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acrobatie

  • Ecole des arts du cirque: La Part des Rêves

    Au sol rôdent des félines toutes griffes dehors, qui jouent à faire peur sous les éclairs de néons. Il y a sept filles, deux garçons, donc ces derniers objets de sourdes convoitises. Et des duos amoureux, des disputes, des courses, des jeux de quatre coins, des réconciliations. Mais l'essentiel se joue en soli, dans les échappées verticales. Chacun à son tour a droit à son moment d'ascension.

    hd2_la_part_du_loup_elsa_caillat_cnac_02__nicolas_guichard.jpg

    L'acrobatie est alors la danse faite impossible. Sans emphase ni dramatisation, tout en fluidité et révêrie, cette succession d'évasions réussit à ne presque jamais lasser. Ambiances: les rêves se balancent aux échos d'un soprano, deux flutistes charment des femmes-cordes: une évocation elliptique d'Indes exotiques. Legers, legers comme l'imaginaire, les bras tendus font lignes avec le fil, l'équilibre prend des apparences désinvoltes de facilité. La verticalité est libérée. Enivrée par les accords d'une guitare poisseuse, une vamp en guépière et manteau fait se dresser droit un mat chinois. Au son de carrillons de minuit des désirs inexprimés flottent entre deux airs, entravés de cordes, et se laissent retomber, comme par abandons. Vu par ceux qui, lampe au poing, veillent d'en bas: des fantômes. Au sol une femme en robe de dentelle regarde et danse avec une feinte maladresse. C'est un vilain petit canard qui fait le lien entre nous et eux.

    Qui font leurs preuves, comme pour une épreuve d'initation, se rassemblent enfin pour le grand saut. Et assemblent une machinale infernale pour être projetés à travers le portail, vers le rêve ou la vie.

    C'était La Part du Loup, mis en piste et chorégraphié par Fatou Traoré avec les étudiants de la 19e promotion de l’Ecole nationale supérieure des arts du cirque (Ensac), à l'espace chapiteaux du parc de la Villette. Avec Paris Quartier d'été.

    Jusqu'au 16 Aout.

    Guy

    photo par Nicolas Guichard avec l'aimable autorisation de Paris quartier d'été

  • Au Colombier, les mots dansent

    Mais comment nommer cet objet? Un objet tel que jamais vu avant, une croix sphérique à sept branches, imposante, aux fonctions manifestement spectaculaires, sur/autour de laquelle évolue Guillaume Bertrand. On cherche, mais juste pour vite toucher au coeur de la difficulté. Car ce soir au Colombier, on fait danser les mots. Ou tente-t-on de mettre la danse en paroles? En tout cas on essaie de rapprocher écrivains et chorégraphes. Riche idée: bien souvent les chorégraphes s'essaient au texte...mais rarement avec autant de force ou de légereté qu'ils en usent avec le mouvement. Naïvetés et portes ouvertes, on tombe généralement de haut. De là à penser que les chorégraphes ont besoin d'aide sur ce terrain, et que les écrivains pourraient bien trouver matière à se mesurer à la corporalité...

    1571692296.jpgCe soir, pourtant, le premier regard fait douter. Ils semblent d'abord très loin tous deux l'un de l'autre, presque en concurrence: l'écrivain Anne Luthaud, discrète, confinée devant son Mac, qui dans son micro dit "je ne suis pas là"  et l'acrobate qui utilise entier l'espace, à faire rouler de son corps la machine qu'on arrive pas à nommer. Il s'accroche aux branches, expressif et puissant, fait basculer l'engin, qui tourne encore et encore, comme la planète en pleine évolution. Tous deux toujours s'ignorent, mais on commence à comprendre qu'il y a un rapport. On entend l'écrivain dire de son coté une autre exploration, qui l'emmène vers des origines rêvées, partant de pays ensoleillés pour arriver jusqu'aux pôles. L'acrobate descend de son arbre-monde, tombe lourd, encore singe, au sol. Notre attention s'aiguise, doublement stimulée, sur chacun d'eux et sur ce qui de plus en plus les relie. Les deux recits peu à peu à peu se complètent, convergent à l'unisson vers le même sens....On a toujours pas trouvé de nom au truc à sept branches, mais il est au moins sur que l'expérience est inédite, et excitante.

    Seconde performance: Fabrice Melquiot en reste plutôt absent, tout juste enregistré. Au moins pose-t-il pour commencer une intéressante question: faut-il dormir nu, ou habillé? Surtout pour qui  faut il dormir nu ou habillé? Mais l'écrivain laisse ensuite 350912949.jpgquasi champ libre à Marion Levy, qui s'essaie à un bel et juste exercice sur le sommeil. Tout en intelligence et légéreté, dans l'allusion, évitant les pièges de l'imitation. Dans un autre contexte, on serait plus qu'heureux de sa performance. On reste ce soir un peu frustré de la voir évoluer en solitaire, sans que la rencontre ecriture/chorégraphie promise ne soit poussée plus avant. Mais on lit qu'il ne s'agit encore que d'une equisse (pour nous donner envie de voir plus du projet de Marion Levy l'an prochain à Chaillot?). D'ici là, au vu de juste deux propositions parmi sept de ce Concordan(s)e 2008, on garde le sentiment d'avoir mis le pied sur un vrai terrain de jeu et de recherche. Juste à peine encore exploré.

    C'était Comment Dire de et avec Guillaume Bertrand et Anne Luthaud, puis En Somme! de et avec Marion Levy et Fabrice Melquiot. au Colombier, avec le festival Concordan(s)e

    Guy

    P.S. du 25/2: Guillaume Bertrand nous écrit pour nous éclairer:

    "Quel est le nom du Truc à 8 branches ?" Elle s'appelle : MATHILDE (en liens avec le retour au désert de BM Koltes, monologue d'Adrien p 41-42, pour les curieux!)

    Et nous annonce que La pièce "Comment dire..." sera visible à nouveau à Bagnolet, le 24 Mai à 20h30, dans la semaine de la danse, en première partie de "Récréation Primitive" de Merlin NYAKAM, au Gymnase Maurice Baquet 12 rue Julian Grimau 93170 Bagnolet -Réservation : 01 49 93 60 81 

  • Aurelien Bory tisse Taoub

    Après avoir la veille éprouvé toute l'aridité de la danse de Merce Cunningham, on était assoiffé d'humanité. 9651f132449ea379043d6e5702c6857a.jpgEn manque de rencontres et de sens. Le salut est venu de la plage de Tanger, là où entre sables et eaux atlantiques s'entraînent les acrobates, entre amis et en famille, depuis toujours ou presque. Toujours est devenu aujourd'hui, Tanger s'est déplacé à Paris, la tradition s'est enrichie de modernité. Et les artistes marocains ont remis en question leur pratique, avec la complicité essentielle d'Aurelien Bory, qui emmène ces douze acrobates jusqu'à leurs plus belles limites poétiques. Il y a en effet ici bien plus à voir que des figures généreuses et héroïques, qui puiseraient dans le fond universel des arts du cirque. Il y a avant tout la manière dont les performances physiques placent et déplacent les corps- et les coeurs- les uns par rapport aux autres, et par rapport à l'espace du monde. Ainsi les redéfinissent. Il y a la manière dont rêves et souvenirs sont à peine montrés, entre passé et avenirs, sont plutôt suggérées.

    Tout est évoqué avec presque rien. Avec une remarquable modestie de moyens: ce grand tissu, quelques lumières, un peu de vidéo. Il suffit d'un déploiement et le tissu dessine un paysage infini, des dunes de sable jusqu'à l'horizon, ou une créature floue aux mouvements imprévisibles, un théâtre d'ombre ou de marionnettes, une robe démesurée jusqu'à un comique absurde, la toile où se projettent les images d'une ville marocaine. Car ces artistes ne viennent pas de nulle part: ils apportent avec eux sur scène les évocations de leur histoire familiale, sociale, régionale. Histoires en mutation: sur les vêtements blancs traditionnels sont projetés des habits occidentaux, comme autant d'interrogations. Les chants se teintent par moment de rythmes modernes, et les deux filles de la troupe occupent une position privilégiée, vers le haut, portées et soutenues par les garçons, en décalage avec la position de la femme dans la société marocaine

    Au fil des spectacles, Bory sait diriger notre regard, tout en nous ne faisant pas dupe, mais complices. Pour une nouvelle innocence, partagée. Les illusions d'optiques nous sont déja souvent connues, mais prennent sens dans l'histoire ici racontée: une fille portée dans les airs comme par un tapis volant, un corps séparé en deux qui cherche à se reconstituer, le dialogue entre un personnage et son ombre, les tentatives d'adaptation de deux garçons pour reproduire des figures renversées par les images vidéos. Toujours la difficulté d'exister, mais ici dans des contextes culturels particuliers. Et ces personnages-acrobates ne cessent jamais d'être eux-mêmes: les brefs instants d'attente, plein d'humilité et de vérité, ne sont pas les moins beaux .

    Tout parle ici, mais sans discours, de rencontres, de solidarités, de pudeur, de respect de l'autre. Quand les filles yeux bandées marchent en confiance dans les airs sur une forêt de mains tendues et d'épaules, quand tout le groupe s'unit pour faire s'envoler l'un et l'autre toujours plus haut, quand les corps fiers se croisent pour sauter sans se heurter. Tout parle de rencontre, de tissu (Taboub en v.o.) et de liens, de la rencontre entre Aurélien Bory et les artistes marocains, entre les hommes et les femmes, entre l'histoire et l'avenir, entre l'acrobatie traditionnelle et le cirque moderne, entre l'Europe et le Magreb. Pour un véritable idéal de fraternité humaine qui concilie rencontres et identités.

    C'était Taoub  ♥♥ , d'Aurélien Bory avec le Groupe Acrobatique de Tanger, à la Grande Halle de la Villette jusqu'à debut janvier, et en tournée aprés.

    Guy

    Et à lire aussi: Plus ou moins l'infini, ainsi qu' Erection chez Clochettes