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Un Soir Ou Un Autre

  • Spectacle vivant

    Le spectacle vivant se voit, vit et se meurt à chaque instant. (A son sujet écrire ne sert à rien, ni tenter de retenir, mais pourtant encore ici j'écris, avant d'oublier....) 
    Donc maintenant sur scène Christine Armanger, en douceur, vit, égrène les instants - ce soir nous en partageons ensemble 2900 -pour les laisser s'enfuir, elle mesure ceux écoulés depuis sa naissance. Considère les états de soi depuis alors: enfant, fille, jeune femme... et  tous ceux à venir jusqu'à la mort. La mort. Le mot est lâché. En toute lucidité.
     
    Il y a d'abord une incroyable audace, regarder la mort en face, au mépris de toute considération commerciale en faire d'emblée le sujet de cette proposition, ni juste un ressort dramatique, ni l'angle mort du récit.
     
    Il y a le regard, calme et résolu, cette lucidité. Ni pathos ni détachement. L'ironie œuvre en toute intelligence, à l'inverse d'une dérision qui viendrait miner le propos. A vue méditent les vanités: le crâne, ce train électrique qui roule inlassablement...  La voix raconte et renverse les points de vue, le corps s'engage en nudité dans des tableaux saisissants pour échapper à l'étroitesse du présent. Sont évoquées sur ce thème les sensibilités des siècles passés, de l'effroi à la truculence, dans une indispensable relativité. Jusqu'à l'ultime rendez-vous, quand entre le personnage tant attendu.
     
    Il y a enfin la vie, et toutes les surprises que celle-ci peut réserver. Ce soir très particulier, le corps de la performeuse est fort d'un enfant, à quelques jours de la délivrance. Extraordinaire circonstance pour la création de la pièce, celle-ci ayant été conçue antérieurement. Les formes puissantes du ventre, des seins, disent, encore plus que les mots, des millénaires de filiations, remettent le sujet en perspective. C'est de la vie dont elle parle ici.
     
     
    Guy
     

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    Photo GD

  • Festin froid

    L'espace se déplie sobre, respire comme celui d'un jardin zen, insensiblement: quelques objets, juste elle. Autant de possibilités silencieuses pour un récit en pointillés. Ce plan elle y obéit, avec quelle logique? Ne pas mettre les équilibres en péril, ne pas déranger cette cérémonie composite. Au corps de la performeuse de se plier en poses pour prolonger la stricte géométrie des choses, de supporter sur la pointe des pieds le poids de l'enclume. Les gestes en ordre. Elle est si proche, mais seules les rumeurs du dehors troublent l'ailleurs de cette étrange temporalité. Le kimono est sage, il se gèlerait ici tant de distance, s'il n'y avait parfois l'ombre de ce sourire sur son visage. Sans une plainte, sa bouche porte la lame du couteau, alors qu'elle se renverse: frisson et danger. Soudain, et sans ciller, l’oignon est offert en sacrifice. C'est un festin froid, d'une ironique frugalité. Nature morte: seules les lumières soulignent l'émotion. Durant ce parcours somnambulique, mon attention pourtant ne faiblit pas, même si ma raison reste coite. Le partage s'affirme enfin avec un verre de vin.

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    Not I de Camille Mutel, vu le 28 janvier 2019 au Point Éphémère dans le cadre du festival Faits d'hiver .

    Guy

    Photographie de Charlène Yves avec l'aimable autorisation de faits d'hivers

    A propos de Camille Mutel

    A propos de faits d'hiver

    propos de Point éphémère

     

     

  • Génération Mahaut

    Direct en connexion avec Mahaut, la belle debout à 1 mètre, et séduit aussitôt. De rires en rires, depuis 2 ans le show s'est épuré. Mis de coté les tics du stand up, 100 % authentique. Le personnage continue à se construire autour de la personne, drôle et excessive, sensuelle et féminine, tendre et caustique, superficielle et érudite, trash et raffinée, charnelle et intellectuelle, en bref Drama Queen. Piles de la génération fin XXème siècle, les anecdotes dessinent une belle mosaïque. Dans la fausse candeur de ses confidences de fêtes et d'after, on recherche les contours de la vérité. On suppose que plus c'est incroyable, plus c'est vrai. Mais de toute façon on croit ce qu'elle veut, on rit quand elle le décide, à ses prises de risques, sa présence appuyée sur l'intelligence des textes et la richesse des langages. Politique, sexe, travail, société... Tout est tourné en dérision et tout reste à vif, la génération M cherche sa place dans le labyrinthe, fébrile. Avec la joyeuse élégance de ne pas en faire un drame.
     

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    Drama Queen de Mahaut , vu à la Petite Loge le 8 décembre 2019.
    Les dimanches à 19H00 jusqu'au 22 décembre.
    Guy
     
  • Seule, ensemble

    Soulèvement: le sujet serait dans le titre. Mais n'est ce pas paradoxal de danser la révolte en solitaire? Toute seule (et soulevée?), la chorégraphe et danseuse, sous les regards bi-frontaux des sages spectateurs de Chaillot. Sous des clameurs enregistrées- de meetings, de match, de concert? - le personnage de la jeune femme de tout son corps s'emporte et s'excite. Cette rave est-elle un rêve, un fantasme dansé en chambre? Une contagion paradoxale par l'ivresse collective, les écouteurs aux oreilles, regard en dedans? Chacun est star dans son miroir, ou dans son selfie: le personnage se transforme Mylène Farmer par escalade de play-back, boots, bonds et fringues argentées. C'est plus que physique, c'est jubilatoire.
    En s'appropriant une culture très populaire Tatiana Julien fait le grand écart avec les voix enregistrées de Gilles Deleuze et autres Edgar Morin, hédonisme frivole et sérieuse politique se superposent. Dans l'audience séduite mais impassible, je tape du pied et m'interroge à rassembler ces contrastes en une cohérence, tandis que la performeuse danse seule, et toujours plus fort, ce qui ailleurs remue habituellement en groupe. Cela nous suggère-t-il que, peu importe le sujet social en jeu, il ne serait que prétexte, le soulèvement serait lui la rencontre et l'exécutoire des trop pleins d’énergie? 
    Lorsque la transe l'a portée jusqu'au bout de l'épuisement, la danseuse devenue boxeuse, prend voix- et c'est un moment fort- pour porter les mots de Camus, partager la difficulté d'être au monde, seul ou ensemble. Et elle trouve peut-être la réponse en une nudité surprise et joyeuse, pour sauter, glisser et bondir dans le public souriant et complice, lui distribuer des câlins mouillés. In extremis, par cette belle rencontre et le concours bienvenu des incantations de Patti Smith, le passage au collectif est bien consommé.
     

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    Guy
     
    photo d'Hervé Gozula avec l'aimable autorisation de la compagnie
  • Au monde

    Cette soirée est dite partagée, car s'y présentent deux compagnies. Mais le partage se fait d'abord avec moi (le public), de ces risques que prennent les deux solistes, chacune à la fois chorégraphe et interprète. J'aime cette forme, directe et sans filtre, dans son intensité sans appel. Même avec le soutien de son équipe- musique, lumière, scénographie- l'artiste reste seul, dans cette expression de soi, quelque soit la distance que le propos chorégraphique tente d'installer entre le corps et le regard.
     
    Eva Assayas apparaît à la scène dans un paysage étrange et lunaire, hérissé de rochers incertains, elle y vient comme à la vie. Les mouvements d'abord au sol semblent en quête, en recherche de contexte et d'identité. Dans nos pensées flottent les références au roman inachevé de Camus- le premier homme. Chaque instant, le rapport au monde que suggère les gestes est dilemme, au bord du renoncement. Tout est dans le faire, l'éffort. J'aime ce cheminement sensible dans ce beau costume moucheté d'incertain, déstabilisé par les sonorités électroniques alentour et les lumières vacillantes. C'est émouvant. Elle se lève. Où va-t-elle?   
     

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    Sans avoir à s'imposer, en douceur, Marie Simon est une évidence. Sa nudité déplace le sujet de la pudeur vers ce que ses mouvements pourraient cacher des émotions en jeu, autant que de les révéler. Car, dans "Soie" il s'agit encore du rapport entre soi et le monde. Dans cet enchaînement d'états d'âme et de corps, tout prend un enjeu fort et rien n'est hésité. Vitalité, richesse, exigence. Soutenue par le rythme de l'oud, aucun temps mort dans cette danse, même dans les ralentissements et interrogations. La danseuse témoigne d'une belle assurance par des gestes qui tombent toujours juste, au bord de l’insolence. Je chercherais en vain ici de la fragilité, je trouve-qu'on me pardonne de l'écrire- une grande beauté.
     

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    Le vrai lieu d'Eva Assayas , Soie de Marie Simon, dans le cadre du festival signes d'automne au Regard du cygne, vu le 22 novembre 2019
     
    Guy
     
    photos par Jeanne Michel avec l'aimable autorisation du Regard du Cygne
  • Guerre, paix et camaraderie

    Le cinéma est l'art le plus vivant pour nous permettre d"écouter ce que les morts ont à nous dire. Tant que des institutions comme la cinémathèque permettent cette mémoire de survivre.
    La Tragédie de la mine (Kameradschaft en vo) réalisé par Georg W. Pabst (Lulu, la rue sans joie...) porte un fort message pacifiste, européen et internationaliste. Inspiré par la catastrophe de Courrière, qui vit des mineurs allemands venir au secours de leurs camarades français bloqués dans la mine, l’œuvre de 1931 veut conjurer le souvenir de la grande guerre. Mais l'épilogue, où l'on voit les militaires des deux pays refermer la frontière souterraine dont l'effraction avait permis le sauvetage, présage tristement celle qui viendra 8 ans plus tard.
    Réalisé de manière brute et directe, le film s'appuie sur l'authenticité de décors naturels, et une mise en scène qui scrute la vérité des hommes et les femmes. Les français y parlent le français, les allemands l'allemand, mais sur l'essentiel corps et visages se comprennent. C'est pour le spectateur contemporain une expérience où le temps et la distance ne périment rien. Pour nous encore, l'émotion s'impose dans le mouvement de l'action sans mélo ni musique. La sobriété des dialogues et du jeu imposent le courage et la solidarité des personnages comme des valeurs évidentes, qui ne nécessitent que peu de débats. Les films ne parviennent pas à empêcher les guerres, mais ils persistent à témoigner

    Guy

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  • Démons, bambous, communauté

    La communauté circassienne se forme en cercle- "teh dar", dans le dialecte de l'ethnie K'ho, signifie tourner en rond autour d'un feu - et il ne s'agit plus dans cet art du cirque, si fort et exigeant, de mettre en valeur des prouesses individuelles. Au rythme soutenu des chants et percussions sont rejouées ensemble les scènes de la vie villageoise: fêtes, travaux des champs, cérémonies avec masques de démons, jeux, défis, séduction. La vie quotidienne et les rites sont réinventés, chorégraphiés par le groupe en mouvement.
    Les bambous et les corps se combinent sans efforts apparents en constructions dynamiques et collectives, toujours renouvelées, comme la culture qui dans une société se transmet d'année en année, tel un organisme vivant. La tradition inscrite dans les timbres d'instruments traditionnels s'amplifie d'improvisations en gammes modernes, les rites s'enrichissent de jonglages et d'acrobaties. Pour mes yeux de spectateur occidental un voyage vers cette culture, aussi riche que juste dans son esthétique.
     
     
    Tehr Dar, du nouveau cirque du Vietnam vu à La Villette le 7 novembre. Jusqu'au 1 décembre.
     
    Guy

  • Corps et cordes

    Depuis Man Ray, qui peut encore ignorer les correspondances entre le violoncelle et le corps féminin? 
    Ce soir la rencontre se fait à nouveau, une fusion qui s'opère en trio: deux danseuses et un instrument. Qui évoluent ensemble avec délicatesse et fragilité, entre les trois on ne pourrait glisser une feuille de papier. Le regard creuse les gestes, interroge ces interdépendances, et refuse toute impatience à voir ces lentes évolutions, prudentes. Ces mouvements se vivent sur le mode des sens sans facilités, de la profondeur, sans brusquerie comme de peur que l'instrumentent en suspend ne tombe, que le charme ne se rompe. Refus du spectaculaire, temps retardé et pesanteur abolie, mais dans l'espace concentré au milieu de l'obscurité prospèrent les détails: rondeur de la chair démentie par l'aigu de l'archet, vertèbres dorées des dos nus en harmonie avec le vernis ... Rien autour si ce n'est l'obscurité pour laisser le champ libre à l'espace musical. Cette dimension s'avère essentielle, consubstantielle. La note tient, ample, consistante. Sa vibration constante installe la permanence. Née du frottement des cordes, elle s'amplifie, se renforce d'harmoniques et entoure les corps en retour, leur rend le sens, nous aussi plongés dans ce cocon de son.

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    Marsyas de Flora Gaudin, vu au Point Ephémère le 25 octobre dans le cadre du festival Zoa
     
    Guy
     
    Photo de Jeff Humbert avec l'aimable autorisation de Zoa
  • L'homme est-il bon?

    Ils reviennent loin avant. Profondément. Avant la culture, avant le langage, les vêtements, avant les codes sociaux qui ordonnent les distances entre leurs corps. Les sept performeurs dansent le retour à un état premier. Impossible utopie, nus, ils la tentent.
    C'est dire qu'aucune construction d'ensemble n’apparaît, mais des évidences crues: chacun laissé libre de creuser obsessionnellement sa gestuelle, sa frénésie, son obsession. chacun explore des gammes d'émotions comme vierges: excitation, douleur, agressivité, plaisir, sexualité... Mais un trait d'union: le rythme des percussions qui fait converger les danseurs dans un même crescendo. Et la scénographie brute des tas de bois, dans l'espace  bétonné du sous sol du C.N.D.. On y voit une représentation évidente du niveau zéro de la sociabilité, celui du rassemblement primitif autour du feu. ce dispositif induit un premier embryon d'organisation, des rondes qui vont tout autour s'accélérant, et le bois devient accessoire, arme, instrument, alors que les performeurs partout se déploient.
    Se pose la question de la relation. De la relation entre eux, sans que la notion de méchanceté mentionnée dans le titre ne m'apparaisse évidente au vu des interactions que j'observe. J'y vois surtout de la rudesse, mais de l'innocence. Le groupe tend à exister, interagir, se structurer, peut-être avec des dominants/dominés, des pulsions, on ne peut le nier, mais sans intelligence. Des idiots ensembles. Surtout quelle est la relation avec nous, qui avons été invités dans le même espace réduit qu'eux, sans sièges, ni conventions ni repères. Les plus prudents collés aux les murs, les plus téméraires assis au milieu. Où se placer, se déplacer, par rapport à ces corps dénudés? Nous sommes fascinés et embarrassés, confrontés à ces démonstration de force et de puissance, bousculés sur le trajet d'une horde suante, au delà de l'épuisement. Pas le temps de spéculer sur des implications politiques. Le rythme nous gagne aussi, à leur unisson, sans repères temporels. Gardons nous cette distance, sommes nous tentés nous aussi par la sauvagerie ? 

    C'était A Invenção da Maldade de Marcelo Evelin vu au C.N.D. le 15 octobre 2019

    Guy

  • Mme Stéphanie et Docteur Aflalo

    Pour cette conférence performée, Stéphanie Aflalo s'est dédoublée: l'une sur scène , l'autre sur un écran de télé.  Est-ce le corps et l'esprit ? Un dédoublement de personnalité? Le cerveau gauche et le cerveau droit? La tête et les jambes? L'une ordonne, l'autre exécute, les deux philosophent, s'interrogent. Nous interrogent vers essentiel jusqu'à l'impossibilité, en passant chaque fois par la drôlerie. On en sortira joyeusement blindé d'incertitudes.  
    Dédoublement: l'auteure met l'actrice à l’épreuve, sans complaisance. Dans un rythme contre-intuitif. D'abord une attente qui s'étire- l'absence portée jusqu'à sa limite- puis le corps et la voix de la Stéphanie Aflalo physique sous la contrainte de rafales de consignes de son double cathodique. C'est alors que tout le talent fuse, juste, la force d'expression s'impose chaque fois instantannée.
    L'irréprochable rationalité du questionnement de l'une, suscite de l'autre de joyeuses réponses faites de créativité absurde, qui transcendent la rationalité. Et quand la philosophie a achevé son entreprise d'auto-destruction, sur un fond irréductible d'inquiétude, sortie de secours pour ne pas finir en cendres avec le chant et la musique. 
     

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    Création de Jusqu’à présent, personne n’a ouvert mon crâne pour voir s’il y avait un cerveau dedans de Stéphanie Aflalo ,vu le 25 octobre 2019 au Point Ephémère dans le cadre du festival Zoa.
    Zoa continue jusqu'au 30 octobre
     
    Guy
     
    image avec l'aimable autorisation de Zoa