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  • Quand on était punk

    Quand 3, 4 spectateurs quittent la salle, c’est souvent bon signe. Quelque chose se passe, qui les dérange. Stone et Charnel, alias Joël Hubaut et Léa Le Bricomte, performent. Partant de là, tout est ouvert. Premières notes du concert, premiers mots, qui sont déjà brouillés. Les premières phrases qu’il dit portent, je crois, sur l’impossibilité de communiquer, et se perdent ensuite dans l’écho. Elle joue d’une guitare saturée, notes tenues, tendues, refuse les accords. Une seule chanson, sans contrastes, une grosse caisse préenregistrée frappe les cranes, très fort. Le répit qu’on attend ne viendra pas. Lui: las et lourd, spasmodique, agité, chapeau et lunettes noires, se déchire la voix et cabotine, vieillit en une heure. Elle: jeune, semble ailleurs, à contrecœur. On ne distingue pas les mots noyés et les notes brouillées. Pourtant le sens s’impose et pilonne. Aujourd’hui la crise, et demain ne sera pas vachement mieux. J'entends: tout est foutu mais rien n’est grave. Je me souviens des décibels punks, d’une autre crise, no future, la fin des 70’s. Elle tourne sur la scène et l’emmêle dans les fils, les distorsions, le larsen. Impuissance, bruit et déprime. C’est dur à supporter, et en un sens exceptionnel. Moins sexe que rock and roll, le couple se cherche, empêtré dans les fils, sans faim ni nécessité. La performance erre, dévie, s’achève à défaut de s’épuiser. La créatrice du festival interpellée par la performeur, apparait la première surprise du résultat, prise à contrepied. Ce festival vit.

    C’était Stone et Charnel, performance de Joël Hubaut et Léa Le Bricomte, dans le cadre du premier festival Zoa, à la Loge.

    Guy

    Stone et Charnel reviennent (mais comment?) au Générateur de Gentilly le 28 octobre...

  • Etats de nues

    Vous n’avez encore rien vu, et je n’avais encore rien vu de sous ma peau, au moment de l’extrait montré en janvier dernier. En 9 mois la gestation a fait son œuvre. J’avais alors vu, de ce trio de femmes, l’identité remise à zéro par la mise à nue. Une idée d’absolu. Masquées et anonymes, corps vierges et découverts. Des poses assises en clair obscur glissaient légères vers des affirmations de soi allusives, minimales, s’abstrayant de la vulgarité ou de la pudeur. Le corps se lisait lent, évoluant doucement dans un état d’érotisme suggéré, qui sait? Mais elles se transformaient déjà, par des exercices de monstruosité ou de laideur, au point d’abolir même la laideur. Les masques tombaient alors sur une interruption, ils tombent ce soir sur d’autres mystères. Des masques sous les masques, et plus encore.

     

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    Je croyais la ligne bien tracée depuis ce début, mais ce soir les mues continuent, d’autres peaux sous la peau première, je sais que je ne sais plus. La pièce s’élance, mais dense accumule les sens, la danse les ambivalences. Leurs identités se reconstituent, se perdent, s’affirment à nouveau mais chaque geste s’accumule, à double sens, nos sens chavirés. Elles s’animent et se jaugent, s’étalonnent, s’affrontent en rivalités aveugles, enfin se fondent ensemble, se consolent en toute sororité. Où est-ce un charnier? Hiératiques, visages effacés tels des mannequins dans une vitrine, elles tremblent l’instant d’aprés, vulnérables et terriblement humaines. Après des balancements organiques, elles sont saisies d’emballements mécaniques. Clins d’œil sous les archétypes féminins, couche sur couche. Au millimètre. Les états charnels dessinent peu à peu en subtilité une belle, ample, fresque du premier sexe, vers l’émancipation: dernier masque arraché c’est le visage qui a le dernier mot, avec fierté et humanité. Cette pièce n’est pas féministe, elle est sans doute politique, en toute subtilité. Je suis laissé confus, et impressionné. Dans l’admiration et la perplexité. Je n’ai pas tout vu. Faut-il avoir le regard d’une femme? Pourtant j’étais prévenu. J’avais vu plusieurs fois et avec plaisir les bois de l’ombre et jamais vu la même pièce. Cette pièce là, je la reverrai, et chaque fois elle aura encore fait sa mue.

    C’était Sous ma peau de Maxence Rey, vu en filage à l’Atelier Carolyn Carlson, créé à LEtoile du Nord jusqu’à ce samedi.

    Guy

    photo: Aléida Flores Yaniz avec l'aimable autorisation de Maxence Rey

  • sans titre ni feminisme (bavardage)

    C'est l'histoire de 6 femmes normales qui montent sur scène à poil, puis dansent des danses plutôt banales. On est un peu surpris au début par ce décalage car elles dansent à poil, mais comme les danses sont assez banales, l'effet fait long feu, on s’ennuie et puis c'est fini…

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    Première descente en flamme sur ce blog depuis longtemps. Ceci mérite des explications. En matière de spectacle vivant, beaucoup de propositions m’ennuient (dont par exemple celle-ci), certaines m’agacent… mais pour des raisons qu'il me faut m’expliquer à moi-même, beaucoup m’intéressent et même m’enthousiasment à un point qu’il est urgent de les partager. Mon plaisir, c’est de parler des propositions qui relèvent de la dernière catégorie (les coups de coeurs) et parfois de la seconde( les poils à gratter). Repenser et se repencher sur les expériences de la première catégorie (les pensums) revient à subir une double peine. A force de reconsidérer celles-ci par le souvenir, on peut parfois y redécouvrir matière à penser, mais ces réanimations miraculeuses sont rares. Important: je ne suis investi d’aucune mission, je suis juste mon plaisir. Celui d’éreinter un spectacle est un amusement bien trop facile et paresseux. Et un certain relativisme me fait admettre que d’autres peuvent ressentir de belles émotions et aussi légitimes que les miennes en des circonstances où mon propre encéphalogramme reste plat. Laissons- les en paix. Donc très peu de « critiques négatives » ici. Au risque de donner l’impression d’être trop positif. Même complaisant. Voire connivent… en bien, tant pis!

    Pourquoi alors revenir sur Untitled Feminist Show?  Parcequ’il se passe quelque chose de bizarre.Tout le monde m’en parle. et je ne comprends pas pourquoi. Cela commence à Gennevilliers (jusque là c’est normal). Tout le monde a applaudi, mais cela ne veut rien dire. Après vient le moment incertain, à la sortie de la salle, où l’opinion à peine formée, on a des scrupules à proclamer tout de go quelque chose de tranché. Au risque de pétrifier son interlocuteur dans son jugement. Je me suis déjà formulé d’être resté sur ma faim passées les entrées en scène plutôt intenses. La 1ère scène style opérette m’a énervé, j’ai ressenti la suite fade, sans substance. J’entends une spectatrice dire que pour une fois la nudité ne l’a pas agressé, mais sur le ton avec lequel on donne un bon point. Il y a un buffet. Très bon. Aparté avec un critique pro, puis, par hasard, avec un autre. A mi voix, comme des conspirateurs. Sur la même ligne que moi, avec leurs mots. Énervés par le passéisme de certaines scènes, ou blaguant que le show peut épater un public américain. Dressant cruellement une impossible comparaison avec l’audacieuses proposition de Muriel Bourdeau de la veille, proposition qui elle ne ressemble à rien d’autre. Consensus minimal. Mais consistant. Est-ce ainsi qu’une opinion collective se forme ? Échange avec d’autres connaissances : mêmes réactions, communes aux femmes et aux hommes. C'est rassurant, rien à voir avec mon regard de mâle. On me glisse: de l'Apple à poil, bien vu. Fin de soirée, sommeil, classement vertical.

    Mais l’histoire n’en finit pas là. Loin des théâtres je rencontre Clémence. Elle aborde le sujet de cette pièce (où est ce moi ?) regrettant de n’avoir pu la voir malgré son envie (pour des raisons peut-être féministes). Je la détrompe. Puis hier ma chère cousine Marie-Lys, que je ne savais pas familière du T2G, s’emballe pour la pièce sur son mur Facebook. A tort ou à raison, j’interviens, je commente. Marie Lys reste calme et mesurée. Bravo. j'essaie d'oublier. Mais aujourd’hui Sylvie, que je n’ai pas vraiment jusque là le plaisir de connaitre, me demande par un message mon opinion, je la lui livre (toujours la même), mais Sylvie dans sa réponse est encore plus dure que moi-même. Alors je lis les 3 coups et j’ai envie de pleurer. Bref tout le monde semble s'intéresser à cette pièce (alors que j’aimerais tant que d’autres œuvres soulèvent autant d’intérêt…), sans que je ne comprenne pourquoi, mais je me sens une demande à laquelle je ne peux me soustraire, le devoir de partager, à titre exceptionnel: « c'est l'histoire de 6 femmes normales qui montent sur scène à poil, etc… »

    C’est presque fini, mais j’ai une théorie. Il y a une demande sociale forte pour Untitled Feminist Show. Mais si cette pièce n’avait tout simplement pas été montrée au bon endroit ? Dans un lieu dédié au théâtre contemporain comme le T2G, le nu ne suffit pas pour étonner et le style cabaret, qui n’est pas infâme en soit, ne passionne pas. Alors que dans un théatre privé, ou une scène consacrée à des comédies musicales familiales, la danse aurait été à sa place et la performance nue plus remarquée, plus forte politiquement. Mais on ne va pas refaire le monde, c’est tout pour aujourd’hui.  

    Guy

    C’était Untitled feminist show de Young Jean Lee, au Théatre de Gennevilliers

    Photo de Blaine Davis avec bandeaux noirs d'origine et l’aimable autorisation du théâtre de Gennevilliers

  • Couples en 3 D

    Les histoires d’amour finissent mal, à ce qu’il parait. Ce baiser entre deux femmes durerait alors pour toujours, dans le temps de la pièce. Je pense à Cary Grant et Ingrid Bergman, amants si ardents dans Notorius d’Alfred Hitchcock, pour ce possible plus long baiser de l’histoire du cinéma, mais entrecoupé de pauses et murmures, pour déjouer les règles d’alors. Ce soir pas de censure, seule la conscience du risque, la peur de tout rompre, par la séparation. Elles restent donc attachées aux lèvres l’une de l’autre,  comme à l’écran bougent pourtant, traversent la scène, s’allongent, se retournent. Unies mais empêchées, bloquées à ce stade de l’intimité, sans pouvoir ou vouloir aller plus loin, tout changement interdit.

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    Un autre couple joue dans le même temps à la manière de grands enfants d’une abondante matière molle et fluo, pâte à modeler instable et protéiforme, pour masques, projectiles et divers objets. Ils en construisent une yellow brick road qui ne mène à rien (ou est ce une barrière aux couleurs de La Loge?). Ils triturent et jubilent, déstructurent et remettent en ordre.

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    Le troisième couple est gardé à distance, silhouettes piégées dans le temps clos de la vidéo, muettes comme du temps du cinéma d’avant, au bord du burlesque. Notre camera ne bouge pas. Tout est écrit et cadré d’avance de la rencontre à la séparation, en passant par le lit, les jeux, les baffes et les gnons. Trois actions simultanées, l’ironie, le temps qui passe si bizarrement et que fait-on de tout cela?  On se laisse surprendre par l’imprévu, on suit le fil, on imagine et on se refait le film la saison reprend…

    C’était la création de Le risque zéro n’existe pas par Muriel  Bourdeau à La Loge dans le cadre du festival ZOA créé par Sabrina Weldman.

    Guy

    Lire ici Autoportrait de Muriel Bourdeau.

    Le jeune festival ZOA continue cette semaine à la Loge, avec Joël Hubaut & Léa le Bricomte, Gurshad Shaheman, Yalda Younes et Gaspard Delanoë.

    Photos avec l'aimable autorisation de Muriel Bourdeau