samedi, 08 août 2009
J'ai entendu Dieu (à la maison)
La musique nous surprend de tous cotés, de devant, de derrière, à gauche, à droite, au dessus, au dessous. Nulle part et partout à la fois, à l'image de Dieu dont il est ce soir question. Présente et invisible, son origine est cachée. Elle nous entoure, cette musique libérée des instruments, eux qui sont exposés en pièces sur tous les murs de toutes les pièces de cette maison, de la cave au plafond: un incroyable bric à brac electro-acoustique de bobines, de bandes, de mémoires, de circuits imprimés, de boites, de ressorts, de claviers, de cordes, de manches, d'enceintes, de peaux, de bois, de caisses de résonances, de pupitre, de potentiomètres, de fils, de curseurs, de touches, de disques, de cds. Tous ces objets mis en pièces, joyeusement disséqués, leurs secrets explorés, leurs sons mis à nus, ré-agencés en souvenirs et trophées.
Ici vit Pierre Henry, c'est sa maison et son lieu de création, dans une petite rue de Paris. Nous y sommes accueillis, sagement assis par petits groupes dans chacune des pièces. Le créateur est invisible, l'homme recherche Dieu, les mots sont de Hugo, la voix est celle du comédien Jean Paul Farré qui vient nous rendre visite pour l'un des chapitres, avant de poursuivre sa quête dans d'autres pièces de cette maison de sons. Le poème métaphysique de Victor Hugo s'amplifie de minutes en minutes avec emportement, voire emphase, même grandiloquence. Mais la musique de Pierre Henry qui l'accompagne est aussi simple à entendre que sa construction est élaborée: elle évoque humblement les sons de la vie, imagine ceux de l'au-delà, et le souffle de l'âme entre les deux. Au terme du voyage, la maison explorée, Dieu reste absent. Pierre Henry se laisse apercevoir au cœur de la maison, installé au milieu de ses machines dans son salon, barbe de patriarche, modeste et bienveillant.
C'était Dieu à la maison, de Pierre Henry sur des textes de Victor Hugo, avec Jean Paul Farré. Chez Pierre Henry, avec le festival Paris Quartier d'Eté
A lire: Pierre Henry au T.C.I.
Pas de photos, la politique du festival étant de laisser les demandes sans réponses, mais on peut voir la galerie d'Agathe Poupeney
16:01 Écrit par guy dans Musiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pierre henry, musique, dieu, paris quartier d'été |
Facebook | |
Imprimer
dimanche, 10 août 2008
Ecole des arts du cirque: La Part des Rêves
Au sol rôdent des félines toutes griffes dehors, qui jouent à faire peur sous les éclairs de néons. Il y a sept filles, deux garçons, donc ces derniers objets de sourdes convoitises. Et des duos amoureux, des disputes, des courses, des jeux de quatre coins, des réconciliations. Mais l'essentiel se joue en soli, dans les échappées verticales. Chacun à son tour a droit à son moment d'ascension.
L'acrobatie est alors la danse faite impossible. Sans emphase ni dramatisation, tout en fluidité et révêrie, cette succession d'évasions réussit à ne presque jamais lasser. Ambiances: les rêves se balancent aux échos d'un soprano, deux flutistes charment des femmes-cordes: une évocation elliptique d'Indes exotiques. Legers, legers comme l'imaginaire, les bras tendus font lignes avec le fil, l'équilibre prend des apparences désinvoltes de facilité. La verticalité est libérée. Enivrée par les accords d'une guitare poisseuse, une vamp en guépière et manteau fait se dresser droit un mat chinois. Au son de carrillons de minuit des désirs inexprimés flottent entre deux airs, entravés de cordes, et se laissent retomber, comme par abandons. Vu par ceux qui, lampe au poing, veillent d'en bas: des fantômes. Au sol une femme en robe de dentelle regarde et danse avec une feinte maladresse. C'est un vilain petit canard qui fait le lien entre nous et eux.
Qui font leurs preuves, comme pour une épreuve d'initation, se rassemblent enfin pour le grand saut. Et assemblent une machinale infernale pour être projetés à travers le portail, vers le rêve ou la vie.
C'était La Part du Loup, mis en piste et chorégraphié par Fatou Traoré avec les étudiants de la 19e promotion de l’Ecole nationale supérieure des arts du cirque (Ensac), à l'espace chapiteaux du parc de la Villette. Avec Paris Quartier d'été.
Jusqu'au 16 Aout.
photo par Nicolas Guichard avec l'aimable autorisation de Paris quartier d'été
14:13 Écrit par guy dans ...et aussi | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : acrobatie, cirque, la villette, danse, paris quartier d'été, fatou traoré, for the kids |
Facebook | |
Imprimer
vendredi, 25 juillet 2008
Aatt enen tionon à Boris Charmatz
Représentons-nous un immeuble dont on aurait enlevé la façade, mais où à chaque étage les habitants continueraient à se livrer à leurs activités quotidiennes, comme si de rien n'était. De telle sorte qu'un spectateur au dehors pourrait observer tous ces personnages simultanément, alors même que ceux ci seraient dans l'impossibilité de se voir les uns les autres. Partant de cela, on pourrait comme Perec en écrire un roman(s), ou le danser comme Charmatz. Dans les deux cas on obéirait à un système de contraintes, qui permettrait de mieux libérer la création.
Dans la cour de l'Ecole des Beaux Arts, cette tour n'a que trois niveaux, et le ciel au dessus. Boris Charmatz au rez-de-chaussé, Fabrice Ramalingon au 1er étage, dans le rôle central- pourtant ingrat- du benjamin. Et, 4 ou 5 mêtres au sommet: Anna Mac Rae. A la disposition de chacun, quelques mètres carrés seulement pour terrain de jeu. La proximité du vide semble reduire plus encore l'espace tout en haut. Toutes ces contraintes posées, on croit d'abord comprendre qu' Aatt enen tionon, à l'instar d' Herses, est une pièce "contre". La verticalité s'oppose à l'habituelle horizontalité de l'espace scénique. Le silence tient lieu de non accompagnement musical- les chansons de P.J. Harvey ne se font entendre que le temps des échauffements des danseurs et de l'installation des spectateurs, c'est un temps pré-spectaculaire et ambiguë. L'isolement des danseurs dans ce dispositif aveugle fait obstacle aux interactions entre eux. La demi-nudité spartiate -T shirt blanc et culs nus- consacre le renoncement au costume...
Boris Charmatz écrit qu'en proie au vertige, il dut prendre le parti d'occuper la place la plus basse. Et en quelque sorte renoncer à maîtriser ce que ce passait au dessus. Doit-on le croire? La performance n'est pas tout à fait ce qu'elle semble. Malgré les choix radicaux, le désordre n'est qu'apparent. Les danseurs ne se voient pas, mais dansent en intelligence. Le déroulement est strictement structuré, borné par deux garde-à-vous pudiques, avec des moments d'errances, de recherches d'équilibres, de fulgurantes chutes et accélérations. Et de beaux instants de stupéfactions. Trois lunes suspendues délivrent la lumière, par épisodes de sur-exposition et de semi-obscurité. Entre les trois interprètes, il y a des appels et des réponses, d'invisibles communications, de surprenant mouvements ensembles. Chacun tient un rôle, une position. Anna Mac Rae est libre, au dessus de sa tête le ciel et l'infini, tout au loin autour d'elle la nuit et la ville. Elle s'envole dès le début sur la pointe des pieds. Lance haut la jambe, joliment, naturellement aérienne. Fabrice Ramalingon touche son plafond de la main pour éprouver les limites de sa cage. Boris Charmatz, à la base semble comme écrasé, au sol souvent. Jusqu'à ce qu'on constate que, d'un étage à l'autre, les gestes se partagent et s'échangent... mais qu'en raison des positions respectives des interprètes, nous sommes peut être dans l'impossibilité de percevoir ces mouvements en ce qu'ils ont de commun. Pourtant tout est à vue, pas de trucage ni de diversion, nous nous sommes installés, assis, debout, tout autour de la tour dans cette cour, dos aux vieilles pierres, les danseurs ainsi encerclés. Chacun a trouvé sa place, nul n'ose bouger. Toute l'attention est suspendue sur les corps, eux- mêmes contraints par ce dispositif extrême dans leurs derniers retranchements. Archarnés à danser quand même. Jusqu'à l'expression d'une beauté austère et brute. La vraie dance peut exister, en toute sincéré. Abrupte mais rigoureuse. Vive et âpre, mais pourtant exempte de violence: la charge de la nudité s'évapore dans la nuit, et nous ne ressentons aucune crainte de voir l'un de ces acrobates tomber de si haut. Les vulnérabilités s'exposent, mais restent inattaquées. On se sent plus détaché que devant Herses, plus serein, moins en tension, libéré, on renonce aux explications. Ouverts aux espaces dansés où s'engouffre l'imagination.
C'était Aatt enen tionon crée en 1996, de et avec Boris Charmatz, avec aussi Fabrice Ramalingon et Anna Mac Rae , dans le cadre de Paris Quartier d'été.
Encore ce soir vers la Grande Bibliothèque, et samedi devant le Théatre de Vanves
Photo par Cathy Peylan d'une représentation passée, avec l'aimable autorisation de Paris Quartier d'Eté
....et de jeudi dernier il y a les photos d'Agathe Poupeney... vues du ciel ?
P.S. : pour faire suite au commentaire sévère du Tadorne plus bas, ci aprés une autre photo, plus dynamique mais sur un plan, toujours par Cathy Peylan :
13:43 Écrit par guy dans Danse | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : boris charmatz, paris quartier d'ete, plein air, nus, ecole des beaux arts |
Facebook | |
Imprimer




