Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

goldoni

  • Retour aux classiques

    Un mercredi blanc de neige et Paris au bord de la paralysie: c’est le moment de se souvenir que le Théâtre de Vanves n’est qu’à cinq minutes du métro, donc le trajet le plus court pour repartir en Villégiature, même juste le temps d’une soirée… Cette pièce est admirable. Beaucoup le savent, depuis deux siècles et demi, même pour moi ce n’est pas une surprise: je partageais ici tout mon enthousiasme en 2009. Nous avons presque passé 2010 mais la crise s’accroche, Goldoni reste donc actuel plus que jamais (et pas moins que Copi), avec ses riches impécunieux prêts à tout pour sauver les apparences. Les revenus fondent, les dettes s’accrochent,  on tient malgré tout à partir en vacances quand même, tous esclaves de la ronde des modes et des convenances, et de  l’argent bien sur.  

    La mise en scène de ce soir semble le résultat- heureux à l’arrivée- d’un compromis, entre des tentations contemporaines (la stylisation de la première partie située en ville et jouée plaquée avec frénésie à l’avant-scène avant que le décor ne tombe pour ouvrir l’espace sur l’aisance et le calme de la résidence d’été,  les didascalies dites face au public, les changements de rôles sans artifice…) et une jubilation à jouer pleinement les personnages et les intrigues. La pièce ne s’en porte pas plus mal, énergique et rythmée. Et ne sont pas sacrifiés pour autant la clarté des situations, sous la drôlerie l’acuité des observations sociologiques. En vérité j’oublie la mise en scène et suis emporté, y crois (en particulier épaté par Filippo- Olivier Achard, la bonhomie et naïveté faite homme). Frustré pourtant que la trilogie soit amputée de l’épisode du retour, avant qu’il ne faille soi-même repartir dans le froid…

    Un peu bas que Vanves, sous encore plus de neige, se trouve Clamart, deux jours plus tard, pour Macbeth. Se pose à moi un cas de conscience, car à force d’être refroidi, je ne me trouve plus dans des conditions de santé propices pour apprécier cette fois ci la performance et moins encore pour en parler…  Mais impossible de ne pas tout de suite saluer l’énergie et l’enthousiasme de cette troupe qui sans décors ni budget visible, sur un plateau de salle des fêtes, ranime de force Shakespeare avec bruit et fureur. C’est un antidote efficace à la sinistrose culturelle ambiante !

     C’était la Villégiature de Goldoni, mise en scène par Thomas Quillardet et Jeanne Candel, vue au théatre de Vanves, et Macbeth de Shakespeare, mis en scène par Thomas Adam-Garnung à l’Espace saint Jo

  • Goldoni: les vacances ne sont pas finies

    A quelle époque sommes nous ici? Textuellement vers 1761 en compagnie du vénitien Goldoni, mais aussi quelque part au début du siècle dernier à se laisser guider par les manières et les costumes- charme discret de la nostalgie-, et tout autant ici et maintenant, dans cette salle du T.N.O. où plus qu'ailleurs se fait oublier la distance entre le public et la scène, lorsque les spectatrices d'un certain âge continuent à papoter alors que les acteurs en domestiques s'affairent comme si de rien n'était à la préparation des valises.

    trilogie8.jpg

    En vérité nous sommes ce soir à la veille des vacances de tous temps- celle des riches évidemment. Dehors, ou bientôt: la crise. Mais l'important c'est une fois encore de partir, de jouir du sursis de l'été. En attendant la faillite, tels des personnages de Scott Fitzgerald ou du Jean Renoir de La Règle du Jeu, on se grise à crédit de vins légers, d'apparences et de frivolités. Même, entre l'essayage des dernières robes à la mode, une tasse de chocolat relevée de quelques médisances et une partie de cartes, on croit s'aimer. Mais dans les amères limites des conventions et des intérêts bien compris.

    trilogie6.jpg

    Cela pourrait être déja vu et trop attendu, si ce n'était joué délicieusement léger, d'un élégant réalisme, toutes âmes vouées aux désillusions, les domestiques juste un peu plus lucides que les maîtres. La gravité et la noirceur se laissent juste deviner en filigrane. Epurée également de ce qui la déséquilibrerait trop ouvertement coté mélodrame ou bouffonnerie, l'œuvre en trois parties se savoure comme en creux. Ce théâtre est subtilement politique, l'air de ne pas y toucher, avec plus de portée que si avaient été employées des lourdeurs pasoliniennes. Parce qu'on se surprend à s'attacher à ces personnages pourtant dépeints sans concessions. Vrais à un point qu'ils nous inspirent indulgence et tendresse, nous rendent accros à ce sitcom avant la lettre, une comédie douce-amère comme les Woody Allen dernière manière. On ne supporterait pas de manquer un seul épisode de cette trilogie: plus qu'une consolation, pour une rentrée contrariée.

    C'etait la Trilogie de la Villégiature, de Goldoni, traduite, adaptée, mise en scène par Carlotta Clerici (Théâtre Vivant), rediffusée en alternance au Théatre du Nord Ouest  jusqu'au 2 octobre.

    Guy

    lire aussi: Martine Silber

    photos (Droits Réservés) vec l'aimable autorisation de Carlotta Clerici.

  • Deux jumeaux peuvent en cacher des autres

    Pas de vraie intrigue sans jumeaux: ils sont nombreux et depuis des siècles, les auteurs de théâtre à avoir tiré sur ces ficelles à force usées, pour faire apparaître et disparaître des jumeaux- vrais ou faux, doubles, sosies, imposteurs de toute nature. Brecht en bas de la liste, pour une version dialectique-marxiste plutôt indigeste. Chaque fois, c'est la virtuosité dans les substitutions et ces tours de passe-passe, l'enchaînement crescendo des quiproquos, qui dans un premier temps épate. Puis on se dit qu'est révèle quelque chose d'essentiel du théâtre dans ces jeux de géméllités, d'usurpations, d'échanges d'identités. De caractérisations contrastés qui ne s'avèrent être que trompeuses apparences.

    medecin volant.jpgDans le Médecin Volant, Sganarelle se dédouble. S'improvise médecin pour tirer d'embarras une ingénue. Puis piégé par sa propre imposture, doit s'inventer un frère jumeau moins honorable, jusqu'à rencontrer de plus en plus de difficultés pour jouer les deux personnages à la fois. Il prouve au moins en passant qu'il suffit d'être pédant pour apparaître comme un médecin compétent. Etre aux yeux des autres ce qu'il n'est pas vraiment. Les ingrédients des grandes tragi- comedies qui suivront sont déja présents... mais quand il écrit le Médecin Volant (1645), Molière (1622-1673) n'est pas encore vraiment Molière, apparemment. Il se fait les dents. Se contente d'être bouffon. Les effets tombent, lourds, et peinent. Ce Sganarelle semble à tout bout de champ effrayé par sa propre imposture, sa gène devient communicative. La troupe peine ce soir à animer le texte tel quel, et n'ose pas ré-inventer.

    Juste retour à la comedia dell' arte qui avait inspiré Molière: les Jumeaux Venitiens (1747), de son suiveur Goldoni (1707-1793), sont quant à eux des jumeaux pour de vrai. Mais de caractères opposés et que l'on prend sans arrêt l'un jumeaux.jpgpour l'autre. L'un est noble et raffiné, l'autre veule et idiot, à 100 % gouverné par ses instincts. Comme deux faces irréconciables d'une même personnalité. L'intrigue est échevelée et irrésumable. La comédie de moeurs glisse insensiblement vers la noirceur, sans renoncer à un enjouement enfantin. Voire. On ne peut que s'effrayer que chacun des actes de l'un des jumeaux engage la vie-voire la mort-de l'autre. La comédie de l'argent et de l'amour ne connait pas de pitié, la société change pour un cynisme assumé, le siècle finira par s'effondrer. Interprété sur tréteaux en pleine ville par un dimanche ensoilellé, c'est une belle illustration de ce que peut offrir le théatre édudiant, avec vigueur et sincérité, mais avec justesse pourtant.

    Reste à se demander si on peut aujourd'hui encore nous faire le coup des jumeaux: Depuis le temps de Martin Guerre le contrôle social fait que l'identité officielle est de plus en plus placée sous contrôle. Ce n'est plus aujourd'hui que sur le territoire virtuel du net que l'on peut encore redéfinir ses rôles et ses apparences.

    C'était Le medecin volant de Molière, mis en scène par Valérie Thériau, au Théatre du Nord Ouest, dans le cadre de l'intégrale Molière en alternance jusqu'au 8 mars. Et Les Jumeaux Venitiens de Goldoni mis en scène par Alexis Roque, vu en juin en plein air, avec les scènes d'été du Théâtre 13.

    Guy