mercredi, 09 février 2011
Sex, Drugs & Rock 'n Roll
Sex, drugs & rock n' roll. En d'autres mots: outrance et tragédie, et déja tout serait dit, de l'épuisement du corps des stars à force de porter en eux le plus noir de nos rêves. Mais notre vision de cette cérémonie se trouve ce soir renouvellé. Ailleurs avec de beaux décalages, entre la scrupuleuse minutie dans les allusions aux vies, morts et postures des personnages vécus/joués par Jim Morrison, Kurt Cobain, une scrupuleuse reconstitution des gestes...et une étrange distance posée dans le traitement de la danse, osée par des appartés à froid, d'une respectueuse ironie. Pour montrer la rock star dans sa pure essence, qui s'accomplirait non dans le leurre de l'acte artistique- le chant, la musique- mais dans l'être qu'on lui prête. Tout vit par le corps de la danseuse, juste appuyée sur quelques symbôles, cuir sixties, t-shirt grunge, ampli Marshall, pied de micro... et la bande son.
La fumée blanche nous emporte de l'autre coté. La rumeur, les premiers accords d'un morceau familier. Laissent s'imposer la forte présence de la danseuse, dans l'art d'abord de n'être là qu'à peine. Mais cette présence, de qui est elle? La transe, la course haletante-Let's Run-pourraient être celles d'une ado qui se la jouerait toute seule dans sa chambre, la musique des Doors à fond dans son Ipod, et qui s'enivrerait à se vivre un autre/une autre si rebelle. Kataline Patkai raconte- c'est plutôt Jim Morrison invoqué qui raconte par sa voix-qu'enfant, il sentit l'âme d'un indien-qui venait de mourir dans un accident- prendre possession de lui, pour ne jamais plus le quitter, depuis. En la matière il n'est ici question de doubles et de fantômes, de sacrifices, d'incarnation et de réincarnations, de volontés que d'autres doivent endosser. Ainsi plus tard- c'est sans doute le moment le plus déchirant de la pièce- Kataline en Kurt Cobain, une fois énumérée la litanie de ses addictions, laisse des bras étrangers mais comme sortis de son corps accomplir les gestes de la drogue et de la mort, sans que le soi ne resiste. Une autre a pris sa place, dont il faut porter le poid.
La rock star se montre hermaphrodite, prête à satisfaire dans l'imaginaire la fusion des désirs des fans de tous les bords. La pièce est trés sexuée. La danseuse, dans la peau ici de trois hommes mais sans abdiquer sa féminité, fait danser de mouvements de bassin le micro-light my fire. Poitrine nue, laisse surgir un bras-braquemard de sa braguette, pour troubler la distance entre les genres. La première création de Kataline Patakai était intitulée X'XY. Depuis, avec une sourde intelligence, d'une pièce à l'autre et sans dévier, le programme est suivi. Et c'est cela aussi qui me fait porter 3 ans aprés sa création un regard neuf et épaté sur cette partie d'un tout.
C'était Rock Identity de et avec Kataline Patkai (et Celine Debyser) à la Loge.
23:32 Écrit par guy dans Danse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kataline patkai, la loge |
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mardi, 13 avril 2010
Poules, cochons, lapins, biches, chattes, minous
Ce soir à Artdanthé, le ton est franchement animalier. Il y a cette performance de volailles plutôt volatile d'Ayelen Parolin. Annoncée pourtant sérieusement, en tant que représentation sociologique du fonctionnement d'un groupe d'amis, copains comme cochons. A un point qu'on se sent vite de trop, à regarder ces quatre personnages sur canapé, trop connivents et vus de profil. Leur entre-soi est abscons, je donne vite ma langue au chat. Je suis remis énergiquement dans le jeu par Viviana Moin qui m'atterrit dessus -mais gentiment- au premier rang, au terme d'un déchainement destructeur et saisissant. Cette action est la conséquence d'un pari perdu. Et dans ce petit groupe il s'agit donc de cela (au detour de quelques confidences sexuelles désenchantées): bizutage, petits jeux de pouvoir-l'homme est un loup pour l'homme!-, humiliations consenties, vagues excitations, defis potache. Des gages qui tournent mal (ou bien question de point de vue?): car bientôt tous tout nus, plume dans le cul.
Dés lors on a passé un point de non retour, les personnages désormais dépourvus de toute humanité. Dit autrement: ces pouffes sont réduites à des poules à poils. qui se cambrent et caquettent menton dans le cou et croupion en arrière. Privées de parôle.La démonstration est courageuse, longue et appuyée...D'un coté on se dit que cette performance radicale mérite le respect à défaut d'adhésion. On rit nerveusement. Mais ça fiche un peu la chair de poule. Je m'interroge sur la dimension possiblement kafkaienne de cette métamorphose. Caricature, satire, justice immanente...en tout cas ça donne le cafard. Pourtant je ne crois pas qu'on nous prenne pour des pigeons, au début il avait un projet. Et c'est dommage, mieux construite la piece aurait pu être chouette. Que lui manque-t-elle? D'être, au choix, plus drôle ou plus cruelle?
Heureusement, deux heures auparavant, Kataline Patkai et Yves Noël Genod ne nous avaient pas posé de lapin. Les cochons étaient de retour à Artdanthé, un anniversaire offert comme un beau cadeau d'au revoir pour cette fin de festival. Je goute ce moment qui revient, d'une délectable inconsistance, le temps évaporé en volutes. Plein de riens qui apaisent. Kataline, Yvonnick Muller béat et leur ménagerie semblent glisser sans toucher terre en cet eden et entrainent autour eux une irresistible douceur, par nappes et revêries. La neige fond doucement tout au fond flou des paysages d'hiver et Y.N.G. plâne quelque part derrière nous au micro dans la salle, en retrait. On croirait par moment qu'il n'ose parler, muet comme une carpe, chuchote à tout prendre. Je repense à cette évidence que je formulais la veille en compagnie de deux écrivains de romans: le texte de théatre se nourrit de silences. La nouveauté de ce texte ci est éventée, mais les redites s'offrent simples et modestes. Les notes de piano de Pierre Courcelle se perdent en cercle, le lapin, le chat et autres bestioles de la ferme se promènent quant à eux sans affolement sur la scène calme. La curiosité ne tue pas le chat. Kataline est nue, Kataline est belle. D'une dangereuse candeur. Sa voix douce, nouvellement assurée. La beauté, comme la nature, est cruelle: Kataline plume un pigeon, desosse un civet. Sucitant l'indignation de certaines, mais les chiens aboient et la caravane passe: elle le plume avec tendresse. Puis elle revient, contre son sein un petit homme qui était absent l'année d'avant, on ne peut resister au suprenant partage de cette intimité, ce bonheur osé ici.
C'était SMS & Loved'Ayelen Parolin et C'est pas pour les cochons, avec les mêmes que l'année d'avant. Au théatre de vanves, pour cloturer une saison d'Artdanthé.
21:44 Écrit par guy dans Danse | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : kataline patkai, yves noël genod, artdanthe, danse, ayelen parolin, nus |
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mercredi, 24 juin 2009
Le retour du kitsch ?
23:46 Écrit par guy dans theatre | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : blanche neige, kataline patkai, sylvie reutena, ynes noël genod |
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vendredi, 22 mai 2009
Kataline sous le regard du Cygne
Une histoire de femmes, essentiellement? Avec Kataline, Isabelle, Viviana, Julie, Beatriz, Anna, Camille- Lucile, Gemma, Aude, Paloma, Lisa, Katia, Erika et les autres... Au fil des numéros de ce Cabaret des Signes signé Kataline Patkaï s'exprime la féminité, et à la quasi unanimité. C'est à noter, même s'agissant d'un domaine d'expression artistique où artistes et publics penchent majoritairement de ce coté. Unique exception de la soirée: un quart d'heure d'Ugo Dehaes mais qui symptomatiquement danse sa performance- Forces Leech- en rampant, littéralement piétiné, sa partenaire sur lui debout perchée: woman on top.
Donc du début à la fin, la féminité se donne à voir en recherche, à commencer par l'adaptation d'un texte de Marguerite Duras. Forcement. Ses mots d'écrivain se démultiplient en 6 danseuses, 6 fausses sœurs: brunes, blondes, de toutes décades, physiques et horizons. Duras, le texte, la danse.... D'emblée une question s'impose, sans trouver tout de suite de réponse: dans cette rencontre- ou dans cette introspection- comment un regard de la minorité masculine peut-il s'insinuer, s'installer? Forcement déplacé, comme un chien dans un jeu de filles? Revient le souvenir d'une brève visite lors d'un filage deux trois jours avant, dominé par la sensation de se retrouver par mégarde dans le vestiaire des dames. Presque autant que cet inconnu absolu, ce mâle étranger, qui, la même soirée, surgit en pleine répétition de ces sœurs en tenues de bain, profitant d'une porte mal fermée?
Kataline dit: j'ai voulu adapter le texte de Duras, parce que c'est un auteur (Elle ne dit pas « auteure », d'ailleurs) qui a m'a marquée, comme il a marqué beaucoup de femmes. Même si des hommes tels que vous peuvent lire Duras, bien sur- s'excuse-t-elle opportunément (c'est une conversation qui a lieu quelques semaines avant, avec deux hommes justement : Jérôme et moi-même). Elle poursuit: Duras fait résonner en nous quelque chose de très violent, très sexuel. L'adapter c'est le moyen pour moi de travailler des thèmes qui me correspondent. Le désir selon toutes ses déclinaisons, l'engagement absolu, mais vers quelque chose que l'on ne peut jamais atteindre....
Sisters, d'après Marguerite D., ce soir on y est. Plutôt on y revient, pour un long extrait, après sa création plutôt précipitée lors du printemps dernier aux RCISSD.
De ces notes d'alors, rien à retrancher: elles prenaient acte des thèmes déjà développés, ces thèmes ne se sont pas perdus en route. Depuis c'est le rythme qui a changé, s'est approfondi. Il y a plus de rondeur autour d'une violence toujours contenue. Avec les présences stabilisantes de nouvelles interprètes, telle Jesus Sevari. La créature monstrueuse, ambiguë, en construction ici- 6 corps fusionnés en une troublante chenille- respire mieux, les voix mieux ajustées. L'âpreté est intacte, mais les regards ont gagné en abandon, dans la chaleur du bois et de la pierre du studio du Regard du Cygne. Tout semble question de féminité, tout parait aussi autoportrait. Est-ce ici Kataline en maillots de bains? Un seul corps multiple et glissant, membres imbriqués et rapports, dans la lenteur pensante des étés de canicule, sous le soleil exactement. Le récit textuel et visuel renvoie à l'adolescence, à la naissance de la sexualité, à un suspend sensuel intense et en fuite. Comme à la recherche d'un instant particulier, on devine alors la chorégraphe plus attachée à la force des images- quasi arrêtées- qu'à celle des mouvements.
Sur scène Kataline, toujours à la voix douce, trop douce, parvient pourtant à faire entendre les mots de Duras. Mais de dos. Six bouches s'ouvrent pour les reprendre, les répéter. Texte et gestes s'articulent, mais de ce texte l'homme est absent. Forcement? Ou est-ce plus compliqué? Kataline dit, en privé: quand j'ai commencé à chorégraphier, j'ai créé un solo pour un garçon, mais c'est peut-être de la femme dont dés l'origine j'avais envie de parler...Car après il y a eu un duo homme/femme (qui s'appelait X-XY', tiens, tiens...)- , puis un trio avec deux femmes et un homme (Appropriate Clothing Must Be Worn), et pour finir Sister qui est une pièce pour six filles... Elle dit: entre temps j'ai fait Rock Identity : un solo en trois parties qui s'inspire de figures du rock masculin. Des figures qui ne sont pas si mâles que cela: Morrison est très androgyne, Kurt Cobain aussi, Bernard Cantat l'est franchement moins... mais j'interprète ce dernier en talons aiguilles.
C'est un angle d'attaque pour regarder Sisters... Lors de Rock Identity, Kataline, 100% femme et seins dehors parvenait à être homme, à être Jim Morrison. Est de même suggérée une part mâle cachée dans cette Duras dansé, cette femme surprise dans un moment flou de son identité, dispersée en doubles inquiétants, ses vêtements arrachés de l'une à l'autre, les corps de chacune traînés par les cheveux jusqu'à la conclusion: cette orgie de chairs rêvées, une exploration et une initiation, scène éminemment onirique et masturbante, dominée par l'absence du partenaire amoureux...On attend la suite.
La thématique ainsi bien posée avec Sisters, le déroulé de la soirée peut se voir comme une suite de déclinaisons- déléguées à chacune des artistes et au gré des affinités- de la figure féminine en général et des choix artistiques de l'hôtesse en particulier... C'est varié et riches de respirations.
Ainsi avec Mystérious Skin, vigoureux solo de Julie Trouverie, qui trouve sa dynamique dans la dualité entre sauvagerie et sophistication, l'érotisme se trouvant au point de rencontre. C'est-à-dire que la créature se déchaîne en femme des cavernes vêtue d'un manteau de fourrure. Du titre le mystère est vite révélé, de même que la peau est mise à nue. Sur ses mouvements paniques les désirs ne peuvent qu'ouvertement converger.

La mise en situation de l'archétype social féminin est poussée ensuite bien plus loin avec un intelligent cynisme. La performance culinairequi vient est très particulière. Quatre belles femmes en robe de soirée, sexys et maquillées, s'offrent à déguster: sur dos et bras nus tranches de saumons et autres mets raffinés. C'est la réaction du public, confronté lors de cette performance à ces femmes objets, à ces biens de consommation haut de gamme, qui est intéressante.... Le regard masculin est pour le coup directement sollicité, mis au défi de prendre position. La main hésite à suivre les yeux, quant à la bouche...Est-ce que goûter, c'est tromper?

Plus- mais trop alors ?-de distance nous sépare de Krack, le duo de Viviana Moin et Jesus Sevari, l'une d'Argentine, l'autre du Chili, sur le mode des confidences dansées/parlées quant à la condition de l'artiste femme et étrangère. Hablas espanol? Si ce n'est pas le cas en l'état la rencontre reste frustrante, perdue sur la carte, mais c'est un travail encore en cours (à la prochaine occasion, se souvenir de demander à Mlle Patkaï, qui dirige ce duo d'«où » elle-même vient.).
Viviana Moin s'attaque elle aussi, avec Billy,au sujet de la sexualité. C'est à dire qu'elle l'aborde directement, sans prendre de gants. Brode à partir du récit d'une vision d'enfance possiblement tramautique, pour inventer des confidences drolatiques sur sa « vie de femme » (comme on dit dans les mauvais magazines) avec les hommes dotés d'un sexe-escargot. Scoop! Viviana nous réconcilie au son de Nina Simone autour d'une vision dédramatisée des relations entre les deux sexes. Nous sommes conviés par le rire.
Beatriz Setien Yeregui tente avec Beatriz chante l'expérience de l'exposé d'une femme démultipliée, en jouant simultanée des trois modes d'expression de la présence, de l'image, et du commentaire. Joue la candeur tranquille. S'agissant d'art conceptuel, c'est dans les premières minutes terriblement ennuyeux. Mais cela devient subitement terriblement drôle quand les niveaux de sens glissent ensemble, jusqu'à se télescoper en connivences, dans un grand écart entre Joseph Kosuth et chansons traditionnelles.
Les Vraoum's concluent en sourires la soirée avec leur girl's band au second degré, mais c'est Isabelle Esposito, qui aura proposé la figure féminine la plus audacieuse, et sans doute la plus prometteuse, quitte à dérouter une bonne partie du public, hommes et femmes confondus. En créant avec la Sombre Sautillante un personnage desexué d'un corps hasardeux, qui marmonne à tâtons, esquisse une progression incertaine de gestes ahuris et poussiéreux au milieu d'objets désenchantés. Dans la ligne désespérante, exaspérante et rigoureuse de Vieille Nuit, à l'autre extrémité de la gamme.
C'était le Cabaret des Signes de Kataline Patkai: Sisters(extrait) de Kataline Patkaï, Reprise de la pièce créée en 2008 aux Rencontres Chorégraphiques de Saint-Denis, Avec Kataline Patkaï, Aude Lachaise, Jesus Sevari, Erika Zueneli, Julie Trouverie, Lisa Nogara, Krack (étape de travail) de Kataline Patkaï avec Viviana Moin, Jesus Sevari, Kataline Patkaï, Performance culinairede Kataline Patkaï avec Katia Petrowick, Paloma Moin, Camille Clerchon, Anna D'Annunzio, Lisa Nogara, Les Vraoums spectacle/concert de Maeva Cunci, Virginie Thomas, Pauline Curnier Jardin, Aude Lachaise, Forces-Leech de Ugo Dehaes - Avec Ugo Dehaes et Gemma Higgin Botham, La sombre sautillante(étape de travail) solo d'Isabelle Esposito, Beatriz chante solo de Beatriz Setien Yeregui, Billy , solo de Viviana Moin, Mysterious skin
Solo de Julie Trouverie.
Photos de Jérome Delatour- Images de Danse avec son aimable autorisation, sauf photo de la performance culinaire (DR) avec l'aimable autorisation de Kataline Patkaï
Merci à Kataline Patkaï pour son accueil lors de nos premieres discussions.
Lire: Images de danse
20:36 Écrit par guy dans Danse | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : kataline patkai, danse, regard du cygne, jesus sevari, aude lachaise, erika zueneli |
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samedi, 21 février 2009
Kataline à la ferme
Ardanthé finit la saison en beautés, en audaces qui nous sourient. En début Sylvain Prunenec a dansé comme on pose un rébus, en un parcours drolatique et accidenté: toréador fou ou danseur de flamenco, cow-boy ou chanteur de blues... C'était court en juste un quart d'heure, mais assez pour annoncer le thême: connivences et jubilation. Et laisser Delgado et Fuchs enchaîner, irrésistibles et pinces sans rire.
Plus tard, Yves-Noël Genod raconte. Qu'il est tombé amoureux d'un homme mais que les femmes lui manquent. Ensuite bien d'autres choses. Est ce sa vie ou fiction? On ne sait. Et on renonce vite à se poser la question. Ainsi qu' à catégoriser la chose en danse ou théatre. De même qu'on avait admis voir Y.N.G. arpenter la salle avant le début de la pièce, poser, avec superbe et affabilité. Quant au texte, il est avéré et en version intégrale sur son blog , où il ne détonne en rien avec les autres mots jetés au même endroit depuis des mois ou des années, avec une intarissable régularité. Autant de pièces en devenir? Ce monologue là est joliment désinvolte. Le disant Y.N.G. se balade, deguinguandé et décoloré, avec ce qu'il faut d'hésitation. Offre et force l'acception, en douceur et empathie, avant même de poser le sujet. Séduit en évoquant le poète vierge(1)- Baudelaire- qui allait au bordel sans consommer. Question scénographie, le bordel est plus étudié qu'à première vue. Factice assumé et scène sur tréteaux, neige artificielle comme juste échappée d'une boule de noël, en fond d'écran images de paysages hivernaux, fagots. L'ensemble aussi kitsch qu'une créche de noël, d'un état naturel et révé. Justement, Y.N.G. cite Jean Jacques Rousseau. L'utopie s'installe doucement devant nos yeux-peut-être même tient on là le sujet. Kataline Patkai dialogue en ingénue, apporte des lapins, puis un chat, puis un chevreau. Lui donne le biberon d'une main assurée, et parvient plus ou moins à se faire respecter par ses amis à poils. C'est la douce image de l'harmonie retrouvée. Y.N.G. poursuit sa promenade d'aphorismes de Tolstoi à Pompidou. Fait du name-droping. On lui pardonne. Du début jusqu'à la fin on passe du cop à l'âne, mais en beauté. La belle entourée des petites bêtes se dévet par morceaux: habits de fermière mais sous-vêtements sophistiqués. Puis en tenue de nature: telle Eve rejointe par un Adam pour quelques exercices de paradis terrestre. On y repensera l'heure d'aprés en voyant Cecilia Bengolea et François Chagneau délivrer leur propre version de l'innocence decomplexée. Le pianiste- nu lui aussi- se perd en arpèges, les lumières caressent, Y.N.G. ponctue le tout d'interventions épicées, installe le flou, et une pudeur imprévue. Des moments de rires et d'émerveillements, pas de regrets. L'ensemble a trouvé son tendre équilibre, decousu et sans leçons à donner. Un peu de gravité tempérée par beaucoup de dérision, du dandysme. Une grâce plane, inaccessible à l'analyse. On fond, tout autant qu'Hamlet nous avait crispé. Moralité énoncée au cours d'un déjeuner sur la neige: "L'art c'est la décadence". Voire: tout celà n'aurait il pas été trop gentil (quand le nu ne compte plus)? Il faut bien un peu de vraie provocation: Kataline découpe à cru un civet et quelques spectatrices détournent les yeux. A bas les tabous!
C'était C'est pas pour les cochons! de Kataline Patkai et Yves Noël Genod, avec aussi Yvonnick Muller et Pierre Courcelle au piano. Ainsi que Love me, love me, love me de Sylvain Prunenec. Et à nouveau Manteau Long en laine marine... de Delago Fuchs et Paquerette de François Chaignaud et Cecilia Bengolea. Pour la soirée de cloture d'Artdanthé.
La saison d'Ardanthé n'est pas finie : épilogue avec Boris Charmatz et Médéric Collignon le 5 mars.
(1) ainsi surnommé par Nadar
photos de Jérome Delatour, les autres sur le flick'r d'Images de danse.
lire l'article de Jérome Delatour. et celui de M.C Vernay dans Libération, repris par Y.N.G.
18:27 Écrit par guy dans Danse | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : danse, théatre, artdanthé, kataline patkai, yves noël genod, delgado fuchs, cecilia bengolea, françis chaigneaud |
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dimanche, 18 janvier 2009
In-Contro d'Erika Zueneli: Duel et gestes
Mère et fille ? Sœurs ? Amies ? Amantes ? Quoiqu’il en soit, assises en chien de faïence, et bien des comptes à régler, de toute évidence. Campés des deux cotés de la table, les regards d’abord s’affrontent, couteaux dans les yeux.
En silence la tension glisse vers la danse, encore retenue, vite en vivacité. Les deux elles ne vont pas abattre toutes leurs cartes d’emblée. Les visages restent impassibles et les bouches closes, les corps dialoguent et s’affrontent à coups de messages connivents. Avec des gestes articulés autour de la table et des deux chaises, pour qu'elles en glissent parfois, s’en éloignent souvent, toujours pour y revenir, comme pour se disputer le seul territoire qui soit synonyme de pouvoir. Les victoires sont précaires et les situations s’inversent, le duo passe en revue toute la gamme de la relation, en complémentarité ou domination, positions up et down, escalades et dérobades, élans ou indifférence, réconciliations et coups fourrés, dépendance ou affectivité étouffante, abandon ou regrets, tendresse ou cruauté. Sans que rien ne soit appuyé, tout en subtilité et tout en gestes, sans un mot ou presque.
C’est acide et drôle, c’est surprenant, c'est stimulant, c’est créatif, c’est de la danse contemporaine.
C’était In-Contro d’ Erika Zueneli, avec Erika Zueneli et Kataline Patkai, au théâtre de l'étoile du nord, avec le festival Faits d’Hiver.
Photo par Vincent Jeannot, avec l'aimable autorisation d'Erika Zueneli
P.S. : le même soir, autour d'une autre table, il y avait Solides Lisboa
08:37 Écrit par guy dans Danse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : erika zueneli, danse, kataline patkai, etoile du nord, faits d'hiver |
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dimanche, 01 juin 2008
Kataline Patkai: Six Fois Marguerite Duras
On garde une image précise et fascinée de Marguerite Duras (1914-1996), quasi statue octogénaire au balcon de son appartement de l'Hôtel des Roches Noires, au dessus de la plage de Trouville-sur-mer. Marguerite Duras, postée là comme à jamais tous les jours des étés de ses dernières années 90. Ratatinée, ravinée, impénétrable et figée. Sans réactions perceptibles à nos regards de badauds ou à la pluie normande. Concentrée sur la conscience d'elle-même, ou dialoguant avec la mer et l'horizon. Paysanne et presque orientale, crapaud buffle déifié.
Marguerite Duras qui à 25 ans s'écrit- et c'est déja la même- Kataline Patkai nous la fait entendre, telle quelle, nous la fait rêver par la danse. Avec d'abord un texte de M.D. d'une simplicité trés travaillée qui prend le corps comme sujet- son propre corps en tant que manifestation de l'être. Un texte à rebours de beaucoup de lieux communs littéraires et autobiographiques: "Tout autre passé que le mien m'appartient d'avantage". Il est notoirement ardu de faire coexister textes et danses. On accompagne Kataline Patkai avec d'autant plus d'intérêt dans ce projet, plus fécond que que le dernier travail consacré à Jim Morrison qui s'épuisait à notre sens dans l'impasse de l'imitation. Ce soir la danse évoque (et non imite) un corps écrit, féminin, générique. Non celui de la jeune amante de l'Asie du Sud Est, ni le corps de la vieille des Roches Noires. Un corps commun, étonnamment ré-imaginé avec un humour glacé. Qui d'un devient six, se multiplie à force de s'auto-considérer, devient chenille sur le chemin de sa propre découverte, en retrait du monde. C'est une transposition intéressante du processus de création littéraire, qui aboutirait à se dédoubler en se réfléchissant. Pour viser à l'universel.
Sur un fond de décor d'une sophistication notable-colline de matière réfléchissante, couverte de langues caoutchouteuses, culminant au dessus d'un tunnel lumineux et originel-, se succèdent des évènements suprenants, des roulades, des duos en miroirs, des progressions au sol tirées par les cheveux. Le recit s'interrompt et resurgit où on ne l'attend pas. Ce qui est peu déstabilisant. Un texte mortifère sur la vague et la mer renvoie à des peurs essentielles. La conclusion paroxysmique au son d'un rock survolté marque une nette rupture de ton. De toutes ses images, celles d'une orgie métaphysique et sans jouissance prédominent. Comme une scéne d'onanisme entre les doubles de l'écrivain. La chorégraphe met plutôt en scene une sensualité plutôt distanciée. Cet inventaire paisible et apppliqué des positions sexuelles, il nous semble déja l'avoir vu sur scène quelque part, en ébauche et sous d'autres angles. Pas plus loin qu'à Mains d'oeuvres, avec Appropriate Clothing must be worn. De la pièce d'alors à ce soir Sister, en passant par les postures de Rock Identity. On ne peut nier que K.P. suive une vraie continuité dans les thématiques. Et dans le style: il y a toujours un moment dans ces pièces où cette grande interprète hieratique, impliquée au ralenti dans une situation incongrue, semble porter trés loin au delà un regard calme et détaché.
Il y a plus d'un point commun ici avec la proposition de Julie Nioche qui précédait dans cette même soirée des Rencontres: audaces visuelles, originalité, legers regrets d'inaboutissements, réflexions sur la féminité, approche plutôt intellectualisé de l'émotion, grande sophistication plastique... sauf que les résultats ne se ressemblent en rien, ce qui marque bien l'originalité de l'une et de l'autre. Tant mieux
C'était la création de Sisters, de Kataline Patkai, avec Kataline Patkai, Aude Lachaise, Lisa Nogara, maxence Rey, Agnes Sourdillon, Erika Zueneli, au Nouveau Théatre de Montreuil, dans le cadre des Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine Saint Denis.
Photo avec l'aimable autorisation de Jérome Delatour (au centre: kataline Patkai)
extrait et interview, sur arte
13:21 Écrit par guy dans Danse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kataline patkai, nouveau théatre de montreuil, rencontres chorégraphiques internationales de seine saint denis, marguerite duras, erika zueneli, danse |
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vendredi, 26 janvier 2007
Kataline Patkai: la reine lézarde?
Kataline Patkai imite Jim Morrison à la perfection.
Pour être exact, Kataline Patkai restitue parfaitement le personnage que le chanteur de The Doors créait sur scène, ce personnage qui a survécu au Jim Morrison privé. On pourra lire à ce propos les pages 81 à 92 de "Confessions d'une Groupie" de Pamela Des Barres, ouvrage de référence pour tout spécialiste sérieux en rockologie.
Danse "indienne", yeux clos, transe, pied de micro menaçant, balancement sensuel, sursauts, évocations orgasmiques, tout y est. Sauf le saut de l'ange dans le public: elle n'a pas osé. Sur le papier, c'était sûrement prometteur, de chorégraphier une gestuelle rock à priori trés étrangère à la danse, et d'incarner avec un corps féminin- là dessus pas d'équivoque- un mythe sexuel masculin.
Mais voilà, sur scène, ça ne décolle pas. On se dit que tout est trés bien imité, et on en reste là, comme devant son lecteur de DVD. Pas plus stimulant qu'une parodie de Brian Wilson sous calmants.
Fausse bonne idée? Projet mal travaillé? Pas assez structuré? C'était peut être un jour "sans", on se consolera en regardant ici un extrait de sa création précédente(Appropriate chothing must be worn), ou on retournera la voir au ranelagh ou au LMP en février/ mars dans l'espoir d'un soir "avec".
C'était, hier soir, Rock Identity (part one) -♥♥♥♥♥♥-, au Vanves théâtre, dans le cadre du festival Artdanthe.
Guy
P.S. : La même soirée, il y avait Bienvenu Bazié chorégraphié par Xavier Lot,on y reviendra après la pause
P.P.S du 11 février: mise en ligne de 2 photos de Vincent Jeannot. Qui confirment que visuellement au moins, c'tait tout à fait ça.
P.P.P.S encore plus tard: n'empéche qu'à chaque fois qu'on voit une vieille vidéo de Jim Morrison, on croit revoir Kataline Patkai...Il y avait quelque chose!
19:05 Écrit par guy dans Danse | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : rock, danse, artdanthe, le sexe, jim morrison, kataline patkai, nus |
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