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danse - Page 3

  • Ensembles

    Seules contre le monde? Seules mais deux, ensembles. Sans besoin d'explications, la présence de ces femmes installe une évidence. Quelques gestes, une tension. Je ne parviens à comprendre cette immédiateté, je la reçois. En état d'alerte, entre elles l'espace se fait dense, chargé d'émotions duales, de déhanchements entêtés, de balancements nerveux et d'attentes. La violence sourd sans démonstrations. Le cœur bat au rythme d'une ballade cruelle. Que fuient-elles? Je crois que la tension se résout peu à peu en abandons et enlacements. Paix retrouvée, sensualité: leurs cheveux longs et libres volent au vent.

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    Vice Versa de Nicole Mossoux et Patrick Bonté, vu le 19 septembre 2016 à Micadanses dans le cadre de Bien Faits.

    Guy

    P.S. et à la même soirée , reprise d'Etna de Camille Mutel vu il y a 2 ans et raconté ici

    et des variations libératrices sur Blanc de Vania Vaneau (lire ici et)

    photo de Mikha Wajnrych avec l'aimable autorisation de Micadanses

     

  • Des mutations

    Discuter avec des gens à poils, cela parait assez rapidement tout naturel, pour peu qu'on se laisse emporter par le sujet de conversation. Mais on discute avec eux, ou on les regarde: cela dépend à quel moment ils en sont de leur évolution. Cela dépend du moment où l'on rentre cette grande salle, comme à une exposition permanente.  
    A cet instant, ils en sont tous à l'état d'animaux, jamais sur leurs deux pieds, témoignant d'une brutalité paisible, d'une tranquille impudeur. Ils se promènent à un train de félin, avec les tics de l'instinct, regards flous et ventres qui tremblent. Ils se frottent et se frôlent entre eux, nous autour comme des voyeurs au zoo. Subtilement d'autres moments les emmènent plus vers l'humain. Toujours sans textes ni contexte. Mouvements collectifs, poses académiques. Faute de mots, j'ose un croquis.
    Et plus tard, arrivés au bout d'une mutation, ils se lèvent. Ils se présentent et viennent à notre rencontre, toujours nus mais extraits de la représentation, pour discuter. Les sujets-l'amour, l'apprentissage...- sont universels et balisés: la rencontre peut se produire. Les conversations s'animent, on entend des rires. Ou parfois ça ne prend pas. Dans tous les cas, on a pris conscience, ou non, que d'autres spectateurs nous regardent parler avec eux. Nous sommes inclus dans la performance. Ou simplement on nous regarde regarder.
    C'est long, quatre heures, ou plus, ou moins, le temps d'être là, ou pas. De remettre le regard à zéro. D'entrer, sortir, s'assoir, se lever, bouger, partir prendre un café, c'est un temps volé à sa productivité, du temps perdu pour en gagner. J'essaie tout: assis, debout, accroupi, sérieux avec le carnet, affalé et la vue renversée, déambulant... Comme 95 % des gens, qui sont adossés aux murs, groupés, je n'ose pas le centre. Allez: tout juste un ou deux mètres à l"écart. Vite surpris, comme par une marée qui monte, au milieu d'une migration de corps qui glissent autour moi vers leur alignement.

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    Les danseurs se relaient, à une vingtaine, pour en permanence être une douzaine en actions. J'essaie de deviner qui parmi nous est d'entre d'eux, va se déshabiller dans quelques minutes et changer de situation. je me trompe parfois. Mais il parait qu'il a des intrus. Je me trompe aussi, lorsque je lie conversation avec cette spectatrice, qui me dit entre autres que la pièce ne parle que de changements, qui est convaincue de la bienveillance avec laquelle les spectateurs accueillent les danseurs. Quelques minutes plus tard, je la surprends, une fois déshabillée, dans l'autre communauté.
    Avec le temps s'impose une évidence: les corps s'égalisent aux regards en une même sérénité: hommes ou femmes, jeunes ou vieux, gros ou maigres, pâles ou foncés, ils convergent vers une même beauté, digne et qui ignore les canons. Ils proclament la démocratie de la nudité. 
    Avant la fin- c'est à dire quand j'ai décidé de partir- se dresse une forêt de bras et de jambes, poussés d'un terreau de corps en fusion, en une seule respiration. C'est beau. Apaisant. C'est effectivement la fin de quelque chose- mais ce n'est pas grave- ou son commencement.Une de-évolution, quand sont épuisés tous les sujets de conversation.

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    Temporary Title de Xavier Le roy au Centre Georges Pompidou le 15 septembre 2016
     
    Guy

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  • Sous les soleils noirs

    Perrine Valli manipule les symboles avec légèreté, l'air sage de ne pas y toucher, juste les poser là, mais de tout leur poids, à nous d'en tirer des conséquences. Elle, constante dans l'économie sereine de ses gestes, en une géométrie apaisante et assurée. Ni affect ni effet de crescendo. Pourtant, il y a une transe, portée par la monotonie d'un thème percussif, lente mais même lancinante. A la manière d'une cérémonie, la pièce s'irrigue  d'un texte d'Artaud qui relate la danse du tutuguri: rite du soleil noir chez les indiens de la sierra taahuma. Ce point de départ imprime la scénographie: un cercle formé par six croix, ici formés de papiers où s’inscrivent des mots relatifs à Dieu. Cette inspiration installe un mystère qui ne pourra être résolu. Mais quand six danseuses rejoignent la chorégraphe- pour atteindre le nombre de participants de la cérémonie indienne, s'installe en toute évidence une puissante sororité. Leur ronde sans fin m'enivre. Ensemble elles font forme avec force, brisent le cercle des mots religieux, dispersent ces papiers comme autant d'injonctions, elles détachent leurs cheveux. A cet instant, j'ai le sentiment que Perrine Valli me parle de libération.

    La danse du Tutuguri de Perrine Valli, vu le 10 septembre 2016 au Centre Culturel Suisse dans le cadre du festival Extra ball.

    Guy

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  • Corps poésie

    Une phrase écrite ce soir sur un morceau de papier fait la danse, en poésie spontanée. Le mot lu s'allonge et renait incarné. Il vit, il dit: regarder la lumière avec notre part d'ombre, regarder l'ombre avec notre part de lumière. Je vois chacun des deux danseurs être dans l'instant en toute sobriété, se mouvoir vers l'essentiel. Leur intensité concentrée dans ce lieu, ils ne montrent rien pour montrer. Le corps semble un piège d'où s'extraire, l'énergie bondit et se heurte aux murs, tombe, s'abime en habits noirs. La dynamique est bien plus noire que celle qu'ils enclenchent lorrsqu'ils dansent en plein en plein air, en harmonie avec le paysage. Ici, le lieu semble hostilité. A les voir, je ne sais s'il faut espérer. Comment vivre une impossibilité d'être jusqu'à l'extase, et toutes ses contradictions. Qu'est ce qui s'est effacé en nous?
     
    Diptyque avec une ombre- performances solo de Jean Daniel Fricker & Céline Angèle vu le 7 juin à l'Espace Culturel Bertin Poirée.
     
    Guy

  • Machine sensible

    L'accueil est vibratoire, avec des sensations aiguës et noires: des corps en rupture posés ça et là. Absorbés en intra-performances, plus en dedans qu'en représentation, au bord d'un contact intime avec nous spectateurs. Transition: ils convergent pour faire forme ensemble, créent des contours tremblants, genres brouillés. Les émotions fusent, mais creusées à revers, moins en langages articulés qu'en attitudes et manifestations brutes, la culture fragmentée en souvenirs. L'expression se réinvente. Des nudités surgissent, brusques et morcelées. Soutenues par des boucles musicales et des invitations murmurées, les séquences s'enchainent lancinantes. Peu à peu, je vois autrement, et peut-être au delà. La chorégraphie est poignante et rugueuse- elle ne ment pas- l'œuvre collective, furieuse et généreuse. Jusqu'à l'invitation à la danse.
     
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    Réel Machine par le collectif corps collectif vu à Mains D’œuvres le 24/06/2016. 
     
    Guy
     
    photo par Dominique Sécher avec l'aimable autorisation du collectif

  • ça colle!

    Selon le pari du festival un chorégraphe, un écrivain tentent la rencontre. Ici sur un mode de fiction amoureuse, chacun dans le personnage de sa fonction. Elle souveraine et féline, garde le contrôle, l'attire et le porte, le frôle et vole, mène le pas de deux. Moqueries caressantes, mais bienveillance en action. Lui fait le grand gauche, qui parle et saoule, s'étourdit de mots, agite Schopenhauer et Platon. Paroles, paroles: les gestes l'emportent. Le contact se joue drôlement entre toutes parties du corps, se prolonge en une joyeuse danse, emportée par la voix de Sam Cooke. La danse fait vivre plus longtemps.
     
    It's a Match créé par Raphaëlle Delaunay et Sylvain Prudhomme pour le festival Concordan(s)es, vu au Colombier de Bagnolet le 25 mars 2016.
     
    Guy
     
    Prochaines représentation le 6 avril, à 15H à la bibliothèque André Malraux des Lilas , et à 19H au Centre National de la Danse (Pantin).

  • Tirer le fil

    Tout est là, sur le plateau tel qu'en pensées, et en apparent désordre: vêtements, livres (beaucoup), accessoires et fleurs séchées, et souvenirs invisibles. Tout sera utile, ou non. Ou une autre fois. Cette conférence dansée évoque le flou du sensible, ce qui est fragile, qui va et revient, les extases possibles, le temps qui s'étend de la création. Elle ouvre un livre, lit un texte, regarde une image et en libère un geste. La danse émerge de l'informulé des inspirations, les pensées se matérialisent. Le corps s'autorise, la chorégraphe se cherche dans l'espace, erre et explore, une musique exaltée l'emporte. Le mouvement juste vient.

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    Tressage de Gaëlle Guéranger, vu en présentation professionnelle à Micadanses le 8 mars 2016.

    Guy

    Photo par Aurore Monvoisin avec l'aimable autorisation de la compagnie

  • Le jaune et le blanc

    Je retrouve ici à ce point de son avancée un même projet, mais ce soir d'une autre manière, allant du rouge d'avant au blanc, du clair obscur à la pleine lumière, de la chair à l'épure, de la suggestion à la démonstration. Camille Mutel, d'évidence, poursuit dans ses pièces la recherche asymptotique des zones dérobées de l'érotisme, se confrontant à la possibilité, ou non, de représenter le désir jusqu'à son assouvissement. A cette étape, loin de l'onirisme d'Etna- dernière pièce en date- l'audace suit d'autres chemins. La proposition de ce soir fait tout autant écho au travail récent de la chorégraphe dans le cadre de (Nou) dirigé par Matthieu Hocquemiller qu'à ses propres créations. Le décor mental du Japon est posé, non seulement par les images urbaines d'Osamu Kanemura, mais dans le mode même de la pièce, sa respiration. Est-ce ici le pays de Mishima plutôt que celui d'Hijikata? La rencontre des deux corps dénudés des danseurs se tente dans un cérémonial érotique méticuleux, qui épuise tous les usages que l'on peut faire des œufs. Étrange alliance de crudité et de délicatesse, que la voix inattendue, organique, d'une chanteuse vient troubler à contre courant. Je songe aux créations précédentes, et aux sentiments d'irrépressibles surgissements qu'elles inspiraient, et je reviens ici face à une proposition plus mise à distance, plus cérébrale, mais qui appelle à la connivence. Le travail se donne à voir: travail sur le temps étiré du rituel avec la préparation minutieuse des accessoires, travail sur l'espace et la lumière, qui souligne le vide consistant entre les êtres jusqu'au rapprochement des dermes, travail sur le mouvement des 2 corps qui matérialise les dynamiques de l'attraction, de l'hésitation et de la rencontre. Le jeu de correspondances est dense: rencontre du masculin et du féminin comme du jaune et du blanc de l'œuf, symbolisme de cet objet et évocation de l'oiseau dans la danse, rôle détourné du chant qui relaye l'indicible....

    Je vois là un objet artistique neuf et surprenant, beau et glacé cependant, qui ose mais en inspirant un sentiment de contrôle. Qui me paraitrait presque trop sérieux s'il n'y avait dans l’œil et sur les lèvres des interprètes cette étincelle de plaisir et d'ironie.

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    Rencontre avec Camille Mutel autour de la création Go, go, go, said the bird (human kind cannot bear very much reality) from micadanses - Faits d'hiver on Vimeo.

    Go, go,go, said the bird (human kind cannot bear very much reality de Camille Mutel , vu le 8 février au Générateur de Gentilly avec le festival Faits d'Hiver.

    Guy

    photo de Paolo Porto avec l'aimable autorisation de la compagnie

  • Aprés le Diable

    Comment se révèle-t-elle, cette étrangeté en nous, cette monstruosité, que Maxence Rey fouille de pièce en pièce? On ne croit plus au diable et en ses tentations, mais l'inexpliqué toujours nous inquiète, le point mort de notre rationalité, l'incontrôlé. C'est par le corps des interprètes qu'il surgit ici, entre grotesque et beauté. Ceux ci nous font toucher du doigt cet instant paniqué de la transformation, où la résistance abdique. De la fête de village selon Rubens à la la fête techno, le mouvement traverse les époques. Les pulsions se libèrent avec force, les visages grimacent, les ventres s'agitent et se tendent, les sens s'ouvrent, les regards s'aiguisent, avides. Quelques frôlements, des gestes francs, et explosent des orgasmes raides et muets. Les poses sont convulsées et les cris libérés, loin de la tête les bassins dansent. Dans sa troublante viscéralité, l'œuvre parait sévère jusqu'à ce que la drôlerie l'emporte, culminant irrésistiblement en une chanson folklorique réinventée.

    Teaser - LE MOULIN DES TENTATIONS - Cie Betula Lenta - Maxence Rey from Romain Kosellek on Vimeo.

    Le Moulin des tentations de Maxence Rey vu le 6 février au CDC-Atelier de Paris-Carolyn Carlson dans le cadre de faits d'hiver.

    Guy

  • A l'origine

    La lune est pleine, la pièce est vide. Pour l'éclairer une bougie suffit. C'est l'ombre qui sur le mur se dresse et danse, celle d'un ventre tendu en avant, qui donnera la vie, de seins dans l'attente. Les courbes puissantes dessinent l'idée, la chair est lourde, humaine jusqu'à la fragilité. La femme se tourne et le poids l'entraine, nue simplement, la respiration trouve son chemin. Elle cherche son équilibre entre pensées et convulsions. Une voix fige le temps. Quelque chose d'ancestral et futur s'impose et l'emporte. Quelques instants nous adorons une déesse mère, sereine et souveraine.

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    Luna Llena de Maïte Soler, musique de Damien Serban le 7 février en appartement avec Projektor.

    Guy

    photo par Fabrice Pairault