Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Breve - Page 5

  • L'imitation des saints

    L'effet le plus troublant, même avant l'in-actualité du sujet, c'est déjà de ne pouvoir savoir à quel degré recevoir ces exercices d'hagiographie, sucrés-salés, entre canon et irrespect. Il y a ici des signes de grand sérieux: Christine Armanger fait preuve d'une érudition sans fautes dans ces récits très incarnés des martyres de Sainte Agathe et Saint Sébastien (à cette étape). Et d'un coté la chair est intensément engagée dans l'imitation, avec flèches et tenailles, de l'autre les vidéos tutorielles témoignent d'une délicieuse désinvolture, détachée. Ou est ce de la pudeur? On flotte dans les zones frontières entre sacré et érotisme. Modernité et tradition. Déconstruction et réenchantement. Ça sent l'encens. Et le parfum également?
    Je ne poserai pas de questions à Christine Armanger, de peur qu'elle me réponde. On y croit, ou non. Certains mystères ne doivent pas être éclaircis. On la prie juste de continuer.

    EDMONDE_WEB_01.jpg

    Edmonde et d'autres saint(e)s de et avec Christine Armanger,  étape de travail vue à Micadanses le 16 mars 2016

    Guy

    Photo de Salim Santa Lucia avec l'aimable autorisation de la compagnie.

  • Tirer le fil

    Tout est là, sur le plateau tel qu'en pensées, et en apparent désordre: vêtements, livres (beaucoup), accessoires et fleurs séchées, et souvenirs invisibles. Tout sera utile, ou non. Ou une autre fois. Cette conférence dansée évoque le flou du sensible, ce qui est fragile, qui va et revient, les extases possibles, le temps qui s'étend de la création. Elle ouvre un livre, lit un texte, regarde une image et en libère un geste. La danse émerge de l'informulé des inspirations, les pensées se matérialisent. Le corps s'autorise, la chorégraphe se cherche dans l'espace, erre et explore, une musique exaltée l'emporte. Le mouvement juste vient.

    danse,gaëlle guéranger,micadanses

    Tressage de Gaëlle Guéranger, vu en présentation professionnelle à Micadanses le 8 mars 2016.

    Guy

    Photo par Aurore Monvoisin avec l'aimable autorisation de la compagnie

  • Faisons-nous peur

    A-t-on vraiment eu peur, comme il était promis sur l'affiche? On a en tout cas beaucoup rit, ce qui revient un peu au même. Stéphane Azzopardi ne lésine sur rien, avec le même abattage que dans le trépidant Tour du monde en 80 jours. Il pose une intrigue archétypale qui rassure (légende, adultère, accident, culpabilité, malédiction, folie, sacrifice, rédemption) et secoue avec le rythme, les effets et les retournements de situation. 4eme mur explosé, spectateurs figurants, accident de voiture, tour de magie, accessoires qui prennent vie, apparitions et disparitions.... tout y est, et en 3 D. En bicyclette, si on s'arrête de rouler, on tombe: donc ici jamais de décélération, les personnages bondissent de lieu en lieu et de scène en scène en traversant les éléments du décor tournant. C'est la grande réussite de ce théâtre d'emmener en instantané et en toute lisibilité les spectateurs enthousiastes dans ces imaginaires en mouvement.

     

    Dame blanche.JPG

    La dame blanche de de Sébastien Azzopardi Et Sacha Danino , mise en scène : Sébastien Azzopardi  vu le 1er mars au théâtre du Palais Royal.

    Guy

  • Le jaune et le blanc

    Je retrouve ici à ce point de son avancée un même projet, mais ce soir d'une autre manière, allant du rouge d'avant au blanc, du clair obscur à la pleine lumière, de la chair à l'épure, de la suggestion à la démonstration. Camille Mutel, d'évidence, poursuit dans ses pièces la recherche asymptotique des zones dérobées de l'érotisme, se confrontant à la possibilité, ou non, de représenter le désir jusqu'à son assouvissement. A cette étape, loin de l'onirisme d'Etna- dernière pièce en date- l'audace suit d'autres chemins. La proposition de ce soir fait tout autant écho au travail récent de la chorégraphe dans le cadre de (Nou) dirigé par Matthieu Hocquemiller qu'à ses propres créations. Le décor mental du Japon est posé, non seulement par les images urbaines d'Osamu Kanemura, mais dans le mode même de la pièce, sa respiration. Est-ce ici le pays de Mishima plutôt que celui d'Hijikata? La rencontre des deux corps dénudés des danseurs se tente dans un cérémonial érotique méticuleux, qui épuise tous les usages que l'on peut faire des œufs. Étrange alliance de crudité et de délicatesse, que la voix inattendue, organique, d'une chanteuse vient troubler à contre courant. Je songe aux créations précédentes, et aux sentiments d'irrépressibles surgissements qu'elles inspiraient, et je reviens ici face à une proposition plus mise à distance, plus cérébrale, mais qui appelle à la connivence. Le travail se donne à voir: travail sur le temps étiré du rituel avec la préparation minutieuse des accessoires, travail sur l'espace et la lumière, qui souligne le vide consistant entre les êtres jusqu'au rapprochement des dermes, travail sur le mouvement des 2 corps qui matérialise les dynamiques de l'attraction, de l'hésitation et de la rencontre. Le jeu de correspondances est dense: rencontre du masculin et du féminin comme du jaune et du blanc de l'œuf, symbolisme de cet objet et évocation de l'oiseau dans la danse, rôle détourné du chant qui relaye l'indicible....

    Je vois là un objet artistique neuf et surprenant, beau et glacé cependant, qui ose mais en inspirant un sentiment de contrôle. Qui me paraitrait presque trop sérieux s'il n'y avait dans l’œil et sur les lèvres des interprètes cette étincelle de plaisir et d'ironie.

    danse,camille mutel,générateur de gentilly,faits d'hiver

    Rencontre avec Camille Mutel autour de la création Go, go, go, said the bird (human kind cannot bear very much reality) from micadanses - Faits d'hiver on Vimeo.

    Go, go,go, said the bird (human kind cannot bear very much reality de Camille Mutel , vu le 8 février au Générateur de Gentilly avec le festival Faits d'Hiver.

    Guy

    photo de Paolo Porto avec l'aimable autorisation de la compagnie

  • En mode collectif

    Certains d'entre nous sont allongés dans la mezzanine, s'essaient à la sieste ou à la transmission de pensée. D'autres, dans la pièce plus bas, épluchent très lentement des mandarines, concentrés. D'autres réjouis se déguisent dans l'entrée, ou manipulent bijoux et bougies dans la salle de bain. Tous en jeu, en groupes ludiques, dans ces espaces de vie vaguement organisés. La performeuse canadienne Winnie SuperHova qui a lancé les libres consignes se transforme elle même en œuvre, agit et interagit avec une grande feuille blanche, du marc de café et autres matières colorées. La vie sans paroles, ni sens dit d'avance. Eno plane autour de nos oreilles, sans s'imposer. Des rires fusent et d'autres participants ne peuvent résister, se joignent à cette fête improvisée, se colorent. Luna Paese, elle aussi, tente de faire de nous qui nous connaissons peu entre nous une communauté. Cela passe sans doute part l'abandon du spectaculaire au profit de la simplicité, du minimum qui est partagé: accepter d'arborer un signe commun qui nous rassemble, réagir ensemble mais chacun à sa façon à un hymne rock, improviser ensemble une œuvre à coup de colle, de journaux et de ciseaux, comme quand à la petite école on apprend à socialiser. Pour un moment, laisser les barrières tomber.

     

    luna paese,winnie superhova

    C'était une soirée du Petit Festival, le 29 janvier chez Joäo Costa Espinho.

    Guy

     

  • Aprés le Diable

    Comment se révèle-t-elle, cette étrangeté en nous, cette monstruosité, que Maxence Rey fouille de pièce en pièce? On ne croit plus au diable et en ses tentations, mais l'inexpliqué toujours nous inquiète, le point mort de notre rationalité, l'incontrôlé. C'est par le corps des interprètes qu'il surgit ici, entre grotesque et beauté. Ceux ci nous font toucher du doigt cet instant paniqué de la transformation, où la résistance abdique. De la fête de village selon Rubens à la la fête techno, le mouvement traverse les époques. Les pulsions se libèrent avec force, les visages grimacent, les ventres s'agitent et se tendent, les sens s'ouvrent, les regards s'aiguisent, avides. Quelques frôlements, des gestes francs, et explosent des orgasmes raides et muets. Les poses sont convulsées et les cris libérés, loin de la tête les bassins dansent. Dans sa troublante viscéralité, l'œuvre parait sévère jusqu'à ce que la drôlerie l'emporte, culminant irrésistiblement en une chanson folklorique réinventée.

    Teaser - LE MOULIN DES TENTATIONS - Cie Betula Lenta - Maxence Rey from Romain Kosellek on Vimeo.

    Le Moulin des tentations de Maxence Rey vu le 6 février au CDC-Atelier de Paris-Carolyn Carlson dans le cadre de faits d'hiver.

    Guy

  • A l'origine

    La lune est pleine, la pièce est vide. Pour l'éclairer une bougie suffit. C'est l'ombre qui sur le mur se dresse et danse, celle d'un ventre tendu en avant, qui donnera la vie, de seins dans l'attente. Les courbes puissantes dessinent l'idée, la chair est lourde, humaine jusqu'à la fragilité. La femme se tourne et le poids l'entraine, nue simplement, la respiration trouve son chemin. Elle cherche son équilibre entre pensées et convulsions. Une voix fige le temps. Quelque chose d'ancestral et futur s'impose et l'emporte. Quelques instants nous adorons une déesse mère, sereine et souveraine.

    maité soler,danse,buto

    Luna Llena de Maïte Soler, musique de Damien Serban le 7 février en appartement avec Projektor.

    Guy

    photo par Fabrice Pairault

  • Etapes

    Heat: fondent-elles, brulent-elles, ou entre deux? Il y a dans ces espaces suggérés quelque chose de subtil à saisir, un décalage. Des gestes qui s'évadent de la normalité. Une tasse de thé incarne le quotidien, mais troublé en lenteur, en toute langueur, par des déséquilibres, des pas de coté. La voix de Janis nous parvient déformée. Je suis sensible à cette perte de contrôle.
    Suivent deux propositions inspirées d'univers cinématographiques: la première consiste en exercices de style, non sans drôlerie. l'ébauche d'Homo Furens, suscité par Full Metal Jacket, bluffe d'engagement physique, et promet par ses ambiguïtés, la construction viendra en son temps.

    Heat (version courte) de Tamara Stuart Ewing, Les déclinaisons de la Navarre (Extrait) de Claire Laureau et Nicolas Chaigneau, Homo Furens (étape de travail) de Filipe Lourenço, le 9 janvier à l'Etoile du Nord -Théatre dans le cadre d'Open Space 4.

    Guy

  • Abus dangereux

    Rediffusion du texte mis en ligne le 29/01/2015. Alcool est rejoué à Confluences du 27 au 30 janvier 2016.

    Voir, écouter une telle performance, c’est déjà s’engager. Nadège Prugnard nous force à regarder le texte en face, alors même que l’actrice nous tourne le dos. C’est que cet Alcool est triste, honteux. Il ne guérit ni ne console, du sel sur les blessures. Cet alcool brule. Rien ne tempère ce monologue de l’ivrogne: un texte âpre et concret, ancré, entier, à forte densité. L’excès à l’opposé du bon gout. Le personnage éructe, beugle, fulmine, invective, se vautre. Il se répand en une furieuse musicalité- en cela l’actrice a du inspirer l’écrivain. Mais il y a plus ici qu’un traité de l’alcool, la performance glisse peu à peu du point de vue du personnage à celui de l’artiste, c’est de mots qu’elle nous invite à se saouler avec elle, l’intime et le politique accouplés. Les feuilles perdues jonchent le sol, ces mots luttent d’une autre manière, sensible et grinçante, contre la douleur et l’insoutenable. D'une manière moins toxique que la boisson, mais loin d'être inoffensive. Cette performance engage donc, loin de l’anodin et du cynisme en vogue, et c’est salutaire. Les temps sont durs et rudes: ce qui est tiède n'étanche plus notre soif de sens.

    na72.jpg

    Alcool de et par Nadège Prugnard vu à Confluences le 23 janvier.

    Guy

    photo de Daniel Aimé avec l'aimable autorisation de la compagnie

  • Le Gardien sans clés

    Il faudrait pour le plaisir, ne revoir la pièce qu'avec les yeux. Le texte du nobel Harold Pinter, ciselé mais ouvert, est avant tout ici bien habité par le jeu. Dans cet espace invivable, encombré de cartons et de projets mort nés, où tout est cassé, Davis- SDF à l'identité floue- est hébergé par deux étranges frères. La mise en scène, cruelle, nous emmène hors des leurres de leur langage, pour montrer l'âpre évidence des luttes de territoire, dans toute leur physicalité. Les enjeux dits - d'absurdes histoires de gardien, de cabane à construire, de maison à rénover... - se perdent dans l'indéfini. Ainsi en va-t-il de la vanité des entreprises humaines. Le pitoyable, et peu sympathique, Davis parle beaucoup pour tenter d'exister, joue et perd, se perd dans la relation entre les deux frères, entre leurs deux polarités: dominant, dominé. Aucune interprétation n'est imposée ici, mais mais sans doute rien ne changera jamais, la radio cassée comme l'un des frères, le sceau au plafond qui se remplit sous la fuite. Avec habileté, rien n'est clair ici, mais l'essentiel est dit.

    harold pinter,manufacture des abbesses,eric supply

     

     

    Le Gardien d'Harold Pinter mis en scène par Eric Supply, vu le 15 janvier 2016, à la Manufacture des Abbesses.

    Jusqu'au 24 janvier

    Guy