Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

...et aussi - Page 3

  • Portraits croisés

    C'était l'idée de cette été, au départ à l'occasion du débat au forum du off d'Avignon avec Pascal Bely: "Quels espaces de parole pour le spectacle vivant?".  Que quelques bloggeurs s'essaient à expliquer leur démarche, et tenter le portrait d'un autre blog... comme pour esquisser une cartographie des blogs consacrés au spectacle vivant.

    Ainsi ici la contribution de Martine Silber, à lire aussi sur son blog Marsupilamima, suivi de ma reaction, et de l'évocation du Blog de l'Athénée

    Martine Silber : D'abord merci pour la description du blog. Je l'ai démarré juste après avoir quitté le journal Le Monde, à l'automne 2008 et mes premiers billets font souvent part de ma découverte de la "blogosphère" et de mes interrogations. Bien entendu, cela est dépassé aujourd'hui. Mais l'objectif reste le même, un objectif principalement journalistique. Comment écrire et faire de la critique autrement que sur le papier?

     Le constat est assez  curieux: ne plus donner d'infos, c’est à dire ce qui fait l'essence même du journalisme. Pourquoi? Parce que ces infos sont sur les sites des théâtres, dans les dossiers de presse, sur d'autres blogs, dans les rubriques de la presse en ligne...Un exemple: pourquoi recopier le programme du festival d'Avignon puisqu'on peut le télécharger à partir du site du festival? Autre exemple, les infos pratiques (dates du spectacle, dates de tournée, adresse et téléphone des lieux, tarifs,  durée de la pièce, sa distribution...tout cela est en ligne, il suffit de mettre le lien. Autrement dit, c'est utiliser ce que l'on appelle  du journalisme de liens au sein du billet.

    Reste le reste...c’est à dire faire partager des plaisirs et des émotions. Pour l'avoir trop fait, je n'éprouve aucun plaisir à descendre un spectacle raté. Je le passe sous silence. Mon objectif est d'amener des lecteurs à ce partage du bonheur que donne le spectacle vivant. Partager est le mot le plus important, tout comme on partage des liens sur les réseaux sociaux, je cherche à  partager dans un billet un ressenti, une chaleur, une admiration.

    J'ai un peu tendance à "négliger" les grands spectacles des grands théâtres, parce que j'aime les petits lieux, la banlieue, les gens qui se donnent un mal immense pour faire vivre le théâtre et qui méritent toute notre reconnaissance...

    Mais je cherche aussi à soigner l'écriture, je me relis plusieurs fois, pas seulement pour éliminer les fautes de frappe, mais en travaillant  la construction du billet, passant un paragraphe plus haut ou plus bas, je cherche les mots, les formules, j'évite les métaphores etc...

    Je viens de passer un mois quasiment sans poster car j'ai été prise par d'autres activités puisque je viens d'animer plusieurs tables rondes (à Lyon pour les Archives Internationales du Roman, puis à paris Pour le festival Paris en toutes lettres) et j'ai lu une bonne vingtaine de bouquins pour les préparer ce qui prend du temps. Et mon blog me manque, je vais donc y revenir incessamment avant et pendant Avignon.

    J'ai connu Un soir ou un autre grâce à des discussions avec le Tadorne et je partage justement avec son auteur Guy Degeorges, cette curiosité pour les endroits peu connus, les spectacles un peu bizarres, et une certaine mansuétude à l'égard des ratages! En revanche, plaçant le texte au cœur de mes découvertes, il peut m'arriver de parler de littérature  mais l'éclectisme de Guy, toujours porté par sa curiosité, et qui se passionne pour toutes les formes de spectacle vivant  m'enchante. Nous devrions aller au cirque ensemble....

    Guy Degeorges : Merci à Martine pour ce passage de relais. Si elle revient assez tôt d'Avignon,  elle peut m'accompagner au cirque à la Villette ou au T.C.I. en juillet...

    Je ne parlerai pas plus avant d’Un Soir Ou Un Autre, sinon pour évoquer ma rencontre récente avec le sympathique Marc Molk.  Marc est peintre, son projet est donc de créer des œuvres destinées à durer. Marc a également écrit un livre- Pertes Humaines – dans lequel il s’efforce de fixer le souvenir de personnes qu’il a perdues de vue. Le soir de cette rencontre, nous avons parlé spectacle vivant.  Marc me confiait son trouble d’assister à la création d’œuvres qui, le temps de la représentation épuisé, ne pouvaient survivre que dans notre mémoire.  Il me semblait quant à moi que  beaucoup de l’intensité de ces rencontres artistiques se jouait dans cette éphémère même. Toutes les traces écrites tentées ensuite sur ce blog ou ailleurs, ne se résumant alors qu’à des échos déformés, juste des mercis, des adieux et des renoncements. C’est sans doute tout simplement de cela dont il s’agit ici.

    Parlons plutôt de Clémence Hérout. Clémence accomplit chaque matin, sinon l’impossible, du moins l’inattendu. Quand, il y a deux ans, Clémence a annoncé qu’elle créait le blog de l’Athénée, et qu’elle y écrirait un billet quotidien, je l’ai félicitée comme tout le monde et lui ai souhaité bonne chance. Comme beaucoup, j’étais persuadé que son entreprise était vouée à l’échec, c'est-à-dire qu’elle ne pourrait jamais trouver chaque matin quelque chose de nouveau et d’intéressant à écrire sur son sujet.

    Je me trompais.

    Car il suffit aujourd’hui de lire le blog de Clémence pour se rendre compte qu’aucun matin n’y ressemble au précédent. Mais que l’on peut chaque jour y partager sa passion méticuleuse pour les grandes et les petites choses qui font que le théâtre existe : les textes, les idées, les lieux, les textes, les objets, les enjeux, surtout les gens…  avec un regard qui  sans cesse se déplace, une curiosité qui ne s’épuise pas.  En évitant le piège de la critique de spectacle, mais en explorant tout ce qui rend le théâtre possible, bien au-delà de ce qui ce qui ne concernerait que le seul théâtre de l’Athénée.

    Ce faisant, Clémence a créé un nouveau métier (ce qui en revanche n’arrive pas tous les matins!) : celui de bloggeur d’une salle de théâtre, et a établi une distance et une indépendance originale vis-à-vis de son institution.

    Pour éviter d’embarrasser Clémence avec plus d’éloges, je vais donc conclure en exprimant un regret, ou du moins une frustration. Clémence écrit très bien. Elle est très jeune (c'est-à-dire qu’elle a bien moins de trente ans) donc est très sérieuse (à l’écrit du moins, mais il est vrai que sinon je la connais peu). Elle ne laisse dépasser aucune faute d’orthographe, emploie toujours des mots justes, et me vouvoie quand je laisse un commentaire sur son blog…. avec ce côté sciences-po-première-de-la-classe, toujours contrôlé et ne voulant à aucun prix être prise en faute, même si sous la pertinence pointe souvent l’impertinence. J’ai le sentiment de ne voir que la partie émergée de l’iceberg… quand lirai-je une Clémence réellement emportée?

    Lire la suite sur Le blog de l'Athénée...

  • Un Prophète

    Ce qui me fait venir à la Cartoucherie c’est la curiosité, le hasard d’avoir à la fois relu Jean Giraud, et vu « La Montagne Sacrée ». Pour une soirée à la croisée, où se rapprochent les disciplines dans une étrange promiscuité- danse, poésie, musique, peinture-autour de Jodorowsky, qui est un artiste indiscipliné. Quelqu’un à coté d’où on l’attend, surprenant dans la cohérence de ses œuvres et collaborations avec le Mime Marceau ou avec Moebius, de la poésie au cinéma et à la bande dessinée, de la psychanalyse à la magie et au tarot. L’homme charme dès l’entrée en scène, son essence même de charmer. Il parait ne pas avoir oublié d’avoir été un jour acteur, son pas insouciant des années, le sourire dévorant, la barbe enneigée de maitre et la voix rocailleuse, cabot et modeste. Ici sur scène pour bien plus que de lire des poèmes- mais au juste pourquoi faire ? - et l’air de pouvoir tout improviser, être aussi inattendu que notre attente même. Au cœur d’une profusion de sensations, le tout orchestré en liberté par Carolyn Carlson. Sur les tableaux partout les couleurs pleurent, gravitent autour de lui sept jeunesses dans une danse fluide, les musiciens font gémir des ombres. Le tout montre pour commencer plus de liberté que de profondeur, et les échanges d’abord par dessous. Jodorowsky lance des haikus, autant de traits qui touchent et s’évaporent, puis explore l’espace de tout autour, ceux qui partagent la scène. Carlson le tempère, son double sans un mot, moqueuse, son pôle opposé. De son bras elle dessine des réponses, d’un geste esquisse d’autres interrogations. Jodorowky délivre ses aphorismes, ni oracles ni vérités figées. En quelques mots sa voix enfle pour partager la condition humaine, le tragique, la violence et le sacré, le sacrifice de soi pour la quête de l’être. Alors des instants de tension, de gravité. Que soulignent les danses, les musiques et les tableaux en mouvement. Ou la voix s’apaise ironique, pour des instants de légèreté, tout renoncé. Mais aussitôt il renonce aux mots, reconnait leur vacuité pour aller toucher les corps, les corps d’abord et sa voix les caresse. Plus que lui c’est Carolyn Carlson qui semble être la sagesse même, la sagesse muette. Elle le suit, le défie, le cajole, le provoque, le taquine, le sublime et le démystifie. L’aide à rendre au public la sagesse que celui-ci lui prête, pour chacun puisse chercher son chemin. Tout ceci n’étant qu’un rêve, la peinture prête à se dissoudre et la danse oubliée, ni peur du vide, de la vie et de la mort, sans limites, jusqu’à un grand éclat de rire et un tendre pas de deux.

    C'était Poetry Event A partir des haïkus d’Alejandro Jodorowsky, tirés du recueil Les Pierres du Chemin. Danse: Carolyn Carlson, Interprétation Jacky Berger, Chinastu Kosakatani, Céline Maufroid Danseurs du Centre Chorégraphique National de Roubaix Nord-Pas de Calais Avec 7 danseuses du Conservatoire à Rayonnement Régional de la Ville de Paris
    Poèmes Alejandro Jodorowsky, Peintures Pascale Montandon. Au théatre du Soleil avec June Events.

    Guy

  • Je baise les yeux (je n'ai pas trouvé de meilleur titre pour ce texte que celui de la pièce)

    Alors que s'installe l'assistance, les trois conférencières déja assises discutent à mi-voix, dénudées derrière la table, l'air de rien et seins à l'air... Cette entrée en matière nous place dans la perspective d'une pièce de danse contemporaine débribée, la feuille de salle suggère une performance aux développements plutôt intellectualisés, les premières minutes nous installent dans la fiction d'un talk show télévisé avec des professionnelles du strip-tease... Il s'agit un peu de tout cela à la fois, et aussi d'un drôle de canulard qui nous prend à contre-pied, comme l'annonce la barbe postiche de mlle Gaëlle Bourges et ce titre à retourner en tout sens: je baise les yeux.

    Au premier degré, on écoute les effeuilleuses invitées. Elles témoignent sur un mode documentaire auprés de l'animateur des réalités du théatre érotique. A savoir les conventions du strip tease en tant qu'acte spectaculaire, les conditions économiques de l'exercice de ce métier, les relations de travail et motivations personnelles des artistes, la sociologie et la psychologie du public, ainsi de suite... La bonne nouvelle, c'est que traités à juste distance, avec quelques ruptures déconcertantes, ces échanges sont décalés et hilarants, et les rôles savoureusement bien distribués. Gaspard Delanoë plus que parfait en interviewer pédant et féru de références culturelles hors de propos pour réhausser les évidences. Les trois performeuses se distribuent les rôles du jeu, de la généreuse candide à la contradictrice systématique. Le débat s'épice pince sans rire, et l'on se rend compte que les platitudes qui sont dites n'en sont pas moins des vérités. L'ironie n'est elle ici qu'un habile moyen pour y nous sensibiliser?

    L'exercice risquerait pourtant de lasser sans les travaux pratiques...Nous surprend alors un nouveau renversement: puisque que la conférence est nue, les strip-tease resteront habillés, les attentes du public déjouées. Chacune se révèle dans son style. Gaëlle Bourges dans une recréation effrénée de Saturday Night Fever en talons aiguilles, Marianne Chargois en contorsionniste à la fois poétique et provocatrice, Alice Roland en créature de cuir et de chaos.... Derrière les codes aguicheurs et les poses explicitement sexuées se profilent des imaginaires érotiques singuliers, et de fulgurantes affirmations chorégraphiques. La lecture à plusieurs niveaux de leurs paroles et de leurs gestes s'enrichit dans l'ambiguité lorsque l'on considère que les trois interpretes pratiquent professionellement le strip tease... Mais à l'issue de cette performance drôle et fine, focalisée sur l'ailleurs d'un théatre ouvertement libidineux, est paradoxalement occulté une interrogation inhérente à la situation qui vient d'être vécue: la place de l'érotisme dans le cadre d'une performance contemporaine.

    C'était Je baise les yeux, m.e.s. par Gaëlle Bourges, avec Alice Roland, Gaspard Delanoë, Marianne Chargois, Gaëlle Bourges, à la Ménagerie de Verre.

    Gaëlle Bourges est en résidence à Point Ephémère, et crée en mai La Belle Indifférence aux rencontres du 9-3

    lire aussi télérama et les trois coups

  • Rayhana agressée: communiqué de la maison des métallos

    Communiqué de la Maison des Métallos

    Depuis le 8 décembre, 9 comédiennes montent chaque soir sur la scène de la Maison des métallos, Etablissement culturel de la Ville de Paris, pour interpréter A mon âge, je me cache encore pour fumer. Elles incarnent 9 figures de la féminité aux prises avec le refoulement et la violence, réunies dans un hammam à Alger.

    A la suite d'une première intimidation verbale en décembre, Rayhana, auteure de ce texte et comédienne, a été aspergée d'essence en se rendant à la représentation du mardi 12 janvier. Ses agresseurs lui ont ensuite jeté une cigarette allumée au visage, qui n'a fort heureusement pas enflammé leur victime. Les paroles de ses agresseurs laissent peu de doutes sur le lien existant entre cette tentative d'homicide et les représentations en cours d'A mon âge, je me cache encore pour fumer.

    Après concertation, la Maison des métallos et la Compagnie ont décidé de poursuivre les représentations jusqu'à leur terme, la barbarie de cette agression venant confirmer à leurs yeux la pertinence et la justesse de ce texte.

    Signataires : la Maison des métallos et la compagnie Orten

  • In and Out

    Nous sommes déja entrés, assis, installés. C'est à elle d'y trouver sa place, dans ce lieu, s'y glisser et y être, dans cette espace imprimer une trajectoire, des impressions, des idées. Le contexte reste de pure réalité, en lumière neutre, non théatralisé. Elle propose à l'un d'entre nous de tenir une camera: devenir participant en restant spectateur. Puis crée sa performance à vue, sans plus de moyens que son corps et quelques accessoires, pour ainsi dire à mains nues. L'artiste se tient à la lisière des codes: la quarantaine pincée ne détonne pas dans cette galerie d'art. Ni ses vétements chics, mais ils sont lacérés, ouverts sur sa chair: une première brêche qui déchire la normalité.

    frasq23_GRAZ%20-%2006.jpg

    Sur son visage des peintures, aux murs des oeuvres furieuses, transgressives, crues. Au sol est construit un cercle, mais sans qu'elle y soit enfermée, et sur le coté des rideaux de couleurs. Elle les traverse aussi, y reste entre-deux comme retenue, encore, longtemps, y revient attirée. Tout notre plaisir se maintient et se tend à ne rien savoir, ne pas pouvoir anticiper ces actions qui semblent s'improviser dans la dynamique inconnue de celles de la veille et celles du lendemain. Puis on interprête, plus ou moins. En fond sonore un discours sur la performance, que l'on oublie d'écouter, comme pour ignorer une concession à cette auto-complaisance sans doute consubstantielle au genre. Notre incertitude est adoucie par sa danse, accroupie, à terre, allongée, de retour dans le cercle, puis au delà.

    frasq23_GRAZ%20-%2007.jpg

    Elle se rapproche parfois, trés près de nous, comme pour venir nous chercher, puis retourne interroger les limites d'à travers les rideaux. Peu à peu, sans se forcer, elle a changé, s'est défigurée, est passée de l'autre coté. Elle a rempli le cercle d'eau: il faudra qu'elle y retourne s'y plonger, mais que fera-t-elle (sur son corps) de ces bonshommes de papiers? Pour encore se transformer. De son corsage elle extrait une cigarette, en inspire-expire la fumée. Est-ce aujourd'hui cela se mettre en danger, s'engager? Sous la jupe elle est nue. Discretement (oserait-on écrire), mais nue et sans filet: ici mise en jeu aussi. Et celà abolit une autre frontière entre le regard public et le corps privé, entre le dedans et le dehors.

    frasq23_GRAZ%20-%2015.jpg

     

    A travers une large baie vitrée, la galerie elle-même est ouverte à la vue des passants: dehors le monde entier, ou sa possibilité. Elle change, et donc le monde juste un peu. Un moment, elle sort, dehors. Pas longtemps. Dedans, l'inconscient gagne du terrain, alors que dans le cercle inondé, elle se transforme en sirène aveuglée. Ou en tout autre chose, selon les imaginaires. Mais elle devient une figure héroïque, pour le moins.

    C'était une étape de Corps en Papouasie, serie de performances de Christine Renée Graz, à la galerie Deborah Zafman, dans le cadre du festival Frasq. Frasq se conclut ce dimanche au Générateur, avec la performance culinaire de Kataline Patkai, déja vue au Regard du Cygne.

    Guy

    images vidéo de Véronique Godé-Orevo, avec l'aimable autorisation de Christine Renée Graz

    Ici le blog de Frasq

  • Déracinés

    L'écriture s'ancre ici. Les souvenirs comme fixés aux murs, pierres et maisons, le long des chemins, au prix d'une sensibilité qui ne pourrait s'apaiser. Matérialisés comme en photographies de famille aux contrastes profonds, d'où renaitraient des voix aimées...

    SL373361.JPG

    Avant que tout ne finisse par se ressembler, de rocades en ronds points et centres commerciaux, et au delà vers des mondes virtualisés, les écrivains étaient nés quelque part, et ne pouvaient jamais l'oublier. D'ici en Allier, où on prend le temps de s'arrêter, à l'écart voir, écouter. Écouter une écriture sèche comme une saison sans fin, qui se détache précisement des brumes du souvenir et de la naiveté de l'enfance. Avec l'apreté de celle de Maupassant, se gardant de la nostalgie, d'une dureté à regret. Presque tendre, jamais tout à fait. L'écriture s'ancre pour ne jamais se perdre, trés précise, la voix et les gestes tout autant, en nuances. Mais ces souvenirs quand ils se fixent prennent à jamais leurs distances: déja, la femme du recit dès lors qu'elle était une fois partie, et revenait pour écrire, n'était plus vraiment tout à fait du pays, plus d'ici...

    SL373388.JPG

    Ensuite, c'est justice d'évoquer le sort des déracinés, se souvenir par un roman de leurs voix tues, de l'exil de ceux qui sont nés ailleurs pour ne plus jamais y retourner. Singulièrement, des indochinois installés par centaines, il y a cinquante ans, dans les corons de ce village de Noyant, où le riz ne peut pousser. Entre les cultures de ces paysans mais de deux continents opposés, c'est la méfiance et l'incompréhension, qui- dans la fiction- s'exacerbe jusqu'au drame. A la rencontre de ces deux mondes: l'instituteur, de Paris, lui aussi revenu au pays, et déja étranger. C'est un récit de toujours, dans un monde de migrants.

    C'était la lecture d'extraits de "La Fille aux doigts tachés d'encre" et "La Feuille de Betel", de Jeanne Cressanges par Georges et Dominique Zaragozaà Dompierre, avec l'association Pre-textes et l'O.T. de Dompierre.

    Guy

    Photos GD

  • Olimpia, Stupre et fureur à l'Hotel de Ville

    Sous les dorures assoupies, dans une semi-obscurité empoussièrée, une voix gronde pour réveiller l'histoire en éructant. Cette histoire là a une odeur entétante de foutre et de sang, de pourriture et de politique. Le texte, par ce corps jeté en avant, projette les images, devient ville, devient monde grouillant. La voix rauque fait fusionner d'un "je" dans son souffle furieux trois identités: celle de l'auteur- Céline Minard-, de la comédienne- Nathalie Richard-, et du personnage- Olimpia Maidalchini ; la "papesse", âme dammée d'Innocent X. Alors que la dépouille de ce pape pourrit, Olimpia, ivre d'or et pouvoir, vomit ses torrents d'imprécations, jette sur Rome qui la rejette ses furieux blasphèmes et malédictions. En un flux outré, cru et continu, aux couleurs pourpres des robes de cardinaux, des tissus déchirés, des chairs et âmes corrompus, du vin répandu. Avant d'être balayée par le temps et damnée par l'histoire pour avoir été femme, et femme de pouvoir.

    Nous restons interdits devant ces mystères du vatican, sous les fresques et boiseries d'un de ces décors où aujourd'hui le pouvoir met en scène son apparat et police ses apparences....

    C'était Olimpia de Céline Minard, lu par Nathalie Richard, dans la salle du Conseil de Paris, dans le cadre de Paris en toutes lettres.

    Guy

  • Mildred Rambaud: la femme et l'objet.

    Avant, glaise et peau ne faisaient qu'un, ici ce soir l'objet est de papier, blanc plié, sec, net, extérieur, delimité. Pourtant en continuité avec la robe immaculée, toujours tenu au corps, tout contre, lié. Il semble un prolongement protéiforme: vêtement, fardeau, membre, aile, paravent... 

    Porter papier plié.jpg

     

    Un objet chéri, précieux, une pensée matérialisée, un double inerte, un être aimé... Qui des deux se fait prisonnier de l'autre? Notre regard avec le corps dans la blancheur confond l'objet, abolit les limites entre eux. Dans ce trouble, peu de mouvements. Sur ce peu d'espace un lent renoncement: le corps inquiet porte l'objet, dans l'inconfort, le regard abandonné le long d'un chemin de croix détaché. De stations en stations, ce transport d'émotions ne dure que dix minutes d'une sourde lenteur, contenue, entretenue dans l'espace sonore par des pulsations engourdies. Le poids du papier s'accroit jusqu'au déséquilibre, la tête penche, dans un vertige contagieux, le corps plie aussi. Jusqu'au sol, toujours portant le papier plié, lui s'ouvre et se déploie en corolle au coeur des jambes nues. C'est d'une simplicité résolue, d'une puissante évocation.

    C'était Porter papier plié de Mildred Rambaud, créé à Point Ephémère, revu dans le cadre du 54e salon d'art contemporain de Montrouge, à la Fabrique.

    Guy

    lire aussi: pot.

    Photo (D.R.) avec l'aimable autorisation de Mildred Rambaud

  • Cirque à la Villette: le fil renoué d'Antoine Rigot

    Les lignes s'entrecroisent sur tous axes, et à plusieurs hauteurs, bientôt peuplées dans toutes les directions par les sept fildeferistes. 

    Un Fil sous la neige 2 © Jean Nussy Saint-Saens.jpg

    On ressent vite que l'affaire sera moins simple qu'on aurait d'abord pu le penser, bien plus riche en histoires, poésies et étourdissements. Dans le temps tantôt tendue, tantôt relâchée par les rythmes jazz et rock d'un trio de musiciens. Rien de résumable ici à un défilé horizontal, mais on se souvient que les artistes de corde de la Part du Loup savaient de leur coté échapper à la stricte verticalité….

    L’acrobatie dans le cirque traditionnel joue avec le feu du danger, met en scène le risque comme ressort dramatique, suggère la peur trouble de la chute…Sauf qu'ici, l'accident a déjà eu lieu, qui n’était pas spectaculaire, simplement dramatique. Antoine Rigot, raconte le jour où sa vie est tombée, évoque les années consacrées à se redresser. Il marche désormais au sol, sur l'ombre du fil, mais fait voler là haut ses complices. Le spectacle ne parle donc pas de la peur, mais de la résilience, tout simplement de la vie.

    Les acrobaties ont ici plus qu'ailleurs valeur de métaphore. Les artistes marchent sur les fils en costume et robes de ville, courent et s’aiment, comme dans la vie condamnés à avancer, empressés. Dans les rues- (parole d’enfant)- d’une ville suspendue. Chaque personnage a sa propre démarche, sa propre énergie- (parole de voisine)- son propre caractère. Tous croisent ou rassemblent leurs trajectoires, ils se chahutent, se séduisent, rivalisent, se désirent, s’enlacent, se cherchent, se fuient, se soutiennent, se trahissent. La tendresse du public, des enfants, va comme toujours au faux maladroit. A s’habituer à leur aisance et d’élégance, on en oublie presque le fil: il leur faut parfois tout suspendre, et nous montrer, pour que notre regard rende sa juste part à l’exploit. 

    C'était "Le Fil sous la Neige" d'Antoine Rigot - Les colporteurs, au Parc de la Villette, jusqu'au 28 décembre.

    Guy

    Photo de Jean Nussy Saint Seans, avec l'aimable autorisation du Parc de la Villette

  • Les bloggeurs sortent de l'ombre

    2937925378_069c20314a_o.jpg
     

     De gauche à droite dans le parc de la Cité Internationale Universaire de Paris, le 11 septembre 2008: Sarah Barreda (Clochettes), Clemence Hérout (Un Air de Théatre et Le Blog de l'Athénée), Jérome Delatour (Images de Danse), Guy Degeorges (Un Soir Ou Un Autre), Pascal Bely (Le Tadorne), Laura Grudchew (Un Air de Théatre), et hors Champs (vers Fecamps) Yann Maitre-Jean (Un Air de Théatre).

    Merci à Marion Franquet (Théatre de la Cité Internationale), et à Nathalie et Dominique Dran.

    Toutes les photos sur Images de Danse