le témoin privilégié d'un premier filage, l'oeuvre a alors encore un mois devant elle pour s'affiner. Isabelle Esposito semble résolue à gommer de la pièce tout ce qui lui semble encore trop naturaliste en état... Pour ma part je suis heureux du premier résultat, les yeux ouvert sur l'insaissable qui se délite, l'âpre fugacité de souvenirs sitôt condamnés. Yeux ouvert sur la mort vue en face sans tricher ni happy end, mais avec lucidité et tendresse, pour exorciser les peurs et cicatriser les regrets. Elle est morte bientôt mais reste vivante... jusqu'au dernier instant.
Ce sera Je suis morte, mise en scène, chorégraphie et texte d'Isabelle Esposito, artistes interprètes : Christophe Cuby, Thomas Laroppe, Anthony Moreau, Isabel Oed, Maxence Rey, Alexia Vidals, vu en filage le 26 février, créé à partir du 25 mars à l'Espace 1789 de Saint Ouen.
lire aussi: vieille nuit
photos de Christophe Rivoiron avec l'aimable autorisation d'Isabelle Esposito
lundi, 22 mars 2010 | Lien permanent | Commentaires (2)
Isabelle Esposito: Nuit Sénile
Il y a cinq corps et six lits. Manque donc un corps... ou est-il déjà mort? Pour ce que valent les six autres corps, qui bougent comme malgré eux... Dans ce mouroir ou cette maison de fou, les six lits sont ramassés au milieu de la scène. Un espace terminal. Pas moyen de s'en échapper. Les personnages sont engoncés dans des dentelles vieillottes et des chemises de nuits blanc cassé à collerettes. Blanchis et amidonnés, êtres abandonnés, gardiens d'eux mêmes. Leurs gestes sont en morceaux. Nus du superbe du pathétique. Les mouvements s'oublient, dé-cordonnés, se répètent. Plus d'intention, les pièces du jeu d'échec sont dispersées. Les paroles sont déphasées des actions, tournées vers l'intérieur. Ouvrent des Sunset Boulevard désespérés et solitaires. La poésie est triste, belle, inattendue. C'est sans concessions ni musique, le silence pèse sur les impuissances.
L'expérience s'étire, oppressante, audacieuse, douloureuse. Certains dans le public préfèrent rejoindre dehors le jour. C'est long. Mais la vieillesse sera plus longue encore, et pénible. Nous ne sommes pas tous fous peut-être, nous serons tous morts ou vieux. Nous touchent déja les résonances de nos propres moments blessés. Puis de soudaines agitations rassemblent ces errances eparses. Les fous prennent conscience les uns des autres, les sénilités s'agitent dans tous sens. Les fous imposent aux objets de nouvelles possibilités. Une bataille de polochons commence, la plus hagarde qui soit. La drôlerie gagne, irrésistible et grinçante, sans qu'on ose vraiment rire. Les fous sont encore vivants, malgré tout, nous aussi.
C'était Vieille Nuit d' Isabelle Esposito, avec Anne-Sophie Aubin, Thomas Laroppe, Isabel Oed, Maxence Rey, Sylvain Wallet, à Gare au Théatre, avec "Nous n'irons pas à Avignon"
P.S. du 24: nouvelle photo avec l'aimable autorisation d'Isabelle Esposito (on aura reconnu Maxence Rey, vue en mai avec Kataline Patkai)
mercredi, 23 juillet 2008 | Lien permanent
Dix ans : ailleurs mais maintenant
Dix ans c’est le temps de l’oubli, souvent. Des souvenirs épars, des rêves et du vent. Ce qu’il en reste, de 10 ans de danse à Mains d’œuvres ? Ca dépend... A chacun ses 10 ans. Pour ma part moins de dix: cela commence vers fin 2006, devant Perrine Valli. Aussitôt étonné par cette sage- ou pas si sage- géométrie. Une première leçon de patience. Ou encore: cela prend feu l’hiver auparavant, alors je n’avais pas encore cédé à l’utopie d’écrire (pour essayer d’un peu moins oublier). Avec Kataline Patkaï-, Appropriate clothing... Il faut imaginer la violence du choc pour quelqu’un de peu préparé à ce que se permet la danse contemporaine: c'est-à-dire à peu prêt tout. Et ici à ce point de vue si détaché, d’une lenteur clinique, sur les gestes de l’érotisme. Tout est donc possible: je reviens…
Rarement déçu par la suite- un puzzle de sensations- et toujours étonné. 10 ans ne font pas un bloc, un récit ou fil, mais une addition de tous ces moments, de ces libertés, de ces dons d’artistes qui échappent à mes attentes. Les robots de Geisha Fontaine et Pierre Cottreau qui fondent un nouvel ordre, ou désordre, inquiétant en noir et blanc. Le délire baroque de Jesus Sevari. Les fleurs et la fraicheur de Marie-Jo Faggianelli. L’absolue étrangeté de Sofia Fitas, son corps recombiné. La drôlerie grinçante d’Isabelle Esposito. La gravité d’Olivier Renouf. Le magnétisme de Maxence Rey. Le trouble de Camille Mutel. L’ironie de Leila Gaudin…
Je crois que ce que l’on trouve ici, à Mains d’œuvres, c’est le temps. 10 ans, font bien plus. Pour les artistes le temps de créer. Un temps essentiel, élastique, dilué, muri, perdu, en extension, accéléré… Je pense à Éléonore Didier qui transporte dans ses pièces même toute la substance de ce temps que ne peuvent mesurer les chronomètres, qui dissout d’audaces nos impatiences. Car pour le spectateur c’est un temps d’ailleurs: j’ai l’impression inexplicable d’être à Mains d’œuvres loin de tout et du reste, en dehors et libéré, dans ce lieu familier, brut de béton, moins intimidant qu’un espace de représentation. Pas prêt d’être rattrapé par quoique ce soit, à pouvoir n’y rien faire d’obligé pendant des heures. Avec le temps de rencontrer et d’échanger : des écrits croisés avec Jerome Delatour, Pascal Bely… Angela Conquet m’invite dans son cercle des regards, pour discuter avec les chorégraphes en amont. Je ne sais ce qu’ils en font… pour ma part j’apprends alors encore à regarder, yeux ouverts tout accepter, et gouter à la drôlerie des incompréhensions et des appropriations (la liberté).
10 ans. Qu’en reste-t-il ? Le courage de laisser les souvenirs s’envoler comme des tourbillons de feuilles mortes. Surtout la confiance, l’envie, le désir, d’y revenir, d’y découvrir. 10 ans de plus.
Guy Degeorges- contribution pour 10 ans de danse à Mains d'Oeuvres
lundi, 10 octobre 2011 | Lien permanent | Commentaires (2)
Kataline sous le regard du Cygne
Une histoire de femmes, essentiellement? Avec Kataline, Isabelle, Viviana, Julie, Beatriz, Anna, Camille- Lucile, Gemma, Aude, Paloma, Lisa, Katia, Erika et les autres... Au fil des numéros de ce Cabaret des Signes signé Kataline Patkaï s'exprime la féminité, et à la quasi unanimité. C'est à noter, même s'agissant d'un domaine d'expression artistique où artistes et publics penchent majoritairement de ce coté. Unique exception de la soirée: un quart d'heure d'Ugo Dehaes mais qui symptomatiquement danse sa performance- Forces Leech- en rampant, littéralement piétiné, sa partenaire sur lui debout perchée: woman on top.
Donc du début à la fin, la féminité se donne à voir en recherche, à commencer par l'adaptation d'un texte de Marguerite Duras. Forcement. Ses mots d'écrivain se démultiplient en 6 danseuses, 6 fausses sœurs: brunes, blondes, de toutes décades, physiques et horizons. Duras, le texte, la danse.... D'emblée une question s'impose, sans trouver tout de suite de réponse: dans cette rencontre- ou dans cette introspection- comment un regard de la minorité masculine peut-il s'insinuer, s'installer? Forcement déplacé, comme un chien dans un jeu de filles? Revient le souvenir d'une brève visite lors d'un filage deux trois jours avant, dominé par la sensation de se retrouver par mégarde dans le vestiaire des dames. Presque autant que cet inconnu absolu, ce mâle étranger, qui, la même soirée, surgit en pleine répétition de ces sœurs en tenues de bain, profitant d'une porte mal fermée?
Kataline dit: j'ai voulu adapter le texte de Duras, parce que c'est un auteur (Elle ne dit pas « auteure », d'ailleurs) qui a m'a marquée, comme il a marqué beaucoup de femmes. Même si des hommes tels que vous peuvent lire Duras, bien sur- s'excuse-t-elle opportunément (c'est une conversation qui a lieu quelques semaines avant, avec deux hommes justement : Jérôme et moi-même). Elle poursuit: Duras fait résonner en nous quelque chose de très violent, très sexuel. L'adapter c'est le moyen pour moi de travailler des thèmes qui me correspondent. Le désir selon toutes ses déclinaisons, l'engagement absolu, mais vers quelque chose que l'on ne peut jamais atteindre....
Sisters, d'après Marguerite D., ce soir on y est. Plutôt on y revient, pour un long extrait, après sa création plutôt précipitée lors du printemps dernier aux RCISSD.
De ces notes d'alors, rien à retrancher: elles prenaient acte des thèmes déjà développés, ces thèmes ne se sont pas perdus en route. Depuis c'est le rythme qui a changé, s'est approfondi. Il y a plus de rondeur autour d'une violence toujours contenue. Avec les présences stabilisantes de nouvelles interprètes, telle Jesus Sevari. La créature monstrueuse, ambiguë, en construction ici- 6 corps fusionnés en une troublante chenille- respire mieux, les voix mieux ajustées. L'âpreté est intacte, mais les regards ont gagné en abandon, dans la chaleur du bois et de la pierre du studio du Regard du Cygne. Tout semble question de féminité, tout parait aussi autoportrait. Est-ce ici Kataline en maillots de bains? Un seul corps multiple et glissant, membres imbriqués et rapports, dans la lenteur pensante des étés de canicule, sous le soleil exactement. Le récit textuel et visuel renvoie à l'adolescence, à la naissance de la sexualité, à un suspend sensuel intense et en fuite. Comme à la recherche d'un instant particulier, on devine alors la chorégraphe plus attachée à la force des images- quasi arrêtées- qu'à celle des mouvements.
Sur scène Kataline, toujours à la voix douce, trop douce, parvient pourtant à faire entendre les mots de Duras. Mais de dos. Six bouches s'ouvrent pour les reprendre, les répéter. Texte et gestes s'articulent, mais de ce texte l'homme est absent. Forcement? Ou est-ce plus compliqué? Kataline dit, en privé: quand j'ai commencé à chorégraphier, j'ai créé un solo pour un garçon, mais c'est peut-être de la femme dont dés l'origine j'avais envie de parler...Car après il y a eu un duo homme/femme (qui s'appelait X-XY', tiens, tiens...)- , puis un trio avec deux femmes et un homme (Appropriate Clothing Must Be Worn), et pour finir Sister qui est une pièce pour six filles... Elle dit: entre temps j'ai fait Rock Identity : un solo en trois parties qui s'inspire de figures du rock masculin. Des figures qui ne sont pas si mâles que cela: Morrison est très androgyne, Kurt Cobain aussi, Bernard Cantat l'est franchement moins... mais j'interprète ce dernier en talons aiguilles.
C'est un angle d'attaque pour regarder Sisters... Lors de Rock Identity, Kataline, 100% femme et seins dehors parvenait à être homme, à être Jim Morrison. Est de même suggérée une part mâle cachée dans cette Duras dansé, cette femme surprise dans un moment flou de son identité, dispersée en doubles inquiétants, ses vêtements arrachés de l'une à l'autre, les corps de chacune traînés par les cheveux jusqu'à la conclusion: cette orgie de chairs rêvées, une exploration et une initiation, scène éminemment onirique et masturbante, dominée par l'absence du partenaire amoureux...On attend la suite.
La thématique ainsi bien posée avec Sisters, le déroulé de la soirée peut se voir comme une suite de déclinaisons- déléguées à chacune des artistes et au gré des affinités- de la figure féminine en général et des choix artistiques de l'hôtesse en particulier... C'est varié et riches de respirations.
Ainsi avec Mystérious Skin, vigoureux solo de Julie Trouverie, qui trouve sa dynamique dans la dualité entre sauvagerie et sophistication, l'érotisme se trouvant au point de rencontre. C'est-à-dire que la créature se déchaîne en femme des cavernes vêtue d'un manteau de fourrure. Du titre le mystère est vite révélé, de même que la peau est mise à nue. Sur ses mouvements paniques les désirs ne peuvent qu'ouvertement converger.

La mise en situation de l'archétype social féminin est poussée ensuite bien plus loin avec un intelligent cynisme. La performance culinairequi vient est très particulière. Quatre belles femmes en robe de soirée, sexys et maquillées, s'offrent à déguster: sur dos et bras nus tranches de saumons et autres mets raffinés. C'est la réaction du public, confronté lors de cette performance à ces femmes objets, à ces biens de consommation haut de gamme, qui est intéressante.... Le regard masculin est pour le coup directement sollicité, mis au défi de prendre position. La main hésite à suivre les yeux, quant à la bouche...Est-ce que goûter, c'est tromper?

Plus- mais trop alors ?-de distance nous sépare de Krack, le duo de Viviana Moin et Jesus Sevari, l'une d'Argentine, l'autre du Chili, sur le mode des confidences dansées/parlées quant à la condition de l'artiste femme et étrangère. Hablas espanol? Si ce n'est pas le cas en l'état la rencontre reste frustrante, perdue sur la carte, mais c'est un travail encore en cours (à la prochaine occasion, se souvenir de demander à Mlle Patkaï, qui dirige ce duo d'«où » elle-même vient.).
Viviana Moin s'attaque elle aussi, avec Billy,au sujet de la sexualité. C'est à dire qu'elle l'aborde directement, sans prendre de gants. Brode à partir du récit d'une vision d'enfance possiblement tramautique, pour inventer des confidences drolatiques sur sa « vie de femme » (comme on dit dans les mauvais magazines) avec les hommes dotés d'un sexe-escargot. Scoop! Viviana nous réconcilie au son de Nina Simone autour d'une vision dédramatisée des relations entre les deux sexes. Nous sommes conviés par le rire.
Beatriz Setien Yeregui tente avec Beatriz chante l'expérience de l'exposé d'une femme démultipliée, en jouant simultanée des trois modes d'expression de la présence, de l'image, et du commentaire. Joue la candeur tranquille. S'agissant d'art conceptuel, c'est dans les premières minutes terriblement ennuyeux. Mais cela devient subitement terriblement drôle quand les niveaux de sens glissent ensemble, jusqu'à se télescoper en connivences, dans un grand écart entre Joseph Kosuth et chansons traditionnelles.
Les Vraoum's concluent en sourires la soirée avec leur girl's band au second degré, mais c'est Isabelle Esposito, qui aura proposé la figure féminine la plus audacieuse, et sans doute la plus prometteuse, quitte à dérouter une bonne partie du public, hommes et femmes confondus. En créant avec la Sombre Sautillante un personnage desexué d'un corps hasardeux, qui marmonne à tâtons, esquisse une progression incertaine de gestes ahuris et poussiéreux au milieu d'objets désenchantés. Dans la ligne désespérante, exaspérante et rigoureuse de Vieille Nuit, à l'autre extrémité de la gamme.
C'était le Cabaret des Signes de Kataline Patkai: Sisters(extrait) de Kataline Patkaï, Reprise de la pièce créée en 2008 aux Rencontres Chorégraphiques de Saint-Denis, Avec Kataline Patkaï, Aude Lachaise, Jesus Sevari, Erika Zueneli, Julie Trouverie, Lisa Nogara, Krack (étape de travail) de Kataline Patkaï avec Viviana Moin, Jesus Sevari, Kataline Patkaï, Performance culinairede Kataline Patkaï avec Katia Petrowick, Paloma Moin, Camille Clerchon, Anna D'Annunzio, Lisa Nogara, Les Vraoums spectacle/concert de Maeva Cunci, Virginie Thomas, Pauline Curnier Jardin, Aude Lachaise, Forces-Leech de Ugo Dehaes - Avec Ugo Dehaes et Gemma Higgin Botham, La sombre sautillante(étape de travail) solo d'Isabelle Esposito, Beatriz chante solo de Beatriz Setien Yeregui, Billy , solo de Viviana Moin, Mysterious skin
Solo de Julie Trouverie.
Photos de Jérome Delatour- Images de Danse avec son aimable autorisation, sauf photo de la performance culinaire (DR) avec l'aimable autorisation de Kataline Patkaï
Merci à Kataline Patkaï pour son accueil lors de nos premieres discussions.
Lire: Images de danse
vendredi, 22 mai 2009 | Lien permanent | Commentaires (4)
Peut être Maxence Rey
Il y a ce que les chorégraphes écrivent, et ce qu'ils dansent, et ce que l'on voit, et ce que l'on pense. Et entre, des espaces délicieusement flous.... Avant de voir Maxence Rey danser son solo, je lis la présentation de la pièce - ce qu'on appelle les intentions- mais vite j'oublie tout, tant la piece s'impose, s'interpose.
D'abord la présence de l'interprête- c'est un fait: on oublie pas Maxence- en longueurs et étrangeté, l'attraction du visage, des yeux. Tous les mouvements partent de ces yeux. La théatralité nait en cet endroit, sans vains bavardage. Rien n'est prononcé à voix haute (et c'est heureux), mais dans le texte- quand même je m'en souviens- il était question de vulnérabilté. Je m'en souviens, car si je ne l'avais pas lu je l'aurais sans doute de moi même formulé: le personnage se débat de quelque chose, femme muette et sidérée. L'interêt, c'est que cette lutte se laisse tout juste deviner, sans l'applatissement de l'évidence, pourtant l'action confinée dans l'espace de cette chaise, ses stricts alentours. Dans cet espace contraint: des éclats de paniques, des éclosions empéchées, des gestes échappés, des impressions renversées, bouleversées. Ce qui ne revient à ne rien dire sans évoquer la manière dont celà s'incarne: l'interprête semble éminemment extensible, élastique à tâtons, noire gainée, danse tout en lignes, se transforme, lance des ombres, en surprises et lenteur ménage des accélérations. Entre jambes et bras qui n'en finissent pas de s'allonger, le corps disparaît, les sensations fusent et s'évadent, et bizarrement c'est drôle, souvent. C'est du moins tout ce que je vois, mis à l'aise pour voir à un point que les interruptions et transitions encore à régler-il s'agit d'un filage- ne me troublent pas. J'en déduis que la composition est aboutie et concise (pas si évident pour un premier solo), bien équilibrée avec lumière et musique. Mais il y a aussi le costume et ce chapeau trés étrange. Les accessoires s'imposent pour déterminer une temporalité...ambiguë. Ici c'est le concret qui crée l'inexpliqué, conjugué à la force d'évocation du corps, nous renvoie à réver à des multiples et possibles références auxquelles le texte ne nous a pas préparé.
J'ai la chance de pouvoir discuter avec Maxence et ses invités autour d'un verre et de crocodiles en gélatine. Comme je peux lui dire que j'ai aimé ce que j'ai vu, la discussion est agréable. Pour autant, ce dont Maxence parle ne ressemble pas tout à fait au spectacle auquel j'ai pensé assister. Jérome, en bon classique, a reconnu des dieux et déesses antiques, aussi et malgré cela des images d'élégantes des années 20. Moi-même, j'évoque des références à l'esthétique publicitaire de la fin du XX°. Mais ce que l'auteur redit de son solo: des expressions sous-jacentes d'angoisses, de morts et de décomposition... je me trouve plus à l'aise pour qualifier ainsi son travail d'interprète dans les pieces d'Isabelle Esposito, qui d'ailleurs est présente durant cette discussion! Tout est pour le mieux: la piéce commence à vivre et échapper à tout le monde (à la créatrice en premier). Je reverrai, bientôt, Les Bois de L'Ombre, pour surement y revoir du nouveau.
C'était une étape de travail des Bois de l'Ombre, de et par Maxence Rey, avec Cyril Leclerc (lumière) et Vincent Brédif (création sonore), en résidence à Mains d'Oeuvres. La piéce sera présentée aux professionnels le 25 septembre, dans le cadre des plateaux de la Biennale de Danse du Val de Marne.
photo de Jérome Delatour- Images de danse
mardi, 15 septembre 2009 | Lien permanent
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