Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Marie Coquil et Philippe Combes: retour aux sources

    C'est surement exactement ce qu'il nous faut, aprés tant de soirées tendues et perplexes, toutes pleines d'enjeux mais toujours trop concentrées, presque saturées, à écouter en danses Marguerite Duras ou Miguel Bénasayag, ou à endurer de fastidieuses démonstrations d'inanité, ou à explorer d'ambigues frontières conceptuelles. Ce soir on revient aux sources. Pour deux fois trente minutes de calme intensité, pour des danses qui avant tout s'intéressent au corps avant tout (s'agissant de danse, ce n'est, en fait, pas toujours une évidence...). Pour deux performances d'une beauté très spartiate, d'une beauté aussi nue que le crane des deux interprètes.

    119c.jpg

    En premier Nicolas Mayet, chorégraphié par Marie Coquil. Visiblement en marche vers une allégorie de la vie. Commencée suspendue, en long manteau style Matrix, pour finir dans un complet dépouillement. Le chemin est dessiné en rectangle tout autour de la scène. Ce chemin mène-t-il à la sagesse? Pourtant l'homme tourne, alternativement calme, vif, délicat athlétique, determiné. Une épée de Damoclès au dessus de la tête. C'est allusif et bien dosé, d'une simplicité bien étudiée, inspiré et inspirant, toujours retenu avant de trop suggérer.

    Delphine Lorenzo danse ensuite Dromos 2, de Philippe Combes. Même plus d'accessoires, ni de fil narratif. Et une feuille de salle on ne plus elliptique. A peine du violon. Juste, ou surtout, un solo, sur plateau nu, en collant neutre: c'est à prendre ou à laisser. On prend. La pièce joue le corps inconfort, se focalise sur de petits mouvements d'interrogations, attardés, pieds hésitants, torsions existentielles. Rien n'interpelle, tout intéresse. Ou plutôt invite à s'abandonner, à revenir au plus prés de l'essentiel. La danse est trés loin du spectaculaire, sans renvoyer à d'autres objets qu'à elle même. En recherches d'équilibre. Brisées par des accélérations inquiètes. Le tout prés du sol, sans envols. La danse vaut pour elle-même, mais là en vaut la peine.

     

    C'était A mor(T...) la mort, l'amour et l'éternel, de Marie Coquil, avec Nicolas Mayet, et Dromos 2 de Philippe Combes (Compagnie Cave Canem) dansé par Delphine Lorenzo, à L'étoile du Nord, avec le festival Avis de Turbulences.

    Guy

    photos: site de l'étoile du nord

    P.S. La compagnie de Marie Coquil s'appelle "Pour un Soir": la rencontre etait écrite!

    Re PS: Et il y avait, pour attendre à l'Etoile du nord, cette video en boucle de Muriel Bourdeau (dont on vit Box l'an dernier). Mais la video était passée à l'envers: c'était mieux.


    Fringues-toi
    envoyé par madbom
  • Matthieu Hocquemiller recolle les morceaux

    Doit-on venir aux répétitions générales. Où doit on filer des filages? D'un coté on est trés heureux d'être invité, et avec des gens qu'on a plaisir à rencontrer. De l'autre, il y a toujours un projecteur ou autre chose en panne et qui sera réparé pour la générale, les photographes au premier rang qui font du boucan, sur scène une concentration qui se laisse encore trop voir et des enchaînements qui flottent un peu, derriere  la arton390.jpgconscience de l'absence de public, de son attente et de ses frémissements, et surtout partout la présence du chorégraphe, absolument sympathique mais absolument flippé, qui s'excuse d'avance de présenter tout sauf la pièce car elle ne sera bien vraiment réglée que le lendemain, nous demandant de ne pas trop juger mais nous laissant voir quand même, nous laissant confronté à l'injonction paradoxale parfaite. C'est d'autant plus perturbant pour une pièce qui s'efforce de réussir une juxtaposition de formes vers la synthèse. Ce soir, l'énergie semble encore trop retenue. Le danseur joue de la masse, bonne idée. Mais fracasser une chaise et deux paquets de céréales, c'est trop, ou trop peu. En conclusion, on a pas vraiment vu "J'arrive plus à mourir". Mais on va en parler quand même bien sur, ou au moins on va essayer de parler de ses morceaux.

    Mon tout parle du deuil de l'avenir, les parties sont constituées par autant de debris du monde qui reste. Les paradigmes sont ébranlés et les danseurs peinent à s'y raccrocher, tombent en belles glissades le long du toit de la maison. Se laissent aller à quelques pas de danse déglinguée et mains dans les poches, nous évoquent Joe Cocker à Woodstock, comme un pied de nez aux dernières utopies et idéologies du progrès. Ils se vautrent faute de mieux dans le consumérisme, infantilisés, renversant partout le pop corn, gavés de gelée rose jusqu'à la régurgitation. Encore un peu punk ou rock ou disco, bien que plutôt anesthésiés, trompent l'ennui en positions sexuelles dignes des pieces de Kataline Patkai, se laissent théoriser et commenter par Miguel Bénasayag. Même si à écouter le philosophe on reste sur sa faim, au moins ses interventions sont-elles intelligibles, et au coeur du sujet....

    Ce sujet est perilleux. Rodrigo Garciaest déja passé par là pour nous en dégouter. Ronan Cheneau et David Bobbé, bien que plus subtils quant à la mise en forme, ont achevé de nous déprimer. Heureusement, il y a ce soir des raisons d'espèrer. Déja dans les textes, d'un tout autre niveau. Dits au bord du gouffre et les yeux fermés, il y a dans ces mots l'ébauche de sourires même tristes, d'une élégance plus tout à fait desespérée. Déja de belles étincelles. Et quand tout est dit du marasme, reste ou nait l'envie de danser. Même avec inquiétude. Tout va mal peut-être, si le temps ne va plus en avant. Le théatre nous le fait juste constater, on veut croire que la danse peut nous sauver. 

    C'était "J'arrive plus à mourir" de Matthieu Hocquemiller, avec Elise Legros, Evguénia, Cyril Viallon et des entretiens en video avec Miguel Benasayag. C'était à Mains d'Oeuvres.

    Guy

    P.S. : A voir ici, le photos du gars bruyant au premier rang