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  • L'arbre Hélé

    Atsushi Takenuchi dansait et Claude Parle y était:

    Une sorte de spore géante en marche vers on ne sait quel impensable destin ...

    C'est l'image qui naît sous nos yeux au début de la performance d'Atsushi ...

    Avec des sons évanescents, des approximations de naissance, des tentatives de constructions ...

    Puis, calmement, après d'innombrables formes circulaires, ondulatoires, en tous cas cycliques, une forme de tige, de support semble se fixer là, au centre du plateau et s'ancrer dans une élévation tout aussi improbable que l'émergence du début ...

     Et là, petit à  petit, une incroyable métamorphose semble s'opérer ... Un vrai tronc, une vraie forme apparaissent ensemble avec la musique qui peu à peu prend corps et se structure ...

    Un tronc bourgeonnant, ramifiant, d'où une ébauche de branches s'élève puis se détache ...

    Progressivement, en effet, ces branches semblent s'épauler elles mêmes, s'affranchir du support qui les porte pour évoluer par leur force propre...

     C'est alors que, par la musique, on assiste à une sorte de tissage, d'entrelacement de ces branches, comme des lianes qui s'entrelacent à elles même jusqu'à en devenir impénétrables.

    S'entrelaçant à la musique en un ferme canevas qui s'érige en un splendide sous bois d'où semble filtrer d'impossibles soleils appelant l'homme, appelant l'espèce à l'image (人/類 :nin/gen) ...

    Une lutte s'enge alors entre verticalité et territorialité, entre branches et racines, entre l'air et la terre ...

    C'est d'un fruit recueilli dans sa consistance poudreuse que viendra le salut ...

    Il essaime, il envahit l'espace dispersé aux souffles des vents, il finit par retomber et envahir sa source même, divin pollen s'autofécondant, métamorphosant l'arbre en une sculpture hors de l'espace et du temps pour atteindre à l'essence même de l'arbre desséché, pétrifié au bord de l'abîme tel un guetteur ultime, une vigie intragalactique qui nous empêcherait de sombrer dans la folie qui sans cesse nous menace ...

    texte de Claude Parle à propos de Atsushi Takenuchi - HA-NE NO KI (L’arbre ailé) à Bertin Poiré

  • Des regrets: Sexamor de Pierre Meunier et Nadège Prugnard

    C'est une histoire de sexe, d'amour et de mort d'un homme et d'une femme, mais qui, artistiquement, ne se rencontrent pas. Vu le sujet, c'est embétant. L'amour c'est pourtant une question d'emboîtement. A notre droite Nadège Prugnard. Je venais pour retrouver la force de sa voix et de ses textes, tels ceux de M.A.M.A.E.. Je n'ai droit qu'à des "Qui veut m'enculer?", qui ne font plus glousser grand monde. A notre gauche, je découvre Pierre Meunier. Sa gaucherie généreuse et ses machines poétiques me consolent un peu. Mais le tout d'eux deux est inférieur à la somme des parties, sans mauvais jeu de mots. Ici les mots sont sans liant, monologuent sans dialoguer, ne se désirent pas, prisonniers du sujet comme Nadège Prugnard ruisselante de son préservatif géant. De l'entreprise, surnagent juste des beaux morceaux. Des scènes qui s'empilent, de temps mort en temps mort qu'on laisse ou qu'on prend. Il se retrouvent enfin tous deux ci et là lors d'un coït rude sous les branches, et en final la femme mise sur un piédestal, mariée ou princesse qui s'abandonne en équilibre sur une machine tendre. C'est tard.

    C'était Sexamor de Pierre Meunier et Nadège Prugnard, vu en novembre 2009 au théatre de la Bastille.

    Guy

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  • Chaud!

    On pourrait se croire dans une salle de danse: au centre deux blues brothers, le blanc et le noir, qui assurent en costard et lunettes, noeux pap', impec'. Ils bougent à l'économie, multiplient les fausses entrées et vraies sorties. Plus qu'un message ou un état ou un récit, c'est l'apparence érigée en art. Ne pas trop en faire, et l'air de ne pas se fatiguer, cool avant tout cool, tout dans la sape et la classe.

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    Ils s'approuvent et se renforcent du regard. Et font le show, efficaces et performants, se dépensent en danses afro, « coupé-décalé » et « warba » en lent, vitesse normale, accélérée. On est content et eux très contents d'eux? Ostensiblement, trop, mais la bonne humeur déborde et se communique à nous, mécanique. Jusqu à un certain point seulement. C'est-à-dire jusqu'à l'épuisement, thématique et physique, lorsque que cela se détraque, lasse, fatigue. Ils font le show, frénétiques, et on est emballé jusqu'à ce que cela s'emballe de trop, vers nous les projecteurs retournés. Pourquoi à un certain point, la magie spectaculaire doit elle s'évaporer. La question est habillement posée, drôlement, avec d'intéressantes correspondances avec « Paul est mort ? » vu dans le festival deux jours plus tard.

    Ce soir, le show est cassé. La rivalité, la jalousie s'insinue, entre les deux danseurs, sourires forcés et couteaux tirés, regards en coin, crocs en jambes et coups fourrés. Les gnons volent bas. Ca rigole plus entre les frères ennemis, on pourrait croire pour de vrai. Mais on a jamais rejoint la réalité. Artifice de théâtre, le sang n'a pas vraiment coulé. De là le show reprend ses droits. Poussé dans ses limites le noir danse magique et épate le blanc, qui se nourrit de ses mouvements. Enfin c'est champagne et musiques douces, derrière une facade bling-bling, un monde s'écroule.

     C'était ShowTime, de Philippe Ménard, avec Philippe Ménard et Boukary Sere, au théâtre de l'étoile du nord dans le cadre de faits d'hiver.

     Guy

     Photo par Christian Rausch