vendredi, 09 octobre 2009

25 minutes

Le danseur prend le temps du silence, invente une ligne dans le noir, déroule une bande. Il attend là longtemps, installé dans ce cadre minimal: on est souvent ainsi dans la vie, dans ces moments où l'on s'oublie, soi-même et sa place dans le monde. Et aux autres. Dans la salle il fait noir aussi.

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Cette image aurait pu être empruntée à tant d'autres chorégraphies: un homme seul, de la pénombre, deux néons. Pourtant, ici plus qu'ailleurs, quelque chose convainc, cela ressemble plus à de l'apaisement qu'à de l'ennui. Le danseur avance dans la conscience de cet espace. Il en prend possession, mais comme à l'envers, démarche cassée, balloté par des hésitations, mu par quelque chose d'extérieur, d'autre. Puis tout devient plus physique, le garçon se lance dans l'action, cri raide comme un I, court, tombe, se couche. La musique se superpose aux mêmes mouvements. C'est tout, à peu prêt. Et donc trés peu réductible au récit. (Le coup du ruban, qui peut à peu envahit l'espace de la scéne: c'est trop vu, on oublie.) Mais le tout est bien comme cela, sans le besoin d'en tirer des conclusions, et l'inventaire des impressions. Bien en soi, en 25 minutes, point.

C'était Ouvert de Samuel Mathieu avec Christophe Le Goff. Au Théatre de L'Etoile du Nord.

Guy

Avis de turbulences # 5 se poursuit du 15 au 17 octobre avec Philippe Ménard, Christian Ubl, Matthieu Hocquemiller.

photo (droits réservés) avec l'aimable autorisation de l'Etoile du Nord

 

jeudi, 12 février 2009

A Court de Forme: no limits

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Cette semaine, on s'aventure aux limites. Et c'est peu dire. Pour les abattre à coup de mots, à coups de pieds. Acmé en un discours rageur et politique qui ne s'embarrasse plus de fiction. Révolte, lumières, micros, c'est tout. Tabula rasa, sans regret. Après deux semaines d'attentats furieux le théâtre est à bas. Akun n'avait servi que de répétition. Coup de grâce, tout se précipite au crépuscule, pour ouvrir sur des lendemains audacieux et incertains.. Mais il faut avant en passer-en quatre parties et un peu plus- par la mort du théâtre. Voire la mort tout court, en toile de fond, en obsession. Même les complaintes du Moony band sonnent soudain plus lugubres. Une actrice se prête au jeu d'une interview faussement convenue, mais se désagrège en mouvements et répétitions circulaires, jusqu'à la décomposition de son insignifiance. Terrible lucidité: tout se joue en vain, tête de mort à la main. Avec des paroles affolées se déconstruit un langage hagard. Qui ne peut plus rien, distrait un moment par un slow hypnotique, puis perdu jusqu'aux mimiques, réduit aux gesticulations du désir. A voir la mort en face, tout touche au vif. Karelle Prugnaud et Eugène Durif ne font plus de théâtre, mais une "ciné performance". Qui déborde baroque et impudique dans le hall du théâtre. Puis se dédouble sur scène et sur l'écran, Diane erre mais ailes au dos en une danse déglinguée. Actéon doit être dévoré, Le spectateur-voyeur lui survit, mais sérieusement secoué. Jusqu'au final de la soirée, une profession de foi de stoïcisme qui remet la possibilité-même du spectacle en question: "Jouir c'est renoncer à la représentation, être sans visage c'est renoncer à la reconnaissance..."

Aprés ?

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C'était Ce qui peut coûter la tête à quelqu'un, de Stéphane Auvray-Nauroy avec Aurélia Arto et Jumien Kosellek, Memento Mori (Vanité 1) de Guillaume Clayssen avec Aurélia Arto, Frederik Hufnagel, Mélanie Menu, Paroles Affolées de Sophie Mourousi avec Mathilde Lecarpentier et Julien Varin, La Brûlure du Regard , texte d' Eugène Durif mise en scène de Karelle Prugnaud avec Elisa Benslimane, Cécile Chatignoux, Anna Gorensztejn, Mélanie Menu, Karelle Prugnaud. A L'étoile du Nord, avec A court de Forme. Jusqu'à samedi, aprés c'est fini!

Guy

photos de Nicolas Grandi, avec l'aimable autorisation de L'étoile du Nord

vendredi, 06 février 2009

A Court de Forme: le mage a bu

(Suite..)

Après cette mise en tension, il ne faut rien de moins qu'un vaudeville effréné pour se relâcher. Les Octavio s'y collent sur un mode outré, très Monthy Python. En 5/10 minutes, les stéréotypes théâtreux sont exagérés jusqu'à l'absurde, le triangle amoureux tourne à pleine vitesse, plantée nulle part la porte claque sans discontinuer, "Ciel mon mari" s'exclame l'épouse, tout y est.

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On revient ensuite de plus belle sur les chemins de l'identité: Le mage aux fiats 500 est annoncé, avec toute la grandiloquence et le pathétique qui sied au cabaret. Maquillage et turban. Le personnage surnaturel doit, de son pouvoir divinatoire, mettre à nu le spectateur victime, décider impitoyablement qui doit rire et qui doit être moqué. Mais rien ne va plus, le mage a bu, le mage est usé: autant pour l'illusion. Ne cherche plus à faire croire en sa magie, ni à cacher ses trucs. In vino veritas, le désenchantement, cependant, ouvre par surprise  la voie à la poésie. Le magicien détraqué explore ses souvenirs en dedans. Tout surgit dans le désordre, les images cachées se précipitent par coq à l'âne, à la résurgence d'une interprétation de Bad to the Bone de Georges Thorogood, à l'évocation d'un amour perdu. Au gré de ses visions, le mage ne parvient qu'à se dévoiler lui -même, blessé, dessine ainsi un bel imaginaire retrouvé. C'est surprenant et prenant, bien que la proposition semble encore en devenir, avec des articulations qui flottent et cela gêne un peu: à suivre.

Il est d'autant plus savoureux après écouter le chant des gueuses, les stéréotypes surgies de la mythologie de la rue, par la voix du Moony band...

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Enfin l'amour fou, Ovide en gros plan. Histoires de corps qui se veulent mais disent: pas d'amour d'heureux. On va droit à l'essentiel, avec une économie d'effets qui à cette proposition fait frôler la témérité: on craint un petit moment assister à une lecture en slip. Mais le facial s'assume- expressions en sursis, le texte est concentré, la mélodie au piano entête, le chant émeut, les rires sont tristes, les mots se suspendent, chauffés à blanc les mouvements tendent vers la danse, jusqu'à se fondre en une mélancolique orgie: bien osé!

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Le tout finit encore en chanson: Mélanie Menu et le moony band revisitent Sam Cooke, c'est une bonne nouvelle.

C'était Le mage aux fiats 500 de Christian Siméon mise en scène Jean Macqueron / avec Christophe Garcia, Thomas Matalou, Un presque rien création à partir de textes d’Ovide, mise en scène Elise Lahouassa / avec Vincent Brunol, Coraline Chambet, SophieMourousi et Serge Ryschenkow.  A L'étoile du Nord, avec A court de Forme.

Guy

photos par Nicolas Grandi (droits réservés) avec l'aimable autorisation du Théatre de L'étoile du Nord

mercredi, 04 février 2009

A court de Forme: Y'a Bon Banania

Les propositions de la première semaine d'A Court de Forme se laissaient considérer une à une, des essais en fragments. Cette semaine, malgré la variété des formes et sujets, un souffle semble porter ensemble les parties d'un tout. Est ce les chansons qui lient, celles du Moony Band et toutes les autres, trés présentes dans les différentes propositions? Les interventions surprises des Octavio ? Aussi peut-être, toujours en arrière fond, le thême de l'identité.

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L'identité noire, douloureusement effacée dans la nuit de l'esclavage- "100 ans de coups de fouets". Une identité qui lutte pour se reconstituer à travers le manifeste d'Aimé Césaire. Qui est elle, de quelle couleur, celle qui creuse ces mots? Métisse au teint clair, qui se grime le visage de cirage à s'en faire peur dans le miroir, condamnée à régresser dans sa mémoire jusqu'à l'archétype du négre, figure débonnaire et dangereuse à la fois. Y'a bon banania, pas d'autre choix. L'image saisit, provoque, évoque celles des américains blancs maquillés en noirs grotesques, tel le chanteur de jazz du premier film parlant. Revit un instant la figure de Joséphine Baker, lançant des étoiles, mais prostituant sa danse, poitrine dehors, pour nourrir l'imaginaire de l'érotique exotique. La voix est étonnante aussi, basse de colère, qui enfle en blues. En ombres, d'étranges fruits se balancent aux arbres. La colère ne se laisse jamais apaiser. La position du spectateur, celle de l'homme blanc tout particulièrement, est ici aussi inconfortable- et privilégiée!- qu'à l'écoute de la poésie heurtée de Césaire. Ce théatre est politique, mais il éveille sans besoin de démontrer.

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  A suivre....

C'était Cannibalisme tenace sur des textes d' Aimé Césaire, The Coasters, Henri Varna ..mise en scène Sandrine Lanno / avec Mélanie Menu / collaboration artistique Isabelle Mateu et Nathalie Savary / lumière Xavier Hollebecq. A L'étoile du Nord, avec A court de Forme.

Guy

photos de Nicolas Grandi (droits réservés), avec l'aimable autorisation du théatre de L'étoile du Nord.

 

samedi, 31 janvier 2009

A court de forme 1.4: le prince psycho.

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Donc 20 minutes, c'est court, c'est trés court. Surtout pour jouer Hamlet. Mais la proposition dure assez de temps pour rendre fou à lier le rôle titre. A moins qu'il ne s'agisse d'Hamlet déliré par un fou. En tous cas, c'est franchement orientée burlesque et à troix voix: Hamlet hyper-actif, Ophélie en apnée et le dernier comedien pour tous les personnages qui restent. Contre tout attente, l'intrigue survit à ce traitement accéléré, et de même-plus suprenant encore, quelques éclats de gravité. Dans le royaume du Danemark- ce soir en graf au mur- il reste toujours quelque chose de pourri. Surtout on rit.

Et rendez vous mardi, pour la seconde semaine.

C'était HAMLET (fragments), librement inspiré de la tragédie de Shakespeare, mise en scène et adaptation Vincent Brunol / avec Nicolas Fustier, Elise Lahouassa et Mathias Robinet / lumière Elise Lahouassa.  A L'étoile du Nord, avec A court de Forme.

Guy

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photo de Nicolas Grandi avec l'aimable autorisation du théatre de L'étoile du Nord

A court de forme 1.3: A quoi bon?

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Puis, en troisièmement, on s'engage dans le théâtre politique. Enfin on essaie de s'engager. Qui aime le théâtre politique? Et pour quoi y trouver? Est ce jamais pour se remette en question, ou n'est ce que pour se conforter dans ses convictions? On peut se sentir embarrassé par l'exercice, non pas car on serait opposé à ses intentions. Mais justement parce qu'on souscrirait avec trop de facilité à ses présupposés. Ce théâtre peut lasser en ce qu'il a de trop consensuel, de démonstratif, de sous-titré. Qui peut ne pas détester ce personnage détestable? Une brute raciste, nationaliste, sexiste... On a juste le choix entre l'aversion et la pitié: c'est déjà ça. Mais dans quel contexte ce texte est-il né? Pour autant c'est l'interprétation qui l'emporte, subtile dans l‘épaisseur, sourde et butée, un jeu contenu et furieux. Encrassé dans e quotidien. Avec une mise en scène d'une parfaite sobriété et progression. Rien à dire.

La bêtise en marche fait réagir la salle par rires sporadiques. On peut s'en étonner. Des rires nerveux? 

C'était A(II)Rh+,de Nicoleta Esinencu, traduction Mirella Patureau, mise en scène Michèle Harfaut / avec Miglen Mirtchev / scénographie Loraine Djidi / lumière Julien Kosellek. A l'Etoile du Nord, avec A court de Forme.

Guy

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jeudi, 29 janvier 2009

A court de forme 1-2: Lavage en court

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De temps à autre, il faut renverser le théâtre, le mettre à bas, le mettre à mort, irrespectueusement. Cela lui fait beaucoup de bien. A nous aussi. Tant que l'agonie est courte, les coups portés là où il faut. A l'assaut, ils montent, une bonne douzaine, en commando, sur la scène: acteurs, aides, spectateurs, on ne sait plus très bien. Les uns pour massacrer des foules d'artefacts bourrés de celluloïd, les autres pour vociférer textes antiques, corn flakes en bouche, hybris en accéléré, gestes tragiques et outrés. L'outrage est vite expédié, mais le meilleur reste à venir quand il faut faire disparaître du plateau les traces du saccage qui y a été perpétré. Le nettoyage de la scène prend valeur d'un spectacle en soit: grandiose, inexorable et muet. On dirait du Romeo Castelluci, mannequins compris. En infiniment plus drôle, évidemment.

C'était AKUN,regroupement de textes autour de la mort dans le théâtre antique, création de Quentin Delorme et Amélie Gouzon / avec Julie Audrain, Gorka Berden, Luc Martin, Elise Pradinas, Laure Espinat, Florent Dorin, Philippe Renault, Étienne Rousseau. A l'Etoile du Nord, avec A court de Forme.

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Guy

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photos de Nicolas Grandi avec l'aimable autorisation du théatre de l'Etoile du Nord

mercredi, 28 janvier 2009

A court de forme 1-1 : Qui a peur de Sylvia Plath ?

A Court de Forme: c'est lancé, avec 4 essais cette semaine, en enchaînement ponctué par les complaintes post-réalistes du moony band....

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Pour jouer le jeu, c'est en moins de vingt lignes qu'il faut rendre compte de la première de ces propositions de 20 minutes. Le temps juste que la pièce capte et fruste, et bien peu pour raconter la vie-même courte- d'un poète...Qui connaît Sylvia Plath? Donc pas de temps à perdre, pas de décor superflu. Le personnage, femme encore-est elle déja poétesse-, attaque le spectateur d'emblée à voix brute et d'un regard intense, d'abord se cherche. Pour le reste: juste un pardessus qui évoque le père perdu. La mère est présente, attentive et inaccessible. On en vient vite à la colère et la souffrance, passé un moment de répit amoureux, déjà condamné, d'une sensualité elliptique. Avant scène de ménage et tromperies. La révélation de la poésie nous est faite sur le tard: alors l'actrice danse les mots de Plath avec justesse. On est au coeur du sujet et du texte, fasciné, en conclusion d'un exposé qui reste sobre et direct. La douleur est placée en exergue mais le pathos est évité. Pour autant, ne peut y avoir que des poètes maudits? Et c'est déjà fini, un désir est né.

C'était Une Ombre familière d'après l'œuvre de Sylvia Plath, mise en scène Suzanne Marrot / avec Raphaël Bascoul-Gauthier, Sylvie Feit, Sarah Siré/ lumière : Anne Vaglio. A l'Etoile du Nord, avec A court de Forme.

Guy

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photo de Nicolas Grandi avec l'aimable autorisation du théatre de l'Etoile du Nord