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Danse - Page 2

  • Métamorphoses

    Saisissement et onirisme: Sabine Molennar titille le bizarre. Son corps longiligne se casse et se désarticule, renonce à soi pour se prêter à de nouveaux agencements, suggère des archétypes féminins sur le fil de l'ambiguïté entre érotisme et monstruosité, autant d'exercices de difformités. Je suis capté par la tension qu'elle exacerbe entre équilibres et chutes, tente d'entrevoir au gré des mystères et métamorphoses qu'elle crée des éclats de vérité. Tragiques. La bande son à rebours, l'économie de matériaux scéniques, robes et meubles, dessinent dans mon esprit un imaginaire de velours capiteux, vénéneux, quasi cinématographique. Je pense à David Lynch mais d'autres y verront le souvenir de maitres flamands. Elle coule et se brise, trouble, derrière le prisme.
     
     
    That's it de Sabine Molennar vu le 9 mars au théâtre de Vanves dans le cadre du festival Artdanthé.
     
    Guy
  • Gimme Shelter

    Entreprise sévère et ambitieuse: le livret de cet opéra dense de sens puise dans le vivier des mythes universels. Un peuple en détresse erre en quête d'un dieu muet sous la conduite de son prophète. Cette traversée du désert les amène vers un havre, une possible terre promise. Le récit balance entre universalité et l'actualité flagrante avec la figure d'un religieux fanatique et misogyne, prompt à tuer à coups de revolver. Dès le temple trouvé, coule le premier sang. Mais le ciel est vide, la scène aussi. Cette omniprésence du vide, assumée dans la pièce, me pose question, avec la sensation que la chorégraphie explore obsessionnellement cet espace austère sans le remplir de vie, d'expression. Malgré les enjeux, ll me manque d'être saisi, halluciné. Mouvements désunis, me dit une amie. Il me faut attendre le personnage de la sybille pour gouter de la liberté, de la surprise et du délié, même de la transe. Dans cette concurrence des sens que produit le genre de l'opéra, avec une partition ici très acide, le chant à vif, le livret à lire dans le même temps, dans cette masse d'informations à décrypter, la danse me semble ici passer au second plan.

     

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    Initio chorégraphié par Tatiana Julien, composé par Pedro Garcia Velasquez vu au théâtre de la cité internationale dans le cadre de faits d'hiver le 30 janvier 2017

    photo de Flore Nina Hernandez avec l'aimable autorisation de faits d'hiver

     

  • DD Dorvillier et Catherine Meurisse: la BD danse hors des cases

    Dans les jardins de la villa Médicis à Rome, les Niobides sont figées dans leur fuite sous les flèches du dieu Apollon. Ainsi les découvre, en décembre 2015, la créatrice de bandes dessinées Catherine Meurisse, venue en quête de beauté pour guérir son traumatisme après l'attentat du 7 janvier auquel elle a échappé. Elle y voit le souvenir du massacre de ses amis de Charlie-Hebdo. La dessinatrice racontera l'épisode dans un album beau et poignant, drôle pourtant: La Légèreté. Ce groupe de statues inspire aujourd'hui à Catherine Meurisse et à la chorégraphe DD Dorvillier, qui s'étaient rencontrées sur place, une performance commune à l'initiative du festival Concordan(s)e.

    Ce soir les deux artistes parlent de leur travail dont les contours se précisent: faire interagir sur scène danse et dessin, tracé et projeté en direct.

    DD Dorvillier&Catherine Meurisse2 @photo D.Micheli.jpg

     
    Je suis non seulement ému par le contexte de ce projet et par la mémoire qu'il porte, mais très curieux de cette création. De ce qu'ainsi elles offriront, à nous, et l'une à l'autre. 
    Curieux de la rencontre de deux arts qui se fréquentent peu, mais qui traitent également du corps et même du mouvement- la BD d'une manière plus clandestine en en créant l'illusion entre images fixes.
    Curieux de la rencontre de deux personnalités, entre l'exigence conceptuelle de DD Dorvillier passionnée de recherches formelles (telle la transcription en gestes muets d'une pièce de Beethoven), et l'insolence de Catherine Meurisse, digne héritière de Reiser et Bretécher.
    Curieux de l'accord à venir entre deux temporalités, quand je vois la vivacité du trait de Catherine Meurisse, quand j'entends DD Dorvillier se préoccuper de substance autant que de geste.
    Curieux du sens qui sera proposé, déjà persuadé qu'en mouvement les statues reprendront vie.
     

    DD Dorvillier&Catherine Meurisse @photo D.Micheli.jpg

     
    Vois-tu celle-là qui s'enfuit, projet présenté le 26 janvier par DD Dorvillier et Catherine Meurisse à la bibliothèque Faidherbe, y sera créé dans le cadre du festival Concordan(s)e le 11 mars 2017 puis en d'autres lieux (calendrier ici) en mars.
     
    Guy
     
    photos de Delphine Micheli avec l'aimable autorisation de Concordan(s)e
  • Des choses cachées

    Elles sont de celles qui retournent les pierres, ouvrent le sol sous leurs pieds, font deviner les ombres de choses cachées dans des cavernes  depuis des éternités, nous emmènent. Oui, elles nous emmènent en un ailleurs qui n'est déjà plus le lieu proche de la scène, ouverture sur un écran de cinéma peut-être, à un degré d'étrangeté plus lointain. Y règnent dans les ruines d'autres lois, d'autres attirances entre êtres, d'autres pesanteurs, des résistances. Les mouvements s'empêchent et se libèrent, se stabilisent en étreintes inertes. Elle s'y meuvent au ralenti, comme à l'envers, vers l'origine, premières femmes sur la lune, pourtant le vent violent dans les cheveux. La musique y râpe, puis panique, surprend leurs chutes et leurs fuites. Elles y dilatent l'imaginaire, se jouent des codes, troublent ensemble des gestes de mélodrame et de danse, esquissent un art total, vivant et plastique. Elles se libèrent de leurs peaux pour se peindre, creuser les rites et couleurs, devenir ornements. Elles se livrent à l'archéologie de nos souvenirs partagés, à l'inventaire de drôles d'accessoires et de reliques de notre civilisation, signes et vestiges éparpillés. Sous le tapis de danse, derrière le rideau de théâtre, la nature est retrouvée, tout semble commencer.
     

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    Ornement de Anna Massoni et Vania Vaneau vu le vendredi 4 novembre au théâtre de l'étoile du nord en ouverture d'avis de turbulence.
     
    Guy
     
    photo de Jordi Gali avec l'aimable autorisation de l'Etoile du Nord
    lire à propos de blanc: ici et
  • Deuxième round

    Si les cordes du ring sont bel et bien matérialisées au sol, ce n'est pas la boxe qui est montrée ici, pas littéralement. Mais ses émotions, ce qu'elle bouge et met en jeu. La chorégraphie va extraire des gestes de la boxe: vivacité, élégance, surtout force et résistance, tout ce qui peut entêter la danse. La bande sonore capte le souffle de l'histoire, celle du match "Rumble in the jungle" à Kinshasa en 1974. Elle évoque par cet l'événement le destin d'un homme- Mohammed Ali- son combat politique pour la dignité. Le combat dansé ici rassemble plus qu'il n'oppose, artistique, politique, collectif. Il sont trois ensembles à porter les gants et non deux opposés, trois danseurs congolais d'aujourd'hui qui luttent, pour malgré l'épuisement se relever, vaincre et ainsi témoigner.
     

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    Debout - Se relever de Djino Alolo Sabin et Christina Towle vu le 13 octobre 2016 à Micadanses dans le cadre du festival ZOA.
     
    Guy
     
    photo par Anne Girard avec l'aimable autorisation de Zoa
  • Faire l'amour

    On dit que tout était déjà dans le Kama-Sutra, que cela fait des millénaires qu'on a tout essayé, le nombre de combinaisons étant limité. Heureusement, l'imagination des chorégraphes n'a pas de limites. Ici est réinventée une histoire de couple, qu'initient logiquement des travaux d'approche. L'homme et la femme se jaugent, se poursuivent et jouent, se heurtent, se touchent, se claquent, se mordent et se goutent, matérialisent désirs, curiosités et appétits. Ils éprouvent de leur peau la texture, l'élasticité. De plein fouet, je ressens la fougue des attaques, la vigueur des esquisses. A ce stade déjà, l'entreprise chorégraphique n'est pas sans risques. D"autres dans des projets du même genre ont trébuché sur le trivial ou le ridicule. Ici dans l'inventivité et la fraicheur apparait l'innocence retrouvée.... mais subtilement affleurent entre les deux corps les enjeux de pouvoirs. Sur cette lancée, ils se rapprochent à s'enlacer, liés littéralement, pour tendre vers l'utopie de la fusion amoureuse. S'agencer, centimètre par centimètre. A n'être qu'un, ils ralentissent le temps autour d'eux. Sommes nous faits alors d'un seul corps, pas si loin de la mort? Après cet impossible, ils se libèrent et s'envolent. C'est drôle, poétique, intelligent. Et sensuel-mais doit-on le préciser?

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    DELICES // Création 2015 from Aina Alegre on Vimeo.

     

    Délices d'Aina Alegre vu le 12 octobre au théâtre de Vanves

    Guy

    Photo d'Alain Touret avec l'aimable autorisation de la compagnie

  • En morceaux

    Où sont nos bras, où sont nos jambes? Les siens dans tous sens, Eva Klimackova déstructure notre vision du corps, c'est tout son langage qui est bouleversé, celui de ses fonctionnalités familières et celui des émotions qu'il porte. Ce sémaphore humain envoie des signaux, mais mystérieux. Tout se joue par les avant-bras, les jambes sous les genoux, qui inventent de nouvelles combinaisons, le reste du corps avalé par une tenue noire, l'unité rompue. En correspondance, on écoute une drôle de leçon de danse métaphysique du poète Ghérasim Lucas, les mots attendus eux aussi substitués, et pas plus de bornes. On se relâche, plongé dans cette durée sans repères, où la danseuse tire l'élasticité jusqu'au bout de ses possibilités  L'unité est perdue et l'identité se recherche loin des repères vers des ailleurs. Dans la fragilité de nouveaux équilibres, s'invente une écriture fraiche et subtile.
     

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    Ouvrir le temps (the perception of) d'Eva Klimackova et Laurent Goldring vu le 9 novembre au théâtre de la reine blanche en ouverture du festival Zoa.
     
    Guy
     
    Photo de Laurent Golrig avec l'aimable autorisation de Zoa
  • Faut-il brûler Edmonde?

    Pas de mystères: la pièce de Christine Armanger est assez chargée d'images fortes, assez subtile et intelligente dans sa construction pour fâcher tout le monde. Des cathos chatouilleux qui apprécieront modérément de se faire accueillir par Ève maniant l'encensoir, aux anticléricaux militants qui lui reprocheront de ne pas clairement bouffer du curé, et trouveront suspect qu'elle connaisse son missel jusqu'au bout des doigts. Ou certains, par miracle, plutôt que de faire la queue pour en lapider l'auteur, recevront la pièce sans y plaquer leurs attentes et là où elle peut les mener: vers des territoires qui dérangent, et de libres interprétations.
     

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    Cette vie des martyrs à rebrousse poils déroute, sa construction à double niveau n'y est pas pour rien. Un étage pédagogique vidéo, animé sur un ton badin mais avec érudition, pour instruire sur la vie des saints. Et une évocation en direct par l’interprète, sensible, plastique et charnelle, des tourments de Saint Sébastien, Sainte Agathe, sainte Lucie... D'un coté un humour féroce et isolent, de la distanciation, de l'autre la fusion entre le sacré et l'érotisme. Sur scène s'incarne en extases ou souffrances le corps de Christine Armanger. Sur l'écran, son avatar virtuel- Edmonde Gogotte- déroule des tutoriels You Tube d'imitation des martyrs en Do-It-Yourself. L'une est sainte... mais l'autre ne l'est pas moins. Là, précisément, s'articule la pièce. En faisant dialoguer, en réponses aux mêmes aspirations à la transcendance, les figures passées de la tradition chrétienne, et les nouvelles idoles virtuelles pour qui les like tiennent lieu d'adoration. Nos doubles imaginaires d'hier et d'aujourd'hui. Avec une égale acuité et cruauté: en explorant chez les figures d'hier les ambiguïtés entre douleur et extase, le sort réservé au corps des femmes... En montrant aujourd'hui le martyr numérique subi par l'avatar, d'autant plus injurié et "bashé" dès qu'il dérange qu'il a été porté aux nues auparavant. C'est le sort virtuel que dans la pièce subit Edmonde. J'ose une prière pour que l'œuvre de Christine Armanger soit mieux reçue malgré sa radicalité.
     

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    Edmonde et autres saint(e)s - partie 1, de Christine Armanger, vu le 22 septembre à Micadanses dans le cadre de Bien faits!.
     
    Guy
     
    photos de Salim Santa Lucia avec l'aimable autorisation de la compagnie Louve

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  • Ensembles

    Seules contre le monde? Seules mais deux, ensembles. Sans besoin d'explications, la présence de ces femmes installe une évidence. Quelques gestes, une tension. Je ne parviens à comprendre cette immédiateté, je la reçois. En état d'alerte, entre elles l'espace se fait dense, chargé d'émotions duales, de déhanchements entêtés, de balancements nerveux et d'attentes. La violence sourd sans démonstrations. Le cœur bat au rythme d'une ballade cruelle. Que fuient-elles? Je crois que la tension se résout peu à peu en abandons et enlacements. Paix retrouvée, sensualité: leurs cheveux longs et libres volent au vent.

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    Vice Versa de Nicole Mossoux et Patrick Bonté, vu le 19 septembre 2016 à Micadanses dans le cadre de Bien Faits.

    Guy

    P.S. et à la même soirée , reprise d'Etna de Camille Mutel vu il y a 2 ans et raconté ici

    et des variations libératrices sur Blanc de Vania Vaneau (lire ici et)

    photo de Mikha Wajnrych avec l'aimable autorisation de Micadanses

     

  • Des mutations

    Discuter avec des gens à poils, cela parait assez rapidement tout naturel, pour peu qu'on se laisse emporter par le sujet de conversation. Mais on discute avec eux, ou on les regarde: cela dépend à quel moment ils en sont de leur évolution. Cela dépend du moment où l'on rentre cette grande salle, comme à une exposition permanente.  
    A cet instant, ils en sont tous à l'état d'animaux, jamais sur leurs deux pieds, témoignant d'une brutalité paisible, d'une tranquille impudeur. Ils se promènent à un train de félin, avec les tics de l'instinct, regards flous et ventres qui tremblent. Ils se frottent et se frôlent entre eux, nous autour comme des voyeurs au zoo. Subtilement d'autres moments les emmènent plus vers l'humain. Toujours sans textes ni contexte. Mouvements collectifs, poses académiques. Faute de mots, j'ose un croquis.
    Et plus tard, arrivés au bout d'une mutation, ils se lèvent. Ils se présentent et viennent à notre rencontre, toujours nus mais extraits de la représentation, pour discuter. Les sujets-l'amour, l'apprentissage...- sont universels et balisés: la rencontre peut se produire. Les conversations s'animent, on entend des rires. Ou parfois ça ne prend pas. Dans tous les cas, on a pris conscience, ou non, que d'autres spectateurs nous regardent parler avec eux. Nous sommes inclus dans la performance. Ou simplement on nous regarde regarder.
    C'est long, quatre heures, ou plus, ou moins, le temps d'être là, ou pas. De remettre le regard à zéro. D'entrer, sortir, s'assoir, se lever, bouger, partir prendre un café, c'est un temps volé à sa productivité, du temps perdu pour en gagner. J'essaie tout: assis, debout, accroupi, sérieux avec le carnet, affalé et la vue renversée, déambulant... Comme 95 % des gens, qui sont adossés aux murs, groupés, je n'ose pas le centre. Allez: tout juste un ou deux mètres à l"écart. Vite surpris, comme par une marée qui monte, au milieu d'une migration de corps qui glissent autour moi vers leur alignement.

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    Les danseurs se relaient, à une vingtaine, pour en permanence être une douzaine en actions. J'essaie de deviner qui parmi nous est d'entre d'eux, va se déshabiller dans quelques minutes et changer de situation. je me trompe parfois. Mais il parait qu'il a des intrus. Je me trompe aussi, lorsque je lie conversation avec cette spectatrice, qui me dit entre autres que la pièce ne parle que de changements, qui est convaincue de la bienveillance avec laquelle les spectateurs accueillent les danseurs. Quelques minutes plus tard, je la surprends, une fois déshabillée, dans l'autre communauté.
    Avec le temps s'impose une évidence: les corps s'égalisent aux regards en une même sérénité: hommes ou femmes, jeunes ou vieux, gros ou maigres, pâles ou foncés, ils convergent vers une même beauté, digne et qui ignore les canons. Ils proclament la démocratie de la nudité. 
    Avant la fin- c'est à dire quand j'ai décidé de partir- se dresse une forêt de bras et de jambes, poussés d'un terreau de corps en fusion, en une seule respiration. C'est beau. Apaisant. C'est effectivement la fin de quelque chose- mais ce n'est pas grave- ou son commencement.Une de-évolution, quand sont épuisés tous les sujets de conversation.

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    Temporary Title de Xavier Le roy au Centre Georges Pompidou le 15 septembre 2016
     
    Guy

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