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artaud

  • Corps guillotinés

    Le lieu est très déglingué- en comparaison Mains d'Oeuvresressemblerait au Palais de Chaillot-: affiches collées aux murs en guise de rideaux, pas une chaise qui ressemble à celle d'à coté, verre de rouge ou thé tiède, toilettes à la turque et bric à brac dans l'arrière cour. On s'y sent donc bien, on a réservé mais quelqu'un (qui?) nous a invité, c'est un peu à Montreuil le premier festival parisien de l'été.

    Ce soir Corps etc... commence avec Sand, dansé par Romuald Luydlin. La Rock&Roll attitude se porte bien et tendance sur les scènes cette année: on a vu Kataline Patkai en Jim Morrison, et Mette Ingvartsen-se glissant nue dans le genre, efficace dans l'allusion. Et on a pas vu le championnat d'air guitar à la Fondation Cartier. Mais justement, que reste-t-il du rock quand la guitare est imaginaire, ou ici le danseur en chanteur sur bande orchestre? Juste l'attitude, et encore: ce soir le Rock&Roll Hero est fatigué, et les dix minutes de performance très léthargiques. Le bouton de l'ampli imaginaire bloqué à fond sur la réverbération, pour une ambiance David Lynch à petit budget. Paresse ou fausse route? La danse se heurte aux limites de l'imitation, comme le danseur bridé par le fil du vrai micro. Dommage, on se souvenait de La Zampa en plus énervé.

    Aprés: Christie Lehuédé pour un extrait d'Autopsie d'une émotion 1, déja vu cette année à Artdanthé. Toujours d'une intelligente, belle, énergique sécheresse. On lit le dossier de presse, et on doit concéder qu'il y a parfois tout de même un rapport entre ce que les artistes écrivent, ou font écrire, sur eux-mêmes, et ce qu'ils donnent à voir sur scène. Ce que dit la danseuse quant à l'inspiration qu'elle a trouvé dans les travaux du docteur Charcot, sur la recherche d'un geste impulsif pour couper court à tout sentimentalisme dans l'exposé, fait sens. Qu'ajouter? De quoi décourager un peu nos commentaires antérieurs. Faut il continuer à écrire quand même? Extrapoler dans l'imaginaire? C'est le dilemme des chaussettes à têtes de mort portées par Eléonore Didier.

    Mais pour couper court à ces reflexions, avant la pause une lecture d'Antonin Artaud. On frôle la consternation,  l'incrédulité. Mais Raphaèlle Gitlis sauve brillamment la situation. Bonne introduction aux affres de Monoi par Nadège Prugnard. Dont on parlera tôt ou tard.

    C'était Sand de la Zampa et Autopsie... de Christie Lehuédé. Dans le cadre du festival Corps,etc.. à la Guillotine. Jusqu'à samedi 29 septembre.

    Guy

     

     

  • Tragedy Artaud

    Encore sous le charme de Marie Vialle, on retourne dans la salle, et on se console d'abord en s'imaginant enfin assister à un spectacle d'avant-garde d'il y a trente ans. Enfin, d'après l'idée qu'on s'en fait: on était trop jeune alors pour avoir vu ça pour de vrai.

    Sans remonter si loin, pas plus tard qu'en mai dernier on les (La Traversée-Cedric Orain) avait vu jouer "La Mort", de Georges Bataille dans "A court de forme". Hier et ce soir ils investissent  "Trans" pour s'attaquer cette fois à Antonin Artaud (1896-1948): "Ne vous laissez jamais mettre au cercueil".

    Dix contre un que l'an prochain on aura droit à Lautréamont.

    Grimaces douloureuses. Déclamations grinçantes. Diction klingon. Chutes sonores. Poses torturées. Stridences distanciées qui prennent à rebrousse poil.

    On regarde et on écoute quand même, dubitatif, et du bout des oreilles. Mais il y a tant de trouvailles et d'idées, medium_Artaud_Jeanne_d_arc.jpgd'énergie maîtrisée, que l'on finit quand même par se demander pourquoi au juste on arrive pas vraiment à aimer. Et dés lors c'est trop tard on s'est laissé prendre au jeu.

    Jusqu'à admettre que ce n'est qu'à coups d'outrances visuelles et vocales qu'il est possible de rendre compte du monde d'Antonin Artaud. Folie, révolte et souffrance, corps et esprit corseté, emprisonné, médicalisé, éprouvé par les institutions. Curetage à vif du fond commun de désespoir de l'humanité.

    Pour évoquer justement la douleur et le dégoût d'Artaud, il faut bien accepter de regarder-on en revient là- un théâtre de la cruauté au fond des yeux. Que ces deux actrices incarnent en se livrant au saccage de la beauté. Avec rage et précision.

    Puis soudain on comprend. Pourquoi on a finit par rentrer dedans. Pourquoi cela nous paraissait en un sens familier. En se souvenant en quelle haute estime Hijikata et les fondateurs de la nouvelle danse japonaise tenaient Antonin Artaud.On est content, on a découvert ce soir un cousin éloigné du Buto.

    La soirée se concluait en nocturne, avec Europe Tragedy. On aurait du prendre au premier degré les fausses-vraies confidences des acteurs au début du spectacle: considérons qu'il s'agissait hier d'un travail en cours.

    Avec, pour un sujet mythologico-biblique si obscur et qui appelait dans la forme un peu de clarté, trop de ruptures de ton et rythme: faux départ, lectures savantes et pédagogiques, fausses sorties, adresses au public, maladresses faussement improvisées, longs récitatifs, corrida de Dieu antique en bovidé, nu douché au baquet, et pour conclure soudain, le viol d'Europe, insoutenable.

    On reviendra les voir quand le travail sera achevé. Pour de vrai ou non.

    Guy

    P.S. Tout cela reprend ce mardi soir, plus surprenant qu'un huitième de finale