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La rave est finie

Fascination et malaise... C'est au moment où nous est furieusement décrit le portait d'un nouvel américain moyen, sous pression économique dans une entreprise de la nouvelle économie, drogué à la soif de réussite et de reconnaissance sur les réseaux sociaux, frustré, au bord de craquer et d'aller faire un carton sur la foule à l'arme automatique, qu'éclate la tragique actualité du texte de William T. Vollmann.

On ne subit pas ici, comme souvent sur nos scènes, un florilège de poncifs anticapitalistes primaires. L'adaptation de Thierry Jolivet est construite, bien construite: une démonstration à charge d'un seul souffle, fresque accusatrice des U.S.A. modernes en dictature numérique et consumériste, toutes structures mises à mal par la compétition, la violence et l'individualisme.

On pense au théâtre politique de Brecht, à un opéra de 4 US$ actualisé, avec les mêmes plongées dans les bas fonds, la musique d'un groupe rock sur scène à la place de celle de Kurt Weill. Ou à Angels in America de Tony Kuschner, dans ses perspectives religieuses et historiques. L'Amérique ici est double. Incarnée par deux frères, John et Tyler tels Caïn et Abel. Le décor mobile ne cesse de se retourner pour montrer les deux faces d'une même pièce: d'un coté l'image de la réussite clinquante comme dans un casino, lisse et design, virtuelle comme les flux financiers et les images de mode ou autres photos people, de l'autre son revers de misère: rues hyper-réalistes et chambres sordides peuplées de drogués et prostitués. Mais des deux cotés de ce même système à l'œuvre la même violence, la même exploitation sociale et sexuelle. Viols, bagarres, meurtres... sont représentés ici avec crudité, sans gratuité. Les démonstrations de violence verbale ne sont pas les moins saisissantes. 

Alimenté par les ambitions du sujet, ce torrent théâtral et immersif déferle durant presque 4 heures. Donc c'est long. Excessif, hystérique, bavard, halluciné, ivre, obscur parfois... mais fort, en cohérence avec l'œuvre. Et les moyens de mise en scène, avec les changements de perspective, les ponctuations du groupe rock, l'engagement des acteurs, la tension des lumières... maintiennent un haut niveau d'énergie et préviennent notre attention de trop se disperser. Au cœur de cette tempête, pourtant, d'inattendues accalmies de poésie et de tendresse.

 

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La Famille royale, d’après William T. Vollmann mis en scène par Thierry Jolivet, vu au théâtre de la cité internationale le 5 octobre 2017.
Jusqu'au 10 octobre
 
Guy
 
photo d'Anne Sophie Grac avec l'aimable autorisation du théâtre

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