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Un Soir Ou Un Autre

  • Lacher prise

    Le reproche récurrent fait à la danse contemporaine, est qu'on y comprendrait rien. Étrange procès auquel pourtant échappent la plupart des formes artistiques, musicales ou autres, tant que nos yeux et oreilles y sont habituées. Ou résignées. J'ai relu ce soir plusieurs fois la feuille de salle du Crépuscule des baby dolls. Sans rien n'y comprendre, et ça n'a aucune importance. Ni de déterminer s'il s'agit de danse. Ni de construire, ou non, une interprétation. 
    Plutôt, je me laisse surprendre par les corps à rebours de tous gestes attendus. Je me laisse happer par ces mouvements d'humeurs qui s'expriment autrement. Je me laisse enivrer par ces courses, ces étreintes, ces gestes qui fusent et tremblent. Je me laisse emporter et séduire par ces étoffes et nudités. Je me laisse enthousiasmer par cette énergie du collectif. Je me laisse explorer par toutes ces sensations. je me laisse amuser par les clins d'œils et les refrains. Je me laisse persuader que tout est possible et se déplace encore plus loin. Je me laisse contaminer par cette transe créative, ludique, chaotique exigeante pourtant. Pour finir, je me laisse prendre par la main pour danser.
     

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    Le crépuscule des baby dolls, du Corps Collectif , chorégraphié par Nadia Vadori-Gauthier vu à Mains d'Oeuvres le 14 septembre 2017
     
    Guy
     
    photo par Dominique Sécher avec l'aimable autorisation du corps collectif
     
    PS communiqué de Mains d’œuvres
     
    Comme vous le savez, le bail de Mains d’Œuvres avec la Ville de Saint-Ouen arrivera à son terme le 31 décembre 2017. Depuis plusieurs mois, nous avons proposé un dialogue constructif à la Mairie de Saint-Ouen, pour que Mains d’Œuvres poursuive ses activités auprès des artistes-résidents, des habitants, des associations, des partenaires sociaux-éducatifs dans ses locaux actuels. Nous avons proposé des solutions y compris pour le conservatoire que la Mairie veut installer en lieu et place de Mains d’Œuvres. Sans succès(...)
  • Vinyl nostalgie

    On ne revient jamais en arrière, vraiment. Et il n'existe plus de choses telles les boules de flipper, les hygiaphones, les petits tickets de métro jaunes. Juste des souvenirs de vinyl écoutés 100 fois dans des chambres surpeuplées. Revenir en arrière, on essaie pourtant, c'est peut-être ce qu'on appelle prendre du bon temps. Dans tout ce Rock 'n Roll, c'est plus que jamais une histoire de nostalgie, de réplique. Qui nous amène au stade de France voir des hommes murs jouer à redevenir des adolescents qui eux-même rêvaient d'être les Rolling Stone. Les riffs claquent toujours bien net, Louis Bertignac cultive le mimétisme jusqu'à commencer à ressembler à Keith Richard vieux, tempéré par de drôles de grimaces à la Harpo Marx. La fille du groupe s'est faite virer, on se retrouve tous entre pré-adolescents. Bons Enfants. Notre age mental descend:libération. La voix d'Auber plus que jamais emprunte de naïveté, les paroles toutes autant, chantées à l'unisson par la foule. Téléphone ne prétendait pas refaire un autre monde, tout juste le rêver, avec des rythmes binaires et rimes évidentes. C'est ce qui sauve aujourd'hui l'affaire. Voire les textes n'ont jamais changé, seulement la bombe humaine est redevenue d'actualité. Tout cela n'a plus beaucoup d'importance, on se laisse aller et on chante, et on danse.

     

    Les Insus (portables) au Stade de France le 15 septembre 2017

    Guy

  • Anges au delà de l'Amérique

    Les années Reagan, les années sida... la pièce de Tony Kushner se date là, millésimée, mais s'en évade. C'est l'un des points forts de cette mise en scène, de s'arracher à cette temporalité, aux lieux, au final de parler plus des anges que d'une Amérique. Sur un fond de crises: de souffrance, de justice, de spiritualité. Ces personnages, surtout des hommes, essentiellement des homosexuels, sont essentiellement interprétés par des actrices, ce décalage laisse du jeu dès le départ. Une fois solidement caractérisés, le ton juste, ils échappent pourtant à des contours trop nets. Au fil du texte-fleuve, généreux, les lieux surgissent et s'effacent d'un coup de projecteur, éphémères, sans que la clarté des multiples lignes narratives n'en soit troublée. Tant que reste éclairé le plus important: le chemin-assez onirique- que les personnages font vers eux-mêmes, autant vers l'intime que le politique. Et le reste autour bouge sans cesse, tout particulièrement me grisent ces moments où je peux m'égarer entre ce qui tient de la convention scénique et des hallucinations qui guident les protagonistes: de l'apparition du fantôme d'Ethel Rosenberg au diorama mormon. L'un des enjeux majeurs du théâtre est de nous faire accepter de nous déplacer, et tout autant de laisser libres, même ivres, dans ce déplacement.

     

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    Angels in America de Tony Kushner; m.e.s. par Marcus Garzon, vu au Théatre de l'Ecole Normale Supérieure le 24 juin 2017

    Guy

     

  • Signaux forts

    Évoquer l'autisme et d'autres troubles mentaux, c'est le projet du solo de Sophie Blet. Le savoir change tout de mon regard, me guide dans ce que je perçois de cette danse, des apparents désordres qui s'y manifestent. L'être ici semble multiple, ses mouvements singuliers. Mais, au rebours des premières apparences, je peux y lire une cohérence. Le corps s'exprime fulgurant, en expressions de nécessités, autant de tentatives à vif de communiquer une souffrance réprimée. Intentions tenues: le langage articulé ici avec pudeur, en équilibre délicat entre l'étrangeté et la justesse, évite les pièges de la sensiblerie. Esquisse le dessin de l'hypersensibilité, renforcée par la  musique et vidéo: sur des surfaces blanches et froissées, comme tourmentées, sont projetées des sensations de fournaise. Ces murs de papiers seront fait pour être déchirés et franchis.

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    Cette expérience particulière me renvoie à la constante difficulté de percevoir ce que, non verbalement, la danse exprime, et ce qu'elle seule exprime. Rester en état d'écoute, pour recevoir, faiblement ou de plein fouet, ces signaux, les traduire, les reconstituer, se les approprier. Ou hélas s'agacer des redites dans le vocabulaire, échouer dans les malentendus, même dans une froide incompréhension. Comment jamais la danse réussit elle à communiquer avec nous?
     
    A-tique de Sophie Blet vu en fin de résidence le 23 juin à Micadanses
     
    Guy
     
    photo de Pauline Pénelon avec l'aimable autorisation de la compagnie
  • Harmonies

    Vernissage? Je n'aime pas ce mot sage qui fige et limite, tant ici la peinture vit et déborde, libre. Les toiles de Bernard Bousquet vibrent de couleurs et de générosité. En très grand format, avec des ondes qui se prolongent tout autour. Les performeurs font se matérialiser cette énergie, sans rien en retenir. Jean François Pauvros peint l'espace sonore de teintes élémentaires sans temporalité qui contrastent avant de se mélanger, il soulage soudain la tension d'une toute simple mélodie. Éléonore Didier est à la fois corps et support, raccord, juste toile moins nue que bariolée, en retenue, sans plus besoin d'agir mais plutôt d'être ici en belle harmonie. Simplement tout rend heureux.
     

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    Performance de Bernard Bousquet (peintures), Jean François Pauvros (Guitare) Eléonore Didier (danse) au Générateur de Gentillly le 27 juin. L'exposition de Bernard Bousquet est visible jusqu'au 9 juillet
     
    Guy
     
    Plus de photos ici, qui rendent mieux justice aux couleurs : Album flickr du Générateur
     
     
  • L'amant de Lol V. Stein

    Dire Duras est un risque tant cette langue en impose. "Rapture", inspirée du "Ravissement de LOL V. Stein" parvient à échapper à la langue de Duras, à cette monumentalité. Elle y échappe, mais vers quelque chose de tout autant interrogatif et désespéré. Au fond, une forme de fidelité. Ce qui dit sur scène est repris littéralement du texte de l'auteur ne résonne plus vraiment comme tel, appartient maintenant à la pièce. Et la pièce s'échappe également en s'ouvrant à une toute autre histoire d'oubli, l'histoire d'un père malade, douloureuse différemment. Reste l'indétermination. Sur la scène nue, il n' a pas de lieux, juste les idées des lieux, exprimés par des surtitres, par la frontière d'un rideau, de même que T-Beach n'est que le signe de Trouville sur mer. Dans cette épure, tout l'autour est indéterminé. Ainsi dans l'intensité des regards et l'engagement des corps, on en revient à l'essentiel, l'obsession de situations que les personnages sont condamnés à revivre dans le flou de leurs souvenirs. Est ce là une définition de la folie? J'en suis affecté.

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    Un autre soir: l'amant. Dans un lieu particulier: ce café, associatif, à Pantin, dans le soir qui tombe, ni volets ni rideaux, sans séparation entre le dehors et le dedans. Un monologue. Le choix fait cette fois est celui de la fidélité au texte du roman, mais qu'il faut faire exister. que nous l'acceptions. L'actrice se tait, sourit, crée le silence. Elle est belle. Entre de longues pauses, le texte va la rechercher. Quand il est prêt. Ce texte au passé, mais fort et vrai. Alors l'actrice se met parmi nous en mouvement et nous l'apporte. En face de moi une jeune femme témoigne d'une exceptionnelle attention, immergée, sa concentration est contagieuse. Pourtant, quand le personnage raconte qu'elle faisait l'amour tout en recevant tous les bruits, les odeurs, les ombres et lueurs de la ville à travers les persiennes, nous mêmes spectateurs attentifs et justement perméables percevons les allés et venues au dehors du café, tout ce réel, et parfois l'actrice elle-même s'interrompt pour les observer. S'en imprégner? Certains préfèrent alors fermer les yeux. Mais les souvenirs n'arrêtent pas la marche du temps.
     

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    Rapture, d'après Marguerite Duras, mis en scène par Noëmi Ksicova, vu à Mains d'Oeuvres le 13 juin
    L'amant d'après Marguerite Duras interprété par Yuika Hokama mis en scène par Yves Noël Genod, vu à Pas si loin le 16 juin
     
    Guy
     
    1ere photo de Jérome Pierson avec l'aimable autorisation de Mains d'Oeuvres
    2eme photo GD
     
  • Déconstruction

    C'est donc minimaliste, obsessionnel, assumé comme tel. Je comprends vite qu'il ne me sera offert dans la pièce d'Ayelen Parolin que des variations, l'exploration de niveaux d'intensité. Les deux danseurs travaillent à l'unisson, en aller-retour des bras et oscillation du buste, bassins rivés. Dans l'économie du mètre carré au sol. Je peux me laisser enivrer par ces répétitions, ces dérapages trés contrôlés, portés par les martellements rythmiques, les accords, les clusters de la pianistes, ses effets percussifs. Cette apreté ne me déplait pas. Je peux me placer à ce niveau très sensoriel, tenter d'y rester perché, et en même temps ressentir de l'empathie vis à vis de la dépense physique des danseurs, bien mise en visibilité.
    Mais je réfléchis... Et je lis la feuille de salle, constate les efforts du rédacteur pour mettre en rapport la pièce avec "la condition humaine, soumise aux impératifs d'efficacité et de rentabilité". Et je prends alors conscience d'être moi même un peu fatigué de chercher encore et toujours du sens à toutes ces pièces minimalistes et répétitives, qui se ressemblent un peu, et dont les plaisirs s'évanouissent vite. Je retombe.
     
     
    Et, au même programme, Jan Martens. Quel télescopage! Sans crier gare, Jan Martens renverse par terre tout l'édifice spectaculaire. Le performer commence à s'installer désinvolte avant la fin de l'entracte, lumières allumées, consulte son son mur facebook et fait ses selfies, le tout projeté sur grand écran. Puis benoitement, il rédige au clavier ses 13 objectifs pour sa performance de la soirée: être provocateur, classique, minimalisme.... Nous avons beau être en période électorale, lui tiendra toutes ses promesses.  En usant d'un humour un peu potache mais réjouissant, d'une approche chorégraphique fraiche, d'une honnêteté radicale: il s'affaire seul à la danse, au son et aux lumières, c'est strictement entre lui et nous. L'exercice est radical et salutaire, les mécanismes de la scène mis à nu. Ce n'est surement pas l'effet recherché (et dans d'autres pièces Jan Martens a autant qu'Ayelen Parolin sacrifié au minimalisme et à l'épuisement du geste) mais il m'est ensuite difficile de repenser à la performance précédente avec sérieux.
     

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    Hérétiques d'Ayelen Parolin et Ode to the attempt de Jan Martens vu au théâtre de la Ville le 7 juin 2017
     
    Guy
     
    photo de Ode to the attempt par Phile Deprez avec l'aimable autorisation de la compagnie
     
  • Jamais vu?

     
    Ils sont jeunes, très jeunes, tous jeunes, autant les spectateurs que les performeurs, organisateurs, qui circulent tous rôles alternés sur les trois étages de la soirée. Avec le droit d'essayer, de sauter sans filet, de se planter, de grandir, et tout à coup de poser là des moments parfaits. Est-ce là de l'alchimie? Il ne s'agit pas de génération spontanée, et tant mieux. La Ville en feu désacralise en beauté Stravinsky, démonté depuis ses soubassements très sexués jusqu'à un chant à la hauteur.  Il ne suffit pas, il n'est pas nécessaire, d'être insolent. Juste par exemple se souvenir de l'enfance, commencer par faire rouler une petite voiture: Cover, dansé en duo sensible, est présenté comme un projet basé sur la reproduction de spectacles passés, et il me semble pourtant assister à quelque chose de neuf et enthousiasmant... Autre exercice d'appropriation: les chanteurs de FARF is another se livrent, avec toute la distance de la voix off, à un exercice de reprises qui transcende la vacuité. J'ai même droit à l'intimité d'un selfie-karaoké (pour découvrir, que France Gall, c'est très horizontal), et il ne s'agit pas de prise de risque. Parce que ce n'est pas grave. Parce qu'ici c'est ailleurs. Un espace plus habitable qu'habité, mais vierge pour accueillir en un projet ouvert l'imaginaire de ces propositions. Ni intimidant, ni usé. Bien sur, les "lieux" que l'on connait, ouvrent leurs portes eux aussi, ils ont leurs générosités et prennent leurs risques. Mais est-ce jamais assez? Et ici il y a le sentiment que tout s'autorise, se détend. Que c'est possible.
     
     
     
    Chimique(s) #2 conçu par  Moïra Dalant et Marine Colard, vu le 2 juin, avec:
    - FARF IS ANOTHER de et avec Valentine Basse et Gregor Daronian Kirchner
    - COVER de et avec Elsa Michaud et Gabriel Gauthier
    - Le Sacre du Printemps du collectif La Ville en Feu - avec Garance Silve, Alex Bouchni, Louise Buléon Kayser, Giula Dussollier, Simon Peretti, Maxime Bizet, Thomas Bleton, Justine Dibling, Marius Barthaux, Agathe De Wispelaere, Myriam Jarmache, Juliet Doucet et Jean Hostache
    - Fake Nature de Ana Monteiro - avec Ana Monteiro et Moïra Dalant
    - Le Tir Sacré séquence duo - avec Sylvain Ollivier et Marine Colard
    - Installation ROOM#2 du Collectif Les abattoirs, par Anaïs Morisset, Marine Colard et Moïra Dalant
     
    Guy

  • Pas froid aux yeux

    Tirée à quatre épingles, on lui donnerait le bon Dieu sans confession... avant qu'elle ne déchaine toute la force de ce monologue frénétique et sacrilège, à classer triple X. L'affaire a commencé en douceur. Le phrasé de Stéphanie Aflalo est millimétré. Fausses hésitations et silences calculés qui sèment le trouble, petites ambiguïtés, légers abandons. Il faut cela: le texte de Georges Bataille est à contenir avant de le libérer, un torrent à canaliser pour en garder tout le débit. Et il arrivera un beau moment où la comédienne se laissera de tout son corps chavirer, portée par la violence érotique ainsi libérée. Maitrise de la distance dans le jeu, ce sera drôle aussi: tout le joyeux et le grotesque de ce récit obscène, et donc aveuglant, est mis à nu, par les excès mêmes de ses transgressions. Stefanie Aflalo remet du beau désordre dans Bataille.
     

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    Histoire de l'œil d'après Georges Bataille par Stéphanie Aflalo, vu à la Loge le vendredi 19 mai 2017.
     
    Guy
     
    photo (droits réservés) avec l'aimable autorisation de la Loge
  • Ici d'ailleurs

     
    La musique souffle où elle veut, migre du Brésil à l'Uruguay, s'envole de Londres aux clubs de jazz new-yorkais. Elle nous en revient métissée, pour se poser juste le temps d'une soirée ici entre amis, riche de rythmes d'ailleurs et de mélodies partagées. Elle transporte odeurs et souvenirs, du pianiste Horace Silver qui évoque son père venu du Cap Vert, des lendemains de carnaval à Rio, des mélancolies milongas et tangos. La guitare danse, la voix se lève et le sax nous caresse. C'est tout sauf une musique de salon, même si jouée en appartement, mais une musique qui nous ouvre pour parler ici avec ceux qui viennent d'ailleurs.
     
     
    Gianfranco Grompone (sax tenor), Javier Pizzaro Cerda (guitare) , Carolina Parodi (chant), chez Marie B. le 20 mai 2017.
     
    Guy