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la loge

  • Trouble à l'usine

    Cécile Volange travaille à la chaine, Madame Merteuil dirige l'usine. "Je suis une force de travail", dit l'ouvrière... Dans une pièce "politique", les personnages se reduisent-ils que des concepts distanciés? Par leur voix le texte pose lourds les enjeux, texte cadencé comme le bruit lancinant de la chaine de montage de Volange, texte martelé en redites. Mais les mots imposés d'ailleurs se perdent, restent les corps dépossédés, leurs contradictions et leurs troubles, ici incarnés avec un bel engagement. Ce qui m'intéresse ici, ce n'est pas tant l'économique dénoncé- rendements et délocalisation- que l'exposition des rapports inévitables et invisibles entre travail et intime. Avec rigueur et cruauté, la pièce porte les "rôles" professionnels jusqu'aux points d'exacerbation du pouvoir et du désir. Les références aux liaisons dangereuses prennent alors tout leur sens. La scénographie froide campe l'espace personnel et familial de Volange comme un champ de gravas et ruines. Comme les autres personnages réduits par cette aliénation à leurs mécanismes, elle offre sa dévotion comme ses gestes et son corps à l'usine.
     
    Erwin Motors, Devotion de Magalie Mougel mis en scène par Maxime Contrepois, vu à la Loge le 26 avril 2016
     
    Guy

  • Les bonnes, vice versa

    La confusion des rôles est nourrie à la perfection. Dans la première scène, assiste-t-on à un échange entre Madame et l’une de ses bonnes, ou à une cérémonie trouble entre les deux bonnes, chacune dans son rôle assigné? La savoureuse outrance de ce jeu fardé, si physique, appuyé, permet d’entretenir cette indécision dans la mise en abime théâtrale, et ceci tout du long. Tournures de langage et voix datent les situations des temps révolus des sœurs Papin et de la domesticité, mais la mise en scène laisse la pièce de Genet transcender ce contexte, et se renouveler en un exposé ambivalent des relations de pouvoirs et de fascination, comme celle qui s’est déplacée aujourd’hui entre peuple et people par trash-magazines interposés. Le mépris de soi, l’adulation et la haine des bonnes envers Madame dont elles enfilent les robes, l’attirance envers leur « maitresse », son insupportable bonne conscience s’exacerbent jusqu'au drame annoncé. Au-delà de la simple satire sociale, le parti pris ici, vif et charnel, permet poser un théâtre à la fois passionnel et politique.

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    Les bonnes de Jean Genet, mis en scène par Sophie Pincemaille, vu à la Loge le 10 juin.

    Guy

    photo (crédits en cours) avec l'aimable autorisation de la Loge

  • Mer agitée

    La Grèce se cherche aujourd’hui, Ulysse erre dans nos têtes vers Ithaque depuis des millénaires. Et l’Odyssée est ici aussi celle d’une compagnie qui monte coute que coute sa pièce en période de vaches maigres. Et-l’économie ne fait pas tout- y parvient malgré angoisses et égos. Les personnages attendus : Ulysse, Circé, Hermès, les marins transformés en cochons… sont rejoints par un protagoniste d’actualité:"la crise économique", qui veille aux restrictions budgétaires. C’est drôle quand même, bien enlevé, et qui plus est démocratique: les dix rôles sont tirés au sort entre les 10 acteurs. Ce soir main innocente, je me charge personnellement de leur passer le chapeau pour qu’ils y prennent les petits papiers. Je peux témoigner qu’il n’y a pas de trucage, et plus important que tous ensuite se donnent à fond dans leur personnage.  Contre vents et marées, le théâtre passe.

    Quant au Théâtre La Loge, dédiée à la jeune création, il peine a trouver son équilibre financier en période basse de subventions et lance un appel à contributions ici. 

    Circé, écrit et mis en scène par Natalie Beder vu à la Loge le 20 février.

    Guy

  • Elle a tout d'une grande

    On a eu le temps de s’habituer, d'emprunter les jouets de Sophie sur la scène devenue chambre… Des bruits de miroirs qui se brisent; on passe sans tarder de l’autre côté. En remontant peu à peu aux sources de notre trouble: Sophie, à l’instar d’Alice, a du prendre une potion pour grandir en femme tout en restant fille. Ou aussi c’est l’artiste qui explore les fantasmes en germe dans l’enfance. Elle joue dans l’entre –deux, la connivence travestie en naïveté. Les martinets sont sans surprise des jouets pour adultes, et d’autres objets sont détournés dans tous sens… Dans ces conditions il est remarquable que le résultat soit tout sauf scabreux. C’est autant une question d’intelligence que charme, d’ironie bien placée, de poésie tout autant. Le vertige se partage quand elle tourne à s’en étourdir, ou devient poupée mécanique. Les poses languides ou étonnées renvoient à des images familières. A force de jeu de miroirs entre les âges, d’effets de contraste et de tailles on se dit qu’il ne peut ce soir exister d’innocence dans cet espace clos. L’insouciance d’un après-midi de canicule est menacée par le bruit des essaims d’abeilles, la robe blanche menacée par un scorpion noir.

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    Sophie grandit sous les patronages de Balthus, Hans Bellmer, Paul Eluard. Un autre poète a écrit que le génie n’est que l’enfance nettement formulée, douée maintenant, pour s’exprimer, d’organes virils et puissants.

    Sophie de Christine Armanger, vu à la Loge le 18 novembre 2014, encore jusqu’à vendredi

    Guy

    Photo de Clément Briend avec l'aimable autorisation de la compagnie

  • En ébullition

    Des bulles ce soir au théatre du rond point. rediffusion du texte du 22 juillet dernier

     

    On s’y risque, et voilà. .. Allons-y, pour quelques soirs tout serait permis, dans cet espace protégé d’un été clandestin. Pour les instigateurs aussi,  une petite bulle d’impunité, pour un ballon d’essai. Pour non seulement montrer le nu féminin (ce qui n’est pas si original), mais rechercher quelque chose de plus risqué que l’érotisme, pas loin de la pornographie, fût-elle même un peu philosophique. Considérée comme le vrai sujet de la pièce et non un moyen au service d’un récit. Avec préméditation, et vite multirécidiviste, le metteur en scène fout ses cinq comédiennes à poil (on se permet aussi ici un vocabulaire plus relâché que de coutume), mais pas que…. Ou leur permet-il de se mettre à nu, et plus si affinités? Là est l’enjeu  (en partie). La question de la volonté et du lâcher prise est vite illustrée par le glissement d’un corps, inerte ou complice, qui s’abandonne mu par d’autres aux suggestions, hypnotisé par des fantasmes chuchotés et la main dans la culotte. La proposition va droit au but, avec un minimum de préliminaires. Le doigt pile sur l’ambigüité du désir et les ruses de la volonté. L’imaginaire est entrouvert- boite de pandore- pour ne plus se refermer. La drôle de leçon d’anatomie qui suit sous lumière crue (là c’est mes yeux, là c’est ma chatte, là c’est mon coude, là c’est mon téton…), ne désamorce rien. Ni en version habillée, ni en version nature. Les objets bien que nommés et montrés se ré-érotisent aussitôt à température ambiante. Ils résistent même au rire. Les interprètes n’ont pas froid aux yeux, ni  ailleurs, les mots osent et coulent, doux, moqueurs ou crus.

    Si les sens sont réchauffés par la chair douce et tiède, du recul dans la mise en scène permet à un coin de l’esprit de rester froid, analytique. De seins en fesses, la pièce suit son chemin par association d’images et frôlements d’idées. Un irrésistible séminaire universitaire freudien sur le thème de la pulsion s’enchaine ainsi par un strip-tease à un casting odieux, les filles instrumentalisées et humiliées d’une voix doucereuse, jusqu’à l’explosion. Coup de froid, interrogation lucide quant aux dérapages sur la pente de la sexploitation. Dans la grande diversité des genres qu’il explore de pièce en pièce, le travail de Laurent B. est toujours plastiquement évocateur mais de façon lisible… et il n’a pas peur de se poser les bonnes questions. Déjà lu entre les lignes du programme de salle, l’avertissement avant le début de spectacle devrait porter sur la possible culpabilité du spectateur-voyeur plutôt que sur l’éventualité d’être choqué. Entre le metteur en scène et ses belles actrices (dans tous les sens possibles), s’agit-il ce soir de la libération de fantasmes masculins, ou féminins… ou partagés? D’autres épisodes montrent beaucoup mais éludent cette question,  mais un tableau parfait et indiscret- l’évocation d’une jouissance féminine première, mythique, dévorante et irrépressible, qui emporte tout sur son passage- permet la réconciliation. Rien à rajouter.

    C’était Bad little bubble B. de laurent Bazin avec  Cécile Chatignoux, Céline Clerge, Lola Joulin, Mona Nasser, Chloé Sourbet vu à la loge dans le cadre de Summer of loge.

    Guy

  • Premier degré

    Orson Welles a écrit qu’il  préférer voir des pièces de théâtre interprétées dans des langues qu’il ne comprenait pas : il pouvait ainsi mieux apprécier le jeu des acteurs.  Ainsi ce soir Waterproof n’a ni queue ni tête.  Tant mieux, j’en suis d’autant plus libre. Les faits: il s’agit sur un mode plutôt badin, peut-être opportun, d’un anniversaire (celui des 5 ans du lieu ?). Trois candidats s’activent (mais pour quoi ?) : chants, poésie, récits décalés,  un tir de barrage de loufoquerie et d’indétermination. Je pense à aux nombreux appelés et aux peu d’élus dans cette voie, je pense à l'actualité mais je ne pense pas vouloir interpréter plus avant par là. L’arbitre lâche des diagnostics en forme de non-sens, ouvre des crevasses, mais je ne veux pas réfléchir à l’incommunicabilité. C’est drôle et je veux juste gouter un peu de légèreté.   

    Waterproof du collectif Hubris mis en scène par Raouf Raïs, vu à la Loge le 3 juillet 2014, dans le cadre du Summer of loge jusqu’au 19 juillet.

    Le festival continue du 15 au 7 juillet avec Sophie de Christine Armanger et Les Cahiers du Connemara de Laurent Bazin.

  • Outrage au lecteur

    Vous ne lirez pas ici de critique de la pièce Outrage au public. Ni même d’avis, de note, de résumé, d’analyse, d’évocation, de ressenti… D’ailleurs pour quelle raison lisez-vous cette entrée du blog?  Par habitude, par hasard, en recherche de pièces à voir, en raison d’un intérêt particulier pour l’auteur, le metteur en scène, le lieu? Ou êtes-vous le compagnon d’une des actrices? Même l’une des actrices? Peut-être avez-vous déjà vu la pièce à la Loge. Désirez-vous alors être conforté dans vos impressions, ou voulez-vous les confronter, les remettre en question? Recherchez-vous ici des significations que vous ne seriez pas parvenu sur le moment à comprendre, sinon à construire? Recherchez-vous dans le doute, quelque permission de juger dans un sens ou dans un autre? Ou des stimuli pour tenter de revivre certaines sensations vécues durant la représentation? Si vous n’avez pas vu la pièce, il vous est cependant difficile d’ignorer qu’elle ne s’appuie sur aucune narration, mais qu'elle repose sur un texte en forme d’interrogation sur la forme théâtrale et sur la relation, peut-être intense, qui va s’établir entre vous et les interprètes. Mais ces informations ne peuvent vous permettre de vous faire une idée de la forme de cette performance, de sa consistance, de la manière dont elle va vous provoquer, avec quels effets. Ces lignes lues, vous restez donc avec toute la liberté, l’entière responsabilité, d’aller voir la pièce à la Loge, et de vivre cette expérience en toute indépendance.

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    Outrage au public, de Peter Handke, mis e scène par Joachim Salinger, vu à la Loge le 29 mai. Représenté du 3 au 6 juin.

    Guy

  • Corps d'amateurs

    Si pour un amateur monter sur scène est un défi, y aller à poil, est-ce ajouter à la difficulté ou un moyen de se libérer? Les performeurs d’un soir rassemblés par Enna Chaton sont nus, la photographe n’est pas en reste, et il fait tellement chaud qu’il s’en faut de peu que les spectateurs eux aussi se jettent à l’eau. Mais ils restent sagement à observer, de plain pied, ces beaux tableaux vivants avec accessoires de cartons, plutôt naïfs, ironiques et bon enfant, construits de corps des deux genres en leur désarmante vérité, jeunes ou vieux, minces ou gros, fins ou musclés. Tous fiers et affirmés. La nudité est démystifiée. Chacun des spectateurs doit être consolé de ne pas se sentir soi-même un top model.  Et à la sortie on spécule pour savoir dans quelles conditions l’on consentirait de même à se dévoiler. 

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    Le corps de Corinne Dadat, 50 ans, femme de ménage, est moins performant selon les critères du spectacle vivant- tests objectifs de souplesse à l’appui- que celui de la danseuse Elodie Guézou. Mme Dadat le reconnait volontiers, mais juge son propre métier plus utile, bien que personne ne l’applaudisse quand elle nettoie les chiottes. Charmée par le lac des cygnes, elle esquisse ce soir quelques pas, d’une beauté soudaine. Qu’en est-il des gestes de son travail quotidien, pourquoi et comment les montrer sur scène? Les deux femmes s’y emploient ensemble : Corinne joue du seau d’eau et du Kärcher, Elodie s’engage de tout son corps, devient à terre serpillère humaine. La belle rencontre se fait, sans s’affadir de bons sentiments.

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    I feel Awkwad (Je me sens maladroit(e)) d’Enna Chatton et Corps de Ballet de Mohamed El Khatib, vu le 11 octobre à la Loge dans le cadre du festival Zoa.

    Guy

     

     

    Photos d'Enna Chaton et de Marion Poussier avec l’aimable autorisation de Zoa.

    Enna Chaton présente une autre performance, son nombre est rose, au festival Frasq le samedi 19 octobre (Générateur de Gentilly)

  • A peine

    Une caresse, un baiser s’esquissent. Sans s’accomplir. Sensualité retenue. Les deux danseuses bougent et s’observent en miroir. La lumière, personnage aussi, vient en troisième, concentrée, économe. Portée à bout de bras. Mon regard de spectateur est dirigé, mais sans violence, du clair d’un visage à l’obscur de l’autre avant le renversement de la perspective. Le temps de s’habituer à cette délicate attente et la performance s’éteint vite, trop vite, c’est sa force et sa faiblesse. Sans doute son principe même de disparaitre avant l’évènement. Fragile comme le désir.

     

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    Imminence de Mélanie Perrier, vu le 7 octobre à la Loge en ouverture du festival Zoa.

    Guy

     

    Photo par Mélanie Perrier avec l'aimable autorisation de Zoa

  • Limite haute

    Il s’agit, si cela est possible, d’abolir la distance. Leïla Gaudin ici sur scène est SDF. S’y risque, avec engagement, implication, mimétisme. Epurée dans l'approche. Cette distance que dans la rue nous établissons entre nous et eux, la chorégraphe la dissout paradoxalement en la transportant dans la relation d’artiste à spectateur. Proche du regard, immédiate. Elle restitue intacte la présence si forte des invisibles. Se soucie peu de la distance à garder entre le modèle et l’interprète, des procédés métaphoriques. L’adresse au public est directe, documentaire, naturaliste. Il ne s'agit pas tant de danser. Naïveté disent les uns. Humanisme, honnêteté, nécessité, je crois.

     

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    Photo de Calypso Baquey avec l'aimable autorisation de la compagnie

    A la limite de Leïla Gaudin, vu le 12 avril au théâtre du Fil de L’Eau à Pantin, dans le cadre des journées Danse Dense.

    Guy

    Leïla Gaudin présente Errance, "version" nomade d' A la Limite, à la Loge du 24 au 27 septembre.

    Lire aussi sur le blog: Errance à Mains d'Œuvres