samedi, 05 avril 2014

Mayday Médée

Ils reviennent parmi nous, Médée et Jason, leur vie sous de bas horizons, pensées embuées de mots automatiques, regards fixés sur les mirages d’un bonheur normalisé. Sur fond de carton-pâte, leurs yeux s’ouvrent sur des sourires figés, mais ils ne se regardent pas l’un autre. Où sont les enfants? Disparus dans le centre commercial, tout comme la carte bleue, et autres accessoires obligés. Les nouveaux Dieux qui se jouent de Médée sont consuméristes, post-psychanalytiques, sa rébellion trop sourde, noyée, elle erre. L’écriture de Catherine Rihoit, profuse et concise comme celle de Copi ou de Pinter, se saisit de la normalité pour en mettre à vif toute la folie glacée, l’horreur, l’absurdité. Donc on rit. Comme souvent, ce rire intelligent grince. Emporté par le jeu en crescendo de ces beaux actrices et acteurs, drôles et désespérés, par la noire mise en scène, assumée.

 

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Médée fait ses courses écrit parCatherine Rihoit , et mis en scène par Laetitia Leterrier à la Comédie Nation

Guy

Photo d'Emmanuel Guillon avec l'aimable autorisation de la compagnie

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jeudi, 03 avril 2014

Derrière la porte

J’aime ces visites rêvées, odyssées dans ces rues de banlieue auxquelles on ne prêterait sinon jamais attention. Elles sont peuplées d’imaginaire, les maisons, ré enchantées. Les portes s’ouvrent, notre petite troupe rangée derrière le pavillon s’y engouffre, y découvre monstres et sirènes, d’étranges habitants. Ici une mante religieuse prête à dévorer les visiteurs refugiés au milieu du salon, là un couple d’esseulés qui parle sale par claviers interposés. Une autre demeure est habitée à tous les étages de Clocs, créatures sans queues ni têtes, rampantes, proliférantes et incontrôlées, qui forcent le contact sans prêter à communiquer. On en rit et on joue, quoique… Derrière un autre porche, trois femmes comme ensorcelées dans leur histoire de famille. Nous les regardons danser attablées sur le toit d’en face, à ne rien se céder, leurs ombres gigantesques projetées sur les murs au-delà d’un terrain vague comme des égos démesurés. Elles nous rejoignent dans la maison, scène idéale des conflits irrésolus, et nous jettent un sort pour nous entrainer dans leur jeu. Avec elles, avec les autres je danse, une fois encore.  

C’était Mantodea de Sophie Blet, Elle aurait voulu… de Raphaëlle Bouvier et Maxime Potard, Cloc de Anaïs Lelièvre, Vibrations solidiennes de Soizic Muguet, dans des maisons de Saint-Ouen avec Hors Lits.

Guy

Lire aussi : hors lit à Montreuil et Hors lits à Pantin

20:11 Écrit par guy dans Breve | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |  Imprimer

dimanche, 30 mars 2014

Féline

Née d’un chant, aux aguets (venue d’où ?), elle rôde. Elle tient l’espace d’une ligne à l’autre, glisse et fraie, et nous flaire, pas si farouche, en rencontres feutrées mais abruptes. Nous les spectateurs l’entourons sans l’emprisonner, tolérés. Sa sauvagerie affleure sous la peau: des os, des muscles, les mouvements ne semblent pas pensés.  Son corps ondule, son masque noir absorbe toute lumière, et humanité. Elle ne nous effraie plus mais fascine. Le récit est liquide, la musique ondule comme un décor de jungle, en  notes tenues, autour de son corps tendu. Au zoo de Vincennes, on ne reste pas plus que quelques minutes regarder tourner les grands fauves, mais il nous faut ce soir nous laisser aller. Ce soir importe plus le tableau que le geste, une invitation à redevenir premier.

danse,artdanthe,eric arnal burtschy

Ciguë d’Eric Arnal Burtschy vu le 26 mars (et en répétition) au théâtre de Vanves avec le festival Artdanthé.

Guy

Photographie de Laurent Paillier avec l'aimable autorisation de la compagnie

 

mardi, 18 mars 2014

Ghosts before Breakfast

Dans l’obscurité d’une salle de cinéma.

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L’écran tout illuminé d’une lumière orange, la composante jaune réfugiée au milieu, la composante rouge en gardienne des lisières.

Au pied de l’écran, la scène où officie Meryll Ampe, artiste sonore, qui taillade dans des sons récoltés dans le monde pour offrir un continuum bruitiste étrangement familier.

Dans la salle surgissent de la nuit deux figures parées de diodes cubitales. Dans cette pénombre, ces lumières fixés aux bras des danseurs sont des phares mouvants qui ressortent comme des ossements blancs dans une poussière noire. Les bras, porteurs de lumière, captent toute l’attention.  Les mouvements des autres parties du corps sont devinés plus qu’ils ne sont vus lorsqu’ils déploient ce ballet géométrique accompagné de la prestation sonore en train d’être créée.

L’expérimentation musicale développe son paysage en interaction avec l’expérimentation chorégraphique. La danse s’invente dans un territoire de contraintes, l’obscurité, l’espace d’un cinéma non pensé pour une prestation de spectacle vivant, le public habitué à la scène techno. Nous sommes dans un laboratoire.

C’était 'Extension du Domaine du Jeu' de la Cie Keatbeck, en duo avec Meryll Ampe, présenté au cinéma Balzac le 7 mars lors de la soirée Champs Magnétiques organisée par le collectif Supernova.

François

Photo avec l'aimable autorisation de la compagnie.

13:00 Écrit par guy dans Contribution | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer

jeudi, 27 février 2014

Etude en rouge

Qualité rare: la maitrise du temps, savoir le suspendre et le libérer, le tordre en ruban de Möbius, le faire revenir sur lui-même. La lenteur est un risque, récompensé. L’homme assis à sa table semble prisonnier d’une boucle, condamné à répéter les mêmes actes échoués, comme préludes à des drames. Les femmes s’accouchent et dansent, folles en blanc, disparaissent et reviennent.  Les personnages se croisent sur différents plans, en d’émouvantes intersections, à se voir peut-être, sans pouvoir se toucher. Qualité rare: la simplicité, en rouge et blanc, laine et tâche de ketchup, robes et marcels. Qualité rare : la densité, une grande force d’évocation pour laisser couver la violence du réel.

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Innommable n°3 – On dit que les chats ont 7 vies de Bino Sauitzvy vu à la Loge. Jusqu'au 28 février.

Guy

10:44 Écrit par guy dans Breve | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer

mercredi, 26 février 2014

We must be willing to let go de Krinsten Van Issum (photo par Lisa Klappe)

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22:54 Écrit par guy dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer

mardi, 18 février 2014

Gestes secs sur sol mouillé

T.R.A.S.H., à dire vrai,  j’appréhendais. Ses chutes, ses chocs, encore… répétés au risque de la dispersion. J’appréhendais à tort. Le discours s’est renouvelé. Mais l‘âpreté demeure, une énergie utilisée avec intelligence, et qui sous mine le propos apparent, l’esthétique des gestes. Ce que les deux danseuses exécutent pourrait être un discours sur la féminité. Avec l’opposition entre la beauté et le grotesque souligné de perruque et traits de fards. Le violon tend des boucles dures et sèches, les deux interprètes récitent express et sans ciller le catalogue à l'unisson, du classique au foxtrot. Mais c’est pieds dans l’eau, elles y luttent, glissent et chutent. Sur terrain instable, la danse est en danger, ainsi les clichés. Elles en émergent, rebondissent de plus belle, portée par cette tension l’énergie fuse en sauts. La danse est en sursis, au bord du vide, la fête belle et triste.

artdanthe,danse,kristel van issum,t.r.a.s.h.

We must be willing to let go de Kristen van Issum vu au Théâtre de Vanves dans le cadre d’ Artdanthé le 29 janvier.

Guy

lire aussi:

Pork in Loop vu en 2007, déjà à Vanves

To file for chapter 11 vu en 2008

Photo de Lisa Klappe avec l'aimable autorisation de la compagnie

mardi, 11 février 2014

In vino veritas

Autour de la table de famille, à chaque verre bu tombe un masque: cette création creuse le sillon des pièces de Brecht et de Largarce reprises par la même compagnie. La progression dramatique est vieille comme le théâtre, et d’une efficacité toujours redoutable. Années 90: une douzaine de personnage sont réunis pour le raout familial dans la maison de campagne: le grand père réactionnaire, le couple rescapé de mai 1968, la sœur un peu coincée, le voisin du cru, l’impossible pièce rapportée (chef d’entreprise)… La structure de la pièce apparait circulaire, cruelle et en spirale. Tous d’abord barricadés de conventions et d’enthousiasmes forcés,  mais peu à peu les résistances s’émoussent, à chaque tournée au jeu de la vérité les personnages rendent un peu plus les armes. Ils ont le vin mauvais. Et le rire jaune. Par petites touches reviennent au jour les espoirs déçus, les grandes et petites lâchetés, le grand soir au Chili qui fit long feu et le triste retour, les blessures familiales jamais refermées. Ne restent de ces passés en puzzle qu’amertumes, détestations et nouveaux préjugés, à présent la consolation de bien modestes utopies rurales. Que lèguent-ils d’espoirs à leurs héritiers en rase campagne? C’est la cohésion chorale des acteurs dans cette création collective qui m’épate, l’appropriation et création de chacun des personnages, assez typés pour tous trouver leur place, assez profonds pour ne pas se laisser épuiser. Qui nous posent cette question: par nos actes quelles valeurs laisse-t-on?

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Nous sommes seuls maintenant, création collective de la compagnie In Vitro mise en scène par Julie Deliquet, vu au théâtre de Vanves le 3 février

Guy