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Requiem , regard nouveau

Une nouvelle contribution de l'ami François, trés en forme:

Un spectacle très souvent s’oublie. Quand le mot 'spectacle' n’a jamais semblé aussi déplacé que ce soir-là, les 100 minutes de traversée du Requiem pour L. sont inoubliables, chargées d’une gravité rare.

Fabrizio Cassol, musicien, et Alain Platel, chorégraphe, se sont retrouvés pour aborder le Requiem de Mozart. Cette œuvre est un monument du répertoire classique, et les circonstances de sa création contribuent certainement à sa notoriété. Mozart fut emporté par la maladie avant d’avoir achevé la composition de cette messe des morts. L’inachevé historique est un appel à pousser l’œuvre vers d'autres territoires.

Sur scène se déploie un autre monument : un assemblage de stèles qui rappelle le mémorial de l’holocauste de Berlin. Pour les acteurs du Requiem pour L., qu’ils soient musiciens ou chanteurs, les stèles deviennent un banc, un socle de présentation, une mini-scène, une table. Le mémorial devient lieu de vie, lieu de danse et de musique.

A l’image de cet exemple du décor et de sa fonction, le Requiem pour L. mêle la vie à la mort. Jusqu’à l’extrême. Un immense écran remplit le fond de la scène. Pendant toute la durée du Requiem, un plan fixe montre L. , alitée, entourée par des proches qu’on ne peut que deviner. L. va s’éteindre peu à peu sous nos yeux, pendant que devant elle, les musiciens et chanteurs jouent, dansent et chantent. Ce requiem est une expérience bouleversante de rencontre frontale avec la mort, mais il affirme avec force que cette rencontre a lieu depuis le monde des vivants. Le spectateur se retrouve placé dans une situation où il côtoie la mort , un dispositif où paradoxalement la confrontation crée l’acceptation et peut-être même l’oubli car pendant que L. agonise, la musique, le chant et la vie continuent.

Les thèmes et les airs célèbres du Requiem sont adaptés ici dans un mélange de musique sacrée, de jazz et de musique africaine. Cette version audacieuse nous fait prendre conscience du formatage inconscient et des préjugés qui nous habitent. Par exemple, celui qui fait apparaître étrange de voir les airs lyriques du Requiem de Mozart chantés des blacks, par une soprano et un baryton africain habillés selon les codes vestimentaires du rap black et chaussés des bottes de caoutchouc des mineurs sud-africains. Le métissage inouï voulu par Cassol et Platel nettoie complètement les habitudes d’écoute et de regard.

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Vu le 26 septembre 2018 à l’Avant Seine à Colombes. Programmé au Théâtre National de Chaillot du 21 au 24 novembre 2018

Photo : © Chris van der Burght , compagnie Les ballets C de la B

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