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  • Sophie Daviet: Où Est Passé Le Temps?

    Certaines propositions nous entrainent dans de longues explorations, comme on visiterait une maison aux recoins obscurs et peuplée d'objets surprenants, une maison dont les habitants eux-mêmes n'auraient pas encore fait le tour. On les accompagne, plus ou moins intéressé en chemin par telle ou telle découverte. Entrée: la danseuse prend ses marques, tourne et retourne sur tout l'espace de la scène. Suggère ainsi un temps circulaire. Car d'une réflexion sur le temps il est question, à en lire les notes d'intentions. On garde l'idée en tête. Sans pouvoir s'empécher d'être sceptique, car l'étude du temps est forcement présente dans toute création ...Mais on persiste à suivre cette piste. En vain, perdu on doit l'abandonner. On regarde au fil de l'eau. Et on trouve à regarder. Danse: les mouvements se font saccadés, contraints, en lutte contre quelque chose. La musique suggère le sens: poids de la pluie, tension induite par un sifflement. Les humeurs changent, surprennent. Le solo s'est transformé en duo, d'abord tourmenté par une même recherche, ou une même opposition. Puis les deux interprêtes évoluent plus en complicité ou confrontation. S'installent et prennent la pose, avec exagération, y introduisent de l'humour et de la distance... On apprécie la performance, en subtilités, suggestions et sensations... mais par épisodes. Frustré de ne pas toucher le lien qui les tient.

    C'était So Long, de Sophie Daviet, avec Mélanie Cholet et Sandrine Bonnet, au Théâtre de l'Etoile du Nord, dans le cadre du cycle "avis de turbulence #3. Jusqu'à samedi.

    Guy

  • Clara Cornil: Métaphysique de la Casserole

    Tout commence sans heurts et hors champ, notre regard déplacé. Les bruits d'eau, de pas, de conversations ont une étonnante consistance, mais laissée à notre imagination. Sur la scène préservée du quotidien, que de l'apaisement. A voir tout au plus une ombre. Et d'autant plus éclairée qu'ironiquement dénuée de sens: une casserole blanche.

    pose # 1.JPG

    Sur l'écran l'eau bout et le temps se dissout. Par contraste devant se définit la présence humaine, en mouvement. Ce n'est pas tant sa lente danse qui capte notre attention, mais les rapports qui demandent à naitre entre tous ces objets. Pas de chronologie ni déroulement, plutôt des états qui frémissent en suspens. En un fragile équilibre, que ne rompt pas l'éclatement des bulles. On flotte, amusé ou hypnotisé. Tout autant, voire plus que So Long, vu juste avant, cette proposition se prête à vivre une expérience étrange du temps. Puis-évenement- c'est la casserole qui bout, c'est la fumée qui se trouve comme aspirée par une colonne de lumière, alors que le corps plonge dans l'image projetée sur l'écran. Avant que tout ne s'efface pour se laisser entendre ailleurs et autrement . En vingt minutes d'incrédulité, c'est d'un laconisme réjouissant, qui nous ouvre le regard sur un univers de possibilités

    C'était Pose # 1, par Clara Cornil (chorégraphie et interprétation) et Bertrand Schacre (installation visuelle et sonore), au Théâtre de l'Etoile du Nord, dans le cadre du cycle "avis de turbulence #3. Jusqu'à samedi.

    Guy

    Photo avec l'aimable autorisation de Bertrand Schacre