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mette ingvartsen

  • Prendre position

    C’est une exposition au Centre Pompidou sur la sexualité dans la performance d'hier à demain, panneaux accrochés aux cimaises, textes, photos et projections de vidéos. Commentés par une brillante conférencière-Mette Ingvartsen- pour un petit groupe attroupé autour d'elle. La conférencière est nue. Le corps est exposé, le corps est l’exposé. C’est un spectacle de danse, en curiosité, radicalité et intensité. En bref c’est une performance. Un marathon de près de 2 heures. Rien d’un solo pourtant. C’est une expérience collective. L’enjeu vient se situer dans notre relation, droit dans les yeux. Dans notre relation avec elle, de plain-pied. Nous évoluons ensemble dans le même espace, entre adultes consentants. La chorégraphe danoise nous guide en un français parfait, se met à notre niveau, ce geste est important. Dans cette relation la nudité constitue un obstacle. A franchir. Cette nudité se charge d’abord d’érotisme- dévoilement inopiné d’un sein, du sexe- se banalise dans la durée, se re-sexualise lors de séquences dansées où la libido du personnage qu'elle devient soudain se focalise et se déchaine sur des objets inattendus: une table, une chaise, une lampe…. Les ambiguïtés gardent leur richesse: Mette Invargtsen réussit à interpréter la performance Dressing/Undressing extraite de Parades and Changes - qui consiste en un lent déshabillage et déshabillage exécuté en fixant dans les yeux un membre du public- tout en commentant dans le même temps le procédé. De la sensation à l’intellect, ce moment peut être donc reçu à différents niveaux de perception. Il faut être journaliste à Libé pour s’étonner de percevoir une certaine réserve, voire de la gêne les premiers temps chez les paticipants. Mette Ingvartsen a la grâce, l’humour et l’habilité nécessaire pour peu à peu la dissiper. Elle vient au contact sans nous mettre en danger, joue avec les distances sociales et spectaculaires pour proposer ces variations en public sur des sujets intimes. La participation est sollicitée en douceur. Des spectateurs, hommes et femmes, se portent volontaires pour un concert d’orgasmes, un monsieur se risque à quelques acrobaties dirigées au-dessus de la performeuse allongée en position plutôt disponible, mais les autres participations à cette construction de groupe élaborée, à la manière de Sade, resteront virtuelles, organisées dans le récit. De facto personne ne se dénude mais la chorégraphe nous invite à nous imager ainsi, ou à fermer les yeux et devenir statues érotiques. Les 69 positions ne sont que des propositions. Les frontières intérieures sont ébranlées, lorsque c’est avant tout le corps de la performeuse qui s'offre en terrain de réflexions, d’interrogations et d’expériences. Mette Invargsten revisite ainsi en corps et vidéo dix ans de ses propres créations, de 50/50 à To Come en passant par Manual Focus, rapproche en direct gestes et intentions. La cohérence se dessine. La relation s’établit aussi entre les générations d'artistes. Le lien se fait entre les créatrices des années 60 qu’elle évoque, qu’elle invoque- ces créatrices pour lesquelles la nudité prenait une valeur politique et protestataire- et des artistes contemporaines comme elle même, intéressés par les questions de genre et par de nouvelles formes d’hédonisme. La chorégraphe affirme sa filiation avec les pionnières, actualise en direct des extraits de leurs performances. La superbe danse qu’elle crée en conclusion fait écho dans sa frénésie au rituel libérateur de Dionysus in 69 de Richard Schechner qu’elle nous a invité à réinterpréter avec elle un moment auparavant.

    Là où Annie Juren & Annie Dorsen (Magical) théâtralisaient les mêmes références (Carolee Schneemann, Anna Halprin…) à la manière d’un spectacle de magie, posaient un répertoire, la proposition de ce soir est tout aussi passionnante, se vit comme une expérience étonnante.

    69 positions de Mette Ingvartsen vu le 18 décembre 2014 au Centre Georges Pompidou.

    Guy

  • Mette Ingvartsen: à moitié?



    Festivaliers d'un soir, on grimpe en bobo-bus pour une balade le long du canal dans le Parc de la Villette: un transport aux parfums d'excursion du dimanche, passage bon marché dans une autre dimension. Aprés Anne Juren, Mette Ingvartsen nous attend à la Halle aux Grains, de dos et de pied ferme.

    http://www.aisikl.net/mette/pieces/50-50/50-50_video.html

    Action: sur la sono solo à l'enclume du batteur de Deep Purple: c'est à l'état natif assez caricatural pour n'être écouté qu'au second degré. Bande son idéale pour que Mette Ingvartsen nous prouve qu'elle a assimilé à 100 % les glorieux idiomes du rock viril. Contre emploi aussi convaincant que Kataline Patkai en Jim Morrison. Transposition efficace, traduction dynamique par medium_50_50.jpgmouvements du fessier, qui secouent nos repères visuels, gestuelle radicalement réinventée-car on a jamais vu un chanteur de hard rock en femme nue avec une perruque orange et des baskets. Nue certes, mais l'androgénéité s'est installée par le geste. La feminité sacrifiée sans états d'âmes pour les besoins de l'exercice, très loin l'érotisme, le résultat y gagne deliceusement en humour décalé. un peu trop? La suite, coté cirque et opéra, dérape un peu dans un grotesque assumé, beaucoup d'idées mais des changements de tons et de thèmes sur un mode trop bon enfant. Comme elle est drôle et douée, on est complice, mais du même coup trop proche, et qu'à 50 % convaincu. La perruque tombe et le mystère un peu aussi. Logique impitoyable de l'effeuillage? Trop décousu, succombé à la tentation de trop en faire, à l'instar du dernier opus- To Come-de la belle? On avait préféré de très loin le Manual Focusque la jeune chorégraphe danoise exécuta ici même, cette pièce d'alors à 100 % homogène, cohérente, étrange, virtuose, manipulatrice, intrigante.

    C'était 50/50 de Mette Ingvartsen à la Halle aux Grains du Parc de la Villette, avec le festival 100 dessus dessous, hier et aujourd'hui encore à l'instant même. Pour ceux qui en ce moment n'y sont pas, un extrait du meilleurs ici.

    Guy

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