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Breve - Page 2

  • Métamorphoses

    Saisissement et onirisme: Sabine Molennar titille le bizarre. Son corps longiligne se casse et se désarticule, renonce à soi pour se prêter à de nouveaux agencements, suggère des archétypes féminins sur le fil de l'ambiguïté entre érotisme et monstruosité, autant d'exercices de difformités. Je suis capté par la tension qu'elle exacerbe entre équilibres et chutes, tente d'entrevoir au gré des mystères et métamorphoses qu'elle crée des éclats de vérité. Tragiques. La bande son à rebours, l'économie de matériaux scéniques, robes et meubles, dessinent dans mon esprit un imaginaire de velours capiteux, vénéneux, quasi cinématographique. Je pense à David Lynch mais d'autres y verront le souvenir de maitres flamands. Elle coule et se brise, trouble, derrière le prisme.
     
     
    That's it de Sabine Molennar vu le 9 mars au théâtre de Vanves dans le cadre du festival Artdanthé.
     
    Guy
  • Cours particuliers

    Cette leçon de géographie est loin d'être ennuyeuse, et le Générateur une salle de classe heureusement indisciplinée. Éléonore Didier et Lila Derridj font plutôt l'école buissonnière. Surtout occupées à rire, jouer et chanter, espiègles et facétieuses, se courser. Est ce l'influence de sa partenaire? En performance, Éléonore Didier n'a jamais autant bougé. Au programme après la récrée une géographie des corps, mais affectueuse alors, d'abord à l'échelle de l'humain. Tous préjugés déjoués, différences abolies, apparaissent d'elles deux d'infinies postures, possibilités et convergences. Elles les déclinent en harmonie, avec bienveillance et exigence ( je prends conscience qu'il me reste bien du chemin à faire avant de réussir le poirier). Cette danse dessine des valeurs apaisées de liberté, égalité, sororité.

     

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    Même sincérité, horizontalité et engagement, pour la performance du Corps collectif, mais là en mode furieux. Les danseurs hors des normes improvisent à l'unisson autour d'état de corps, débordent d'énergie et de générosité. Effervescence et tremblements, comme des visions en éruptions du volcan intérieur, on est secoué.
     
    Géographies (ou classroom) d'Éléonore Didier & Lila Derridj suivi par Le crépuscule des baby dolls de Nadia Vadori-Gauthier et le Corps Collectif pour les performances de mars au Générateur.
     
    Guy
     
    photos GD
  • Solitudes

    Muette panique, Maki Watanabe se débat comme un oiseau ivre au sein du grand vide scénique, mais saturé de l'expressivité des matériaux sonores de Jean Marc Foussat. "Peut-on danser ensemble?": je ressens une infinie solitude dans l'espace que ses intenses improvisations dessinent, une fuite. Maki Watanabe révèle. Elle réduit l'écart sensible entre l'être et le monde, la couche qui protège le corps fragile de la dureté de l'autour, la distance de sécurité.
     

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    (Un peu plus tard et non sans rapport, David Noir se propose sous l'improbable déguisement d'une tortue dans sa longue migration. Sous le fou rire et le grotesque une interrogation sur l'essence et l'apparence) .
     
    "Peut-on danser ensemble" de Maki Watanabe sur une musique de Jean Marc Foussat, "Marée Haute" de David Noir, Performances de Mars vues le 4 mars 2017 au Générateur.
     
    Guy
     
    photo G.D.
     
    A voir ce dimanche à partir de 17H00 :

    The hammer in my head
    Bonella Holloway
    Performance

    Géographies (ou classroom)
    Eleonore Didier & Lila Derridj
    Performance Danse

    Le crépuscule des baby dolls
    Nadia Vadori-Gauthier et le Corps Collectif
    Performance Danse

  • Gimme Shelter

    Entreprise sévère et ambitieuse: le livret de cet opéra dense de sens puise dans le vivier des mythes universels. Un peuple en détresse erre en quête d'un dieu muet sous la conduite de son prophète. Cette traversée du désert les amène vers un havre, une possible terre promise. Le récit balance entre universalité et l'actualité flagrante avec la figure d'un religieux fanatique et misogyne, prompt à tuer à coups de revolver. Dès le temple trouvé, coule le premier sang. Mais le ciel est vide, la scène aussi. Cette omniprésence du vide, assumée dans la pièce, me pose question, avec la sensation que la chorégraphie explore obsessionnellement cet espace austère sans le remplir de vie, d'expression. Malgré les enjeux, ll me manque d'être saisi, halluciné. Mouvements désunis, me dit une amie. Il me faut attendre le personnage de la sybille pour gouter de la liberté, de la surprise et du délié, même de la transe. Dans cette concurrence des sens que produit le genre de l'opéra, avec une partition ici très acide, le chant à vif, le livret à lire dans le même temps, dans cette masse d'informations à décrypter, la danse me semble ici passer au second plan.

     

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    Initio chorégraphié par Tatiana Julien, composé par Pedro Garcia Velasquez vu au théâtre de la cité internationale dans le cadre de faits d'hiver le 30 janvier 2017

    photo de Flore Nina Hernandez avec l'aimable autorisation de faits d'hiver

     

  • DD Dorvillier et Catherine Meurisse: la BD danse hors des cases

    Dans les jardins de la villa Médicis à Rome, les Niobides sont figées dans leur fuite sous les flèches du dieu Apollon. Ainsi les découvre, en décembre 2015, la créatrice de bandes dessinées Catherine Meurisse, venue en quête de beauté pour guérir son traumatisme après l'attentat du 7 janvier auquel elle a échappé. Elle y voit le souvenir du massacre de ses amis de Charlie-Hebdo. La dessinatrice racontera l'épisode dans un album beau et poignant, drôle pourtant: La Légèreté. Ce groupe de statues inspire aujourd'hui à Catherine Meurisse et à la chorégraphe DD Dorvillier, qui s'étaient rencontrées sur place, une performance commune à l'initiative du festival Concordan(s)e.

    Ce soir les deux artistes parlent de leur travail dont les contours se précisent: faire interagir sur scène danse et dessin, tracé et projeté en direct.

    DD Dorvillier&Catherine Meurisse2 @photo D.Micheli.jpg

     
    Je suis non seulement ému par le contexte de ce projet et par la mémoire qu'il porte, mais très curieux de cette création. De ce qu'ainsi elles offriront, à nous, et l'une à l'autre. 
    Curieux de la rencontre de deux arts qui se fréquentent peu, mais qui traitent également du corps et même du mouvement- la BD d'une manière plus clandestine en en créant l'illusion entre images fixes.
    Curieux de la rencontre de deux personnalités, entre l'exigence conceptuelle de DD Dorvillier passionnée de recherches formelles (telle la transcription en gestes muets d'une pièce de Beethoven), et l'insolence de Catherine Meurisse, digne héritière de Reiser et Bretécher.
    Curieux de l'accord à venir entre deux temporalités, quand je vois la vivacité du trait de Catherine Meurisse, quand j'entends DD Dorvillier se préoccuper de substance autant que de geste.
    Curieux du sens qui sera proposé, déjà persuadé qu'en mouvement les statues reprendront vie.
     

    DD Dorvillier&Catherine Meurisse @photo D.Micheli.jpg

     
    Vois-tu celle-là qui s'enfuit, projet présenté le 26 janvier par DD Dorvillier et Catherine Meurisse à la bibliothèque Faidherbe, y sera créé dans le cadre du festival Concordan(s)e le 11 mars 2017 puis en d'autres lieux (calendrier ici) en mars.
     
    Guy
     
    photos de Delphine Micheli avec l'aimable autorisation de Concordan(s)e
  • Dissociée

    Elle est là, sans vouloir, sans pouvoir y être. Ce soir le personnage féminin, de retour dans une maison de son passé, est en fuite, dissocié, lesté par des secrets douloureux qui ne seront pas révélés. Ses lèvres semblent suivre une voix off, comme pour se faire l'écho d'une intériorité à vif qui ne peut s'incarner ici ni communiquer avec les autres. Avec rigueur et cohérence, la mise en scène est sans pitié, le jeu engagé, le texte tranchant et blême. Les décors de banlieue grise me piègent dans une impression de réalité poisseuse, images d'une vie triste figée dans un passé à l'arrêt. Tempête, accident, rupture. Le récit bascule. Nous nous échappons avec elle vers vers la possibilité d'un ailleurs, une remise à zéro, une autre réalité. Dans un no man's land nocturne, la sensation fugace de la présence de l'océan, de la liberté. La pièce reste douloureuse et ouverte, sans résolution quant à la réconciliation entre l'esprit et le corps blessés, à nu.
     

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    Anticorps, adapté et mise en scène par Maxime Contrepois, d'après Dina de Magali Mougel, vu au Colombier le 25 janvier.
    jusqu'au 29 janvier.
     
     Guy
     
    Photo de Nocolas Joubert avec l'aimable autorisation de la compagnie
  • Après la sidération

    L'état de suspension entre le désir et sa réalisation, l'impossibilité d'agir, voila où errent ces 3 sœurs, lointaines héritières de celles de Tchekhov. Parviendront-elles à s'accorder sur le devenir de la maison bretonne dont elles héritent, pourront-elles construire quelque chose sur ses ruines? Du psychologique, le sujet s'étend au politique. Au prologue, les 3 femmes se voient chacune assigner en monologue un point de vue à incarner, une attitude, face à la vie. Le procédé est classique, mais ici asséné radicalement. Les personnages et situations peinent ensuite à prendre vie, à échapper au piège de la dialectique, malgré le feu du jeu d'acteur, en un contraste bizarre avec un beau décor de ruines très construit et si réaliste. Mon attention peine à résister à un texte roboratif avec d'étranges embardées vers le drame familial. Ou suis-je rétif par principe à ces variations noires sur l'agonie des utopies, préférant croire aux minutes de danses qui peuvent sauver le monde? Je goute pourtant ensuite à une heureuse surprise: voir la pièce se saborder elle-même par des crises de folie, des brusques et brillantes saillies d'humour qui la rendent plus attachante, le texte moins prévisible. Et je pars sur une bonne impression, celles des dernières minutes, quand tout est sauvé par une belle litanie des envies. un feu d'artifice des désirs en une scène libératrice. Cette année allons voter.
     

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    Sidérées, écrit par Antonin Fadinard, mis en scène par Lena Paugam, vu au théâtre de Gennevilliers le 20 janvier.
     
    Guy
     
    Photo de Christian Berthelot
  • Chaque minute compte

    Depuis le lendemain de l'attentat de janvier 2015, Nadia Vadori-Gauthier agit à sa manière, poétiquement. En improvisant une minute de danse par jour, filmée, en tous lieux, par tous les temps. Tous les jours. Le projet est à échelle humaine, modeste et ambitieux, résilient. Elle n'en dévie pas. Chaque jour le corps témoigne d'être vivant, de son état et de ses émotions, va à la rencontre du monde et des gens, guérir un peu le quotidien, réparer un peu l'indifférence et le renoncement. Une mémoire se constitue peu à peu de ces rencontres, de ces micros-événements. Les battements des ailes du papillon peuvent-ils changer les temps? J'espère que ces minutes dureront très longtemps. Ce soir, juste retour des choses, la minute s'invite dans l'espace scénique de Micadanses . Multipliée par autant d'artistes invités. Plus de partage que d'égo, des propositions drôles ou graves, émouvantes, des gestes posés qui prennent un sens ensemble.

    "Une minute de danse par jour a 2 ans!", festival de la micro-performance, 1ère édition

    projet de Nadia Vadori-Gauthier avec Jeanne Alechinsky, Margaux Amoros, Odile Azarugy, Hélène Barrier, Christian Bourigault, CLOC d’Anaïs Lelièvre, (incarnée par Mairi Pardalaki), le Corps collectif, Wonder Woman (Sophie Cusset), Anne Dreyfus, Emmanuelle Deroo, Isabelle Duthoit, Yves-Noël Genod,  Moni Grégo (avec Victor Calcine), Roland Huesca, Adrien Kanter, Milena Kartowski-Aïach, Daniel Larrieu, Theo Lawrence, Will Menter, Matthieu Patarozzi, Julien Salaud, Réda Soufi, Françoise Tartinville, Alice Valentin et Olivier Lefrançois, La Ville en Feu, Liam Warren, Nadia Vadori-Gauthier.

    A micadanses le 14 janvier 2017 dans le cadre du festival Faits d'hiver.

    Guy

    le festival fait d'hiver se poursuit jusqu'au 9 février

    voir sur Une Minute de danse par jour

  • Entre les poses

    Au dehors du théâtre la tempête, dedans l'apaisement. Le silence invite l'attention, la présence de Yasmine Hugonnet installe une curiosité sans impatience, une relation de bienveillance. Il y a des spectacles qui heurtent, qui s'imposent ou restent à distance, d'autres simplement que l'on accepte dans l'instant. La chorégraphe propose des poses muettes, en nuances, plus lentes que figées, les possibles lettres d'un paisible alphabet. Compas ou boussole, elle laisse l'imagination travailler entre les postures. Ses équilibres me reposent. Me rassurent avec l'illusion de la facilité. Rien ne compose une histoire, mais quelque chose se construit. A partir d'une densité, une évidence. la nudité se fait sincérité. Sans rupture, par les cheveux elle change, qui l'habillent, deviennent déguisement pour aller vers le grotesque et la théâtralité. Tout le corps jusqu'aux pointes rentre en danse et en jeu. Elle devient multiple, potentialités. La leçon de métamorphose se conclue par la voix encore naissante qui vient ouvrir une histoire à venir.
     

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    Le Récital des Postures, de Yasmine Hugonnet, vu au Théâtre de la Cité Internationale le 12 janvier 2017
    jusqu'au 17 janvier.
     
    Guy
     
    photo par Anne Laure Lechat avec l'aimable autorisation du théâtre de la cité internationale
     
  • King Crimson: retour vers le futur

    Pourquoi diable 3 batteurs dans cette version septette 2016 de King Crimson?
    Quelque soit le genre musical, cette configuration live est très inhabituelle. Mais elle permet au groupe de réinventer efficacement 40 ans de répertoire. 
    Le leader Robert Fripp s'était longtemps montré sévère envers les dinosaures du rock, se faisant un point d'honneur à repartir de zéro lors de chacune des nombreuses reformations du groupe avec de nouveaux musiciens, ne conservant du passé musical que l'exigence et l'attitude. Ainsi il surprend en consacrant une tournée à des reprises (quoique la set-list, qui fait la part belle aux années 60/70, élude à peu prêt les années avec Adrian Belew non convié à se joindre à cette occasion). Donc une vieille musique mais en habits neufs, à la différence du choix que fait un Paul Mc Cartney qui pour sa part colle au plus près des arrangements originaux pour satisfaire la nostalgie supposée des fans. Ici les batteurs viennent bousculer les morceaux, en ponctuation, attentes, contradictions, accélérations et commentaires rythmiques. A cet égard, la ré-interprétation d' Indiscipline constitue une belle leçon de tension, frustration et délivrance. Au jeu du reboot, seul "In the court of crimson king" résonne comme une concession-nécessaire? superflue?- à la nostalgie. Rétrospectivement un hommage à l'un de ses créateurs, Greg Lake, disparu quelques jours après le concert. Pour le reste, 21th century shizoid man pourrait avoir été écrit hier, où à la même période de the construction of light, aussi abrupt et radical.
    Les pièces s'enchainent cohérentes, compactes et exigeantes avec quelques respirations et épitaphes, dans cette fusion abrupte trans-genre musical, dans cet équilibre qui privilégie le sens du collectif et la virtuosité d'ensemble. Le vétéran Mel Collins se joint aux stridences et dissonantes plutôt que de bavarder en soliste. Ni chanteur tragique ni guitar hero, Robert Fripp reste obstinément collé à son tabouret, et ne délivre de soli que nécessaires. D'autant plus impassible que la musique se fait furieuse. Mais en terme de dramaturgie de concert rien de plus spectaculaire qu'un percussionniste, la musique rendue visible par les gestes et l'engagement physique, en évidence générosité et précision. Ainsi les 3 batteurs sont installés en avant-scène. 

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    Comme on est à Pleyel, on ne danse pas même, quand est repris Héroes de David Bowie, avec son larsen d'orgine. Mais quand Tony Levin nous photographie. on sourit
     
     Element of King Crimson, concert à la salle Pleyel le 4 décembre 2016
     
     
     
    Photo trouvée sur le site de Tony Levin