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La bête est cachée

La nouvelle d’Henry James – «La bête dans la jungle »- nous raconte la vie d’un homme-John- convaincu d’avoir un Destin. Un événement majeur, mais indéfini, devrait un jour dans sa vie survenir. On assiste à ses discussions répétées, années après années, avec une amie nommée May. Des spéculations à propos de cette survenance, plutôt de cette non survenance. Le texte donc parle d’attente. Mais la pièce elle-même devient l'attente. L’objectif est atteint, et je suis déçu. Malgré d’infinies nuances, de glissements narratifs, de suspends, de possibilités d’émotions. J’ai l’impression de voir deux acteurs, une heure durant, s’expliquer leurs personnages, en s’appelant par leurs vrais noms. Ils jouent au lieu de jouer, parlent au lieu de parler. A coté.  La bande son d’un Bunuel en arrière fond pour mieux combattre l’illusion théâtrale. Une manière pour le metteur en scène, Jan Ritsema, de dire que le vieux théâtre à personnages est mort, victime de « l’esthétique de l’émotion ». Mais ce théâtre ci, défini comme « un exercice de pensée » ne me semble guère plus vivant. La morale de l’histoire est qu’à la mort de May, John ressent peut-être mais trop tard que l’événement absent n'était d'autre que l’amour de sa confidente, une chance qu’il n’a pas saisie. Parralellement, la pièce se révéle à elle-même les 10 dernières minutes. Cette expérience théâtrale ne me révèle pas le sens de la vie, au moins ne me prend- elle à moi qu’une heure. Dans ce parfait exercice de distance et d’assèchement Nathalie Richard et Gérard Watkins se montrent admirables de subtilité, souvent drôles, et c’est à peu près inutile. Et le tout est d’une terrible fidélité au texte d’Henry James, dont la grande valeur littéraire tient, parait-il, pour beaucoup à son insaisissabilité.

C’était ça, de Jan Ritsema, d’après La Bête dans la jungle de Henry James, au Théâtre de la Cité Internationale jusqu’au 10 décembre.

Guy

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