dimanche, 20 mai 2012
Perspectives
Toute pièce-et cette pièce, Le Modèle, tout particulièrement ?- ressemble à un être vivant, qui grandirait, semblerait se fourvoyer parfois, revenir dans le droit chemin, prendre de l’indépendance, susciter tout au long de sa croissance tendresse, inquiétude, admiration, étonnement, agacement… Pour mémoire, c’est Éléonore Didier la maman. A Micadanses en décembre, j’avais vu les premiers pas de l’enfant en public, déjà bien assurés: à lire ici.
Puis pour Artdanthé à Vanves en février surgit tumultueux l’adolescent dans des habits neufs, crâne et turbulent, dans la cour des grands. La première parisienne.Trouble. Sous le nouveau visage, je ne peux oublier celui de l’enfant. Je ne peux renoncer à ce que j’avais choisi d’y lire en premier lieu, à rester dans le cadre des premières interprétations (d’ailleurs toujours opérantes). Mais tout se passe en accéléré. En quelques semaines la pièce a muri de plusieurs années. En pleine crise d’adolescence, la musique est heurtée: Nick Cave et Rage Against The Machine, plein volume et rythme impair, martelé. Au second plan, entre modèle et infirmière, le rituel de la toilette se déroule comme dans mon premier souvenir. Mais à l’avant de la scène-je crois- tout change. L’interprète, Pauline Lemarchand, s’émancipe, sur un mode énervé, hors du registre que je connais jusqu’ici chez Éléonore Didier. Est-ce une illusion? M’étais-je trop attaché la première fois à regarder l'action au second plan? La danse parait ce soir bien plus sous tension, moins implicite. Le nouveau costume est extravaguant et sexué, exhibe un sein libre et une découpe sur chairs à l’entrejambe. Le corps frontal est souligné par la lumière, frontal marque ou maladresse ? Pour moi la danseuse agit toujours dans le champ du rêve de la patiente, exprime ce qui sinon resterait enfermé dans le corps soumis à un protocole rigoureux, si bienveillant soit-il. Mais ce rêve jusqu’au crescendo dévale ce soir bien plus violent, fiévreux, agité. Je suis déstabilisé. La première richesse de la pièce est de se faire dérouler simultanément deux actions et de suggérer des interactions entre elles. Mais quand le performeur Vincent Thomasset apparait sur scène pour dire un texte sans rapport apparent avec le reste, la profusion devient confusion. Je ressors toujours pris à contrepied, écartelé entre mon souvenir d’avant, profond et lent, et les sensations immédiates, crues et violentes. A la sortie, je discute avec d’autres spectateurs partagés entre adhésion, respectueuse mise à distance d’un objet à méditer ou même franc rejet.
En avril, de retour à Micadanses, j’assiste à une nouvelle représentation (la troisième en ce qui me concerne). Le Modèle est parvenu à l’âge adulte. L’énergie adolescence reste évidente, à fleur de gestes. Mais après Artdanthé je sais à quoi m’en tenir. J’essaie de voir dans la profondeur. Les précédentes pièces d’Eléonore laissaient de l'espace libre pour la pensée du spectateur dans une durée distendue, dans l’horizontalité. La matière a ici changé. Restent bien des épisodes d’une répétitivité hypnotique, qui creusent l’instant jusqu’à la trame. Mais cette pièce, dense, s’approprie du regard plutôt verticalement. On doit se mettre en condition pour percevoir les expressions simultanées, comme s’agissant d’un opéra. Si ce n’est que le performeur a disparu, hors sujet, superflu, la greffe n’avait pas pris. Entre la danseuse d’un part, le modèle et l’infirmière d’autre part mon regard rétabli la balance. Au fond les gestes réalistes mais hors contexte, ce qui constitue un motif insondable d’étonnement, devant les gestes artistiques, représentés, mais touchant aux limites, entre eux de mystérieux courants. Depuis le début le sujet reste le même, comme dans toute l’œuvre d’Éléonore Didier: l’exploration allusive de pensées invisibles, insoupçonnées, du trivial au sublime. Parfois, celles-ci explosent en arrivant à la surface. J’étais prévenu mais je me laisse pourtant encore surprendre par la violence de l’interprétation de Pauline Lemarchand qui culmine en un haka narquois et grimaçant toute langue dehors. Delicieusement, cette piece ne se laisse pas apprivoiser. Derrière au dernier instant, l’infirmière tombe inanimée. Saisi, je ne peux m’empêcher de me demander qui l’a tuée… Est-ce la vengeance du subconscient de la patiente?
C’était le Modèle d’Éléonore Didier, vu à Micadanses et au théâtre de Vanves dans le cadre d’artdanthé.
Guy
20:35 Écrit par guy dans Danse, Regards sur une creation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : danse, eleonore didier, micadanses, artdanthe |
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mercredi, 23 mars 2011
Solides Lisboa: un autre regard
Salut Guy
Le voyage du retour (...) m'a permis de mettre un peu d'ordre dans mes impressions. Je me permets de te les livrer non sans te remercier une nouvelle fois de m'avoir suggéré ce spectacle bien singulier. (...)
François
***

Ce qui frappe en découvrant le travail d'Eléonore Didier, c'est l'immobilité récurrente qui traverse tout le spectacle et en forme une véritable ponctuation. Chaque séquence de mouvements que l'on n'ose appeler chorégraphie se termine par une séquence d'immobilité que l'on ose comparer à une séance de pose devant un appareil photo. C'est donc une danse paradoxale à laquelle nous assistons car les plus beaux moments sont ceux où nous admirons une image figée un peu comme devant un tableau ou une photographie. Peu importe l'histoire que tente de nous raconter Eléonore Didier, c'est la beauté des images qui restent gravée dans nos mémoires. Les plus réussies sont à ce titre celles de la seconde partie du spectacle où l'artiste évolue sur, sous, au bord de, autour de, à côté d'une chaise et d'une table. A l'extrémité de celle-ci, la présence d'un homme assis immobile apparaît obsédante, comme celle d'un homme-objet posé dans un décor de nature morte , sans la nature, comme le signe d'une dimension quasi métaphysique du spectacle (Etre et Temps...), comme un exemple de manifestation solide des pensées d'Eléonore Didier pour reprendre ses propres termes.
Solides lisboa, d'Eleonore Didier, revu à Micadanses
A relire ici le premier compte rendu
photo avec l'aimable autorisation d'Eleonore Didier
18:31 Écrit par guy dans Danse | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : eleonore didier, micadanses |
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dimanche, 25 avril 2010
Petites notes décousues
Petites formes cousues, mercredi, trois performances qui s'emboitent miraculeusement. D'abord Maxence Rey : j'avais vu une étape des Bois de l'Ombre à Mains d'œuvres. Tout a changé. Son registre s'est étendu. De la sérénité. Maxence balance vers la sensualité. La chaise a disparu au profit d'un cube. Sa robe, d'un noir de soirée. Des centaines de bougies tremblent. Leur lumière dansante grêle Maxence de taches de lune. L'image d'une cérémonie secrète. Toujours les jambes qui se plient, se déplient. Je prête aux gestes des sens mystérieux. Elle feint d'elle-même s'y perdre, et se considérer, ébahie, agitée. Belle bande son. On s'y croirait (mais où ? je ne sais). Effets de robe et de jambes. Ruades imprévues. Montée de l'inquiétude.
Mathilde Lapostolle a dansé (danse encore ?) avec Carlotta Ikeda. En a retenu le sens de la comédie. Du grotesque. Ne cherche pas à le cacher. Elle est blanchie. Danse en cercle. Tend vers une maladresse juvénile. Titube. A deux pas de la chute. Yeux perdus. Une lourde robe, lacets et cerceaux. Repose jambes soulevées, sur le dos. Du post buto. Enfantin et excentrique. Je suis plutôt ému. « c'était exprès pour toi », plaisante à la sortie, Eléonore Didier - qui programme le festival; (Depuis un bout de temps Eléonore élude mes questions sur les influences buto dans ses propres pièces !)
Ensuite : Muriel Bourdeau, venue au pied levé. D'abord cette longue séquence vidéo. La danseuse en boucle dans l'escalier (Tiens, Jérôme en a déjà parlé). Et la danseuse en vrai. Allongée, plus ou moins vêtue. La suite, dans une semi obscurité est nerveuse. Une performance brouillonne et excédée. Une chaise, un amas de collants. On devine qu'elle les déchire: un bruit effrayant. C'est laconique et déjà d'une violence qui me tétanise. Fausses peaux, malmenées, etirées. Elle s'en habille, s'en lie. Prisonnière (mais de quoi au juste ?). Puis s'en libère, avec autant de rage. Face à nous presque invisible, impudique par suggestion. Lumière. Habillée d'un jean. Massacre au rouge à lèvre. Surchargé. De la fureur sans bruit. La féminité assassinée. Une claque. Est cela, l'autoportrait ? Il y a longtemps que je n'avais pas vu quelque chose d'aussi fort, et « authentique ». Brut, inachevé ? J'y repense le lendemain en écoutant Irene Di Dio dire « c'est la dernière fois que je mets du rouge à lèvres », elle aussi torse nu. Mais j'en garde un souvenir beaucoup moins convaincu, d'un bout à bout pas abouti.
Ce jeudi je vois d'abord deux performances d'Anne Catherine Nicoladzé. Plus difficile d'en parler. Plus subtil. Elle rentre subrepticement en représentation. A choisit la salle de concert plutôt que le studio de danse. On dirait un échauffement qui devient une pièce. L'espace s'habite peu à peu. Le rythme s'installe. Obstiné. Autour d'une table. D'un coup c'est convainquant, soudain dense. Le son aussi. Ses glissements, frottements, amplifiés. J'aime cette monté en puissance. Quant à la seconde pièce ou intervient A.C.N, sur une proposition de Come Belain...Comment dire ? Cela ne ressemble à rien de déjà vu jusqu'ici. Un humour ravageur avec une chair incongrue. Je préfère laisser la surprise aux prochains spectateurs..qui seront attentifs au titre.
Ensuite l'échelle revient. J'attends cette pièce avec impatience. LaiSSeRVenir d'Eleonore Didier est interprété aujourd'hui par Ikue Nakagawa (vue il a peu dans la pièce de Rambert à Gennevilliers, dont il faudra tôt ou tard que je parle, et ce ne sera pas facile). E.D. à tout prix veut transmettre ses soli. Mathilde Lapostolle a déjà interprété celui-ci. Mais Mathilde ressemble (plus ou moins) à Eléonore, alors que les physiques d'Eléonore et de Ikue sont à l'opposé. il est fascinant de voir cette dernière habiter ce solo, dans les vêtements d'une autre. La pièce en devient plus nerveuse, moins placide. De la brusquerie, à fleur de peau, là où il y avait de l'abandon. C'est fascinant. Le temps s'écoule différemment...pas trés bien pour certains: à la sortie une spectatrice explose d'indignation et dénonce ce qu'elle appelle de la prétention. Je peux comprendre ce qu'elle ressent. Mais pour moi il s'agit de sensations partagées, de nuances, plus que jamais. Je reviendrai lundi soir peut-être, trop tard pour Tracks, et Slim.
C'était Les bois de l'ombre de Maxence Rey, Tumblewed de Mathilde Lapostolle, Autoportrait (version courte)* de Muriel Bourdeau, Ce projet-là d'Anne Catherine Nicoladzé et Corpophonie de Come Delain et Anne Catherine Nicoldazé, LAISSERVENIR d'Eléonore Didier, Mona Lisa Song d'irene Di Dio.
A Point Ephèmere dans le cadre du festival Petites Formes Cousues, jusqu'à lundi.
* On ;-) me rapelle lundi qu'Autoportrait a été créé au Dansoir à l'occasion du festival Indisciplines!
photo (Anne Catherine Nicoladze) de Jérome Delatour
Voir, par Jérome Delatour, les photos de Mathilde Lapostolle, et Anne Catherine Nicoladzé
21:10 Écrit par guy dans Danse | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : danse, point éphémère, muriel bourdeau, eléonore didier, maxence rey, anne catherine nicoladzé |
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mardi, 12 janvier 2010
!Kung Filage
La répétition de ce soir à Mains d'Oeuvre est grande ouverte: nous sommes une bonne vingtaine. Le hasard place assise à mes cotés, Eléonore Didier: il y a matière à sourire et à s'interroger-à défaut de penétrer ses pensées- en surprenant du coin de l'oeil ses gestes et ses mimiques muettes, ses réactions attentives aux actions de son interpréte: Mathilde Lapostolle. Celle dernière qui reprend le rôle dansé jusqu'alors par la chorégraphe elle-même, plutôt transpose, parait solidifier ce qui errait jusqu'à présent dans le territoire de la recherche, de l'incertain. Du soi à l'interprète, quelque chose échappe à l'intime, s'objectivise, comme un manuscrit que l'on voit enfin imprimé en livre. Par moment Eléonore sourit ou se fige, trépigne lorsque-deductivement-quelque chose ne file pas comme pévu. Se découvre-t-elle en double, sa disparation organisée, ce nouveau corps installé dans ses pensées? A un moment les yeux de Mathilde Lapostolle semblent noyés, braqués vers Eléonore qui alors plisse les siens. Les deux femmes semblent alors se scruter, de prunelle à prunelle. Du souvenir brut chair sur béton, dépouillé, de Point Ephémère , à la répétition de ce soir, le background s'est théatralisé; tapis vert pomme, jaune vif les chaussettes et frou-frous. La réprésentation est plus fantaisiste que le chantier. Mais l'échelle est restée. Eléonore, Mathilde: on pourrait d'abord confondre l'une et l'autre, corps planqué sous la doudoune, tête sous la capuche, visage sous les cheveux. Les mouvements pourtant ont ce soir quelque chose de plus définitifs, nets, dansés. Même quand elle retombe au repos, aprés être retombée plusieurs fois de suite comme si elle tentait de retomber toujours plus bas en vain, dans ce repos ou ce renoncement qui semble désormais interprété. Je jubile de revoir autrement ce moment provocateur (mais ce soir joué devant un public d'avance bienveillant). Je suis certain que, les prochaines fois, beaucoup en seront exaspérés. Le temps de la création a beau avoir laissé la place à celui de la réprésentation, il garde cette qualité d'indécision. Je retrouve aussi- agencées différement-d'autres pièces du mécano, d'autres matériaux. Déja vue, cette partie de jambes en l'air solitaire, d'une narquoise indécence, la tête qui s'entête à heurter le carton, et le corps mu par l'absent, corps muet et assymétrique, passif. Plus loin l'énergie épuisée, recroquevillée, le désir agite les seuls doigts, comme un premier ou dernier chatouillement. Toujours ces tentatives pour se glisser dans les interstices, y disparaitre, en autruche sous le tapis, sous le plastique. Il y a tous ces instants pour longtemps, et l'absence omniprésente. Mais pour en revenir sans cesse à un corps trivial et matériel, d'un humour incertain. D'autres passages réinterprétés semblent se préter à de nouveaux sens. Mathilde nue dans le rôle d'Eléonore- mais les photographes frustrés pour ce soir des instants les plus photogéniques, et drôles aussi- se dédouble elle-même sur la scène en photographe et modèle, rive son oeil à l'objectif, prend des poses inquiètes habillée de cartons, crée des images à foison, se refugie dedans comme sur un bateau de fortune, pour partir ailleurs. Cette piece me parle du temps qui passe, de pensées fugaces et plutôt inavouables, de l'insaisissable, du possible et de renoncement. Mais avant de partir -moi-même préssé, attendu ailleurs- je regarde chorégraphe et interprête dans ce processus, l'une dépossédée, l'autre captive, toutes deux frêles et volontaires. Cette sourde obstination à matérialiser les mêmes obsessions en art et gestes fait le jeu de mon regard, de ma mémoire de spectateur.
C'éait une répétition de !Kung Solo d'Eléonore Didier avec Mathilde Lapostolle, à Mains d'Oeuvres. Guy
Photo de Camille Muret (dossier de presse de Mains d'Oeuvres)
Ici les photos de Vincent Jeannot-Photodanse et Jerôme Delatour- Images de danse.
13:47 Écrit par guy dans Danse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : danse, mains d'oeuvres, eleonore didier, mathilde lapostolle |
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vendredi, 19 juin 2009
Encore Eleonore
Vivre et laissez venir... La danse, en occurrence. Donc, lorsqu'elle veut, quelle importance?
On se soucie peu de l'heure. Maintenant ou hier, plus tard peut-être, Eléonore dedans, un instant à la fenêtre, mais tout dehors s'attarde le printemps, taquiné par un vent frais, savouré par une poignée de rescapés urbains. En école buissonnière dans le vert des allées de la Cartoucherie. Les nuages eux aussi attendent paresseux, et l'on entre, la danseuse allongée. Depuis longtemps? En solo, elle prend son temps. Plutôt d'une station à une autre que dans un mouvement. On la croirait à la recherche de la bonne position pour s'y figer. Toujours en recherche, tout simplement. S'y consacrant avec une telle concentration, que c'est sans doute cela qui détermine que nous sommes confrontés à une représentation. Le temps, qui se mesure par l'évênement, ne se mesure plus. Silence. Ni son, ni musique: on entendrait une mouche voler. Pas de rideaux aux fenêtres, la lumière peut s'inviter. Souvenirs: c'est la pièce qui a bougé, depuis la création. Des forces se sont équilibrées différement. De bandes de tissus l'espace s'est structuré au sol, en échos des barreaux verticaux. D'où viennent ces choses qui se sont mises en place depuis un an? Pour le moment: culotte noire, culotte blanche, nonchalance, pensées informulées. Dans la densité, des postures considérées. N'empêche: sous ce relâchement apparent, on perçoit des tensions bien moins innocentes, des arêtes, des apretés. Des sensations émergent, des idées vagues, pas trés loin d'être matérialisées. Mais qui ne semblent pas destinées à être explicitées, suspendues en chemin. On a des hypothèses, mais ne serait -il pas indiscret de les formuler? Dans ce silence, on s'entendrait penser. Et on se ferait entendre. Chacun pour soit garde son histoire, et maintenant on entend une mouche voler, vraiment. Quelques rumeurs du dehors, et une respiration, devant. S'il y avait un consensus, ce serait pour constater qu'il s'agit d'un duo avec l'escabeau. La plasticité de la chair, matière complaisante, confrontée à la rigidité géométrique du métal argenté. En commun, leur gravité. En alliance, sur le torse et le ventre de la danseuse: des bandes brillantes. Dans la lenteur ambiante, les brusques acélérations et décharges sont d'autant plus saissantes, et les inerties qui suivent d'une grande honneteté, soulignées de rares regards. La danse est là ausi informulée et floue que l'existence.
A un moment, c'est fini. On échange. Si nul ne parvient à en fin de compte vraiment raconter ce qu'il a vu, des spectateurs demandent à la chorégraphe de leur donner quelques clés . En vain. Eléonore Didier entend laisser à chacun sa liberté de recevoir et d'interpréter, mais livre quelques unes de ses inspirations. Elle confirme que l'échelle a quelque chose de viril, confie aussi la présence de fantasmes sexuels derrière cette danse. Sur ce terrain, personne ne lui demande d'explications plus détaillées. Il ressort de la discussion que LaiSSeRVenIR serait achevé... mais encore suceptible de bouger, de lui-même, de dedans. Ce processus de création parait aussi long qu'une psychanalyse. Avec beaucoup de patience, de determination, il faut du temps pour exister comme l'on veut.
C'était laiSSeRVenIR, présenté aux Ateliers de Paris- Carolyn Carlson.
A lire avant: Paris Possible, Solides Lisboa, laiSSeRVenIR à Mains d'Oeuvres....
photos de Gael Cornier avec l'aimable autorisation d'Eléonore Didier
21:47 Écrit par guy dans Danse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : danse, eleonore didier, ateliers carolyn carlson |
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mardi, 12 mai 2009
Eléonore Didier
Solides,Lisboa & laiSSeRVenIR
Deux solos d’Eléonore Didier
Production Dépose Incorp.
12 & 13 mai à 20h30
Confluences / Festival La Genre Humaine
190 bd de Charonne 75020 Paris (m° Alexandre Dumas)
Réservation : 01 40 24 16 34 ou resa@confluences.net
+ d’info deposeincorp@free.fr / 0175510675 / 0614100774
12:44 Écrit par guy dans Danse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : danse, eleonore didier |
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samedi, 15 mars 2008
Eleonore Didier de A à Z
Sur la feuille de salle de LAISSERVENIR, Eléonore Didier suggère un abécédaire. Hélas réduit à 16 lettres (dont 2 "D" et 3 "E"). Propositions
pour un alphabet complet:
- A comme Anorak, à même la peau, couleur de pauvreté, d'une remarquable laideur. Une manière de prendre ses distances avec la beauté dansée?
- B comme Basculement, leitmotiv dans le vocabulaire gestuel mis à contribution, au sol ou sur/sous/dessous/dessus/autour de l'Echelle.
- C comme Chaussettes à tête de mort. Eléonore Didier n'en porte pas (s'en tient au strict Anorak). Ce qui clos une longue contreverse interprétative avec J.D.
- D comme Danse?. Ou autre chose? C'est une question qui rapidement passe au second plan.
- E comme Echelle. (Ou Escabeau). Un accessoire vulgaire par excellence. Qui ancre la performance dans la banalité du quotidien. Aussi dur et froid que chaude est la peau. Mais qui est théâtralisé durant la performance en une pure forme pyramidale, un terrain de jeu, un lieu dans le lieu.
- F comme Frustration: (voir quinze Minutes)
- G comme patins à Glace, le seul accessoire absent de la matrice de Paris Possible. Un outil d'instabilité?
- H comme Humour. Qui surprend au détour. Par le détournement du quotidien.
- I comme Imaginaire. Stimulé.
- J comme Jeu avec notre regard. Dirigé.
- K comme Kafkaien. La performance fait qu'on s'y perd peu à peu. L'espace parait hostile. La danseuse porte son Échelle, il semble qu'elle hésite avant de trouver l'endroit pour l'installer.
- L comme LAISSEZVENIR. Pourquoi Ce titre en un seul mot? Est ce une allusion au dualisme activité/passivité?
- M comme quinze Minutes à comparer aux deux heures de Paris Possible. Donc tout a changé. Quinze minutes qui sont irritantes et passionnantes. C'est entendu. Mais c'est beaucoup, beaucoup trop court.
- N comme Nue.
- O comme Oser. A tous points de vue.
- P comme Paris Possible. Formellement, LAISSEZVENIR est une variation à partir de Paris Possible . Pour l'essentiel une variation à partir de ses dernières minutes. Mais dans son format de quinze Minutes, LAISSERVENIR devient tout autre chose. Et, paradoxalement, c'est plutôt dans Solide, Lisboa qu'on retrouve l'esprit de Paris Possible. Et l'expérience d'instants étirés.
- Q comme Cul. Écrivons-le net et sans précautions, car c'est peu de dire que le sexe se donne à voir cru sous l'Anorak, sans distance esthétisante, tranquillement provocateur. Et de manière tout à fait anti-conventionnelle, c'est l'essentiel.
- R comme Rythme. Volontairement cassé, détourné, étiré, trompé. Toujours au bord de s'arrêter.
- S comme Sans-dessus dessous, jambes en l'air, tête en bas, Anorak flottant, fesses au milieu. Une recherche- dans l'inquiétude- vers de nouveaux équilibres? Vers l'envol?
- T comme Triangle, formé par l'échelle. Image d'un phallus ou d'un triangle pubien? L'ambiguïté de l'identité sexuelle, par rapport aux rôles actifs/passifs, serait au coeur des intentions de la pièce.
- U comme Universalité. Ce qui est permis par la sobriété et le dépouillement. Par le silence, Par l'ambiguïté. Par l'humanité?
- V comme Variations. Vers l'épuisement des positions. Peut on trouver sa place sur une Échelle? Même symbolique?
- W comme Variations au carré.
- X comme X: a-t-on pensé à écrire plus haut que l'érotisme est plus que présent dans la pièce?
- Y comme Yoga: de long moments immobilisés. Sans lasser.
- Z comme...?
C'était LAISSERVENIR ♥♥♥♥ de et par Eleonore Didier, à Mains d'Oeuvres. Hier, et aujourd'hui samedi encore.
18:15 Écrit par guy dans Danse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : eleonore didier, danse, mains d'oeuvres, nus |
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Eleonore Didier, entre les gestes
Ce qui ne se produit pas ou qui n'est pas vu est aussi important que ce qui se produit en apparence. En cela, ce solo créé à Lisbonne en 2005 est le digne grand frère de Paris Possible, performance pour un spectateur unique (en principe), mûrie à Point Éphémère l'an dernier. Eléonore Didier, plus qu'elle ne danse, ce soir invente des mouvements inquiets, d'abord en arpentant raz le sol, puis en sauts bas, de la lenteur vers presque la panique, l'espace blanc jusqu'à l'épuisement de celui-ci.
Passée debout elle construit l'espace de son regard, crée une forte attente vers la suite. Puis les habits vides de corps, comme dessinant une présence abandonnée, sont soigneusement rangés à terre- pour ne laisser à ce corps que la sincérité du dépouillement. Corps qu'on voit, tout en surface, rien qu'en surface. Lent, mais sans intentions lisibles: qu'y voir après vraiment? Rêver? Répétés, des instants suspendus sont précieux, des arrêts sur images quasi photographiques. La danseuse parvient ici, tout autant que durant les deux heures de Paris Possible, à faire durer quelques moments d'éternité. D'une rare qualité d'immobilité. Pleins de la tentation de l'abolition de la danse? L'"image" suivante a la force et l'incongruité d'un déjeuner sur l'herbe de Manet ou d'un tableau pré-surréaliste: un jeune homme assis immobile et la femme sans vêtements, sa tête cachée, souvent, tous deux d'abord dos au public, tournés vers le mur immaculé. La danseuse passe en revue l'inconfort des positions qu'elle peut avec table et chaise, laissée déjà loin derrière elle sa sobre impudeur. Les arrêts se tiennent en déséquilibre, elle succombe à la chute. A la fin-tendresse?- le garçon sera enlacé.
C'était Solides, Lisboa, de et avec Eleonore Didier, vu à Mains d'Oeuvre.
Voir les photos de Vincent Jeannot.
Lire aussi Images de danses, et -la critique professionnelle s'inéressant enfin à Eléonore Didier- Mouvement, l'année d'aprés...Il ne s'agissait pas d'une "création" à faits d'hiver, comme Gérard Mayen l'écrit dans son article, comme peut-être chaque fois qu'il découvre une pièce :-) .
14:09 Écrit par guy dans Danse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : eleonore didier, danse, mains d'oeuvres, nus, portugal |
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