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danse

  • Dans les nuages

    Cette salle qui fut celle du Grand Écran de la place d'Italie revient à la vie après 10 ans d'hibernation, consacrée désormais au spectacle vivant avec une programmation décloisonnée. C'est tant mieux. 
    En résonance avec le passé cinématographique des lieux, Cirkopolis du cirque Héloïse trouve de l'inspiration dans Metropolis de Fritz Lang, voire Brazil de Terry Giliam. Si le prétexte est simple- sur fond de décors gris et rétro-futuristes, un rond de cuir s'évade de la monotonie de son quotidien grâce à l'arrivée des acrobates- c'est la mise en œuvre qui émerveille. 
    Cirque, danse ou comédie aussi, le spectacle peaufiné avec le trublion de la danse contemporaine Dave Saint Pierre enchante au delà des disciplines. Parce que les prouesses des circassiens québécois volent le long du fil du récit, toujours dans le rythme. L'exploit- en sauts, jonglerie, corde, fils, cerceau, contorsion.... n'est jamais emphatique. A la fois il coupe le souffle, mais se laisse emporter dans l'euphorie de ce qui suit.   
    Filles et garçons sont légers comme des plumes, gais et fluides, sans un soupçon de gravité. Tout semble extraordinaire, pourtant tout semble facile: ce spectacle rend heureux.
    Et si la vie pouvait être aussi simple que cela, si légère? Ce soir on y croit, juste 1h30 durant, pouvoir d'un bond s'élever au dessus de tous ce qui nous retient vers le bas, monter à la corde d'un seul mouvement au dessus des sous-sols, des rues et du haut des buildings, et danser avec les nuages.
     

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    Cirkopolis du cirque Eloize par Jérome Painchaud et Dave Saint Pierre vu au 13eme art le 10 octobre 2017
     
    jusqu'au 29 octobre
     
    Guy
     
    photo (droits réservés) avec l'aimable autorisation du 13ème art
     
  • Bonsoir l'angoisse

    Est-on, soi, toujours dans l'état adéquat pour voir, recevoir, une proposition artistique qui parle de l'angoisse, de ses manifestations physiques? Même, peut-on rester immobile sur sa chaise à regarder, lorsque les danseurs, traversés de gestes, s'agitent sur les leurs? En quoi cette expérience pourrait-elle nous aider? Peut-on en attendre une prise de conscience, ou une mise à distance, une meilleure, profonde, compréhension? Loin de cela nous paralyse une sensation d'inéluctabilité à les voir prisonniers de répétitions sans issues, écrasés par le son des halètements. C'est illustratif. Il y a la possibilité d'une résolution, pourtant, quand les deux corps parviennent à se rejoindre pour s'aider, se soutenir, se consoler. Ce moment là se partage. Mais les personnages se laissent à nouveau emporter par ces mouvement plus forts qu'eux, les mêmes encore, en une systématique qui empêche tout le reste. Au fond les murs se ferment. Alors quel espace nous reste-t-il?

    Lisbeth Gruwez, We're pretty fuckin for from okay, 2016, danse contemporaine, 60mn© Leif Firnhaber.jpg

     
    We're pretty fuckin' far from okay de Lisbeth Gruwez à la Briqueterie pour l'ouverture des plateaux à la briqueterie le 28 septembre 2017.
     
    Guy
     
    photo par Leif Firnhaber avec l'aimable autorisation des plateaux
  • Comme on pousse un rocher

    Oui, cette proposition va à l'essentiel mais ainsi laisse toute place à nos propres possibles, comme à partir de quelques traits sur une feuille blanche. Juste le sol plan, seule nudité, autour d'elle des notes tenues d'orgue, économie de mouvements avec l'emploi d'un langage gestuel sobre pour une simple progression en ligne droite. Facilité: le corps de la danseuse est jeune et beau. Mais ce constat cède vite la place à une sensation de gravité. De profondeur donc. Elle est face contre terre: est ce signe de désespoir? De contrition? Ses yeux s'ouvrent graves et se renferment sur la conscience sans révéler, ses postures nous crient l'effort et le ventre danse sa respiration. La traversée s'exprime comme une souffrance- telle un chemin de croix exacerbé par le crescendo de l'orgue- le corps se plaint et se cabre comme un poisson qui se débattrait hors de l'eau. Un suspend, et l'épreuve recommence du temps du début, toutes réponses laissées ouvertes.
     

    Danse,

     
     
    Serpentine de Daïna Ashbee , interprété par Areli Moran, en ouverture des plateaux à la briqueterie  
    le 28 septembre 2017.
     
    Guy
     
    photo d'Adrian Morillo avec l'aimable autorisation des plateaux
     
  • Harmonies

    Vernissage? Je n'aime pas ce mot sage qui fige et limite, tant ici la peinture vit et déborde, libre. Les toiles de Bernard Bousquet vibrent de couleurs et de générosité. En très grand format, avec des ondes qui se prolongent tout autour. Les performeurs font se matérialiser cette énergie, sans rien en retenir. Jean François Pauvros peint l'espace sonore de teintes élémentaires sans temporalité qui contrastent avant de se mélanger, il soulage soudain la tension d'une toute simple mélodie. Éléonore Didier est à la fois corps et support, raccord, juste toile moins nue que bariolée, en retenue, sans plus besoin d'agir mais plutôt d'être ici en belle harmonie. Simplement tout rend heureux.
     

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    Performance de Bernard Bousquet (peintures), Jean François Pauvros (Guitare) Eléonore Didier (danse) au Générateur de Gentillly le 27 juin. L'exposition de Bernard Bousquet est visible jusqu'au 9 juillet
     
    Guy
     
    Plus de photos ici, qui rendent mieux justice aux couleurs : Album flickr du Générateur
     
     
  • Folk Dance

    Les peaux de bêtes ont la respiration profonde, la mémoire longue. En émerge un corps qui revient de loin, nourri des traditions. Prêt à toutes les insolences et métamorphoses. II lui faut d'abord se prêter à un rite de passage, se grimer de noir. Laurence Pages évoque l'esprit de la samba et du carnaval. Et ouvre le moment festif où tout serait permis, l'identité collective, le folklore ravivé. Pourrait-on la suivre, à son exemple oser se transformer? Ses mutations sont spectaculaires, son corps engagé, humaine et animale, prête à mordre ou griffer, ours ou bélier. Masculine ou féminin en sa semi nudité, lutteur moustachu et belliqueux, ou en sensualité débordante. Là où elle me trouble, c'est par ce balancement joyeux entre transe et connivence, comme une shaman d'occident.

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    Pour qui tu te prends de Laurence Pagès, vu en présentation professionnelle au Centre National de la Danse le 28 avril 2017
     
    Guy
     
    photo de Maïa Jannel avec l'aimable autorisation de la compagnie
  • Tellurique

     
    Plus de dix ans que je vois danser Maki Watanabe, même bien avant de tenter de l'écrire, mais cela pourrait être depuis vingt, toujours je reviens. Je reviens, comme hier, m'abandonner à cette même immédiateté, épancher le même besoin d'absolu et d'évidence. Quand la danse alentour devient trop raide, trop contemporaine, trop consciente, trop conceptuelle, trop calculée, trop asséchée, il me faut à nouveau voir Maki faire déferler ce qui est souterrain, faire ressurgir une émotion originelle ou proche de l'abime de demain. Elle le peut, par le travail d'un corps qui sait exprimer soudain cela. Mais comment, je ne saurais l'expliquer. La fusion nait hier de manière quasi improvisée avec de nouveaux partenaires qui véhiculent la même puissance tellurique: Michel Deltruc et Patricia Dallio. Leur musique gronde et soulève des ondes qui la propulsent en territoires inconnus.
     

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    Maki Watanabe-danseuse-, Michel Deltruc-batteur percussionniste et  Patricia Dallio-olitherpiste, lutherie électronique- le 29 avril au Générateur de Gentilly dans le cadre d' ((Ow-Ao))#4: 3 artistes chaque soir et 6 rencontres inédites de performances et improvisation jusqu'au 2 mai.
     
    Guy
     
    Quelques secondes ici:
  • Je suis Zoulou

    Pourquoi, immédiat, ce frisson qui me prend, dés qu'en réponse aux appels du soliste s'élèvent les voix du chœur masculin? D'où vient ce déferlement d'émotions? Qu'ai-je de commun avec ces 10 chanteurs et danseurs venus de si loin: du village de Ngabayela-Umsinga, puis de Johannesburg? Ils portent une tradition qui m'est étrangère-: l'isicathamiya issu de l'héritage zoulou et des mutations culturelles de l'Afrique du sud. J'en avais juste entendu les échos dans le disque Graceland de Paul Simon. Mais je ressens la parenté avec toutes les musiques qui m'émeuvent du gospel au funk: celles où se rencontrent l'Afrique et l'Occident.
    Ils sont mieux sapés que je ne le serai jamais, avec une excentricité réjouissante, le chant à capella est hypnotique et entêtant, puissant comme le cours d'un fleuve. La danse, souple et énergique, ré-ancre dans la temporalité. Elle permet au delà de la barrière de la langue zoulou, de partager avec des gestes immédiats les récits racontés ici: thèmes comiques, tragiques ou poétiques-"qui a mangé l'oiseau qui était sur mon épaule?"- au sujet de guerriers, d'amour, de migrants, mise en garde contre le sida.... Et il suffit de répondre à leur invitation à venir danser un peu avec eux sur scène pour prendre part à cette expression d'universalité.

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    Phuphuma Love Minus, vu le 23 mars au théâtre claude Lévi Strauss du musée du quai Branly.
     
    du 25 mars au 2 avril
     
    Guy
    photo de Vuyani Feni avec l'aimable autorisation du musée.
  • La violence et la beauté

    D'abord en gros plan les mains de Catherine Meurisse, en poses lentes le corps de DD Dorvillier, ensemble pour un temps d'observation. Ou de stupéfaction. Déjà les expressions de la peur, de la stupeur, de la supplication ou de la résignation. Sur l'image projetée au mur, on voit le pinceau de la dessinatrice esquisser un croquis, mais invisible, sur la feuille blanche, comme retenu par une impossibilité. Il faut qu'ensuite elle irrigue le dessin d'encre rouge, comme le corps d'autant de gouttes de sang, pour lui donner expression, souffrance. Et il faut l'intention de la danseuse pour sur scène en créer le relief, la consistance.
     

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    Les modèles qui inspirent cette performance ne sont pas montrés. Ainsi que l'on s'interdirait de diffuser des images trop violentes. Il s'agit des statues des jardins de la villa Médicis, les enfants de Niobé fuyant en vain la colère des dieux que leur mère a offensés. Et dans notre esprit est présent le massacre de Charlie Hebdo, auquel Catherine Meurisse a échappé(1). Mais de ce sujet omniprésent rien n'est dit ici. Seule la pudeur, la justesse et l'intensité.  
    Avec l'interprétation des deux artistes, une réflexion silencieuse s'approfondit devant nos yeux, telle celle à laquelle nous nous livrons dans un musée face une œuvre qui suscite en nous une émotion profonde, avec le besoin de la questionner longuement pour comprendre en quoi elle nous reconnait, en quoi elle nous transforme. Ici l'indicible. L'encre coule: le sang des victimes percées de flèches, mais aussi le sang qui donne vie à l'inanimé. Pour lutter. Les mouvements persistent en un combat contre la fatalité, les personnages fuient, les perspectives se renversent en recherche du sens, se mêlent et se transforment: têtes, cheveux, bras, jambes. Ni ordre ni hiérarchie entre le dessin et la danse, qui ensemble concourent au geste, mais stimulation dans l'exploration d'une pensée. Ce travail est dense, entrecroisé, avec des moyens esthétiques surprenants.

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    Le matin de ce samedi, un autre fanatique tentait de semer la terreur, la mort. Les artistes peuvent nous aider à survivre à la sidération qui nous foudroie face à l'absurdité, à la violence. Comprendre, surmonter. L’œuvre d'auteur de BD de Catherine Meurisse(2) se nourrit d'un rapport intense, à la fois insolent et respectueux, avec ce que les maitres de toutes époques nous disent de l'humanité. Elle rejoint DD Dorvillier dans son travail de l'observation et de compréhension du corps et de la sensation. Devant les dessins au mur des corps des niobides, les deux artistes partagent avec nous, belle et indispensable, une minute de silence. 
     
    Vois tu celle là qui s'enfuit, duo créé pour le festival Concordan(s)es par DD Dorvilier et Catherine Meurisse, vu au Colombier de Bagnolet le 18 mars. 
     
    Prochaines dates: le 22 mars à la bibliothèque André Malraux des Lilas, le 23 mars au Bal (Paris), le 25 mars à bibliothèque Robert Desnos (Montreuil)
     
    (1) Lire la legereté (éditions dargaud)
    (2) lire Moderne Olympia (futuropolis), Mes hommes de lettres (babelio) , le pont des arts (sarbacane)
    Guy
     
    photos de Delphine Micheli avec l'aimable autorisation du festival.
  • Métamorphoses

    Saisissement et onirisme: Sabine Molennar titille le bizarre. Son corps longiligne se casse et se désarticule, renonce à soi pour se prêter à de nouveaux agencements, suggère des archétypes féminins sur le fil de l'ambiguïté entre érotisme et monstruosité, autant d'exercices de difformités. Je suis capté par la tension qu'elle exacerbe entre équilibres et chutes, tente d'entrevoir au gré des mystères et métamorphoses qu'elle crée des éclats de vérité. Tragiques. La bande son à rebours, l'économie de matériaux scéniques, robes et meubles, dessinent dans mon esprit un imaginaire de velours capiteux, vénéneux, quasi cinématographique. Je pense à David Lynch mais d'autres y verront le souvenir de maitres flamands. Elle coule et se brise, trouble, derrière le prisme.
     
     
    That's it de Sabine Molennar vu le 9 mars au théâtre de Vanves dans le cadre du festival Artdanthé.
     
    Guy
  • Gimme Shelter

    Entreprise sévère et ambitieuse: le livret de cet opéra dense de sens puise dans le vivier des mythes universels. Un peuple en détresse erre en quête d'un dieu muet sous la conduite de son prophète. Cette traversée du désert les amène vers un havre, une possible terre promise. Le récit balance entre universalité et l'actualité flagrante avec la figure d'un religieux fanatique et misogyne, prompt à tuer à coups de revolver. Dès le temple trouvé, coule le premier sang. Mais le ciel est vide, la scène aussi. Cette omniprésence du vide, assumée dans la pièce, me pose question, avec la sensation que la chorégraphie explore obsessionnellement cet espace austère sans le remplir de vie, d'expression. Malgré les enjeux, ll me manque d'être saisi, halluciné. Mouvements désunis, me dit une amie. Il me faut attendre le personnage de la sybille pour gouter de la liberté, de la surprise et du délié, même de la transe. Dans cette concurrence des sens que produit le genre de l'opéra, avec une partition ici très acide, le chant à vif, le livret à lire dans le même temps, dans cette masse d'informations à décrypter, la danse me semble ici passer au second plan.

     

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    Initio chorégraphié par Tatiana Julien, composé par Pedro Garcia Velasquez vu au théâtre de la cité internationale dans le cadre de faits d'hiver le 30 janvier 2017

    photo de Flore Nina Hernandez avec l'aimable autorisation de faits d'hiver