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  • Ouramdane/Rambert: vers l'identité.

    Solo, soli: deux propositions où fusionnent les expressions du théâtre et de la danse, entre autres. Mais d'un exercice à l'autre l'efficacité fluctue. 

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    De la vision De mes propres mains le strict texte tend à s'estomper, même peine à exister. Manque-il de force, en deçà de l'évidence des mots du Début de l'A  ? Le texte est repoussé en périphérie du jeu, de la voix, des lumières, qui pour leur part captivent ensemble d'une main ferme. Nous tiennent, du récitatif ambulant et aveugle du début, au troublant dévoilement hermaphrodite du milieu, jusqu'au chant doux amer de la ballade qui clot. Mais on peine à retenir, en narration, de quoi il était question. Si le méta projet est de prouver qu'un texte créé il y a 15 ans pour un comédien homme pouvait se prêter à une autre identité sexuelle, voire rester d'un genre indifférencié, la demonstration est vite faite, et laisse en suspend. Le sujet en tant que texte même s'en retrouve plutôt sacrifié.

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    A l'inverse, le sujet de Loin..., de Rachid Ouramdane s'impose d'emblée. Essentiel et émouvant: la quête par l'interprète de son identité. Individuelle, familiale, collective, historique... Pour remplir les vides lancinants, tous les moyens sont bons ici, et jamais faux. En vidéo, Les images de pays d'aujourd'hui laissent deviner en flou les images des origines. Quant les images ont disparus, sont recueillis les témoignages des témoins survivants, en un français hésitant, pudique. Leurs souvenirs blessés, broyés par les enjeux politiques. Toujours restent des espaces béants, dans les angles morts de l'histoire sacrifiée, en Algérie, en Indochine. Quant il le faut, masqué, démasqué, Ouramdane tente de combler ces absences d'un monologue inquiet. Quand les mots font défaut, danse et gestes prennent le relais, révoltés mais et s'apaisent peu à peu, s'ouvrent sur des dimensions plus personnelles. Quand la mémoire individuelle s'épuise, les souvenirs survivent collectifs restitués par une omniprésente musique. Avec les Stranglers, Ouramdane recherche les héros disparus. Quand le monde mute, le théâtre comble en profondeurs nos amnésies, nous permet de nous reconstruire.

    C'était De mes propres mains/solo de Pascal Rambert avec Kate Moran, et Loin... de Rachid Ouramdane. Au théatre2genevilliers. Portrait/Portrait continue jusqu'au 22 mars, avec Les morts pudiques et Un Garçon debout.

    Guy

    Photos de Cybille Walter (De mes propres mains) et de Patrick Imbert (Loin...) avec l'aimable autorisation du théatre2genevilliers

     

  • Inusable Antigone

    Sophocle parle à 2 500 années de nous. D'un monde qui n'est plus, mais dont les tourments pourtant nous troublent, encore. Donc, est-on sensé jouer et voir jouer son Antigone comme de l'ancien ou du moderne? C'est un dilemme-piège: On doit surtout jouer Antigone tout court. Pourquoi pas de la manière dont Réné Loyon la met en scène: sobre et in extenso, sans coupes, ni facilités, ni gadgets. Scénographie minimale, costumes sobres, lumières concentrées. Denudée de repères temporels. De ce traitement la pièce ressort affutée, d'une beauté un peu séche. Qui s'impose à nous peu à peu, le temps que l'écoute se fasse à ces partis-pris. Des esprits routiniers pourront s'offusquer de la traduction vigoureuse et leste de Florence Dupont. Contresens. Le pire des anachronismes consisterait à faire parler Sophocle en français du XIX°. Quitte ne pas jouer Antigone en grec ancien comme devant des spectateurs d'époque ressucités, autant utiliser des mots contemporains et directs. Qui nous interpellent aujourd'hui, mais aussi d'une certaine manière comme si nous étions des contemporains de Sophocle. C'est que les acteurs jouent en proximité, le choeur nous prend à témoin, avec familiarité, s'adresse à nous en qualité de citoyens de Thèbes. Nous appelle à prendre position. Mais ce théatre, de quelle manière peut-on d'aujourd'hui l'écouter et le comprendre?

     

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    (Pour ceux qui ne seraient pas allés au théatre depuis 500 avant JC, il faut resumer l'intrigue: Créon, nouveau Roi de Thèbe, interdit qu'une sépulture soit donné à son neveu et traitre à la cité, Polynice. Ceci pour des motifs moraux et politiques mais à l'encontre de toutes les règles et traditions sacrées. Antigone, soeur de Polynice, désobeit, et accomplit les rites funéraires pour son frère. Créon condamne Antigone à mort, contre tous les avis persiste dans sa décision. Son obstination entraîne les évenements les plus funestes...)

    On peut donc écouter la pièce comme elle n'a pas été écrite, selon notre sensibilité contemporaine: comme un éloge de la révolte et de l'insoumission. Contre un ordre politique jugé arbitraire. Le monde est désacralisé, la légimité contestée, c'est morale contre morale désormais, Antigone se sacrifie pour une cause. On peut sinon considérer la pièce en puriste: ne reconnaitre que l'hubris de Créon, qui entend placer son propre jugement dessus des lois divines, qui rompt ainsi un ordre immuable, ouvre grandes les digues de la violence et des calamités- Malgré de dérisoires précautions: laisser Antigone mourir de faim plutôt que de la tuer, afin de ne pas être contaminé par le meutre. Et puis on peut ne pas choisir, et jouir de toutes les significations imbriquées. Ce théatre fondateur introduit sur la scène le dilemme moral, et ses affrontements en arguments et émotions. Le procédé donnera matière à des siècles de théatre dramatique. Et on peut regarder les personnages vivre dans leurs excès, douter et souffrir au delà de leurs principes. Tous, du roi au garde, sont vivants, Antigone et Créon dos à dos dans la folie, les autres entrainés dans la destruction, l'intensité du jeu confère à tous de la psychologie et de la profondeur. On peut prendre et comprendre cette  Antigone comme l'on veut, ce n'est pas la moindre des qualités de cette mise en scène.

    C'était Antigone de Sophocle, traduit par Florence Dupont, mis en scène par René Loyon avec Jacques Brucher, Marie Delmarès, Yedwart Ingey, René Loyon, Adrien Popineau, Claire Puygrenier. Au théatre de l'Atalante. Jusqu'au 31 mars.

    Guy

    photos de Laurencine Lot avec l'aimable autorisation de Marie Delmares