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  • Censure locale: lettre ouverte de Pierre-Jérôme Adjedj au maire de Saint Germain en Laye

    Monsieur le Maire,

    j'ai appris aujourd'hui avec émotion que vous étiez intervenu pour demander l'annulation d'une représentation de la compagnie Chicos Mambo, au seul motif que le contenu vous a choqué / déplu / incommodé (rayer la mention inutile s'il y en a, et compléter si besoin). 

    Je me permets de vous dire qu'une telle attitude relève pour le moins de l'ingérence dans le travail de l'équipe du Théâtre de Saint-Germain, et un désaveu sur ses choix. Je dois cependant admettre que de telles situations sont loin d'être rares; partout en France, des salles municipales aux réseaux nationaux, du nord au sud et de l'est à l'ouest, ce triste spectacle se reproduit. J'y vois trois raisons principales, symptomatiques d'une déviance quant à la façon de positionner la culture :
    • Trop souvent, le payeur (vous) se sent le droit de vie ou de mort sur les choix artistiques (qui relèvent de l'équipe que vous mandatez)
    • Trop souvent aussi, la culture n'est utilisée par les élus que comme un mieux-disant à visée électoraliste, ce qui entraine un alignement des choix artistiques sur "ce qui plaît".
    • Trop souvent enfin, le payeur (vous toujours) peut finir par confondre son goût particulier avec le goût général.

    Or, le rôle d'une institution culturelle est justement de proposer au public ce qu'il ne sait pas encore qu'il aime; c'est à cette seule condition qu'on peut sortir de cette logique de consommation qui finit par gangréner le spectacle vivant et l'aligner sur la télévision et le cinéma commercial.

    Je n'ai aucun conseil à vous donner, mais de mon point de vue, vous avez tout à gagner à laisser entrer dans votre ville la surprise, l'inattendu, le déroutant, le choquant pourquoi pas... C'est comme un bon froid sec : ça fouette le sang et ça aide à se sentir vivant, ça pousse à parler à l'autre, à le renconrer au lieu de le côtoyer seulement dans la promiscuité en velours de la salle de théâtre. Cette vie dans la cité n'a pas de prix, elle stimule la capacité à inventer l'avenir !

    A l'inverse, si votre objectif est de laisser vos administrés se confire dans le conformisme des idées reçues, alors ne dépensez plus un euro dans la culture, c'est de l'argent gâché ! Le conformisme, nous y glissons toutes et tous sans même nous en apercevoir si rien ne vient nous réveiller. Supprimez le budget culture, les élus chargés de la voirie et des bacs à fleurs vous béniront, ainsi qu'une grande partie de vos administrés.

    Comptant sur votre bon sens et votre sens des responsabilités, je vous prie d'agréer, monsieur le Maire, l'expression de ma considération distingué...

    Pierre-Jérôme Adjedj, 
    Auteur / Metteur en scène

  • Habiter

     

    On entend: "Je suis trés sélectif dans le choix des personnes que j'invite dans mon appartement, et qui peuvent ainsi me voir dans mon intimité"(1). Nous y sommes pourtant, chez lui, dix spectateurs, dont presque autant de parfaits inconnus. Sans qu'un mot n'aie été échangé entre nous et eux deux lors de notre entrée ensemble quelques minutes auparavant, il y a aussi assis ici Thibaud Croisy, l'auteur et occupant des lieux, et debout son interprête, Sophie Demeyer, nue maintenant.

    De quelle intimité s'agit-il, dans ce texte? Que nous est il ici offert à regarder, à part cette femme évidemment- mais qui parait déja ailleurs? La pièce est blanche et dépouillée, trés loin d'être vide cependant (Je pense au chapitre de La Vie mode d'emploide Georges Perec- qui n'a pas influencé Thibaud Croisy- où sont énumérées toutes les choses qui quand même restent dans un appartement quand il se retrouve vide de ses habitants). Dans cette pièce (supposée) habitée, nous pouvons voir un canapé brun, un coussin jaune, des étagères vides, une cheminée avec un exemplaire de Martine fait du théatre et un lecteur de cd, un coin cuisine avec four, plaque chauffante, évier, plan de travail, placard, lave-vaisselle lave linge et réfrigérateur, une casserole, une poubelle, un paquet de pâtes barilla, une table, et sur cette table quatre bouteilles de bière vides, un gâteau entamé, du papier, un tube d'aspirine, une assiette avec quelques restes de pâtes, des couverts, du papier, un cd, un morceau de pain, un torchon, des miettes et un cendrier plein. C'est peu- juste quelques reliefs d'activités insignifiantes- mais assez pour déja suggérer (qui donc d'ici tout à l'heure est parti, ou depuis plus longtemps?). Suggérer que dans cet espace se sont imprimées les traces d'invisibles présences. Mais les occulte pour le moment la présence plus qu'évidente, forte et intimidante, de cette jeune femme dénudée aux cheveux ras, on la reconnaît. Avant de posement se déshabiller, la femme a rangé tous les objets, effacé toutes les traces, les reliefs du repas: s'il est possible le moment est vierge. Dans cette petite pièce où nous cherchons notre place, cette jeune femme qui maintenant est nue est trés proche de nous, à portée de main, mais lointaine tout autant. Le visage impassible, sur un autre plan. Dans un autre temps? Peu à peu sa nudité se fond dans l'immobilité. Dans la neutralité. La peau une surface plane. La présence de l'auteur, à ce moment, pèse peu. Pas plus que nous-mêmes visiteurs il ne semble vraiment occuper les lieux. Sans plus de légitimité. A notre image, il observe la femme nue, retenu, et ne parle pas plus. Mais ensuite nous entendons sa voix, alors que la jeune femme, glisse le cd dans le lecteur. La femme reste lisse, mais d'autres présences s'esquissent au fil du récit que l'on entend, des noms d'occupants dont les traces ont survécu sur le papier d'actes notariés. Pour l'auteur et nouvel occupant, cet espace, même nu, ne peut pas être vierge. La femme, même nue, porte-t-elle de même une histoire en elle? La pièce se remplit, irrésistiblement, mais d'hypothèses nouvelles. Et son volume blanc de vides différents, emboités, à combler. L'auteur raconte qu'il a enquêté, déduit de pièces et de documents qu'une autre femme est morte, ici même dans cette pièce, il y a trés longtemps. C'est le début, ou la fin, d'une histoire qui ne sera jamais écrite, juste ouverte. Et jamais refermée? L'auteur raconte qu'un jour il fit l'amour ici par terre, à cet endroit même où mourut l'ancienne occupante, avec une quasi-inconnue. Dit il vrai? Pendant ce temps, la femme accomplit les gestes d'un quotidien iréel, s'allonge sur le canapé. Aprés prépare un repas. Toujours sans expression ni émotion. Ailleurs. Tout se déroule comme dans un film, silencieux, en noir en blanc somnambulique. Des gestes restent inexpliqués, des objets sous le canapé. La femme semble habitée. Bien qu'elle semble nous voir, parfois. Qui est elle? Ou que reproduit-elle? Est-elle le fantôme de l'autre femme morte plusieurs dizaines d'années auparavant, à l'endroit exact où nous sommes à la regarder? Et sommes-nous, nous-mêmes, à cet instant en cet endroit vraiment, dans l'appartement, ou des ombres également, échappés de nos vies évidentes? Nous ne le savons pas. Nous ne savons rien. Mais le repas achevé, la femme nue laisse la table dans l'état exact où nous l'avions trouvée en entrant. Les nouvelles traces qu'elle a posées devenues identiques aux précedentes. En vingt minutes la boucle est bouclée. Puis la jeune femme se rhabille, quitte avec l'auteur, sans un mot ni un salut, l'appartement. Ils disparaissent dans l'escalier. Reviendront ils nous hanter? ...Un blanc... Tous deux nous laissent donc seuls, dans l'appartement. Pour y faire quoi? Peut-être l'habiter, y trouver notre place, avec tous les autres occupants absents. Il ne se passe rien. Nous attendons un peu. Nous sortons.

    C'était Je pensais vierge mais en fait non, conçu par Thibaud Croisy et interprété par Sophie Demeyer, dans l'appartement de Thibaud Croisy, quelque part dans le XVIII° arrondissement de Paris.

    Guy

    (1) de mémoire.

    Lire et voir: Images de danse

    Photo de Jerome Delatour avec son aimable autorisation

  • Trois Soli à Mains D'oeuvres

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    C'est à Mains d'Oeuvres les 11 et 12 juin.

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