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  • Mai 68 n'aura pas lieu

    C'était il y a 50 ans. Et aujourd'hui la machine théâtrale voyage dans le temps. Gwenaël Morin recrée ce soir la pièce du living theater de Juilan Beck et Judith Malina comme alors en Avignon, la met à nu avec la même honnêteté que pour ses reprises d'autres classiques du répertoire. Il la ré-active, remet en jeu scrupuleusement les textes et protocoles, fidèle à ce qui par définition n'est plus tel quel qu'en 68: à nous de voir cet objet tels que maintenant nous sommes. Là est l'enjeu: voir d'ailleurs, pour nous qui ne vivons pas sous De Gaulle- pas plus qu'on ne peut se croire en bas et perruque quand on voit du Molière -nous les enfants retombés de l'autre coté du siècle, de l'autre coté de la modernité, avec notre regard un peu cynique, distancié. C'est que les utopies ont pris la poussière, naïvetés devenues nostalgies, et les slogans encore plus de ridicule. Depuis- beaucoup d'eau passée sous le fameux pont- les possibles sont devenus objets de musée, et Avignon s'en fout toujours autant d'être libéré, par des cellules de Bakounine ou non. Le théâtre n'a pas changé le monde, au moins il a changé le théâtre et c'est déjà beaucoup.
    D'où il y a deux manière de vivre cette soirée. Soit en mode documentaire, d'en haut, à s'interroger sur les audaces de l'époque, à ce qu'elles ont permis depuis: les acquis et les corps libérés, les émotions sans doute aussi. Ou simplement être ici et maintenant, essayer d'oublier ce qu'on a vu souvent repris sur scène depuis, et vivre cette énergie, celle qui fait vibrer la quarantaine de performeurs: goûter la beauté libre des corps ordinaires, se laisser cueillir par la radicalité et la puissance chorale du cri- l'indignation intacte, émouvoir par la tendresse du contact, troubler par la fête païenne et les manifestations chamaniques, déplacer loin par les cris dans la jungle, scandaliser par la violence et notre indifférence, attendrir dans nos immenses besoins de consolation par les câlins cosmiques.... Nous sommes tous appelés à participer. Peu d'entre nous viennent physiquement se joindre au collectif et participer, timidement d'abord et restent habillés, puis l'un pleure, un autre s'interpose pour empêcher la représentation d'une exécution. Mais beaucoup d'entre nous pourtant, silencieusement (à condition de couper le son des mots d'ordre surannés et de se laisser guider par la vérité des mouvements), regagnent un peu de naïveté, de liberté d'engagement en cet instant.

    Re_Paradise_03.05.2018_221.jpg

     

    C'était Re-Paradise d'aprés la création Paradise Now du Living Theater, mis en scène par Gwenaël Morin avec Isabelle Angotti, LLuis Ayet Puigarnau, Gaël Baron, Elsa Bouchain, Michael Comte, Anne de Anne de Queiroz, Guilia Deline, Vincent Deslandres, Jean-Charles Dumay, Julian Eggerickx, Jonathan Foussadier, Cecilia Gallea, Alyse Gaultier, Gabriel Gauthier, Léo Gobin, Jules Guittier, Barbara Jung, Manu Laskar, Victor Lenoble, Natacha Mendès, Nicole Mersy Ortega, Elsa Michaud, Julien Michel, Viviana Moin, Olga Mouak, Perle Palombe, Gianfranco Poddighe, Ulysse Pujo, Lison Rault, Thierry Raynaud, Richard Sammut, Mayya Sanbar, Brahim Tekfa, Thomas Tressy, Gaetan Vourc’h, Marc Zammit vu au théâtre Nanterre Amandiers le 11 mai 2018

    jusqu'au 26 mai

    Guy

     

    Photo de P.Grobois avec l'aimable autorisation de la compagnie.

  • Génération perdue

    L'une rêve sa future maison, telle que la dessinerait un enfant, bulle dégagée de toute contrainte de fonctionnalité, pure projection de sa psyché, utérus protecteur, substitut d'une mère terrifiante.

    L'autre s'imagine libre absolument, pour voyager sans attaches et franchir montagnes et océans portée par une infinie liberté.

    Elles figureraient à toutes deux le portrait d'une génération insatisfaite profondément, dépourvue des clés pour changer le monde ou y trouver sa place et lui imprimer sa réalité, qui investirait toute sa détermination dans d'impossibles projets. Elles rêvent en pure perte. Ici les mots et les signes remplacent les choses- c'est la situation même du théâtre- le plan pour la maison et la carte pour le territoire. Le voyage est le tracé abstrait d'une ligne droite et la maison celui d'une sphère. Mais signes ils restent, en pure perte. Meurent solitaires. C'est évidemment poignant, et même d'une grande drôlerie du contraste qui - s'agissant de toute utopie- naît entre l’extrême méticulosité du projet et la triste impossibilité de sa réalisation.

    Pour autant ce discours de la vacuité et de l’irrésolution, semble déteindre sur la pièce elle-même, trop lâche dans sa forme, peut-être dans la vaine recherche de sensations plus intangibles. Un sentiment d'inutilité me gagne. Me touchent de belles scènes qui y flottent, émouvantes et d'une délicate subtilité. Mais leur propos se dilue dans cette indécision constante. Je perds les personnages éloignés dans l'espace de ce grand plateau désolé, perdus, perdants. La chanson finale, qui semble ne jamais pouvoir commencer, m’apparaît comme une conclusion par défaut.

    Notre Foyer, mis en scène par Florian Pautasso, vu à Mains d’œuvres le 27 avril 2018

    Guy