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Breve - Page 4

  • Corps poésie

    Une phrase écrite ce soir sur un morceau de papier fait la danse, en poésie spontanée. Le mot lu s'allonge et renait incarné. Il vit, il dit: regarder la lumière avec notre part d'ombre, regarder l'ombre avec notre part de lumière. Je vois chacun des deux danseurs être dans l'instant en toute sobriété, se mouvoir vers l'essentiel. Leur intensité concentrée dans ce lieu, ils ne montrent rien pour montrer. Le corps semble un piège d'où s'extraire, l'énergie bondit et se heurte aux murs, tombe, s'abime en habits noirs. La dynamique est bien plus noire que celle qu'ils enclenchent lorrsqu'ils dansent en plein en plein air, en harmonie avec le paysage. Ici, le lieu semble hostilité. A les voir, je ne sais s'il faut espérer. Comment vivre une impossibilité d'être jusqu'à l'extase, et toutes ses contradictions. Qu'est ce qui s'est effacé en nous?
     
    Diptyque avec une ombre- performances solo de Jean Daniel Fricker & Céline Angèle vu le 7 juin à l'Espace Culturel Bertin Poirée.
     
    Guy

  • les fondamentaux du funk

    Le festival Jazz en baie n'annule rien de notre été-merci!-, dresse sa tente entre mer et Normandie avec ce soir le plaisir d'un rhythm & blues sans reprises ni redites.  
    Devant, la chanteuse Toni Green fait le job et vibre black et soul bien que sans surprises, solide caution US from Memphis, Tennesse. Surtout le groupe Malted Milk de Nantes ne sonne pas moins authentique. Le tempo tourne implacable, la rythmique propulsée par une batterie binaire et sans fioritures. On danse et je m'enivre. Du grand art exécuté avec une rigueur hypnotique, pour magnifier ce funk en costume cravate: un pas à droite, un pas à gauche. Tous tendus et impeccables, quand il le faut les cuivres donnent leurs coups de fouet, l'orgue gronde et déborde. Enfin le leader et guitariste Arnaud Fradin prouve l'évidence du blues: pas une note inutile.
     

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    Toni Green & Malted Milk au festival Jazz en baie à Carolle Plage le 7 aout 2016.
     
    Guy
  • Machine sensible

    L'accueil est vibratoire, avec des sensations aiguës et noires: des corps en rupture posés ça et là. Absorbés en intra-performances, plus en dedans qu'en représentation, au bord d'un contact intime avec nous spectateurs. Transition: ils convergent pour faire forme ensemble, créent des contours tremblants, genres brouillés. Les émotions fusent, mais creusées à revers, moins en langages articulés qu'en attitudes et manifestations brutes, la culture fragmentée en souvenirs. L'expression se réinvente. Des nudités surgissent, brusques et morcelées. Soutenues par des boucles musicales et des invitations murmurées, les séquences s'enchainent lancinantes. Peu à peu, je vois autrement, et peut-être au delà. La chorégraphie est poignante et rugueuse- elle ne ment pas- l'œuvre collective, furieuse et généreuse. Jusqu'à l'invitation à la danse.
     
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    Réel Machine par le collectif corps collectif vu à Mains D’œuvres le 24/06/2016. 
     
    Guy
     
    photo par Dominique Sécher avec l'aimable autorisation du collectif

  • A la folie

    Il y a ici une qualité rare: la lisibilité. Sensible, dans le voisinage paradoxal du foisonnement, de la complexité. Wajdi Mouawad creuse à la source de la tragédie relit l'Iliade, et Sophocle. Avant que le verbe soit, un homme et chien aboie, animal de rage et de douleur. La parole peut il le libérer de la folie? Peut-elle réparer les déracinements, les humiliations et les injustices, telles celles faites à Ajax? Les médias, en quatre déclinaisons parodiques, commentent en bruit de fond ce cabaret poétique, mais c'est à nous d'en tirer le sens. Interrogés par la voix insolente et libre de cet exilé du Liban, de la France et du Québec, par des images grotesques et épiques, sur l'identité qui doute, sur les retours au pays, de Thèbes à l'Algérie. 
     

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    Ajax Cabaret de Wajdi Mouawad au théâtre de Chaillot le 27 mai 2016.
     
    Guy
     
    Photo de Pascal Gely avec l'aimable autorisation du Théâtre de Chaillot
  • A table

    Rebecca Chaillon franchit d'évidence les lignes rouges- tant mieux- et pas seulement celles matérialisées par les fils qui structurent l'espace de la scène. Direction droit vers des zones intérieures, des appétits sans pudeurs. Ce soir est fouillée la fascination pour les "monstres d'amour" qui "aiment à la vie et à la mort", jusqu'à détruire, dévorer. L'entrée en cérémonie dans un demi-cercle de bougies n'atténue rien de la violence de l'engagement qui suit. Je croyais pourtant être blasé. La mise en scène goute à tous les langages jusqu'à la boulimie, et il y aurait de la vidéo à laisser. Mais pourquoi s'en étonner? C'est un appétit salvateur, dans l’excès. L'expression d'une sensibilité qui affleure, autour de la difficulté d'être et d'aimer.
     

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    Monstres d'amour de Rebecca Chaillon, vu au Théâtre Paris Villette le 12 mai 2016
     
    Guy
     
    photo avec l'aimable autorisation de la compagnie
  • Love is Comedy

    La relation amoureuse: les pièces de Leila Gaudin ont, pour de vrai, des sujets, pas les plus faciles au demeurant. Des sujets au pluriel: de l'obsession solitaire envers l'objet désiré, aux ajustements des corps et des caractères, à la construction sociale du couple dans le regard d'un tiers, les nuances et les glissements sont traduits ici sur la palette des disciplines et procédés employés. Sans ruptures de style, la comédie et la vidéo montrent ce qui est le plus évident, la danse et le mouvement suggèrent ce qui est plus subtil, fuyant. En commun, conciliés, la drôlerie et l'engagement. 

     

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    I love You, de Leïla Gaudin, vu au Regard du Cygne le 17 mars 2016 avec les Journées Danse Dense pour les festivals Signes de Printemps et Incandescences

    Guy

    photo de Jean Gros Abadie avec l'aimable autorisation de la compagnie

  • Trouble à l'usine

    Cécile Volange travaille à la chaine, Madame Merteuil dirige l'usine. "Je suis une force de travail", dit l'ouvrière... Dans une pièce "politique", les personnages se reduisent-ils que des concepts distanciés? Par leur voix le texte pose lourds les enjeux, texte cadencé comme le bruit lancinant de la chaine de montage de Volange, texte martelé en redites. Mais les mots imposés d'ailleurs se perdent, restent les corps dépossédés, leurs contradictions et leurs troubles, ici incarnés avec un bel engagement. Ce qui m'intéresse ici, ce n'est pas tant l'économique dénoncé- rendements et délocalisation- que l'exposition des rapports inévitables et invisibles entre travail et intime. Avec rigueur et cruauté, la pièce porte les "rôles" professionnels jusqu'aux points d'exacerbation du pouvoir et du désir. Les références aux liaisons dangereuses prennent alors tout leur sens. La scénographie froide campe l'espace personnel et familial de Volange comme un champ de gravas et ruines. Comme les autres personnages réduits par cette aliénation à leurs mécanismes, elle offre sa dévotion comme ses gestes et son corps à l'usine.
     
    Erwin Motors, Devotion de Magalie Mougel mis en scène par Maxime Contrepois, vu à la Loge le 26 avril 2016
     
    Guy

  • Vers le silence

    Le batteur est il vraiment le gardien du tempo? Les baguettes de Christan Vander déjouent cette attente, s'évadent et nous emportent, avec fougue et subtilité, déraisonnées. Le rythme est implicite, intérieur. Les accélérations et ponctuations véhémentes, le soulignent et le tendent, jusqu'à suggérer l'illusion d'un imperceptible silence, juste l'espace d'une micro seconde, ou l'existence d'une éternelle vibration, comme l'atteinte mais aussitôt perdue d'une perfection. Chaque fois une fin et une renaissance. L'émotion commande, servie par la technique: les premières notes de Naima résonnent, mais bientôt on se sait quand et comment le rythme lent de l'introduction s'est accéléré vers l'acmé.
     
    Surtout cette musique célèbre et suspend avec respect et dévotion un moment clé du passé, lorsque que le jazz atteint un sommet de passion, aperçu de l'absolu, porté le quartet de John Coltrane, Mac Coy Tyner, Jim Garrison et Elvin Jones, dont les musiciens ce soir reprennent les rôles. Cette pièce, récréée se joue depuis des années.
     
     
    Christian Vander quartet : Laurent Fickelson – piano ; Jean Michel Couchet  saxophones ; Emmanuel Grimonprez – contrebasse; Christian Vander: batterie au Sunset le 29 avril 2016
     
    Guy

  • ça colle!

    Selon le pari du festival un chorégraphe, un écrivain tentent la rencontre. Ici sur un mode de fiction amoureuse, chacun dans le personnage de sa fonction. Elle souveraine et féline, garde le contrôle, l'attire et le porte, le frôle et vole, mène le pas de deux. Moqueries caressantes, mais bienveillance en action. Lui fait le grand gauche, qui parle et saoule, s'étourdit de mots, agite Schopenhauer et Platon. Paroles, paroles: les gestes l'emportent. Le contact se joue drôlement entre toutes parties du corps, se prolonge en une joyeuse danse, emportée par la voix de Sam Cooke. La danse fait vivre plus longtemps.
     
    It's a Match créé par Raphaëlle Delaunay et Sylvain Prudhomme pour le festival Concordan(s)es, vu au Colombier de Bagnolet le 25 mars 2016.
     
    Guy
     
    Prochaines représentation le 6 avril, à 15H à la bibliothèque André Malraux des Lilas , et à 19H au Centre National de la Danse (Pantin).

  • HS (Épilogue aux entretiens avec Katalin Patkaï)

    Quand Katalin Patkaï crée HS en février dernier au Générateur, il me faut un peu de temps pour prendre conscience qu'il s'agit en un sens de la conclusion de nos entretiens initiés pas loin de deux ans auparavant. Je me demandais pourquoi cela avait pris tant de temps, même après sur des heures d'enregistrements plus d'heures encore de transcription, de collage et de rédaction pour tenter d'être plus fidèle que le texte. Puis le projet qui reste en pause, passé en arrière-plan des vies et envies de l'une et de l'autre. Enfin à l'approche de la création d'HS, K. qui revient, relit et corrige sans rien censurer, juste les formes et rien du fond. Car il y avait là pour elle bien plus qu'un moyen de promotion: une nécessité de sincérité qui tenait à la pièce ... Plutôt j'ai pris conscience que les entretiens en constituaient la préparation. Non seulement parce que cette pièce en gestation, K. m'en parlait tout au long des entretiens, même quand nous n'avons pas Ernesto dans les pattes. Non seulement en raison de la logique qui venait peu à peu au jour dans ce cheminement artistique, partant des pièces au sujet du genre, des femmes, des mères (M.I.L.F.), de l'innocence (Jeudi), jusqu'à l'aboutissement d'aujourd'hui. Je comprends maintenant que parler sans retenir faisait partie du travail de création d' HS. Il fallait ce temps là. Ce que K. livre sur scène avec cette pièce est la chose la plus intime qui soit: le fruit de sa chair, et l'amour le plus absolu qui puisse exister. L'enfant. La mise en scène, les textes, la drôlerie, ne peuvent faire diversion, masquer ce fait. Le travail de mise en scène est ici nécessaire, il n'est pas essentiel. Ce travail dessine juste un cadre autour de ce qui est important, au vrai travail, celui de l'accouchement. L'enfant chahute, s'échappe des jupes de sa mère, prend son vélo, roule son chemin autour de nous et fait exploser le cadre de la scène. Il grandit déjà et bientôt cet instant ne sera plus. Ni la pièce. Tout fuit, incertain. C'est cela le plus important et après cela il n'y a plus de secret qui tienne en paroles, ou sur scène K. où ose, dit son age- plus fort que de se mettre à poil- parle de son père. Des proches la lisent et la comprennent mieux. De mon coté, il me faut un peu de temps. Attendre quelques semaines plus tard, de revoir K., et comprendre. Sans doute comprend-elle de son coté qu' HS, dans sa radicalité, comme un don impudique qui porte en lui sa fin, sera peu compris. Mais il suffira qu'il soit assez aimé.

    HS créé par Katalin Patkaï le au Générateur de Gentilly dans le cadre de Faits d'hiver, sera joué à nouveau au Regard du Cygne le mardi 22 mars à 14h30 dans le cadre du festival Signes de Printemps

    Guy