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danse

  • Sacre d'hiver

    Où Camille Mutel se dirige-t-elle? Je ne sais, mais d'évidence elle poursuit avec Animaux de béance un virage artistique entamé avec Go Go said the bird- pièce présentée elle aussi à faits d'hiver, il y a 2 ans. Après des années de soli, passage aux trio- et cette fois-ci la chorégraphe s'affirme comme telle en s'abstrayant de la scène. Surgissement de la voix, avec un chant spectaculaire. Renoncement de cette l'obscurité sculptée où s'installait le trouble et l'onirisme pour exposer la scène de pleines lumières en aplats. Abandon de cette exploration obstinée de la nudité qui tend vers le point absolu de l'érotisme, jusqu'à l'épure, pour oser... une autre ambition. Non sans logique dans ce parcours artistique: ici un rite. Inspiré de la danse de l'argia de Sardaigne, aux vertus curatives, nous est -il expliqué dans la feuille de salle. Mais quel sens, ici, maintenant y trouver? Le parallèle est évident entre les cérémonies traditionnelles, et le fait, aujourd'hui, de représenter un spectacle. Mais cela ne me dit pas quelle est la fonction de la proposition de ce soir. De quoi peut-elle nous guérir? Puisque mon jeu est d'écrire, je ne peux me contenter de l'énumération des images fortes, mais dispersées, que la soirée a laissée dans ma mémoire. Quel est le fil rouge, à l'instar de celui qu'on voit sur scène? Je cherche. Mais sur scène il y a profusion. D'accessoires, de signes, d'actions. Elles étonnent et s'agencent en une belle synchronisation qui m'emporte mais dans le même temps m'égarent. Les personnages se transforment entre costumes et nudité, travestissement, entre le visage et le masque. Les esthétiques se télescopent du Japon à l'Italie, en passant par un déjeuner sur l'herbe. La lente solennité du propos, jusqu'à une cérémonie du saké, est désamorcée par un humour glacé avec samouraï en tricot et mouvements de pom pom girl. Le calme de la scène, régulé par des rythmes de percussions, est déchiré par les stridences du chant. Alors, j'en reviens au point de départ, trop évident: que se jouent ici en crises des transformations d'identités, et les actions du groupe pour les accompagner. Avec le paradoxe que peut-être la lisibilité de ces entreprises ferait obstacle à leur efficacité, empêcherait le social de venir au secours de l'intime.

     

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    Les animaux de béance de Camille Mutel, vu le 25 février à Micadanses dans le cadre de Faits d'hiver

    Guy

    Photo de Paolo Porto avec l'aimable autorisation de faits d'hiver

     

  • Ceci n'est pas un stand up

    Aude Lachaise excelle dans l'art du décalage, du contrepied (Vérification faite, on a déjà écrit cela il y a 2 ans, mais on est bien obligé de le répéter puisque de pièce en pièce elle persiste). Donc la chorégraphe use, l'air de rien, de stratégies obliques pour traiter des sujets qu'elle a choisi. Des sujets même potentiellement sérieux. Pour commencer, ceci n'est pas un stand-up. Même si le festival de danses d'auteurs qui le programme, non catégorisant, ne s'interdit rien. Les codes du stand-up constituent ici juste un point de départ. Est ainsi déjouée par l'excès et la charge une relation performer /spectateurs qui serait trop convenue: entrée en musique pour claquer des mains et taper du pied, accent improbable, bavardage et fausses confidences, banalités sur le "vivre ensemble", le féministe, le racisme, et autres consensus obligés... Tout mis à terre, déconstruit, on peut alors passer aux choses sérieuses. Mais légèrement, en toute hilarité, avec les interventions hors normes de Susana Cook et Paula Pi. Les discriminations liées au orientations sexuelles, aux identités... le sujet, pas évident, passe comme une lettre à la poste. La proposition secoue les genres, dans tous les sens du terme, entrainée par une jubilation du mouvement qui emprunte beaucoup au music hall. Le décalage culturel est à l’œuvre: Phil Spector, Tina Turner et les Temptations sont décortiqués avec autant de pertinence que Karl Marx et Simone de Beauvoir. Pour beaucoup, la montagne reste haute, et la rivière profonde. Après tant de spectacles appliqués et pesants, c'est une bouffée d'oxygène. La politique est une chose trop sérieuse pour ne pas la laisser à ceux et celles qui savent nous réjouir.

     

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    Outsiders, la rencontre / Aude Lachaise from manège, scène nationale-reims on Vimeo.

    Outsiders, la rencontre, par Aude Lachaise, vu au carreau du temple le 1er février dans le cadre du festival Faits d'hiver.

    Guy

    Photo d'Alain Julien avec l'aimable autorisation de faits d'hiver

     

     

  • Montrer ou pas?

    En tant que spectateur, j'ai quelques préventions contre les étapes de travail, ouvertures de résidence et autres chantiers, qui consistent à montrer au public, aux professionnels, aux critiques... des propositions de chorégraphes à un état intermédiaire. Ces démarches ont surement un intérêt dans l'économie de la danse. Mais il y a là un double danger. D'abord montrer un travail encore immature, trop "fragile" à ce stade, et laisser le spectateur, tout bienveillant qu'il soit, sur une impression défavorable. Et, ou, tuer d'avance l'effet de surprise que devrait réserver l'œuvre en son état achevé: il y a des pièces qu'on a la "fausse" impression de connaitre par cœur avant qu'elles ne soient finies.

    Mais "l'Open Space" (Jean François Munnier a un talent certain pour les titres) de ce soir échappe au moins au premier écueil. Parce que les trois chorégraphes qui présentent leurs travaux en cours nous convainquent que leur démarche est motivée, structurée. On peut spéculer - mais à ce stade on s'interdit tout jugement critique- si l’on aimera ou non les œuvres à venir, mais on reconnait ici moins trois vrais projets.

    Ceci posé, il est intéressant de vivre ce soir une expérience que la représentation d'œuvres finies ne permettrait pas. D'abord, évidemment, dialoguer avec les créateurs à un stade où tous les choix ne sont pas faits, les options ouvertes: Louis Barreau explique la méthode d'essais et d'erreurs qu'il utilise, Matthias Groos parle du travail entre danseur et acteur moins aguerri autour du même solo, Fernando Cabral évoque ce qui a chez lui crée la nécessité de travailler sur l'affect, l'effondrement. Et les dialogues en "bord de plateau" ne sont après tout pas si fréquents, même s'agissant de représentations d'œuvres plus ou moins stabilisées. Ensuite, ce qui reste habituellement hors champs devient ici, involontairement, inévitablement, spectacle: la concentration de l'interprète qui s'échauffe, les réactions visibles du chorégraphe à l'extrait montré, les improvisations de l'animateur durant les échanges pour relancer ou recadrer les chorégraphes. Enfin, les trois propositions composent -accidentellement ?- ce soir un mini festival sur le thème de l'émotion. Pour Fernando Cabral, nécessité, elle s'impose intense, dès le titre et dans les corps malmenés, et les mouvements troublés. Plus en retenue, Gaëlle Bouilly et Matthias Groos développent leur création à partir de la puissance évocatrice de l'absence. Et Louis Barreau, pourtant visiblement passionné, prétend s'en abstraire pour transposer Bach en mouvement, les danseurs "s'émancipent de leurs affects pour tentent de ne devenir que des medium de sensation et de forme". Je suis perplexe.

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    C'était Open space 6 le 19 janvier à l'Etoile du nord avec à des versions non définitives de AD BEATITUDINEM de Louis Barreau, - UN SATELLITE D’UN SEUL ÊTRE de Gaëlle Bouilly et Matthias Groos Cie 29x27,  UNE ÉMOTION - UNE PIÈCE MATÉRIALISTE de Fernando Cabral.

    Guy

    Autre programme ce vendredi 27 : Santiago Codon Gras , Nach, Etienne Rochefort

    Photo: une émotion (Alexandra Dreyfuss)

  • Voyager sans bagages

    Le projet, d'évidence, est de nous emmener ailleurs, dans un rêve qui permet de nouvelles sensations, d'autres couleurs. Il faut, symboliquement, franchir d'abord la porte, surtout accepter de perdre les repères de tout ordre. Renoncer aux lois de la physique et de la gravité- ainsi permettre aux échelles de tenir toutes seules dans les airs-, laisser le temps flotter hors linéarité, renoncer à la logique dans l'enchainement des événements … Et très spectaculairement, à l'instar d'Alice de Lewis Caroll, se laisser surprendre par le renversement des proportions des personnages en jeu, prélude à d'autres mutations. A l'œuvre, en subtilité et douceur, les techniques du théâtre et de la danse, des marionnettes et de l'illusion. L'habilité, et le paradoxe, de cette proposition est de produire un beau spectacle pour petits et grands, comme on dit... avec des matériaux oniriques potentiellement anxiogènes, voire érotiques. Voyager sans carte ni bagages n'est pas sans dangers. Au minimum de se transformer soit même. On rencontre ici des créatures monstrueuses mi-végétales mi-animales, des soldats sur fond d'explosions, une femme géante prête à engloutir l'imprudent dans son ventre. Mais l'humour et la délicatesse permettent au spectateur d'accompagner les personnages à toutes ces étapes, comme autant d'expériences, telles celle du travestissement des hommes avec des robes du plus bel effet. N'ayons pas peur.

     

    Paysages intérieurs de Philippe Genty, vu le 17 janvier 2018 au 13 -éme art

    Jusqu'au 21 janvier

     Guy

  • Un soir à l'opéra

    D'une représentation à l'autre, est-ce notre regard qui change, ou la pièce qui évolue? Souvent les deux à la fois. Entre l'Initio vu avec faits d'hivers au théâtre de la cité internationale en début d'année et l'Initio [live]-titre étrangement rock!- de jeudi dernier à Chaillot, il y a plus que le renfort-apprécié- d'un orchestre et d'un chœur. C'est la danse qui parvient maintenant à s'imposer, en cette convergence compliquée que l'opéra recherche, avec le chant et la musique. Équilibre atteint. En janvier dernier je m'étais plutôt attaché à analyser le livret dans son état d'alors. Je ne lis pas celui de ce soir, absolument pas attentif au détail de la  narration, plutôt juste au thème général et aux émotions reçues. Est ce l'effet de ma stratégie de spectateur, ou plus passivement la conséquence de mon humeur un peu lasse? De toute manière je suis incapable de lire le livret dans le noir, pas plus de comprendre à l'oreille les paroles dans les belles envolées du chant. Il pourrait tout autant s'agir d'une langue étrangère, voire fictive, bien appropriée pour raconter l'allégorie d'un peuple en marche, comme dans une œuvre du groupe Magma. Cette partition, si dure et dramatique, aux angles aigus, a-t-elle changé? Je ne sais. Mais- grande différence avec la première version, les musiciens sont présents, ce qui est sensible non seulement par ce que je reçois de plus intense dans l'interprétation, mais dans leur intéressante physicalité. En janvier le vide traversé dans cette errance des personnages m'avait mis mal à l'aise, ce soir l'espace est intensément peuplé, au commencement par la foule des choristes, encore silencieux mais pour divaguer à quatre pattes- ce qui évoque "La mort et l'extase" de la même chorégraphe. Au deuxième acte, l'orchestre vient sur scène rentrer dans le mouvement, en empathie plutôt qu'en concurrence avec les danseurs , tous ensemble peuple d'artistes au service du sensible. Le rôle de la sibylle est dédoublé: Tatiana Julien danse et Léa Trommenschlager chante mais bien présente, ainsi que le ténor Rodriguo Ferreira. Tous s'engagent dans le mouvement, à l'unisson d'une danse cette fois engagée, d'inquiétude et d'urgence. 

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    C'était Initio [live] de Tatiana Julien (Chorégraphie), Pedro Garcia-Vélasquez (musique), Alexandre Salcède (livret, vu au Théâtre de Chaillot le 30 novembre 2017

    Guy

    photo par Meng Phu avec l'aimable autorisation de la compagnie.

  • Métamorphoses du regard

    Par trois fois rien cela a commencé, ou continué d'avant, avec l'à peine présence de trois faibles lumières, des gouttes d'eau incertaines, l'immersion dans une obscurité d'encre. Il faudrait le silence. Mais aujourd'hui celui-ci est troublé- nous sommes l'après midi- par des hordes de scolaires, en grappes gloussantes.

    L'extérieur s'impose donc avec toutes ses agitations. Pourtant Maxence Rey nous abstrait, installe le ralentissement, son corps déposé là assez loin de nous, allongé sur le blanc. D'abord l'immobilité. Qui sourdement nous agit, persiste, nous engourdit. Il reste intangible, ce moment où s'amorce un mouvement. L'état initial à changé, infinitésimalement. La position du corps n'est peut-être plus tout à fait la même. Mais pour autant cela ne fait pas naitre le temps. Immobile. Immobile. Immobile. Immobile. Immobile. Immobile. Immobile... Ou presque pas. Peu à peu, à force de ce peu, l'interprète vient à bout de toutes les impatiences: de celles qui se manifestaient un peu bruyamment, même de la mienne plus intérieure et discrète, le bouillonnement des résidus de toutes les irritations et excitations qui constituent une journée ordinaire. Dans le déplacement qu'elle crée, c'est alors le regard qui se trouble, à force de tenter de se focaliser sur cette présence. Qui maintenant vit, mais autrement. La lumière- de Cyril Leclerc- nous trompe et recompose les formes, fait naitre de mystérieuses créatures sous la peau, sculpte le corps, désormais retourné, en trois entités séparées, indépendantes: buste, bassin, jambes. Ou transforme les coudes en visages, les mains et pieds en figures animales. Plus vraiment des postures, plutôt des transformations. Très loin de l'humain. La musique- de Bertrand Larrieu- crée une temporalité fluctuante et inquiète. Nous sommes de bon installés dans l'étrangeté. L'entité qui finit par s'ériger, et , soudain sujet, considère froidement les spectateurs hypnotisés, n'est pas plus rassurante. Par des chemins chaque fois renouvelés, Maxence Rey poursuit sa quête sardonique et troublante de la monstruosité.

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    C'était l'anatomie du silence de Maxence Rey, vu au théâtre Jean Vilar le 27 novembre 2017

    Guy

    Photo par Delphine Micheli, avec l'aimable autorisation de la compagnie

     

  • Plan fixe

    Pas de mouvement. Durant tout le spectacle, la danseuse reste à peu prés immobile, figée dans sa pose, tandis que ses pensées sont matérialisées au moyen d'un texte projeté sur écran. On peut soit tout rejeter en bloc en réaction à ce postulat plutôt raide, soit choisir de se mette à l'écoute de ce que cela peut provoquer. Je regarde, et je vois une BD. Les dessins sur toutes les cases identiques- c'est un procédé souvent utilisé- mais chaque fois une nouvelle bulle témoigne d'une nouvelle rêverie, des nouvelles réflexions. Et sur scène, comme au cinéma ou en bande dessinée fonctionne efficacement"l'effet Koulechov": la posture à l'identique exprime chaque fois quelque chose de différent en fonction du contexte. Les pensées ici, qui flottent autour de la situation de représentation scénique, loin d'être essentielles. Mais attachantes, dans leur honnêteté. Ironiques, souvent. Elles s'enchainent, humeurs fugaces, par association d'idées. Je me laisse inviter à ce voyage immobile. A être plus attentif, je perçois le souffle qui travaille le corps , et le temps se dilate, jusqu'à ce que finalement naisse le geste.

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    Moteur, d'Enora Rivière, vu le 23 octobre à Point Éphémère dans le cadre du festival ZOA

    Guy

    Photos (YVAN CHAUMEILLE ET JEAN-PHILIPPE DERAIL) avec l'aimable autorisation du festival

  • L'heure de la sieste

    Créer un spectacle à partir du bâillement, c'était drôlement gonflé, un pari à rebours du préjugé qu'une telle entreprise forcement ennuierait le spectateur. Cette curiosité, cette prise de risque paie. Sandra Abouav ce soir m'emmène là où peu de chorégraphes ont l'idée de m'inviter. En pays d'hypnagogie, pour flotter entre éveil et sommeil. Les danseurs vacillent, sombrent, sursautent, s'étirent et la détente me gagne aussi, agréablement contagieuse. Vite, je me sens apaisé comme lors de la séance de yoga de la veille, invité par la prof à laisser venir un soupir, un bâillement, et paradoxalement grand ouvert aux images et suggestions. Sans être crispé par des enjeux d'analyse et de jugement. Bien oxygéné.
    Il y a tant à voir sur ce nouveau territoire, peu exploré et plutôt laissé au dessin, à la caricature. Les protagonistes baillent comme ils respirent, laissent ainsi s'exprimer une autre vérité, explorent des curieuses postures de la mâchoire, des grimaces et étirements. Dans le suspend de la musique, la chorégraphie gagne tout le corps, qui lutte ou s'abandonne à cet entre-deux. Se développe en liberté une belle écriture du relâchement, du sursaut et de l'ondulation, drôle, poétique et expressive. Elle m'offre au cœur du voyage de vraies surprises, qu'il serait dommage de révéler. Dans cette expérience singulière, l'intelligence, bien éveillée, se met au service du sensible.
     
     

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    A Bouche que veux tu de Sandra Abouav -compagnie Metatarses vu au théâtre de l'Étoile du nord le 14 octobre dans le cadre d'Avis de turbulence.
     
    Guy
     
    photo de Partrick André avec l'aimable autorisation de la compagnie
  • Dans les nuages

    Cette salle qui fut celle du Grand Écran de la place d'Italie revient à la vie après 10 ans d'hibernation, consacrée désormais au spectacle vivant avec une programmation décloisonnée. C'est tant mieux. 
    En résonance avec le passé cinématographique des lieux, Cirkopolis du cirque Héloïse trouve de l'inspiration dans Metropolis de Fritz Lang, voire Brazil de Terry Giliam. Si le prétexte est simple- sur fond de décors gris et rétro-futuristes, un rond de cuir s'évade de la monotonie de son quotidien grâce à l'arrivée des acrobates- c'est la mise en œuvre qui émerveille. 
    Cirque, danse ou comédie aussi, le spectacle peaufiné avec le trublion de la danse contemporaine Dave Saint Pierre enchante au delà des disciplines. Parce que les prouesses des circassiens québécois volent le long du fil du récit, toujours dans le rythme. L'exploit- en sauts, jonglerie, corde, fils, cerceau, contorsion.... n'est jamais emphatique. A la fois il coupe le souffle, mais se laisse emporter dans l'euphorie de ce qui suit.   
    Filles et garçons sont légers comme des plumes, gais et fluides, sans un soupçon de gravité. Tout semble extraordinaire, pourtant tout semble facile: ce spectacle rend heureux.
    Et si la vie pouvait être aussi simple que cela, si légère? Ce soir on y croit, juste 1h30 durant, pouvoir d'un bond s'élever au dessus de tous ce qui nous retient vers le bas, monter à la corde d'un seul mouvement au dessus des sous-sols, des rues et du haut des buildings, et danser avec les nuages.
     

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    Cirkopolis du cirque Eloize par Jérome Painchaud et Dave Saint Pierre vu au 13eme art le 10 octobre 2017
     
    jusqu'au 29 octobre
     
    Guy
     
    photo (droits réservés) avec l'aimable autorisation du 13ème art
     
  • Bonsoir l'angoisse

    Est-on, soi, toujours dans l'état adéquat pour voir, recevoir, une proposition artistique qui parle de l'angoisse, de ses manifestations physiques? Même, peut-on rester immobile sur sa chaise à regarder, lorsque les danseurs, traversés de gestes, s'agitent sur les leurs? En quoi cette expérience pourrait-elle nous aider? Peut-on en attendre une prise de conscience, ou une mise à distance, une meilleure, profonde, compréhension? Loin de cela nous paralyse une sensation d'inéluctabilité à les voir prisonniers de répétitions sans issues, écrasés par le son des halètements. C'est illustratif. Il y a la possibilité d'une résolution, pourtant, quand les deux corps parviennent à se rejoindre pour s'aider, se soutenir, se consoler. Ce moment là se partage. Mais les personnages se laissent à nouveau emporter par ces mouvement plus forts qu'eux, les mêmes encore, en une systématique qui empêche tout le reste. Au fond les murs se ferment. Alors quel espace nous reste-t-il?

    Lisbeth Gruwez, We're pretty fuckin for from okay, 2016, danse contemporaine, 60mn© Leif Firnhaber.jpg

     
    We're pretty fuckin' far from okay de Lisbeth Gruwez à la Briqueterie pour l'ouverture des plateaux à la briqueterie le 28 septembre 2017.
     
    Guy
     
    photo par Leif Firnhaber avec l'aimable autorisation des plateaux