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centre georges pompidou

  • Des mutations

    Discuter avec des gens à poils, cela parait assez rapidement tout naturel, pour peu qu'on se laisse emporter par le sujet de conversation. Mais on discute avec eux, ou on les regarde: cela dépend à quel moment ils en sont de leur évolution. Cela dépend du moment où l'on rentre cette grande salle, comme à une exposition permanente.  
    A cet instant, ils en sont tous à l'état d'animaux, jamais sur leurs deux pieds, témoignant d'une brutalité paisible, d'une tranquille impudeur. Ils se promènent à un train de félin, avec les tics de l'instinct, regards flous et ventres qui tremblent. Ils se frottent et se frôlent entre eux, nous autour comme des voyeurs au zoo. Subtilement d'autres moments les emmènent plus vers l'humain. Toujours sans textes ni contexte. Mouvements collectifs, poses académiques. Faute de mots, j'ose un croquis.
    Et plus tard, arrivés au bout d'une mutation, ils se lèvent. Ils se présentent et viennent à notre rencontre, toujours nus mais extraits de la représentation, pour discuter. Les sujets-l'amour, l'apprentissage...- sont universels et balisés: la rencontre peut se produire. Les conversations s'animent, on entend des rires. Ou parfois ça ne prend pas. Dans tous les cas, on a pris conscience, ou non, que d'autres spectateurs nous regardent parler avec eux. Nous sommes inclus dans la performance. Ou simplement on nous regarde regarder.
    C'est long, quatre heures, ou plus, ou moins, le temps d'être là, ou pas. De remettre le regard à zéro. D'entrer, sortir, s'assoir, se lever, bouger, partir prendre un café, c'est un temps volé à sa productivité, du temps perdu pour en gagner. J'essaie tout: assis, debout, accroupi, sérieux avec le carnet, affalé et la vue renversée, déambulant... Comme 95 % des gens, qui sont adossés aux murs, groupés, je n'ose pas le centre. Allez: tout juste un ou deux mètres à l"écart. Vite surpris, comme par une marée qui monte, au milieu d'une migration de corps qui glissent autour moi vers leur alignement.

    xavier le roy,centre georges pompidou,danse,performance

    Les danseurs se relaient, à une vingtaine, pour en permanence être une douzaine en actions. J'essaie de deviner qui parmi nous est d'entre d'eux, va se déshabiller dans quelques minutes et changer de situation. je me trompe parfois. Mais il parait qu'il a des intrus. Je me trompe aussi, lorsque je lie conversation avec cette spectatrice, qui me dit entre autres que la pièce ne parle que de changements, qui est convaincue de la bienveillance avec laquelle les spectateurs accueillent les danseurs. Quelques minutes plus tard, je la surprends, une fois déshabillée, dans l'autre communauté.
    Avec le temps s'impose une évidence: les corps s'égalisent aux regards en une même sérénité: hommes ou femmes, jeunes ou vieux, gros ou maigres, pâles ou foncés, ils convergent vers une même beauté, digne et qui ignore les canons. Ils proclament la démocratie de la nudité. 
    Avant la fin- c'est à dire quand j'ai décidé de partir- se dresse une forêt de bras et de jambes, poussés d'un terreau de corps en fusion, en une seule respiration. C'est beau. Apaisant. C'est effectivement la fin de quelque chose- mais ce n'est pas grave- ou son commencement.Une de-évolution, quand sont épuisés tous les sujets de conversation.

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    Temporary Title de Xavier Le roy au Centre Georges Pompidou le 15 septembre 2016
     
    Guy

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  • Prendre position

    C’est une exposition au Centre Pompidou sur la sexualité dans la performance d'hier à demain, panneaux accrochés aux cimaises, textes, photos et projections de vidéos. Commentés par une brillante conférencière-Mette Ingvartsen- pour un petit groupe attroupé autour d'elle. La conférencière est nue. Le corps est exposé, le corps est l’exposé. C’est un spectacle de danse, en curiosité, radicalité et intensité. En bref c’est une performance. Un marathon de près de 2 heures. Rien d’un solo pourtant. C’est une expérience collective. L’enjeu vient se situer dans notre relation, droit dans les yeux. Dans notre relation avec elle, de plain-pied. Nous évoluons ensemble dans le même espace, entre adultes consentants. La chorégraphe danoise nous guide en un français parfait, se met à notre niveau, ce geste est important. Dans cette relation la nudité constitue un obstacle. A franchir. Cette nudité se charge d’abord d’érotisme- dévoilement inopiné d’un sein, du sexe- se banalise dans la durée, se re-sexualise lors de séquences dansées où la libido du personnage qu'elle devient soudain se focalise et se déchaine sur des objets inattendus: une table, une chaise, une lampe…. Les ambiguïtés gardent leur richesse: Mette Invargtsen réussit à interpréter la performance Dressing/Undressing extraite de Parades and Changes - qui consiste en un lent déshabillage et déshabillage exécuté en fixant dans les yeux un membre du public- tout en commentant dans le même temps le procédé. De la sensation à l’intellect, ce moment peut être donc reçu à différents niveaux de perception. Il faut être journaliste à Libé pour s’étonner de percevoir une certaine réserve, voire de la gêne les premiers temps chez les paticipants. Mette Ingvartsen a la grâce, l’humour et l’habilité nécessaire pour peu à peu la dissiper. Elle vient au contact sans nous mettre en danger, joue avec les distances sociales et spectaculaires pour proposer ces variations en public sur des sujets intimes. La participation est sollicitée en douceur. Des spectateurs, hommes et femmes, se portent volontaires pour un concert d’orgasmes, un monsieur se risque à quelques acrobaties dirigées au-dessus de la performeuse allongée en position plutôt disponible, mais les autres participations à cette construction de groupe élaborée, à la manière de Sade, resteront virtuelles, organisées dans le récit. De facto personne ne se dénude mais la chorégraphe nous invite à nous imager ainsi, ou à fermer les yeux et devenir statues érotiques. Les 69 positions ne sont que des propositions. Les frontières intérieures sont ébranlées, lorsque c’est avant tout le corps de la performeuse qui s'offre en terrain de réflexions, d’interrogations et d’expériences. Mette Invargsten revisite ainsi en corps et vidéo dix ans de ses propres créations, de 50/50 à To Come en passant par Manual Focus, rapproche en direct gestes et intentions. La cohérence se dessine. La relation s’établit aussi entre les générations d'artistes. Le lien se fait entre les créatrices des années 60 qu’elle évoque, qu’elle invoque- ces créatrices pour lesquelles la nudité prenait une valeur politique et protestataire- et des artistes contemporaines comme elle même, intéressés par les questions de genre et par de nouvelles formes d’hédonisme. La chorégraphe affirme sa filiation avec les pionnières, actualise en direct des extraits de leurs performances. La superbe danse qu’elle crée en conclusion fait écho dans sa frénésie au rituel libérateur de Dionysus in 69 de Richard Schechner qu’elle nous a invité à réinterpréter avec elle un moment auparavant.

    Là où Annie Juren & Annie Dorsen (Magical) théâtralisaient les mêmes références (Carolee Schneemann, Anna Halprin…) à la manière d’un spectacle de magie, posaient un répertoire, la proposition de ce soir est tout aussi passionnante, se vit comme une expérience étonnante.

    69 positions de Mette Ingvartsen vu le 18 décembre 2014 au Centre Georges Pompidou.

    Guy

  • Anne Collod et Anna Halprin: times are (not) changing ?

    Parades & changes, replays est rejoué lundi 23 janvier au théatre de Vanves dans le cadre d'Artdanthé sous le titre parades & changes, replay in expansion , dans uine nouvelle version crée à la Villette en juin 2011 avec 6 danseurs et 4 circassiens.

    Ce texte a été initialement mis en ligne le 25 septembre 2008.

    L'entrée en matière nous engage d'emblée dans une démarche de souvenir, avec un hommage à Georges Perec: des "Je me souviens" clamés par les danseurs assis dans le public. C'est une manière de poser très exactement l'enjeu de l'entreprise: sachant qu'il s'agit d'une pièce de 1965, à la recréer que maintenant en reste-t-il? Comment peut on aujourd'hui la regarder? Qu'imagine-t-on de la manière dont à sa création elle était vue et perçue? En quoi la considère-t-on différement que d'autres la voyaient alors? Devant ces parades, le regard du public a-t-il changé? Ce travail de remise en perspective avait en fait été entamé au même endroit il y a 4 ans, avec déjà Alain Buffard et Anne Collod. Ce soir assez de temps est laissé au projet pour qu'il puisse vraiment se déployer.

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    Déjà, l'utopie est-elle d'hier ou d'aujourd'hui? Comme de danser dévêtu, en déchirant au ralenti de larges bandes de papier... De cette performance- Paper Danse-le contenu politique s'est sans doute évaporé. Reste la vision d'une lente fusion, des bandes de kraft en suspension et des corps nus confondus dans la même lumière dorée d'un soleil couchant. En toute évidence. La nudité valut un temps à la piece d'être interdite, on en a vu d'autres depuis. Le spectacle ne véhicule plus de transgression, il reste véhicule de libération, avec force et fraîcheur. Vite on lâche vite prise, plutôt que de garder l'acuité d'un regard d'historien. En cela désarmé par les harmonies douces- amères de the Warmth of the Sun, chanté par Brian Wilson et les Beach Boys. On est renvoyé en 1963. La chanson fût composée le soir du 22 novembre de cette année là, à la nouvelle de l'assassinat de John F. Kennedy. Alors, autant que maintenant, la nostalgie des innocences perdues et des soleils couchants.

    Dressing/undressing: on découvre / redecouvre les passionnantes ambiguïtés qu'introduit la démarche d'un performer. Analyse: il s'agit ici d'exécuter sur scène des activités fonctionnelles, comme les actions de s'habiller ou se déshabiller, c'est entendu. Mais il est vite évident que les gestes ne sont pas reproduits avec neutralité, plutôt réappropriés par les danseurs dans un acte artistique. Qui transforme ces actions. D'abord du fait du contexte, puisque sous le regard du public: sans commentaires. Surtout l'exécution est tout sauf naturelle. On n'a jamais vu personne se dévêtir de cette façon. La tâche est accomplie par chacun avec un soin ostensible, une exagération théâtrale, une lenteur lunaire. Chacun des artistes en fait sa propre interprétation. Dés lors la danse a commencé à exister. Enfin le processus apparaît sans finalité, libéré de toute fonction, circulaire, puisque chaque déshabillage est suivi d'un habillage, en flux continu. On en ressort convaincu, comme par une démonstration faite exprès, qu'à partir de n'importe quel matériel quotidien peut être construite la théâtralité.

    Les règles qui gouvernent la structure de la pièce nous échappent un peu, les scores- s'enchaînent avec une part évidente d'improvisation et de jubilation. Les interprètes introduisent dans ces trames parfois ironie, parfois sauvagerie. Les mêmes gestes qui composent le déshabillage changent radicalement de signification lorsqu'ils sont plus loin reproduits par intenses duo, en face à face. La musique de Morton Subotnick nous installe dans l'intemporel. Une parade colorée et onirique, pour laquelle les danseurs s'ornent d'accessoires incongrus, prend en route des allures d'inquiétante procession: le maintien sévère d'Alain Buffard n'est pas pour rien dans cette impression. Le dénouement est proche: les danseurs entreprennent le sabotage des rideaux de scènes, accessoires trop galvaudés. Pour une conclusion faciale et nue: quelques grammes de peinture colorée suffisent-ils à transformer et transporter ces corps dans l'espace de la représentation?

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    On en revient toujours à ce constat: cette danse a une mémoire, que nous percevons plus ou moins, mais nous saisit chaque fois dans son immédiateté. Nous fige dans le même saisissement. Cette danse est elle là la même qu'elle était il y a plus de 40 ans? Nous mêmes, pris comme un tout, avons changé, politiquement, sociologiquement, en sensibilités. C'est sans doute plus le cas pour les arts de la scène que s'agissant d'autre disciplines: il est tout sauf évident que toutes les expériences artistiques auxquelles le public a assisté depuis 40 ans aient beaucoup d'influence sur la manière dont, chacun pris individuellement, nous avons vécu cette soirée là, juste hier.

    C'était parades & changes, replays-réinterprétation de la piece Parades and Changes (1965) d'Anna Halprin - par Anne Collod, avec Boaz Barkan, Nuno Bizarro, Alan Buffard, Anne Collod, DD Dorvillier, Vera Mantero, ainsi que Morton Subotnick. Vu au Centre Georges Pompidou,  dans le cadre du Festival d'Automne à Paris.

    Guy

    divers P.S. entre le 25/9 et le 22/10: à lire, pour une fois tout à fait pertinente, la feuille de salle réalisée par le centre G.P.,  le spectateur turbulent.,  le même objet vu à travers des lunettes rouges , enfin le regard d'un enfant des seventies. Les photos d'images de danse sont enfin ici, et une carte postale de Berlin.

    Photos avec l'aimable autorisation de Vincent Jeannot- Photodanse (en haut DD Dorvillier, en bas Vera Mantero)

  • Latifa Laabissi à l'âge de pierre

    C'est le spectacle de trop, après deux ou trois dans le même sens, à la fin d'une année qui n'en finit jamais. On a pas vraiment envie d'en dire du mal, tellement c'est désarmant. Dans un sens, bon enfant.

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    Mais si vain, pourtant. Question cohérence, rien à dire non plus: des variations surtout sur le même thème: celui des origines. Donc la préhistoire, le commencement, la genèse, etc... sous divers angles fictionnels: l'obscurité originelle puis habitée par le verbe (des cris primaux plutôt), une Eve nue à la pomme, les jeux innocents d'un enfant  sur la scène, les hommes préhistoriques dans leurs oeuvres, en peaux de bête façon "Les trois Ages" de Buster Keaton (référence revendiquée)...et quelques digressions (La marseillaise, une histoire de chevalier...) dont le rapport avec le reste est moins évident. Tout est parlé, posé, mimé. Pourquoi s'ennuie-t-on? Paradoxalement, ce n'est peut-être pas durant le premier quart d'heure, qui s'installe sans complexes dans le noir le plus complet, que l'on s'ennuie vraiment. Cette situation nous suggère au moins une réponse acceptable à la question de Saint Augustin (qui était africain): que faisait Dieu avant la création du monde?  Rien. Pas de réaction officielle de la part des deux religieuses assises au dernier rang (Leur présence constituant l'évènement le plus surprenant de la soirée). On entend dans le noir de la scène des cris qui amusent un peu, intriguent surtout. La lumière se fait brusquement...sur un plateau déserté. Pied de nez! 

    Mais dans la salle l'impatience est palpable, bien que retenue. On s'en voudrait de punir les audaces trop hâtivement. N'empêche. De scénettes en scénettes, l'intérêt se transforme en indulgence, l'ennui en attente. On en arrive, soulagé, jusqu'à rire ensuite avec des histoires d'accent belge ou nord-africain, de pipi et de poils sous les bras- l'humour heureusement joue plus fin par moments. On se console avec celà, faute de mieux, et avec un peu de fantaisie bienvenue. Car la construction est hachée, faite de juxtapositions. Laisse une impression laborieuse, heurtée. Cela ne tient pas à un manque de moyens, à un temps insuffisant qui aurait été consacré au travail- bien que l'absence d'Yves-Noël Genod, qui était annoncé, laisse supposer que le projet a connu des contrariétés.... Les élements paraissent achevés: L'installation de Nadia Lauro est pensée-une forêt de bandes de papier qui tombent du plafond. Le travail vocal est abouti.

    Ce qui nous gêne tient au parti pris (et pris par beaucoup d'autres) de la chorégraphe: montrer des situations, bout à bout, et faire du tout une proposition. Pour quelle demonstration? Latifa Laâbissi n'est pas plus sociologue que ne l'est Marcela Levi. A quoi tient au fond notre insatisfaction? C'est que la danse, en tant que mouvement, fait ici défaut, cruellement. Le moment où l'enfant vient danser, maladroitement, est le plus touchant. Il vient comme un soulagement. La danse nous manque, en ce qu'elle nous permettrait de nous abandonner entier, sans précautions, à l'abstrait, pour revenir nourrir d'intensité le concret. Quelque soit le sujet abordé. On ne veut pas parler par là de joliesse de ballet classique, mais de gestes justes simplement, et inutiles absolument. Même si l'on doit avouer que c'est ainsi en donner une définition très lache. Ne reste ici, à l'inverse, qu'une proposition apte à ravir les critiques, les commentateurs. Une proposition dont les matériaux anecdotiques peuvent se prêter à tous les développements et constructions. Une proposition qui est d'autant moins faite pour les spectateurs. 

    C'était Histoire par celui qui la raconte , par Latifa Laâbissi, avec Latifa Laâbissi, Jessica Batut, Siméon, Fouassier, Robert Steijn, scénographie de Nadia Lauro, travail vocal de Dalila Khatir. Au Centre Georges Pompidou, avec le Festival d'Automne à Paris.

    Guy

    Lire aussi Le tadorne, et Libération.

    Photo par Laurent Paillier, avec son aimable autorisation.

  • Regine Chopinot: cacher

    Ca nous dit quoi, cette non-danse sourde et délavée...? Rien qui nous rapproche.

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    Tout est en dedans, rien pour nous, tout s'engourdit: sons, sensations, dans un ralenti post apocalyptique. Danseurs pelles devant la gueule, engoncés en doudounes, la nudité des pieds pour seul message d'humanité. On regrette vite Paquerette. Le message quant à la perte de l'identité est aussi vite éventé que le gag de l'indifférenciation des zèbres dans Madagascar2. On agonise d'indifférence comme le cheval crevé, avec seule satisfaction de n'avoir rien de commun avec ce qui bouge sur scène. Les pantins n'en finissent pas d'explorer la lune, prennent la pose flags of our fathers, s'enculent en procession, hurlent en tribune et organisent des défilés, aussi flippant qu'une manif. de profs coincés sur un slogan. Chopinot se place hors jugement, nous dit merde, avec froideur, sophistication et plasticité. Avec une intrangisance quasi suicidaire, une indéniable violence. Les spectateurs se défendent, votent avec leurs pieds. Citation : "Notre défiguration n'est plus de l'ordre de la menace. Elle est là, quotidienne, insidieusement infiltrée en nous". Au contraire, les spectateurs ont des visages, sont vivants. On sort, il fait plus chaud dehors.

    C'était Cornucopiae de Régine Chopinot au Centre Georges Pompidou avec le Festival d'automne à Paris

    A lire: Clochettes et Spectateur turbulent, Danse à Montpellier, et Images de danse.

    photo de Jérome Delatour- Images de danse

    un reportage ici, sur la culturebox de France 3

  • Le Chantier de La Ribot et Mathilde Monnier

    C'est une idée fertile que d'ouvrir aux spectateurs des étapes de création et autres travaux en cours. On y goûte coté danse, dans des lieux de résidence comme Point Ephémère, ou au Regard du Cygne. Coté théâtre, le théatre2genevilliers en fait une des preuves de sa volonté d'ouverture sur la ville et à tous les publics. Ce sont des situations inattendues, le regard s'étonne de moments fragiles, ambigus, veut aider et imaginer. Le jugement se désarme au profit d'une compréhension plus généreuse de ce qui se met en route vers des directions encore incertaines.

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    On se sent dans cette situation à regarder La Ribot et Mathilde Monnier dans un dense enchaînement de duos et situations. Les dames commencent en des faux pleurs qui ressemblent à des fous rires, pétillent et se renvoient la balle, nous font partager leur jubilation de se découvrir l'une l'autre. Font montre de brio et de virtuosité, on en n'attend pas moins d'elles vues les quelques décennies d'expériences que  les deux chorégraphes ensemble totalisent. De multiples ambiances sont traversées, les références au cinéma de Charlie Chaplin et Buster Keaton sont évidentes et assumées, témoin le stekch inusable de la planche que l'une retourne pour assommer l'autre. Mais on se fait alors la reflexion que les deux génies du muet avaient su oublier l'âge des batailles générales de tartes à la crème pour mettre le comique visuel au service de vrais personnages, et de la représentation de la condition humaine. Durant les temps morts, on lit, pour essayer de recoller les morceaux, le texte de Gérard Mayen sur la feuille de salle qui évoque un "laboratoire" et souligne que le duo garde un coté "fripé". On apprend tout le plaisir qu'elle ont eu à créer ensemble: tant mieux. On lit: "Une pièce doit-elle forcement parler de quelque chose?" et "(Gustavia) est une forme profondément originale, comme échappée de ses auteurs, pour un jeu constamment relancé, jamais arreté". On ne saurait mieux dire. Celle des ébauches qui vient en dernier est la plus prometteuse, un dialogue drôle et endiablé, sous-titré de gestes. Inédit et entrainant.

    Dans le parking du Centre Georges Pompidou un couple en discute encore: "T'as vu comme La Ribot fait trembler ses muscles, elle est extraordinaire", "Mmmmouias, mais je n'ai pas compris où elles voulaient en venir" bougonne le monsieur. On est d'accord avec le monsieur, mais c'est frais et prometteur, on ne manquera pour rien au monde la création de Gustavia, quand la pièce sera achevée.

    C'était Gustavia, de et avec Mathilde Monnier et La Ribot, au Centre Georges Pompidou, avec le Festival d'Automne à Paris. Jusqu'à dimanche.

    Guy 

    photo par Marc Coudrais avec l'aimable autorisation du Festival d'Automne à Paris

    Voir Gustavia en images (costumes noirs sur fond noir) chez Vincent Jeannot, lire le Tadorne à Montpellier Danse, et Rosita Boisseau pas emballée dans Télérama.

  • Jennifer Lacey: Les Assistantes Font...

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    Les assistantes s'affairent déja alors qu'on s'installe dans la salle du Centre Georges Pompidou.

    Les assistantes portent des habits de travail gais.

    Les assistantes nous attendent en équilibre sur le coccyx, comme en position buto.

    Les assistantes font leur travail, et font de l'art aussi.

    Les assistantes se promènent partout.

    Les assistantes se livrent ainsi à une occupation poétique et pacifique des lieux.

    Les assistantes font les modestes.

    Les assistantes nous proposent de la lecture, si l'on s'embête.

    Les assistantes clament du texte en coulisse.

    Les assistantes reviennent sur la scène.

    Les assistantes se produisent.

    Les assistantes déproduisent.

    Les assistantes sont un certain nombre.

    Les assistantes n'inspirent rien de certain.

    Les assistantes nous plongent dans l'etonnement.

    Les assistantes lèvent haut la jambe.

    Les assistantes font n'importe quoi.

    Les assistantes travaillent avec leurs pieds.

    Les assistantes font de la danse contemporaine.

    Les assistantes font groupe.

    Les assistantes font les connes.

    Les assistantes s'efforcent d'exister avec serieux.

    Les assistantes jouent aux connes.

    Les assistantes nous font parfois aussi bailler quand même.

    Les assistantes nous emmênent quelque part.

    Les assistantes s'huilent les jambes.

    Les assistantes paraissent bonnes copines.

    Les assistantes sont blondes, ou pas.

    Les assistantes se prennent un peu pour des stars. 

    Les assistantes polyrythment.

    Les assistantes ne se prennent pas pour des stars.

    Les assistantes dansent des rondes.

    Les assistantes sont alors comme des sorcières primitives habillées en blouses monoprix bariolées.

    Les assistantes cacophonisent.

    Les assistantes n'expliquent rien.

    Les assistantes nous épatent.

    Les assistantes dansent le sacre.

    Les assistantes semblent ailleurs.

    les assistantes auraient des implications politiques.

    Les assistantes laissent certains dubitatifs.

    Les assistantes s'individualisent.

    Les assistantes semblent innocentes.

    Les assistantes se dispersent.

    Les assistantes prennent des notes en regardant danser en mlieu d'autres assistantes, alors que dans le public l'on prend des notes aussi, et notre voisine également, elle n'écrit que pour elle-même.

    Les assistantes lisent leurs notes et sur-interprêtent la danse comme l'on oserait jamais soi même.

    Les assistantes nous font franchement rire.

    Les assistantes sont au service d'une entreprise de représentation plus subtile que ne laisseraient supposer leurs airs candides. 

    Les assistantes s'évadent avec nous de la prison de la raison.

    Les assistantes ne se laissent pas raconter.

    Les assistantes sont.

    C'était Les Assistantes de Jennifer Lacey (conception chorégraphique) et Nadia Lauro (Conception Visuelle). Conception musicale de Jonathan Bepler. Avec Alice Chauchat, DD Dorvillier, Audrey Gaisan, Jennifer Lacey, Barbara Manzetti, Sofia Neves.

    Au Centre Georges Pompidou, avec le Festival d'Automne à Paris. Jusqu'à samedi.

    Guy

    photo par Laurent Philippe, avec l'aimable autorisation du festival d'automne à Paris

    voir aussi Vincent Jeannot-Photodanse

    P.S. : mais il y a au moins un spectateur carrement énervé!

    ...et il faut lire la belle analyse de Pascal Bely

  • Alain Buffard: qui connait les chansons?

    1. I Wanna Be Your Dog (1969), d' Iggy Pop et des proto-punk The Stooges, ouvre le bal de (Not) A Love Song. Sur les trois accords habituels et à quatre pattes, pas besoin de traduction: il n'y a pas grand chose de plus dans les paroles que dans le titre. Retenons qu'on va parler d'amour avec humour, de passion avec distanciation. Tout un programme. Et Vera Mantero,  à défaut de faire star dans ce contexte, est très drôle quand elle fait le chien. Aux dernières nouvelles et contre toute logique, Iggy Pop est toujours vivant.
    2. S'installe ensuite, nonchalamment, la Femme Fatale (1966) de Lou Reed.  La chanson fut crée par l'anti-chanteuse Christa Päffgen, plus connue sous le nom de Nico (1943-1988). Dans l'album avec une banane en couverture. Sans ici dépayser: des Stooges au Velvet Underground, il n'y guère plus que la distance de quelques blocs du New-York de la fin des années soixante. La sophistication fait quand même la différence, et plus encore la caution snob d'Andy Warohl. Cette ballade aurait été inspirée à Lou Reed par l'actrice et mannequin à la trajectoire météorite Edie Sedgwick (1943-1971). Personnage également évoqué dans "Just like a woman" d'un certain Bob Dylan. Etre immortalisée par deux tubes planétaires, est- ce une raison pour disparaitre à 28 ans? Glamour, staritude, destinée tragique, cette sélection était en tout cas un must pour rentrer en plein dans la thématique de la pièce. Mais Lou Reed, comme Iggy Pop, survit.
    3. l'immense It's A Man's Man's World (1966) de l'immense James Brown (1933-2006), scie dont chacun pourrait réciter les paroles à l'endroit et à l'envers, s'avère ensuite un choix très -trop? - fédérateur. On pardonne pour deux raisons. D'abord l'interprétation par Claudia Triozzi  et sa partenaire est destructurée à l'extrême. Ensuite on a affaire, peut être, au premier hit féministe: Yes, it's a man world indeed, but it sure would be nothing without a woman or a girl. That's right, James.
    4. On ne rajeunit pas, avec Die Ballade Von Der Sexuellen Hörigkeit (1928) de Bertold Brecht (1898-1955) et Kurt Weill (1900-1950). Il était temps d'un peu s'aventurer musicalement hors des U.S.A.. Mais on est vite obligé de retourner là-bas, tant l'oeuvre commune aux deux allemands- qui s'exilèrent, mais séparement, en des temps dramatiques outre-atlantique  -a été acclimatée par les yankees. Mack The knife scatté par Louis Armstrong ou Ella Fitzgerald, Alabama Song électrifié par Jim Morrison, avant que le titre ne soit recyclé par un futur goncourt en chapeau d'une bio des Fitzgerald (Zelda et Scott, pas Ella). Jusqu'à Lou Reed qui s'est obligé à un September Song (de Weil sans Brecht) dans le bel hommage collectif Lost in the stars. Mais de quoi parlait cette "ballade de l'asservissement sexuel", dans le détail ? On a bien une petite idée, mais quelqu'un aurait il un Opera de Quatre Sous en V.F. sous la main? 
    5. Les paroles de Be My Husband (1966) de Nina Simone(1933-2003)- créditées à son mari Andy Stroud- sont juste un degré au dessus dans la complexité que celle de "I wanna be your dog". Quand même nettement au dessus sur le plan de la dignité. Une complainte en blues, un cri de désir, de passion déja déçue- on reste dans le sujet de la pièce- car on comprend vite que le mari en question ne va pas être digne de l'amour offert. Mais Nina Simone était une femme en colère, peut être parcequ'elle ne fut jamais la star qu'enfant elle aurait rêvée d'être. Doit on rappeler qu'elle était noire? Coup de théatre: on découvre que Nina aimait chanter Pirate Jenny et Alabama Song, écrits par nos vieilles connaissances Brecht et Weil. Il y a décidément beaucoup de correspondances dans cette playlist, cela ne doit sûrement rien au hasard...
    6. On revient dans les seventies, et sur notre continent, avec She's Lost Control (1979) de Ian Curtis (1956-1980) et des post-punk Joy Division. Alain Buffard joue avec les contrastes. Même si les arrangements reconstituent au tout une juste cohérence. Surprise: le groupe reprenait volontiers sur scène le Sister Ray de ses ancètres du Velvet Underground. Le nom "Joy Division" faisait référence aux femmes placées en situation de sexuellen Hörigkeit  par les nazi dans les camps. Tout à coup on ne rit plus. Oublions. Retenons plutôt que Ian Curtis choisit de mourir plus jeune encore qu'Edie Sedgwick. Plus jeune que Lou Reed et Iggy Pop, parce qu'eux sont toujours vivants. Quant à la chanson, elle nous rappelle qu'il n'y a pas de star sans une part d'hysterie et de déraison. Selon la morale dominante, un prix à payer.
    7. Avec La Macorina d'Alfonso Camin (1890-1982),  Chavela Vargas (née en 1919) fait, par évocation, son entrée sur scène. Enfin une star absolue. Parce que facinante et unique, dans sa manière de troubler la définition des genres sexuels. Non pas en raison de son homosexualité, que la chanteuse a d'ailleurs attendue 81 ans avant de rendre publique. Non pas en raison de sa liason avec Frida Khalo. Mais parceque Chavela s'habillait, fumait, chantait- chante toujours- comme un homme, s'appropriant attributs et repertoire masculin. Ce qui définit une star, c'est d'une façon ou d'une autre, la singularité.
    8. You're My Thrill fut composé par Jay Gorney (1894-1990). Comme Kurt Weil, un immigrant à Broadway et hollywood. Un juif ayant fuit les pogrom de sa Russie natale, mais rapportant au moins dans ses bagages l'ébauche de la mélodie de "Brother, Can You Spare a Dime" devenu l'hymme officiel de la grande dépréssion des années trente, et que chantonnait encore Billy T. Jones au Louvre, il y a quelques mois. Jay Gorney n'était pas une star, c'était juste un auteur, et vit sa carrière brisée par le maccartysme. Dans la chanson, aux parôles écrites par Sidney Clare (1892-1972), interprétée entre toutes par Billy Holliday, de quoi on parle-t-on? D'amour, quelle surprise!
    9. I'll be your mirror (1966) est, comme "Femme Fatale", à Lou Reed-période-Velvet-chanté-par-Nico.  Avec une nouvelle chanson indispensable, forcement (mais il y avait sans doute quelques milliers de chansons indspensables que Buffard aurait pu choisir parmi quelques millions de chansons d'amour). Quoiqu'il en soit,  pas de portrait de star sans son miroir, essentiel accessoire. Pas d'amour sans narcissisme et le reflet de soi même dans l'oeil de l'être aimé. Pas de play-list de Buffard sans deux morceaux de Lou Reed
    10. On ne pouvait non plus faire l'impasse sur Fame (1975) de David Bowie. Pour plusieurs raisons: David Bowie était (est toujours ?) une star moderne, a émergé en tant qu'icone androgyne, cultivant le mauvais genre comme Chavela Varas ou Lou Reed. Il fût l'artisan de plusieurs resurrections artistiques d'un autre monstre sacré: Iggy Pop. La star cynique au secours de la star maudite, en un beau dédoublement de personnalité. Fame théorise sardoniquement la célébrité éphémere, avec le soutien vocal de John Lennon, qui s'y connaissait en célébrité. Et sur un rythme irrésistiblement funky, pour faire bondir et sauter Miguel Guitierrez et ses deux partenaires, ce qui ne gache rien.
    11. Le choix de Moi j'm'Ennuie de Camille François et  Wal Berg (1910-1994) pose un serieux problême: la chanson a été reprise par Arielle Dombasle. L'oeuvre survivra surement à cette mésaventure, car elle en a connu d'autres depuis sa création qui se perd dans les années trente. Avant d'abandonner notre enquête on a quand même rencontré sur notre chemin la starissime Marlene Dietrich, qui se situe par ailleurs à la source de plusieurs inspirations  cinématographiques du spectacle, l'Ange Bleu, etc...  
    12. Avec (This is not) a love song (1983) de John Lyndon (ex Johnny Rotten) avec Public Image Limited(et non avec The Sex Pistols), a au moins été trouvé un titre- paradoxal- pour le spectacle (titre d'une originalité relative: vient d'être édité un roman français intitulé pareillement). Surtout c'est un pretexte commer un autre pour permettre à l'excellent instrumentiste Vincent Séal de s'époummoner 3 minutes.
    13. All Tomorrow's parties (1966) est du à Lou Reed. Toujours issu du même disque velvet, on craque un peu. On commence à se douter de ce qu'on doit trouver sur l'Ipod d'Alain Buffard, et on se réjouit d'avoir échappé à Walk on the Wild Side. Mais au hasard d'une consultation d'un forum de discussion, on lit un défenseur de Nico comparer son chant las à celui de...Ian Curtis. Troublant.
    14. Mais on assiste à un beau rétablissement final avec Je ne t'aime pas (1934) collaboration de l'écrivain (un peu) maudit Maurice Magre (1877-1941) et de Kurt Weil, lors de son passage à Paris. On répond "Moi si".  On retrouve tout l'emportement désuet de la chanson réaliste française, complainte, tristes reflets dans l'eau du caniveau, et grandiloquence. Merci d'avoir osé.

     

     

    Et tout au long du spectacle, des extraits de "Des orchidées au clair de lune” (1984) de Carlos Fuentes, écrivain et diplomate mexicain. Dernier ouvrage paru en France: "En inquiétante Companie"  (Gallimard).

    Conclusion: le temps de (Not) a love song, la danse post-moderne-post-non-danse contemporaine se ressource, se sur-référence, s'abreuve d'images, de littérature, de culture populaire, de chansons. Se guérit de la sécheresse du nombrilisme conceptuel. Tant mieux. Vera Mantero est habillée par Chanel, Claudia Triozzi par Christian Lacroix, et Alain Buffard inspiré par Broadway et par un répertoire musical à prépondérance anglo saxonne. Toute l'équipe artistique emmène la qualité vocale, chorégraphique, musicale, scénique, à haut niveau. Avec ce qu'il faut de recul et d'ironie. Pour aller vers des lendemains qui chantent? On voit ce soir- ce n'est pas par hasard- des personnages qui pleurent de ne plus être star (ou peut être de ne jamais l'avoir été ). Ne nous demandons même plus s'il s'agit ou non de divertissement, c'est de la possibilité même de l'enchantement dont il est question ici.

    P.S. : Et Sunset Boulevard... Il etait plus question, dans les interviews, de Sunset Boulevard que des autres sources d'inspiration cinématographiques. Et pourtant...si Alain Buffard voulait au départ s'inspirer de Sunset Boulevard, le projet a surement depuis évolué. Et pour cause: Sunset Boulevard (1950) n'est pas reproductible: l'essence du projet de Billy Wilder était de faire interpréter une fiction par les personnages mêmes. Que cruellement fiction et réalité se confondent: le rôle de Norma Desmond, ex star du cinéma muet, était interprété par Gloria Swanson, véritable ex star du muet. Norma Desmond vivant dans les réves de sa splendeur passée, et regardant, dans sa salle de cinéma privée, Queen Kelly. Queen Kelly, film megalo-sado-masoshiste réalisé à l'aube du parlant par Eric Von Stroheim, avant qu'on ne ne lui retire, et qu'il ne puisse plus jamais tourner. Eric Von Stroheim interprete bien evidemment, dans Sunset Boulevard, le rôle de Max von Mayerling, ex metteur en scène de Gloria Swanson, ex mari de Gloria Swanson, et desormais son domestique dévoué. Cecil De Mille joue son propre rôle, et Buster Keaton vient jouer aux cartes avec Gloria, sans desormais se soucier de ne faire rire qui que se soit.... Tout cela pour dire que ni Vera Mantero ni Claudia Triozzi ne peuvent être Norma Desmond/Gloria Swanson: elle ne peuvent être que Vera Mantero et Claudia Triozzi- ce qui déja est beaucoup- et jouer à être star dans le miroir.

    C'était (l'an dernier déja), (Not) A love Song  ♥♥ d'Alain Buffard, avec Miguel Gutierrez , Vera Mantero, Claudia Triozzi , Vincent Ségal au Centre Georges Pompidou, avec le Festival d'automne à Paris

    Guy

    L'article du Tadorne ici, et un extrait sur images de danse, l'article de Clochette bientôt

  • Xavier Le Roy n'est pas un chef d'orchestre

    Depuis un peu trop longtemps on n'avait pas réussi à sourire devant une scène, à force de toujours y voir souffrir de la danse contemporaine. Merci à Xavier Le Roy d'entrouvrir un espace au comique, dans cette étude sur les rapports entre gestes et musique. En incarnant ce soir un chef d'orchestre, qui de son corps dirige le Sacre du Printemps. Bonne idée: les musiciens en action sont des acteurs à part entière (On se souvient de Jean Pierre Robert!). Si beaucoup de danseurs (Patkai, Ingvartsen, La Zampa, ...) s'emparent de la gestuelle des rockers, il y a aussi de la matière à développer du coté des classiqueux. Mais se faire un Sacre, c'est une prise de risque, tant la pièce de Stravinsky (1882-1971) est, chaque saison, vue, revue et réentendue. Rien que le printemps dernier Daniel Leveillé exhumait sa version, plus tard on applaudissait Ferron et Unger pour avoir détourné le thème. Et c'est loin d'être fini, ce printemps va refleurir par soudaines embellies jusqu'à l'été prochain, il faut pour commencer qu'on pense à réserver Emmanuel Gat au CND (avec JD s'il n'a pas oublié).

    Leveillé nous avait un peu déçu, c'est que le Sacre est si fort musicalement qu'on parait souvent faible à juste l'accompagner: il faut s'y opposer pour s'imposer et marquer sa différence. Ou bien prendre cette musique à bras le corps. C'est le choix de Le Roy, et cet homme, dégingandé, a des bras démesurés. La musique est le sujet central, l'enjeu obsédant, dans une démarche toute contraire à celle entreprise dans Lointain où la musique se situait à coté de la danse, créait une distance. Le chef d'orchestre est seul ce soir, pour incarner la musique, avec elle ne faire qu'un, seul face à d'invisibles musiciens. Mais face à nous en vérité: c'est donc nous qu'il interpelle de la main, de la tête, du pied. Pour un étrange jeu à trois, où nous spectateurs sommes deux à la fois, vrais spectateurs et faux musiciens. Et il devient vite évident que ce chef n'en en pas un et ne cherche même pas à faire semblant. Les soit-disant gestes de direction d'orchestre s'extrapolent bientôt en danse, en un code élaboré. Le processus est inversé car c'est la musique qui produit ce mouvement. 

    Le comique jaillit vite d'une expressivité exagéré. Quitte à frôler parfois Fantasio version Mickey. Les enfants sont d'ailleurs ce soir inhabituellement nombreux dans la salle du Centre Pompidou. Pourtant ils semblent peu concernés, somnolent un peu. C'est peut-être typiquement la catégorie de spectacles dont les parents branchés imaginent qu'ils passionneront leurs enfants si éveillés. Délicat pour ces derniers d'apprécier ces jeux de miroirs et de connivences. On regarde Xavier Le Roy, qui s'offre toujours entier, le corps commandé par les asymétries rythmiques de Stravinsky, tout en toujours affectant de les apprivoiser de la main. On songe qu'un authentique chef d'orchestre serait tout autant mu de l'intérieur par une musique pré-existante avant d'aider l'oeuvre à accoucher au jour. On se surprend marquer du pied la mesure, anticiper les notes et les accents à venir, imaginer les mouvements qui vont suivre, spectateurs et virtuels musiciens dirigés à notre tour. Par Le Roy, medium expressif, qui réussit à nous animer, la boucle est bouclée.

    C'était Le Sacre du Printemps ♥♥♥♥ dansé par Xavier Le Roy, au Centre Georges Pompidou, avec le Festival d'Automne à Paris.

    Guy 

  • Vera Mantero: 1/10 (pour les costumes)

    Dieu  est decidement tendance en novembre. Avec ce soir: "Jusqu'à ce que Dieu soit détruit par l'extrême exercice de la Beauté"

    Pourquoi pas...

    Mais après ce qu'on a vu ce soir, on peut être rassuré (ou déçu): Dieu a encore de beaux jours devant Lui. A moins que Dieu Lui-même puisse mourir d’ennui. 

    A en croire certains, Dieu aime par dessus tout les enfants et les faibles d’esprit. Dans ce cas, il peut se réjouir en observant les activités d’école maternelle auxquelles se livrent Vera Mantero  et ses invités. Cela s'appelle "le chef d'orchestre". L'un des six bienheureux- ils sont tous assis en rang d'oignon- prononce une syllabe et puis une autre après, et chacun d'ânonner la phrase à sa suite- une généralité comme tirée d'un manuel d'anglais pour touriste pressé- et de mimer avec lui. Si vous vous ennuyez, ne vous reste qu'à deviner qui a parlé le premier.

    Et sur scène, quand on se lasse, on bouge les chaises. Et après on recommence, puis on re-bouge les chaises encore. Autour d'une météorite géante, posée là sur la scène, sublime forcement.

    C'était Jusqu'à ce que Dieu soit détruit par l'extrême exercice de la Beauté" au Centre Georges Pompidou - est il vraiment besoin de le préciser?

    Avec la bénédiction du Festival d'Automne à Paris.  Demain soir à nouveau, et encore le soir d'après.

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