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  • La possibilité d'une pièce

    Est-ce trop? 

    Roboratif sûrement, compulsif, cabotiné, effusionnel, exagéré, long, trop plein même au point d'en écoeurer certains... Mais c'est qu'à la perfection, la forme répond au fond! En substance, au delà des histoires gigognes que l'on ne saurait résumer, la possibilité de la fiction est elle même dans cette pièce remise en question, crée la tension entre vide et accumulation. 

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    Il y a pour commencer un prétexte narratif digne du scénario d'un vieux Star trek. Dans un futur lointain et amnésique, les "intelligences" extra-terrestres qui nous gouvernent, exigent de se nourrir de nos fictions. Il faut donc en inventer, sous pression, et à partir de là se téléscopent en un joyeux syncrétisme les références littéraires et artistiques (de Bosh à Philippe K. Dick) et les esthétiques populaires: série B et chinoiseries, burlesque et soap opéra, non-sens et science-fiction, pièges logiques et effets à sensations, sous-marins et détectives privés, miss Venezuela et télé-réalité. Entre les différents niveaux de récits, le jeu en direct et les scènes videos se répondent avec jubilation. Question de survie, les innombrables personnages courent et créent frénétiquement, quitte à en faire des tonnes-il faut lutter contre le vide-, toujours au bord de l'épuisement. On devine la création, celle de la piece, pas seulement celles des pièces dans la pièce, trés collective. Dans cette lutte les uns incarnent les artistes - cet écrivain à succés réduite à se plagier elle-même-, les autres de froids logiciens s'éfforçant d'inventer des fictions combinatoires nourris de modèles mathématiques. Si la parabole est évidente, lorgnant vers notre société en besoins contradictoires de sens et de divertissements, et évoquant les eternelles difficultés de la création, on attendrait en vain des réponses. Les évidences s'effrittent en exacte proportion de leur apparente solidité: ceci par exemple n'est pas une plante, mais juste son idée, et l'on ne peut plus se reposer sur le calendrier grégorien. Cette troupe joue Spregelburd comme elle joue Copi: hilarante, grinçante et travestie, au mépris du bon goût, avec toujours affleurant quelque chose d'inquiet, voire de desespéré. Drôle, virtuose et agaçant, le projet porte en lui même son propre épuisement.

    C'était La Paranoïa de Rafael Spregelburd, m.e.s. de Marcial Di Fonzo Bo et Elise Vigier, avec Marcial Di Fonzo Bo, Frédérique Loliée, Pierre Maillet, Clément Sibony, Rodolfo de Souza, Elise Vigier, Julien Villa. Et c'était au Thééatre de Chaillot.

    Guy

    Lire le Tadorne, et Froggy's Delight.

    photos de Christian Berthelot avec l'aimable autorisation du Théâtre de Chaillot.

  • Just a Dream

    Dans la performance de ce soir c'est à notre tour de trouver notre position, d'en changer au gré des stimulations. Etre où il faut, discretement  empressés, hésiter, attirés entre différents pôles d'attraction, placer et déplacer nos regards dans ce cadre qui nous attend, beau et étrange, pour s'animer.

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    Ensemble, les uns par les autres dans ces mouvements influencés, mais sans pourtant entre nous vraiment communiquer, pour aussi y imaginer ce qui lie ces artistes pour un soir rassemblés, nous penétrons la pénombre. D'un quasi conte de fées, dans la profondeur d'un rêve. Les formes immobiles sont autant d'énigmes. Au mur de la lumière et l'eau, des sons sous-marins. Une femme est allongée. Figée, sauf sa voix: en blanc c'est une femme clinique, aux angles aigus. Son recit fuit, elle plonge au mur, se noie, les voix, elles aussi, se noient dans la confusion. Quelque chose émerge de l'inanimé, d'un amas de papiers, c'est un personnage emballé et maladroit, un objet télécommandé qui répond à des instructions tranchées, suivi par nos mouvements de foule. Nous l'entourons. Il obéit d'avant en arrière, dans ce cocon le désir est enveloppé, et cette enveloppe gonflée par une respiration. Tout est caché. Des sons viennent de partout, et des images, qui sur le blanc s'impriment. Puis le rouge gagne, pour une naissance lente, déchirée. Elle est noire dedans, cheveux argent. Son double la rejoint. Cela pourrait être de la danse ou le début d'une histoire. L'espace est ouaté.

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    Eveillée par notre attente, une femme sort du sommeil, défait l'infini echeveau de ses cheveux, soyeux, oeuvre sans se piquer le doigt, caresse un impossible instrument de musique. C'est une harpe à lames, aquatique, aux sons qui nous entourent, flous. Une femme miroir aux gestes peut-être buto nous renvoie d'autres images oniriques. Le rêve s'enfuit, dehors à Gentilly il fait nuit.

    C'était Killing the flirt, performance gestuelle et multimedia d'Anna Ventura: collaborations avec Serge Courtinat (No swimming pool), Camille Benecci (Isi et C in the box), Karinn Helbert (Poupée Kantor) au Générateur, dans le cadre du festival Frasq

    Guy

    photos (Droits réservés) avec l'aimable autorisation d'Anna Ventura

    ici le blog de Frasq