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  • In-Contro d'Erika Zueneli: Duel et gestes

    Mère et fille ? Sœurs ? Amies ? Amantes ? Quoiqu’il en soit, assises en chien de faïence, et bien des comptes à régler, de toute évidence. Campés des deux cotés de la table, les regards d’abord s’affrontent, couteaux dans les yeux.

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    En silence la tension glisse vers la danse, encore retenue, vite en vivacité. Les deux elles ne vont pas abattre toutes leurs cartes d’emblée. Les visages restent impassibles et les bouches closes, les corps dialoguent et s’affrontent à coups de messages connivents. Avec des gestes articulés autour de la table et des deux chaises, pour qu'elles en glissent parfois, s’en éloignent souvent, toujours pour y revenir, comme pour se disputer le seul territoire qui soit synonyme de pouvoir. Les victoires sont précaires et les situations s’inversent, le duo passe en revue toute la gamme de la relation, en complémentarité ou domination, positions up et down, escalades et dérobades, élans ou indifférence, réconciliations et coups fourrés, dépendance ou affectivité étouffante, abandon ou regrets, tendresse ou cruauté. Sans que rien ne soit appuyé, tout en subtilité et tout en gestes, sans un mot ou presque.

     

    C’est acide et drôle, c’est surprenant, c'est stimulant, c’est créatif, c’est de la danse contemporaine. 

     

    C’était In-Contro d’  Erika Zueneli, avec Erika Zueneli et Kataline Patkai, au théâtre de l'étoile du nord, avec le festival Faits d’Hiver.

     

    Guy

     

    Photo par Vincent Jeannot, avec l'aimable autorisation d'Erika Zueneli

     

    P.S. : le même soir, autour d'une autre table, il y avait Solides Lisboa

  • Looking for Paco: episode 6

    Regards sur la création de « Fresque, femmes regardant à gauche » par Paco Dècina et la compagnie Post-Retroguardia.

     

    Episode 6: A la seconde prés... 

     

     

    « Combien ? Bon, tu en mets 8 secondes de plus...non plutôt 10 secondes ! » Surprise: c’est bien Paco qui parle chiffres, avec une précision insoupçonnée, son horloge interne mise au diapason de mesures objectives du temps. On est très loin de ce que je voyais lors des répétitions au studio Blanca Li: mouvements et exclamations, zéro papier. Ces deux semaines, les dernières avant la première de Fresque, sont consacrées à faire coïncider la danse avec les créations de Laurent Scheegans à la lumière, Serge Meyer à la scénographie vidéo, Frédéric Malle à la musique.

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    Tous trois manipulent leurs consoles aux dizaines de boutons et curseurs lumineux, pianotent sur leurs ordinateurs portables, toutes ces machines peu sensibles à la poésie et l’intuition. Ils leur traduisent donc, en langage numérique, les intentions de Paco. Programment, collent, synchronisent, rallongent, raccourcissent, diluent, interrompent, soulignent, truquent, règlent, à la seconde prêt. A la main crayons et papier. Dans l’obscurité de la salle Frédéric porte au front une lumière, comme un mineur de fond. Ils répètent avec les interprêtes, et il semble toujours y avoir pour l’œil et l’oreille de Paco quelques secondes de décalage entre danse, et la lumière ou la musique. Quelques secondes qui font qu’il faut commencer. Paco frappe dans les mains et, avec une gentillesse obstinée, fait reprendre tout le monde du début. Chaque fois donc tous recommencent, modifient leurs réglages in extremis avant de recommencer la séquence, avec une patience tout autant inentamée.

     

    Et essaient de repousser les limites de la technique. Vincent danse avec une belle ombre blanche, un effet mis au point par Serge, grâce à un logiciel créé tout exprès…pour suivre une seule silhouette. Inévitablement, Paco tente de détourner le système jusqu’à l’accident créatif. Il envoie cinq danseurs bouger ensemble dans le champ des capteurs, histoire de voir ce qu’il en sort…L’ombre peine à suivre, le logiciel proteste en laissant l'image trembler. La lumière, la vidéo, la musique, me semblent ce soir omniprésentes. Habitué que je suis maintenant à voir les danseurs répéter seuls, sans filtres ni effets. Il y a au mur et au sol les reflets de l'eau dans la lune, et non l'inverse. On entend ce que Paco appelle le « do-do »: une respiration qui n’est d’autre, renseignements pris, que celle de l’un de ses enfants endormi. Catherine Montaldi me raconte qu’un jour Frédéric serait sorti avec magnétophone et micro « pour enregistrer le silence ». Frederic me confirme toute la liberté qu’il a eu, à l’instar des danseurs, pour intégrer ses idées et créations à la pièce. Le passage avec les voix, celui là même qui posait un peu problème lors du premier filage que j’avais vu, a survécu, avec quelques modifications.

    Pour autant, tout ce qui est strictement danse n’est pas figé encore: Paco descend parfois des rangs en courant pour interrompre une séquence, rectifier un mouvement en le dansant lui-même, faire avancer ou reculer un danseur de quelques centimètres. Avec une complication supplémentaire: il n’y a que six danseurs sur sept aujourd’hui. Dimanche ou lundi, un individu, dans la rue a eu la mauvaise idée d'agresser Orin, envoyé à l'hôpital pour le coup. Orin a du renoncer à sa participation au festival Faits d’hiver. La danse de Paco semble toujours hors du temps, mais sa création ne se fait pas hors du monde. Les répétitions continuent donc cette première semaine de janvier, avec un peu d’inquiétude, en attendant le retour d’Orin. Dans notre feuilleton de Fresque, on se serait bien passé de cet épisode là…

     

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    A la pause Jérôme va montrer à Paco la photo de la fresque entière de Pompéi, image qu’il a retrouvée Dieu sait comment. La triste vérité est la suivante: les trois femmes au regard si mystérieux contemplent …un Hercule allongé et ivre mort. La légende de la photo est formelle. Paco, toujours souriant et affable fait semblant trente secondes de s’intéresser de s'intéresser à l’affaire, puis en revient à la danse. Sage attitude: après tout cette belle image n’était que le point de départ de la création, elle est derrière nous maintenant. Je regarde Hercule à terre et je repense à Orin, absent. Puis j’oublie l’image réelle dévoilée par Jérome, préfère définitivement celle construit dans mon imaginaire, hors champs. Pendant tout ce temps Marion, quelques bureaux plus haut, s’affaire et compte les réservations, vigilante, confiante cependant.

     

    Le samedi revient Orin, en un seul morceau. Il reprend sa place en douceur. Les réglages se poursuivent, à 7 + 3 + 1. Quelques étudiantes en dessin viennent s’installer sagement accompagnées par Catherine. Plus tard je monte ouvrir dans le hall à deux amies de Paco qui se sont annoncées. Arrive sur leurs talons une classe de lycéens, plus accompagnateurs, tous assez intimidés, une classe entière dont on aurait juste fait disparaître les garçons. Et d’autres personnes encore, qui vont s'assoir dans l'obscurité, qui peut-être avaient froid dehors. Nous ne sommes décidément pas dans une tour d’ivoire, mais Paco et tous restent concentrés et imperturbables.

     

    Un filage commence, sans costume encore, je suis stupéfié par le rythme des premières minutes, révées, sans presque rien pouvoir reconnaître des gestes vus les mois d’avant…mais je dois partir!

    A la sortie dans le hall un garçon de 11 ans, qui a suivi sagement et yeux grand ouverts deux heures de répétitions, décide sans appel de devenir danseur.

     

    Guy Degeorges

      

    Photo de Jerôme Delatour, les autres sont sur Images de danse.

    Merci à Paco Dècina et à la compagnie Post-Retroguardia, et au T.C.I..

     

    Le prochain épisode est diffusé ici, bientôt...

    En attendant, lire le prologue, l'épisode 1, l'épisode 2, l'épisode 3, l'épisode 4, l'épisode 5, episode 7 , les bonus...

     

    P.S. Et spécialement pour les lecteurs de ce journal, et les admirateurs des photos de Jérome, le T.C.I. propose d'assister, pour un tarif à 8€50 (1) à la représentation de Fresque du 26 janvier, qui sera suivie d'une rencontre avec Paco Décina, et l'équipe artistique.

    Reservations au théatre 01 43 13 50 50, mot de passe "Blog". 

     

  • La jeune Fille, le diable et le moulin: le théatre résilient de Py

    Olivier Py fait du théatre pour les enfants comme on devrait le faire systématiquement: avec autant de respect que s'agissant de théatre destiné aux adultes. Ce qui implique, pour commencer, de ne rien cacher aux jeunes spectateurs de la cruauté du monde. Donc ne rien édulcorer de la violence des contes de Grimm: ici le meunier, abusé par le diable, coupe de sa hache les mains de sa fille.

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    Sans ne jamais laisser tout à fait oublier qu'il s'agit d'une représentation: la belle scènographie se montre comme telle, avec des miroirs, des décors tournants, des trétaux, et des centaines d'ampoules. Dans la voix des acteurs le recit est autant conté que joué. Chanté souvent, avec les couleurs de complainte des cuivres et de l'accordeon. Le diable entonne" Que la guerre est jolie", les enfants, qui ne sont pas idiots, ne sont pas dupes non plus. L'art: "c'est de dire d'un mot la mort avec la joie". Un ange gardien veille sur la fille du meunier, surtout l'espoir la porte. Pour qu'à la fin chaque chose revienne à sa place- au théatre même les mains peuvent repousser- pour montrer aux enfants que la violence qui est montrée et dite, peut être surmontée.

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    C'était La jeune Fille, le diable et le moulin d'aprés les frères Grimm, adapté et mis en scène par Olivier Py, musique de Stéphane Leach, décor, costume et maquilllages de Pierre André Weitz. Avec Celine Chéénne, Samuel Churin, Sylvie Magand, Thomas Matalou, Antoine Philippot, Benjamin Ritter.

    A l'Odeon (Ateliers Berthier), jusqu'au 18 janvier, en alternance avec 2 autres contes. A partir de 7 ans.

    Guy

    Photos d'Alain Fonteray avec l'aimable autorisation du théatre de l'Odéon

  • Looking for Paco: episode 5

    Regards sur la création de « Fresque, femmes regardant à gauche » par Paco Dècina et la compagnie Post-Retroguardia.

     

    Episode 5: Avant les vacances. 

     

    Le temps fuit. Demain commence déjà la toute dernière semaine de répétition de Fresque, avant la première du lundi 19 janvier, et il y a beaucoup à raconter. 

    Pour commencer: un retour en arrière, avant Noël et la nouvelle année. C'est un après-midi avant les vacances, à Micadanses. Le lieu semble désert, ou à peu prés, en tout cas pas très gai.. Paco n'est pas là, parti quelque part en province, pour la journée. Se passant de lui, les sept danseurs répètent, dans le studio May Be, cette salle de répétition qui est aussi utilisée pour certaines représentations de Faits d'hiver

     

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    Minutieusement, ils travaillent, progressent dans l'exécution de certaines séquences. En toute sérénité. A proprement parler, ils ne créent pas, ils affinent. Comblent certains vides, relient des gestes. Ce qu'au départ je recherchais reste insaisissable, décidément, mais pour me permettre de découvrir autre chose: ce que je vois en ce moment est spectaculaire. Mais d'une manière éphémère, qui plus tard s'estompera, quand la création sera achevée. Car je vois maintenant, en pleine lumière, toutes les performances physiques, les efforts, les prouesses athlétiques, les élans arrachés et la lutte contre la pesanteur, les impossibilités contournées centimètres par centimètres. Tout ce qui sûrement sera rendu invisible dans la pièce, dans son déroulement, pour qu'alors les mouvements puissent paraitre naturels, les corps emportés dans le flux de l'évidence et du récit. On verra alors les interprêtes sur la scène, mais le travail sera caché, à l'intérieur d'eux. Il n'est pas interdit de penser que certains danseurs en soient un peu frustrés... Mais pour le moment à Micadances tout se voit et tout est étonnant, d'une manière qui me renvoie à la conscience cruelle des limites de mon propre corps: Sylvère se tient à l'envers, finit en équilibre tout son poids sur l'épaule, s'appuyant à peine le long de Vincent. Il parait incroyable que des hommes de sa carrure, ou de celle d'Orin, puissent se mouvoir avec une telle agilité. Plus tard l'un des danseurs me confie qu'au fil des mois de répétitions, son organisation musculaire a finit par s'adapter aux contraintes propres à cette pièce, pour contrecarrer la fatigue. Takashi, un peu à l'écart, plus petit, se lance dans des mouvements très rapides, des mouvements de chats. Ici sont rassemblés deux asiatiques, une sud-américaine, quatre européenn(e)s qui ne se ressemblent pas: d'évidence il y a pas de physique imposé pour danser pour Paco. Les garçons avancent debout sur les mains, les trois filles ne sont pas en reste, tous se lancent dans des figures hip-hop. Tels de grands ados, voudraient-ils aujourd'hui m'en mettre plein la vue qu'ils ne feraient pas autrement. En l'absence de Paco, ils s'observent les uns les autres pour se conseiller. Chacun est à l'écoute, Noriko, qui parle rarement et plutôt en anglais, intervient pour rectifier une position de Silvère, et tous sont attentifs. Vu d'ici- mais je ne viens qu'une fois sur cent- ni tension, ni chefs, ni rivalités. Mais de la fatigue et des corps essoufflés, des enchaînements répétés dix fois et plus. Et des plaisanteries, tout le temps, et d'autant plus aux moments où l'effort est évident, ou la figure virtuose. Comme par pudeur, comme pour s'excuser d’avoir à se montrer, et même les uns aux autres, pour ne pas donner l’impression de vouloir en montrer trop. L'auto-dérision comme remède contre l'esprit de compétition? Même, ils rient souvent comme des enfants qui auraient réussi une pirouette. J'ai l'impression de me retrouver dans la cour de récré. Comme par exprès les filles répètent ensemble une scène et les garçons s'arrêtent, s'assoient pour les regarder et commenter, un rien sardoniques. Ensuite, les rôles sont inversés, les filles regardent les gaçons répeter. Puis tous se laissent retomber à plat le temps d'une pause, s'étirent et se massent, entament un grave débat pour décider qui demain matin va acheter des haribos. Jesus me propose un peu de la tortilla qu'elle conserve dans un tupperware, c'est appétissant mais je n'ai pas l'excuse de griller autant de calories qu'elle. Puis ils recommencent, et les plaisanteries de mêmes…

    Quelques jours plus tard, Jérôme m'écrit, tout excité, pour m'annoncer qu'il a retrouvé la partie manquante de la Fresque. Il la montrera à Paco... mais dans l'épisode d'après, au T.C.I.....

    Guy Degeorges

      

    Photo de Jerôme Delatour  (mais ici prise au studio Banca Li), les autres sont sur Images de danse.

    Merci à Paco Dècina et à la compagnie Post-Retroguardia, et au T.C.I..

     

    Le prochain épisode est diffusé ici, bientôt...

    En attendant, lire le prologue, l'épisode 1, l'épisode 2, l'épisode 3, l'épisode 4, l'épisode 6, episode 7 , les bonus...

     

    P.S. Et spécialement pour les lecteurs de ce journal, et les admirateurs des photos de Jérome, le Théatre de la Cité Internationale propose d'assister, pour un tarif à 8€50 (1) à la représentation de Fresque du 26 janvier, qui sera suivie d'une rencontre avec Paco Décina, et l'équipe artistique.

    Reservations au théatre 01 43 13 50 50, mot de passe "Blog". 

     

    (1) c'est le tarif le plus doux, sauf si vous avez moins de 12 ans.