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  • La nuit et le jour

    Retour à l’obscurité, dans les profondeurs où se perd l’identité. Le solo d’Hélène Rocheteau fait la part belle à l’ombre. Avec en exergue une citation d’Hijikata, la danse évoque le buto plus dans ses préoccupations que par forme, dans l’attention qui s’abandonne à ce qui peut surgir du sombre et traverser l’individualité, à l’incontrôlé. Son et lumière brouillent les repères, les gestes de même. La musique est abrasive, matière originelle. Noir, le solo va à l’essentiel.

    L’œuvre de Vania Vaneau y répond à la perfection, comme le blanc peut dialoguer avec l’obscurité. On est tenté de lire dans les deux œuvres les mêmes préoccupations, et des réponses à l’opposé. Blanc est un exaltant festival de couleurs, montre le corps et l’identité à l’épreuve des cultures, traversés par autant d’altérités. Ce corps est-il d’abord blanc et neutre, ou en souffrance? Il apparait se libérer alors qu’il se charge d’incarnation en incarnation, dans un arc en ciel de travestissement, en une ronde extatique qu’encouragent les boucles de musique. Il renait de ces rites, de la nudité originelle que pare et transforme des peintures multicolores.  

    La Nuit manquante d’Hélène Rocheteau et Blanc (en version intégrale) de Vania Vaneau , à Micadanses le 20 octobre avec le festival ZOA.

    Guy

    Blanc Teaser from vania vaneau on Vimeo.

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    ZOA continue le 27 octobre à Micadanses avec Enora Rivière et Mohamed el Khatib

    photo de Florent Jarrigeon

  • 24 questions qui ne répondent à rien

    1. Ce qu’est une performance, dois-je essayer de le définir, ou tout laisser venir ?
    2. Ils étaient censés faire « autre chose »…mais que font-ils habituellement ?
    3. Que s’est- il passé durant ces 24 heures, en mon absence ?
    4. Mais que s’est-il passé quand j’étais présent ?
    5. Où est passé le temps ?
    6. Eléonore Didier a-t-elle vraiment réussi à ne rien faire ?
    7. Aurais-je pu-du ?- plus participer?
    8. Mon regard a-t-il vraiment participé ?
    9. Qu’est ce qui m’a fait- à un moment précis- partir ?
    10. Et plus tard revenir ?
    11. Avais-je des attentes ?
    12. Ai-je réussi à y renoncer ?
    13. Quel bruit fait une cuiller si je ne suis pas là pour l’entendre tomber ?
    14. Nous discutons et je me suis interrogé sur la méthode, ai-je tout faux ?
    15. S’agit-il de renoncer à la méthode ?
    16. S’agissait-il de semer du désordre ?
    17. Ou de soulever des pierres ?
    18. Qu’est ce qui m’a ému?
    19. Qu'est ce qui m'a mu?
    20. Qu'est ce qui m'a changé ?
    21. Quelles autres réalités pouvais-je percevoir lorsqu’ils déchiraient le tissu du quotidien ?
    22. Que s’est-il construit, ou déconstruit dans ces rencontres ou enchevêtrements ?
    23. Rien n'était-il prévu?
    24. Tout était-il imprévisible ?

    24 heures de la performance de Frasq les 17 et 18 octobre au Générateur de Gentilly

    Avec (peut-être) Anne Dreyfus, Sarah Cassenti, Eléonore Didier, François Durif, Lotus Eddé-Khouri & Christophe Macé, Aurore Laloy, David Liver, Mélanie Martinez-Llense, David Noir, Rémi Uchéda, Violaine Lochu, Cyril Jarton, Katalin Patkaï, Biño Sauitzvy, Maya Arbel, Christine Armanger, Jeanne Bathilde, Claire Bergerault, Rebecca Chaillon, Hélène Defilippi, Manon Harrois, Natalia Jaime-Cortez, Didier Julius, Abdelilah Kaddouri, Thomas Laroppe, Julie Larouer, Constantin Leu, River Lin, Di Wang, les étudiants de l’université Paris 8 : Léandre Ruiz, Léa Fagnou, Sophie Paladines, Anissa Mohamed, Océane Manizan, Manon David, Nina Harper, Cyril Combes, les étudiants de l’école supérieure d’art de Bourges (Ensa) : Annely Boucher, Lympia Filippi, Jon Haure-Placé, Jean Bonhoure, Tara Vatanpour, Maëva Tchibinda-Choquet, Claire Bertolotti, Loren Gautier.

  • Patti Smith: ainsi soit-elle

    Jesus died for somedy’s sins… but not mine, ainsi Patti Smith entame-t-elle Gloria (in Excelsis Deo), la première des chansons du concert. Pas de surprise pour les fidèles, la cérémonie après cette première profession de foi est célébrée dans l’ordre attendu: celui de l’album Horses en intégralité. Les journalistes en panne d’imagination qualifient Patti Smith de grande prêtresse du rock. L’expression est galvaudée, mais il y a un fond de vérité. La transe, celle qui vient du gospel, est à l’œuvre ce soir, avec un autre vocabulaire musical. La chanteuse porte son discours d’une voix rauque de preacher, sa gestuelle évoque la possession ou d’incarnation, d’exhortations en appels, avec la conscience partagée de porter quelque chose de plus fort qu’elle. Quelque chose comme une spiritualité sans religion, un humanisme écorché. « Je t’aime » nous dit-elle en français. L’essentiel est dit, le reste pourrait être scandé et chanté autant en latin qu’en anglais, elle touche au cœur. Elle parle non de Dieu mais de l’homme, d’amour et de douleur, d’espoir et de deuil, récite dans Elegie la litanie des disparus de Joplin à Mapplethorpes, raconte (break it up) comment Jim Morrison lui apparut en rêve. Il est moins question ce soir de la vie des saints-comme François d’Assise qu’elle affectionne- mais des appels à se lever et se révolter (people have the power) pour les gens, pour la terre, contre la guerre. Avant que nous partions en paix, elle offre en sacrifice les cordes de sa Gibson. Je crois en Patti Smith.

    Patti Smith et son groupe jouent Horses et plus, à l’Olympia le 21 octobre.

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    Guy

  • Tous artistes?

    Tout semble hors de contrôle et c’est plutôt intrigant, cela donne envie de travailler plus son attention pour organiser un sens à tous les actes proposés çà et là, les recoller. David Noir s’affaire, stimule ses performeurs amateurs à coups de musique, de lumières et d’images: toiles de maitre, photos d’histoire et d’actualité. Il les harangue sans violence. Sans les diriger. Son mantra est de laisser venir, ne pas mentir: pas évident. A nous (spectateurs?) il explique, en faisant rallumer les lumières, nous faisons déjà aussi partie de ce processus, qu’il n’existe plus dans cet espace du Générateur de murs qui se dresseraient entre les uns et les autres, pas de différences. Trois jeunes femmes lui donnent raison en se levant, et s’offrent, nous offrent, du mouvement. Que peut-il naitre d’états particuliers et d’interactions, sans convention ni discipline? Il y a des micros. Les paroles tentent mais les révoltes retombent, les dialogues s’alourdissent de malentendus. Les corps s’avèrent plus sincères, plus parlants. Je vois comme une mer qui dort et sur laquelle parfois se lève une bourrasque qui me décoiffe. L’improvisation se libère quand volent quelques chemises et culottes. Mais mon heure n’est pas venue de me jeter dans la bataille pour danser à poil, un jour peut-être.

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    Le lendemain l’ambiance est clair-obscur, plus feutrée, partout des feuilles et des crayons. Trois beaux modèles féminins sont. Cette fois la proposition est de les dessiner. Les spectateurs et artistes semblent d’inégale productivité. Je tente. Le trait trahit, les doigts ne courent pas comme le regard et la pensée. L’esprit encore dans la lecture du livre de Numa Sadoul avec Jean Giraud, je rêve à l’épure de ses dessins. Comment évoquer, le trouble d’une pose, la plénitude d’une courbe, l’idée de perfection? Le rapport incertain avec un corps conscient d’être scruté? Qu’exprime-t-il, ce corps, immobile, dans des rapports subtils avec les lumières, avec les images vidéos, et quand en me déplaçant je change la perspective? Comment dire la tension ou l’abandon, de lentes mutations, la surprise d’actions soudaines. Même les mots peinent. Renoncer et juste regarder? Sur une table il y a de la terre glaise, j’en reviens aux petits personnages des ateliers de mon enfance. Je sculpte des seins. Mais peut-être l’art est-il né ainsi?

     Iconicum- performance animée par David Noir, Bodyin, le corps d’Alice de Sarah Cassenti au les 10 et 11 octobre au Genérateur de Gentilly dans le cadre de Frasq,

    Guy

    Frasq continue le 17 octobre avec les 24 heures de la performance.

     

  • Tous nos Moebius

    Chacun a son Gir, ou son Moebius, bien à lui. Si tout le monde est censé avoir lu au moins un Blueberry dans sa vie, d’autres ont d’abord exploré les Jardins d’Edena ou le Garage Hermétique. Chacun d’entre nous se souvient de sa propre porte d’entrée parmi des centaines possibles dans cette œuvre multiforme: le Spectre aux balles d’or dévoré durant l’enfance, ou une image particulièrement belle de L’Incal, ou encore, s’agissant des admirateurs les plus tardifs, des grands formats vus à l’exposition de la Fondation Cartier. Autant de relations fortes et particulières du lecteur avec le créateur de BD.

    Tous ces Gir, Giraud, Moeb’ ou Moebius, Numa Sadoul nous permet de les rencontrer grâce à ces libres conversations menées à des décennies d’intervalle tout au long de 40 ans d’amitié, jusqu’aux derniers mois de la vie de Jean Henri Gaston Giraud (1938-2012). Je ne connais pas d'équivalent dans le domaine biographique à cette entreprise de longue haleine, le résultat est évidement riche d'informations, et d'émotions. On parle bien sur beaucoup dans ce livre des œuvres, depuis l'apprentissage jusqu’aux ultimes parutions dont les Inside Moebius sardoniques et introspectifs qui ne cèdent en rien en modernité aux graphic novels de ses cadets. Il y est question des processus de création, mais tout autant, indissociablement, de l’homme. De ses évolutions, de ses contradictions qui inévitablement s’accusent lorsque l’interviewer revient sur un sujet abordé 20 ans avant, avec bienveillance… mais sans complaisance. Le livre est donc heureusement complexe et désordonné, sans tentative artificielle de simplification. Dans la tension complice de ces échanges nous est montré un Giraud qui crée, doute, cherche, dont la quête de sens, de discipline et d’utopies peut le jeter dans les bras du premier gourou venu, ou sous les influences plus heureuses de maitres comme Jijé ou Jodorowsky. Sa trajectoire l’amène de Fontenay à Montrouge… en passant par le Mexique, Tahiti et L.A.. L’artiste mute de même, toujours surprenant, brouille les genres et oscille entre les styles. Il multiplie les collaborations comme autant d’expériences de Charlier jusqu’à Van Hamme ou Stan Lee en passant par Ridley Scott et Luc Besson. Et va et vient entre ligne claire et réalisme pointilleux, technique rigoureuse et création instinctive, il combine, mélange. Mais le trait de tous ces Gir et Moebius, miraculeusement, reste toujours reconnaissable…

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    J’ai deux petits dessins originaux, l’un signé Gir et l’autre Moebius, dont je n’ai vu l’équivalent dans aucun album, et je veux fermement croire qu’il n’en existe aucun au monde qui leur soit identique. Le bouquin de Numa Sadoul prouve aujourd’hui comment un artiste-tout simplement un homme- peut s’autoriser à sans cesse changer, tout en restant lui-même, original et vrai.

    Docteur Moebius et Mister Gir- Entretiens avec Jean Giraud, un livre illustré de Numa Sadoul chez Casterman. En librairie le 14 octobre.

  • Eyes wide shut

    Eléonore Didier, encore, va ailleurs, retient de la danse l’expérience, pourquoi pas alors? D'abord oser la rencontre, un plus un, le reste suit. Fermer les yeux et s’abandonner. D’abord tout effacer. Être seul pour être tout. Ne plus rien voir pour tout voir, les autres sens aux aguets: ouïe, odorat, goût, toucher. L’artiste qui m’avait accueilli a disparu en son apparence, tout ce qui me sollicite émane d’une autre présence. Les signaux que celle-ci émet m’atteignent, à tous niveaux, de tous côtés. J’absorbe, je crée, je mange, je réponds. Mon esprit construit, rationalité abdiquée. L’espace prend de la densité, autour et à l’intérieur, le temps prend de la légèreté. Manipulé et libre, autre et intime, je danse dans l’immobilité.  

    Colaboratoire Continental performance par Eléonore Didier pour un spectateur, vécu le 10 octobre au Générateur de Gentilly dans le cadre de Frasq. Prochaines et dernières séances le mercredi 24 octobre.

    Guy

  • Laetitia fait grincer Artdanthé

    Cette galerie de portraits provoque moins frontalement que ne le faisait le «One woman show» de Lætitia Dosch, mais le propos est tout aussi noir. Et ce nouveau genre tout autant renouvelé par l’exercice. Même intensité, parti-pris ici d’aller directement explorer le fond des personnages, sans s’attarder au détour du contexte, ni le temps d’installer des situations potentiellement comiques, d’énoncer les fiches d’identité. En reste une forme de vérité amère et fulgurante, mimiques, intonations et attitudes croquées à l’épure. Lætitia Dosch frappe et zappe, laisse dans le flou le hors champs. Son humilité par rapport à ses sujets me touche, et ainsi malgré la cruauté du trait son empathie pour ces personnages inégalement sympathiques, le plus souvent malades et pathétiques. Ils décrivent une époque inquiète, à la dérive.  

    Un Album de et par Laetita Dosch en collaboration avec Yuval Rozman , vu au Théatre de Vanves le 1 octobre 2015.

    Guy

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