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Danse - Page 3

  • Le jaune et le blanc

    Je retrouve ici à ce point de son avancée un même projet, mais ce soir d'une autre manière, allant du rouge d'avant au blanc, du clair obscur à la pleine lumière, de la chair à l'épure, de la suggestion à la démonstration. Camille Mutel, d'évidence, poursuit dans ses pièces la recherche asymptotique des zones dérobées de l'érotisme, se confrontant à la possibilité, ou non, de représenter le désir jusqu'à son assouvissement. A cette étape, loin de l'onirisme d'Etna- dernière pièce en date- l'audace suit d'autres chemins. La proposition de ce soir fait tout autant écho au travail récent de la chorégraphe dans le cadre de (Nou) dirigé par Matthieu Hocquemiller qu'à ses propres créations. Le décor mental du Japon est posé, non seulement par les images urbaines d'Osamu Kanemura, mais dans le mode même de la pièce, sa respiration. Est-ce ici le pays de Mishima plutôt que celui d'Hijikata? La rencontre des deux corps dénudés des danseurs se tente dans un cérémonial érotique méticuleux, qui épuise tous les usages que l'on peut faire des œufs. Étrange alliance de crudité et de délicatesse, que la voix inattendue, organique, d'une chanteuse vient troubler à contre courant. Je songe aux créations précédentes, et aux sentiments d'irrépressibles surgissements qu'elles inspiraient, et je reviens ici face à une proposition plus mise à distance, plus cérébrale, mais qui appelle à la connivence. Le travail se donne à voir: travail sur le temps étiré du rituel avec la préparation minutieuse des accessoires, travail sur l'espace et la lumière, qui souligne le vide consistant entre les êtres jusqu'au rapprochement des dermes, travail sur le mouvement des 2 corps qui matérialise les dynamiques de l'attraction, de l'hésitation et de la rencontre. Le jeu de correspondances est dense: rencontre du masculin et du féminin comme du jaune et du blanc de l'œuf, symbolisme de cet objet et évocation de l'oiseau dans la danse, rôle détourné du chant qui relaye l'indicible....

    Je vois là un objet artistique neuf et surprenant, beau et glacé cependant, qui ose mais en inspirant un sentiment de contrôle. Qui me paraitrait presque trop sérieux s'il n'y avait dans l’œil et sur les lèvres des interprètes cette étincelle de plaisir et d'ironie.

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    Rencontre avec Camille Mutel autour de la création Go, go, go, said the bird (human kind cannot bear very much reality) from micadanses - Faits d'hiver on Vimeo.

    Go, go,go, said the bird (human kind cannot bear very much reality de Camille Mutel , vu le 8 février au Générateur de Gentilly avec le festival Faits d'Hiver.

    Guy

    photo de Paolo Porto avec l'aimable autorisation de la compagnie

  • Aprés le Diable

    Comment se révèle-t-elle, cette étrangeté en nous, cette monstruosité, que Maxence Rey fouille de pièce en pièce? On ne croit plus au diable et en ses tentations, mais l'inexpliqué toujours nous inquiète, le point mort de notre rationalité, l'incontrôlé. C'est par le corps des interprètes qu'il surgit ici, entre grotesque et beauté. Ceux ci nous font toucher du doigt cet instant paniqué de la transformation, où la résistance abdique. De la fête de village selon Rubens à la la fête techno, le mouvement traverse les époques. Les pulsions se libèrent avec force, les visages grimacent, les ventres s'agitent et se tendent, les sens s'ouvrent, les regards s'aiguisent, avides. Quelques frôlements, des gestes francs, et explosent des orgasmes raides et muets. Les poses sont convulsées et les cris libérés, loin de la tête les bassins dansent. Dans sa troublante viscéralité, l'œuvre parait sévère jusqu'à ce que la drôlerie l'emporte, culminant irrésistiblement en une chanson folklorique réinventée.

    Teaser - LE MOULIN DES TENTATIONS - Cie Betula Lenta - Maxence Rey from Romain Kosellek on Vimeo.

    Le Moulin des tentations de Maxence Rey vu le 6 février au CDC-Atelier de Paris-Carolyn Carlson dans le cadre de faits d'hiver.

    Guy

  • A l'origine

    La lune est pleine, la pièce est vide. Pour l'éclairer une bougie suffit. C'est l'ombre qui sur le mur se dresse et danse, celle d'un ventre tendu en avant, qui donnera la vie, de seins dans l'attente. Les courbes puissantes dessinent l'idée, la chair est lourde, humaine jusqu'à la fragilité. La femme se tourne et le poids l'entraine, nue simplement, la respiration trouve son chemin. Elle cherche son équilibre entre pensées et convulsions. Une voix fige le temps. Quelque chose d'ancestral et futur s'impose et l'emporte. Quelques instants nous adorons une déesse mère, sereine et souveraine.

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    Luna Llena de Maïte Soler, musique de Damien Serban le 7 février en appartement avec Projektor.

    Guy

    photo par Fabrice Pairault

  • La nuit et le jour

    Retour à l’obscurité, dans les profondeurs où se perd l’identité. Le solo d’Hélène Rocheteau fait la part belle à l’ombre. Avec en exergue une citation d’Hijikata, la danse évoque le buto plus dans ses préoccupations que par forme, dans l’attention qui s’abandonne à ce qui peut surgir du sombre et traverser l’individualité, à l’incontrôlé. Son et lumière brouillent les repères, les gestes de même. La musique est abrasive, matière originelle. Noir, le solo va à l’essentiel.

    L’œuvre de Vania Vaneau y répond à la perfection, comme le blanc peut dialoguer avec l’obscurité. On est tenté de lire dans les deux œuvres les mêmes préoccupations, et des réponses à l’opposé. Blanc est un exaltant festival de couleurs, montre le corps et l’identité à l’épreuve des cultures, traversés par autant d’altérités. Ce corps est-il d’abord blanc et neutre, ou en souffrance? Il apparait se libérer alors qu’il se charge d’incarnation en incarnation, dans un arc en ciel de travestissement, en une ronde extatique qu’encouragent les boucles de musique. Il renait de ces rites, de la nudité originelle que pare et transforme des peintures multicolores.  

    La Nuit manquante d’Hélène Rocheteau et Blanc (en version intégrale) de Vania Vaneau , à Micadanses le 20 octobre avec le festival ZOA.

    Guy

    Blanc Teaser from vania vaneau on Vimeo.

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    ZOA continue le 27 octobre à Micadanses avec Enora Rivière et Mohamed el Khatib

    photo de Florent Jarrigeon

  • Moi, mes corRRRrpines, à l'instant où ça s'arrête

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    Moi, mes corRRRrpines, à l'instant où ça s'arrête, performance d'Eléonore Didier le 26 septembre au Potager du Roi dans le cadre de Plastique Danse Flore.

    Photos G.D. droits réservés

    lire aussi: Eleonore Didier

  • Belle déprime

    Cette pièce n’est-elle pas très noire-ou est-ce moi-même qui suis déprimé ? Ce soir, plongée tout droit dans le sujet désabusé de la perte d’intérêt pour le travail, avec par le plus grand des hasards le cas d’un chorégraphe démotivé. Son entêtement à rater mieux. Mais si l’humour est la politesse du désespoir, l’art du décalage est ce qui sublime la pièce d’Aude Lachaise. Brouillage des frontières pour une proposition étiquetée danse où l’on n’arrête pas de parler, intrusion du modern jazz dans le genre contemporain, quasi-synchronisation entre les voix des uns et les corps des autres, dérapage contrôlé d’un récitatif d’une précision chirurgicale en une comédie musicale métaphysique et exubérante. C’est délicieux. L’understatement joue à cache-cache avec l’affect, l’angoisse s’évacue en danse jusqu’à l’épuisement des corps, avec de belles surprises visuelles. La déprime adulte dérive en de savoureux moments de régression infantile. Bien heureusement : Aude Lachaise pratique un art d’une insoutenable légèreté.

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    En souvenir de l’indien d’Aude Lachaise , vu le 24 septembre 2015 à l’Atelier de Paris Carolyn Carlson dans le cadre des Plateaux.

    Guy

    Photo par Sarah Oyserman avec l'aimable autorisation de la compagnie.

    lire aussi Marlon

  • La mere et l'enfant

    Surgit, à les voir sur scène tous deux, la réminiscence de ce quelque chose si précieux, oublié, peut-être perdu, il y a si longtemps. Le souvenir d’une tendre liberté, à la naissance de la conscience, avant la perte de l’insouciance. Tout est là et beau en un rire si frais. Question de jeux, de je, de nous, d’eux: les jeux de l’enfant, si gai et sérieux, le jeu de la chorégraphe et maman, qui s’autorise la dérision maintenant, et ce qui se joue de si vrai entre eux deux. Elle s’affaire, il chahute, construit des châteaux, il reste un enfant justement, tourne de plus en plus vite autour de son petit monde en vélo. La mère le poursuit, l’encourage et le retient, tente de recréer avec lui une impossible fusion en boule sous sa robe rouge. Tout tient à un fil, l’enfant pourrait se fâcher, quitter la scène, s’envoler du haut de ses cinq ans, et le spectacle s’arrêter, la vie continuer.

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    H.S.- Mon royaume sur tes cendres  (étape de travail) de Katalin Patkaï avec Katalin Patkaï et Ernesto Boiffier-Patkaï vu à anis Gras le 19 mai.

    Guy

    affiche de Fréderic Teschner

  • Inquiète

    D’abord elle chute, propulsée dans un espace sans dessus-dessous. Dans un monde d’après fait de vide inhospitalier, ruines qui lui inspirent ces fuites de bête traquée. Dans ce No man’s land survivent des brides de souvenirs: robe à fleurs et chaises renversées. J’imagine qu’elle s’y raccroche, y puise de l’énergie pour lutter et exister encore, par mouvements d’allers retour contrariés, où elle semble ramenée à son point de départ par d’invisibles fils. Soudain elle parle, sa voix reste sur le fil. Elle se perd yeux fermées, tombe et persiste à tomber. Le propos ici est grave, les mouvements forts et sans retenue. Je suis sensible à cette criante inquiétude. Parfois je la quitte pourtant-Il y a peut-être trop ici, encore à décanter, et il me faut accepter le sens du drame. Mais elle ose et offre l’intensité. Me fait apercevoir ces fragments d’absence qui surgissent, ces failles. Elle partage la recherche de l’invisible-sur scène il y a un angle mort, un trou noir- elle parait toujours au bord de s’y effacer, où de se fondre contre le mur, puis revenir avec une si forte présence. Elle réussit à mettre en scène l’impossibilité. Il y a-t-il de l’espoir ?

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    Ruines de Tatiana Julien et Marine de Missolz dansé par Tatania Julien, vu le 7 février à l’atelier de Paris Carolyn Carlson avec Faits d’hiver.

    Guy

    photo de Nina Flore Hernandez avec l'aimable autorisation du festival faits d'hiver

    lire aussi: la mort et l'extase

  • Territoires vierges

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    (Nou) touche au sexe, là rien d’original, mais touche aussi les sexes, ce qui est plus troublant. Un tabou pas tant titillé que celà, mais on peut, c.q.f.d. . S'ouvre alors un territoire quasi-vierge à explorer en ce qui concerne la danse. Il s’agit ici d’inventer une chorégraphie des zones érogènes. A l’œuvre bouches, seins, fesses, sexes et langues, avec ces outils le langage se cherche, en évitant des procédés excitatoires  trop usés, en se refusant pas la drôlerie. Avec comme vocabulaire la démultiplication des possibilités des corps des danseurs- masculins, féminins et trans-genre- et comme intention de brouiller les rôles traditionnellement assignés. Cette intention était déjà à l’œuvre dans Bonnes nouvelles du même chorégraphe. Dans cette entreprise, la performance tend à glisser vers l’énumération de ses audaces. Le sexe peut aveugler, ou la lumière s’y engouffrer mais pour disparaître, comme littéralement montré en début de spectacle. Mais merci pour cette prise de risque. Ce qui est en tout cas démontré, s’il en était encore besoin, c’est que le théâtre de Vanves sait ne rien s’interdire, c’est tant mieux. Merci José pour tant de passion, d’intelligence et de détermination depuis 17 Artdanthés, et bon anniversaire!

    (nou) teaser from CIE À CONTRE POIL DU SENS on Vimeo.

    (Nou) de Matthieu Hocquemiller vu le 27 janvier au Théâtre de Vanves avec le festival Artdanthé.

    Guy

    lire aussi: bonnes nouvelles et J'arrive plus à mourir

    photo de Alexis Lautier avec l'aimable autorisation du théâtre de Vanves.

  • En couleurs

    Le lendemain soir de ce mercredi noir, l’affect  s’engourdit, sidéré, les pensées ruminées. Difficile de faire page blanche et de s’ouvrir à d’autres imaginaires. Mais la danseuse est en noir elle aussi, debout. Elle s’agite de bas en haut, et grimace, prise d’irrépressibles convulsions, comme possédée. Le diable au corps. Mon état s’incarne en ses mouvements, elle m’aide à me purger des humeurs morbides et pensées en impasse. C’est un passage. Devant elle, alignés au sol, des vêtements de toutes les couleurs, qui m’évoquent de mystérieux folklores. Un par un elle les ramasse, danse, s’en pare. Elle se charge de signes et traditions. Le corps disparait jusqu’au visage voilé sous les étoffes mais tourne à n’en plus finir, toujours vivante. Elle semble la prêtresse de nouvelles mythologies, un ange multicolore, à elle seule le monde entier. Pour réconcilier en son corps toutes les civilisations, pacifiées la barbarie loin derrière. Quand elle cesse et repose, glisse et renait hors des tissus, au terme de cette cérémonie, il n’y a plus qu’une humanité. Le noir laisse la place à l’apaisement. La pièce s’intitule « Blanc », vient du Brésil, née d’interrogations sur la rencontre des cultures blanches, noires, indiennes. Aujourd’hui après le deuil, c’est une cure de couleurs.

     

    Blanc Teaser from vania vaneau on Vimeo.

     

    Blanc de Vania Vaneau, vu le 8 janvier au festival Open Space à l’Etoile du Nord

    Guy