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Un Soir Ou Un Autre - Page 5

  • Jamais vu?

     
    Ils sont jeunes, très jeunes, tous jeunes, autant les spectateurs que les performeurs, organisateurs, qui circulent tous rôles alternés sur les trois étages de la soirée. Avec le droit d'essayer, de sauter sans filet, de se planter, de grandir, et tout à coup de poser là des moments parfaits. Est-ce là de l'alchimie? Il ne s'agit pas de génération spontanée, et tant mieux. La Ville en feu désacralise en beauté Stravinsky, démonté depuis ses soubassements très sexués jusqu'à un chant à la hauteur.  Il ne suffit pas, il n'est pas nécessaire, d'être insolent. Juste par exemple se souvenir de l'enfance, commencer par faire rouler une petite voiture: Cover, dansé en duo sensible, est présenté comme un projet basé sur la reproduction de spectacles passés, et il me semble pourtant assister à quelque chose de neuf et enthousiasmant... Autre exercice d'appropriation: les chanteurs de FARF is another se livrent, avec toute la distance de la voix off, à un exercice de reprises qui transcende la vacuité. J'ai même droit à l'intimité d'un selfie-karaoké (pour découvrir, que France Gall, c'est très horizontal), et il ne s'agit pas de prise de risque. Parce que ce n'est pas grave. Parce qu'ici c'est ailleurs. Un espace plus habitable qu'habité, mais vierge pour accueillir en un projet ouvert l'imaginaire de ces propositions. Ni intimidant, ni usé. Bien sur, les "lieux" que l'on connait, ouvrent leurs portes eux aussi, ils ont leurs générosités et prennent leurs risques. Mais est-ce jamais assez? Et ici il y a le sentiment que tout s'autorise, se détend. Que c'est possible.
     
     
     
    Chimique(s) #2 conçu par  Moïra Dalant et Marine Colard, vu le 2 juin, avec:
    - FARF IS ANOTHER de et avec Valentine Basse et Gregor Daronian Kirchner
    - COVER de et avec Elsa Michaud et Gabriel Gauthier
    - Le Sacre du Printemps du collectif La Ville en Feu - avec Garance Silve, Alex Bouchni, Louise Buléon Kayser, Giula Dussollier, Simon Peretti, Maxime Bizet, Thomas Bleton, Justine Dibling, Marius Barthaux, Agathe De Wispelaere, Myriam Jarmache, Juliet Doucet et Jean Hostache
    - Fake Nature de Ana Monteiro - avec Ana Monteiro et Moïra Dalant
    - Le Tir Sacré séquence duo - avec Sylvain Ollivier et Marine Colard
    - Installation ROOM#2 du Collectif Les abattoirs, par Anaïs Morisset, Marine Colard et Moïra Dalant
     
    Guy

  • Pas froid aux yeux

    Tirée à quatre épingles, on lui donnerait le bon Dieu sans confession... avant qu'elle ne déchaine toute la force de ce monologue frénétique et sacrilège, à classer triple X. L'affaire a commencé en douceur. Le phrasé de Stéphanie Aflalo est millimétré. Fausses hésitations et silences calculés qui sèment le trouble, petites ambiguïtés, légers abandons. Il faut cela: le texte de Georges Bataille est à contenir avant de le libérer, un torrent à canaliser pour en garder tout le débit. Et il arrivera un beau moment où la comédienne se laissera de tout son corps chavirer, portée par la violence érotique ainsi libérée. Maitrise de la distance dans le jeu, ce sera drôle aussi: tout le joyeux et le grotesque de ce récit obscène, et donc aveuglant, est mis à nu, par les excès mêmes de ses transgressions. Stefanie Aflalo remet du beau désordre dans Bataille.
     

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    Histoire de l'œil d'après Georges Bataille par Stéphanie Aflalo, vu à la Loge le vendredi 19 mai 2017.
     
    Guy
     
    photo (droits réservés) avec l'aimable autorisation de la Loge
  • Ici d'ailleurs

     
    La musique souffle où elle veut, migre du Brésil à l'Uruguay, s'envole de Londres aux clubs de jazz new-yorkais. Elle nous en revient métissée, pour se poser juste le temps d'une soirée ici entre amis, riche de rythmes d'ailleurs et de mélodies partagées. Elle transporte odeurs et souvenirs, du pianiste Horace Silver qui évoque son père venu du Cap Vert, des lendemains de carnaval à Rio, des mélancolies milongas et tangos. La guitare danse, la voix se lève et le sax nous caresse. C'est tout sauf une musique de salon, même si jouée en appartement, mais une musique qui nous ouvre pour parler ici avec ceux qui viennent d'ailleurs.
     
     
    Gianfranco Grompone (sax tenor), Javier Pizzaro Cerda (guitare) , Carolina Parodi (chant), chez Marie B. le 20 mai 2017.
     
    Guy
     

  • Eclairages

    La lumière renoncée, comment ce corps sur scène nait-il à notre conscience? Il se fait deviner, dessiné d'ombres, fractionné dans cette obscurité presque parfaite. C'est la partition musicale, toute en tension, qui en continuité l'entoure, qui tout du long souligne sa présence. Ce corps s'impose dense pourtant, beau et puissant. Avec une chair masquée de noir même, que soulève une respiration souterraine, en des poses essentielles. Pré-historique,cette femme mue ou nait. Le solo est grave et sobre, entêté. Il suscite en moi des pensées obscures et étonnées, mes mots posés à l'aveugle sur le carnet se perdent. Indéchiffrés. D'où elle est, la danseuse nous voit-elle distinctement tenter de la deviner?
     
    Mais je ne vois rien ou presque de la proposition suivante, aveuglé par une lumière stroboscopique et vive, je le regrette. L'instinct de survie l'emporte: je ferme les yeux. Il y a là peut-être, à terre, un personnage nu et innocent, grandissant dans le cocon de nappes sonores qui vont et viennent.
     
    C'était Palimpseste 17 4, aventure electro-acoustique avec Capture de Maite Soler (Danse) et Florent Colautti (musique), et Essor mélancolique de Denis Sanglard (danse) et Blas Payri (musique), au théâtre du temps.
     
    Guy
     
  • Folk Dance

    Les peaux de bêtes ont la respiration profonde, la mémoire longue. En émerge un corps qui revient de loin, nourri des traditions. Prêt à toutes les insolences et métamorphoses. II lui faut d'abord se prêter à un rite de passage, se grimer de noir. Laurence Pages évoque l'esprit de la samba et du carnaval. Et ouvre le moment festif où tout serait permis, l'identité collective, le folklore ravivé. Pourrait-on la suivre, à son exemple oser se transformer? Ses mutations sont spectaculaires, son corps engagé, humaine et animale, prête à mordre ou griffer, ours ou bélier. Masculine ou féminin en sa semi nudité, lutteur moustachu et belliqueux, ou en sensualité débordante. Là où elle me trouble, c'est par ce balancement joyeux entre transe et connivence, comme une shaman d'occident.

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    Pour qui tu te prends de Laurence Pagès, vu en présentation professionnelle au Centre National de la Danse le 28 avril 2017
     
    Guy
     
    photo de Maïa Jannel avec l'aimable autorisation de la compagnie
  • De Tokyo à Paris

    Au rythme de ce soir je ne pourrai bientôt plus m'étonner de rien. Tout m'est délicieusement incongru.
    L'affiche est bariolée, surchargée de beaucoup de noms pour moi tous inconnus. Le festival entier est importé du pays 18010344_1384526504920175_2549349666346440660_n.jpgdu soleil levant, mais plonge coté obscur de l'underground. Attaque brute ce soir: le saxophoniste éructe free tandis qu'un couple se livre à une démonstration savante de Kinbaku. La femme s'élève encordée sur la musique groupe de jazz Cosmos report (allusion à Weather Report? Peut être dans son incarnation la plus sauvage). Et les propositions se suivent, variées, en sets de vingt minutes qui évitent de lasser. Jamais de ma vie je n'avais écouté du glam-punk japonais. Avec Sister Paul, ça c'est fait.18057678_1384524868253672_5998410155620722714_n.jpg Comme dans tous les duos électriques qui suivent, la batterie cogne binaire, avec une énergie revigorante et les amplis saturent. The Tug aussi décape les oreilles en structures basiques, Reiko Nagayama les apaise avec des accents folks, avant que Kokkei no door ne remette des décibels. je suis évidemment frustré de tout ce qui m'échappe, en néophyte, de ces expressions de (contre)culture, amusé de reconnaitre les avatars des courants musicaux anglo-saxon, du folk au rock, avec chaque fois une couche en plus. Est-ce un contresens de croire que ce plus est fait en grande partie d'extravagance, de fantaisie, de second degré? Mais 18336995_10210561621415227_1305883010_n.jpglorsque, sur la musique de Kuri, glissent des danseuses vêtues des peintures de Ibuki Kuramochi, pas besoin de traduction.
     
    C'est une soirée du festival Paint Your Teeth in Paris #2 (Festival japonais alternatif ) organisé par l'association Art Levant , le 21 avril au DOC
    il y avait cette soirée là :
    - film "precut girl" (Eric Dinkian avec Karin Shibata) + shibari (de l'école des cordes)
    - Cosmos report : free jazz + Niels Mestre (guitare élecrique) + shibari
    - Sister Paul : punk
    - Bonkichi (Reiko Nagayama) : folk personnel
    - The Tug : rock "garage"
    - Kokkei no door : hardrock "fantasy"
    - Ibuki Kuramochi + Kuri (accompagnement musical) + Léozane Wachs + Laureline Mialon (danse)

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    Guy
     
    Photos avec l'aimable autorisation de Sylvain Kodama
  • Tellurique

     
    Plus de dix ans que je vois danser Maki Watanabe, même bien avant de tenter de l'écrire, mais cela pourrait être depuis vingt, toujours je reviens. Je reviens, comme hier, m'abandonner à cette même immédiateté, épancher le même besoin d'absolu et d'évidence. Quand la danse alentour devient trop raide, trop contemporaine, trop consciente, trop conceptuelle, trop calculée, trop asséchée, il me faut à nouveau voir Maki faire déferler ce qui est souterrain, faire ressurgir une émotion originelle ou proche de l'abime de demain. Elle le peut, par le travail d'un corps qui sait exprimer soudain cela. Mais comment, je ne saurais l'expliquer. La fusion nait hier de manière quasi improvisée avec de nouveaux partenaires qui véhiculent la même puissance tellurique: Michel Deltruc et Patricia Dallio. Leur musique gronde et soulève des ondes qui la propulsent en territoires inconnus.
     

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    Maki Watanabe-danseuse-, Michel Deltruc-batteur percussionniste et  Patricia Dallio-olitherpiste, lutherie électronique- le 29 avril au Générateur de Gentilly dans le cadre d' ((Ow-Ao))#4: 3 artistes chaque soir et 6 rencontres inédites de performances et improvisation jusqu'au 2 mai.
     
    Guy
     
    Quelques secondes ici:
  • Sous la laideur

    Pas reluisants ces récits qui poissent, contes de la laideur ordinaire. Des histoires incorrectes d'homme-pipi, d'handicapé manipulateur, un souvenir d'enfance glauque, un quasi éloge du viol...  Ce texte fascinant tend des pièges évidents... qui sont ce soir élégamment évités. Ni pathos qui l'alourdirait, ni humour lourdingue pour désamorcer le malaise. Assez de détachement dans le jeu des trois acteurs, mais une présence forte, de l’étrangeté pour toujours intriguer. Beaucoup de respiration laissée autour de ces monologues logorrhéiques, des scénettes muettes et des actions banales posées sans gratuité avec des objets quotidiens, de la danse dans la belle évidence du langage corporel, une couche sonore subtile qui enrichit l'ensemble. Tout est dans le silence et la retenue qui ancre dans le caché du quotidien, dans le non dit. Dans le trouble. Tant et si bien que la proposition reste grande ouverte. A pouvoir vouloir dire beaucoup. A ressentir, par exemple, que la laideur inavouée affleure sans cesse dans nos vie, que la parole peut la soigner. Ou tout autre conclusion.
     

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    Non que ça veuille ren dire- brefs entretiens avec des hommes hideux d'aprés David Foster Wallace , mis en scène par Perrine Mornay, vu à l’Échangeur de Bagnolet le 3 avril 2017.
     
    Guy
     
    photo Perrine Mornay avec l'aimable autorisation de la compagnie
  • Stand Up!

    Bonjour, je m'appelle Guy, vous êtes mes lecteurs, je vous aime, et j'ai vu- pour moi une première fois- un spectacle de stand up, avec Mazine puis Mahaut: c'est un genre libre mais très codifié, des jeunes gens qui parlent au public seuls debout devant un micro sur pied, et sans décors, accessoires tolérés (ils ont juste le droit d'être habillés sans pour autant être costumés) et chacun s'accommode à sa façon de cette limitation dans le jeu: Mazine, bien campé, joue bien du minimalisme,il s'autorise tout juste à sourire et Mahaut plus physique flirte joliment avec la contrainte, toujours au bord de s'en évader, bouge en féminité. Ils me parlent- et bien sur à mes voisins- en flux continu, sans s'arrêter, comme les chaines d'information: un mot, puis une phrase, en entrainant une autre par associations d'idées- un peu comme dans cette chronique- à presque me faire croire à tort à force de transitions acrobatiques qu'ils improvisent leurs textes (biens écrits), c'est en tout cas agréablement étourdissant. Ils prennent quand même le temps de respirer, donc marquons une courte pause...
    Donc: ils me parlent de beaucoup de sujets, de leur vie, de politique... Je suis moins intéressé quand ils me parlent de politique- je comprends qu'ils le fassent car c'est un sujet universellement partagé, et installé dans les codes du stand up, mais qui se trouve justement banalisé, où il est difficile de s'affranchir du "politiquement correct"; je ris bien mieux quand ils me racontent des histoires censées leur être arrivées. Parce qu'ils me parlent d'eux... mais pas vraiment. Ils parlent à la première personne, leur parole vient d'un "je" mais qui n'est pas vraiment le leur. Ils construisent des personnages, qu'ils tournent en dérision avec le récit de (més)aventures qui leur sont, plus ou moins, vraiment arrivées. C'est la version live de l'autofiction. Mazine, tout en cynisme, nous dit d'emblée qu'il est arabe pour aussitôt revendiquer de ne pas être réduit à cette seule identité. Mahaut ouvre le show en déconstruisant son (vrai) prénom. Très parisienne, paraphrase de Nietzche à la clé, elle raconte sa vie en une course effrénée de terrasses en soirées, en rupture de bcbgisme. Mazine met en scène un papa intimidant, Mahaut fait beaucoup parler une maman qui n'est pas vraiment sa vraie maman (quitte à déstabiliser la maman véritable qui est justement l'amie que je ce soir viens soutenir ici, elle même venue découvrir et soutenir la version scénique de sa fille, toutes deux donc fictionnées). A un moment ou un autre ils s'arrêtent et on applaudit...
    Et surtout, heureusement, Mazine, Mahaut, sont très drôles, ils sont jeunes et beaux, moi aussi je les aime.
     

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    Mahaut, précédée de Mazine, vus le 29 mars au petit théâtre du Kibélé avec Kandidator.
     
    Guy
     
    photo de Mahaut avec l'aimable autorisation de sa maman
  • Je suis Zoulou

    Pourquoi, immédiat, ce frisson qui me prend, dés qu'en réponse aux appels du soliste s'élèvent les voix du chœur masculin? D'où vient ce déferlement d'émotions? Qu'ai-je de commun avec ces 10 chanteurs et danseurs venus de si loin: du village de Ngabayela-Umsinga, puis de Johannesburg? Ils portent une tradition qui m'est étrangère-: l'isicathamiya issu de l'héritage zoulou et des mutations culturelles de l'Afrique du sud. J'en avais juste entendu les échos dans le disque Graceland de Paul Simon. Mais je ressens la parenté avec toutes les musiques qui m'émeuvent du gospel au funk: celles où se rencontrent l'Afrique et l'Occident.
    Ils sont mieux sapés que je ne le serai jamais, avec une excentricité réjouissante, le chant à capella est hypnotique et entêtant, puissant comme le cours d'un fleuve. La danse, souple et énergique, ré-ancre dans la temporalité. Elle permet au delà de la barrière de la langue zoulou, de partager avec des gestes immédiats les récits racontés ici: thèmes comiques, tragiques ou poétiques-"qui a mangé l'oiseau qui était sur mon épaule?"- au sujet de guerriers, d'amour, de migrants, mise en garde contre le sida.... Et il suffit de répondre à leur invitation à venir danser un peu avec eux sur scène pour prendre part à cette expression d'universalité.

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    Phuphuma Love Minus, vu le 23 mars au théâtre claude Lévi Strauss du musée du quai Branly.
     
    du 25 mars au 2 avril
     
    Guy
    photo de Vuyani Feni avec l'aimable autorisation du musée.