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Breve - Page 5

  • A l'origine

    La lune est pleine, la pièce est vide. Pour l'éclairer une bougie suffit. C'est l'ombre qui sur le mur se dresse et danse, celle d'un ventre tendu en avant, qui donnera la vie, de seins dans l'attente. Les courbes puissantes dessinent l'idée, la chair est lourde, humaine jusqu'à la fragilité. La femme se tourne et le poids l'entraine, nue simplement, la respiration trouve son chemin. Elle cherche son équilibre entre pensées et convulsions. Une voix fige le temps. Quelque chose d'ancestral et futur s'impose et l'emporte. Quelques instants nous adorons une déesse mère, sereine et souveraine.

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    Luna Llena de Maïte Soler, musique de Damien Serban le 7 février en appartement avec Projektor.

    Guy

    photo par Fabrice Pairault

  • Etapes

    Heat: fondent-elles, brulent-elles, ou entre deux? Il y a dans ces espaces suggérés quelque chose de subtil à saisir, un décalage. Des gestes qui s'évadent de la normalité. Une tasse de thé incarne le quotidien, mais troublé en lenteur, en toute langueur, par des déséquilibres, des pas de coté. La voix de Janis nous parvient déformée. Je suis sensible à cette perte de contrôle.
    Suivent deux propositions inspirées d'univers cinématographiques: la première consiste en exercices de style, non sans drôlerie. l'ébauche d'Homo Furens, suscité par Full Metal Jacket, bluffe d'engagement physique, et promet par ses ambiguïtés, la construction viendra en son temps.

    Heat (version courte) de Tamara Stuart Ewing, Les déclinaisons de la Navarre (Extrait) de Claire Laureau et Nicolas Chaigneau, Homo Furens (étape de travail) de Filipe Lourenço, le 9 janvier à l'Etoile du Nord -Théatre dans le cadre d'Open Space 4.

    Guy

  • Abus dangereux

    Rediffusion du texte mis en ligne le 29/01/2015. Alcool est rejoué à Confluences du 27 au 30 janvier 2016.

    Voir, écouter une telle performance, c’est déjà s’engager. Nadège Prugnard nous force à regarder le texte en face, alors même que l’actrice nous tourne le dos. C’est que cet Alcool est triste, honteux. Il ne guérit ni ne console, du sel sur les blessures. Cet alcool brule. Rien ne tempère ce monologue de l’ivrogne: un texte âpre et concret, ancré, entier, à forte densité. L’excès à l’opposé du bon gout. Le personnage éructe, beugle, fulmine, invective, se vautre. Il se répand en une furieuse musicalité- en cela l’actrice a du inspirer l’écrivain. Mais il y a plus ici qu’un traité de l’alcool, la performance glisse peu à peu du point de vue du personnage à celui de l’artiste, c’est de mots qu’elle nous invite à se saouler avec elle, l’intime et le politique accouplés. Les feuilles perdues jonchent le sol, ces mots luttent d’une autre manière, sensible et grinçante, contre la douleur et l’insoutenable. D'une manière moins toxique que la boisson, mais loin d'être inoffensive. Cette performance engage donc, loin de l’anodin et du cynisme en vogue, et c’est salutaire. Les temps sont durs et rudes: ce qui est tiède n'étanche plus notre soif de sens.

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    Alcool de et par Nadège Prugnard vu à Confluences le 23 janvier.

    Guy

    photo de Daniel Aimé avec l'aimable autorisation de la compagnie

  • Le Gardien sans clés

    Il faudrait pour le plaisir, ne revoir la pièce qu'avec les yeux. Le texte du nobel Harold Pinter, ciselé mais ouvert, est avant tout ici bien habité par le jeu. Dans cet espace invivable, encombré de cartons et de projets mort nés, où tout est cassé, Davis- SDF à l'identité floue- est hébergé par deux étranges frères. La mise en scène, cruelle, nous emmène hors des leurres de leur langage, pour montrer l'âpre évidence des luttes de territoire, dans toute leur physicalité. Les enjeux dits - d'absurdes histoires de gardien, de cabane à construire, de maison à rénover... - se perdent dans l'indéfini. Ainsi en va-t-il de la vanité des entreprises humaines. Le pitoyable, et peu sympathique, Davis parle beaucoup pour tenter d'exister, joue et perd, se perd dans la relation entre les deux frères, entre leurs deux polarités: dominant, dominé. Aucune interprétation n'est imposée ici, mais mais sans doute rien ne changera jamais, la radio cassée comme l'un des frères, le sceau au plafond qui se remplit sous la fuite. Avec habileté, rien n'est clair ici, mais l'essentiel est dit.

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    Le Gardien d'Harold Pinter mis en scène par Eric Supply, vu le 15 janvier 2016, à la Manufacture des Abbesses.

    Jusqu'au 24 janvier

    Guy

  • Voeux de bonheur

    Nous avons poussé les meubles et mis les boissons au frais, fait place nette pour les 30 invités, improvisé des banquettes avec lits et matelas. Et gardé juste la place pour les artistes qui se préparent: Stéphanie s'approprie le piano, Marie place les lumières, elles répètent quelques mesures des chansons. Marie avait conçu ce spectacle avec Stéphanie à la demande d'une médiathèque, pour la création le 14 novembre 2015. Le 13 novembre tout s'arrêtait, la première était bien sur annulée. De mon coté je ne suis depuis ce jour retourné au théâtre que 2 fois- dont une rue de Charonne- sans écrire une ligne. Mais ce soir, pas d'état d'urgence et remise à zéro, pour la nouvelle année. Le théâtre revient, elles jouent chez nous et la création est titrée "Rien que du bonheur?".
    Marie.PNGLes invités arrivent à l'heure dite, groupés et bras chargés: amis, voisins et futurs amis, dans une confusion plus ou moins contrôlée. Je pensais impossible de tous les faire assoir dans nos m2 parisiens. Je me trompais. Les premières mots et notes prennent place naturellement, sans laisser le temps à un 4° mur de se dresser. Où donc se cache ce bonheur dont tout le monde parle et qui se sauve, est-ce un cadeau, se mérite-t-il? Avec nous Marie cherche, de textes en textes, graves ou rieurs. Il y a au départ autant d'étonnement de la situation, sans barrière, que de plaisir à vivre ce moment. Un rien de timidité. Je devine du rire dans les yeux d'une jeune fille. Je vois un ami sourire en reconnaissant une chanson. Piano échauffé, les voix de Marie et Stéphanie se fondent. Marie nous transmet son énergie, vient à la rencontre, nous fait pétiller, ouvre. Le temps d'un texte jeté, hurle au mégaphone, entraine une amie dans une danse effrénée. Elle nous invite à nous bander les yeux, nous abandonner à l'unisson à d'autres rêveries.
    Et après, banquettes rangées, vient le temps de boire et rire, danser, s'embrasser à minuit. En 2016 tout est possible, tout est permis.
     
    Rien que du bonheur, de Marie Delmares accompagnée par Stéphanie Manus, chez nous le 31 décembre 2015.
     
    Guy
     
    pour inviter le théâtre chez vous: http://www.mariedelmares.com/
     

  • La nuit et le jour

    Retour à l’obscurité, dans les profondeurs où se perd l’identité. Le solo d’Hélène Rocheteau fait la part belle à l’ombre. Avec en exergue une citation d’Hijikata, la danse évoque le buto plus dans ses préoccupations que par forme, dans l’attention qui s’abandonne à ce qui peut surgir du sombre et traverser l’individualité, à l’incontrôlé. Son et lumière brouillent les repères, les gestes de même. La musique est abrasive, matière originelle. Noir, le solo va à l’essentiel.

    L’œuvre de Vania Vaneau y répond à la perfection, comme le blanc peut dialoguer avec l’obscurité. On est tenté de lire dans les deux œuvres les mêmes préoccupations, et des réponses à l’opposé. Blanc est un exaltant festival de couleurs, montre le corps et l’identité à l’épreuve des cultures, traversés par autant d’altérités. Ce corps est-il d’abord blanc et neutre, ou en souffrance? Il apparait se libérer alors qu’il se charge d’incarnation en incarnation, dans un arc en ciel de travestissement, en une ronde extatique qu’encouragent les boucles de musique. Il renait de ces rites, de la nudité originelle que pare et transforme des peintures multicolores.  

    La Nuit manquante d’Hélène Rocheteau et Blanc (en version intégrale) de Vania Vaneau , à Micadanses le 20 octobre avec le festival ZOA.

    Guy

    Blanc Teaser from vania vaneau on Vimeo.

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    ZOA continue le 27 octobre à Micadanses avec Enora Rivière et Mohamed el Khatib

    photo de Florent Jarrigeon

  • 24 questions qui ne répondent à rien

    1. Ce qu’est une performance, dois-je essayer de le définir, ou tout laisser venir ?
    2. Ils étaient censés faire « autre chose »…mais que font-ils habituellement ?
    3. Que s’est- il passé durant ces 24 heures, en mon absence ?
    4. Mais que s’est-il passé quand j’étais présent ?
    5. Où est passé le temps ?
    6. Eléonore Didier a-t-elle vraiment réussi à ne rien faire ?
    7. Aurais-je pu-du ?- plus participer?
    8. Mon regard a-t-il vraiment participé ?
    9. Qu’est ce qui m’a fait- à un moment précis- partir ?
    10. Et plus tard revenir ?
    11. Avais-je des attentes ?
    12. Ai-je réussi à y renoncer ?
    13. Quel bruit fait une cuiller si je ne suis pas là pour l’entendre tomber ?
    14. Nous discutons et je me suis interrogé sur la méthode, ai-je tout faux ?
    15. S’agit-il de renoncer à la méthode ?
    16. S’agissait-il de semer du désordre ?
    17. Ou de soulever des pierres ?
    18. Qu’est ce qui m’a ému?
    19. Qu'est ce qui m'a mu?
    20. Qu'est ce qui m'a changé ?
    21. Quelles autres réalités pouvais-je percevoir lorsqu’ils déchiraient le tissu du quotidien ?
    22. Que s’est-il construit, ou déconstruit dans ces rencontres ou enchevêtrements ?
    23. Rien n'était-il prévu?
    24. Tout était-il imprévisible ?

    24 heures de la performance de Frasq les 17 et 18 octobre au Générateur de Gentilly

    Avec (peut-être) Anne Dreyfus, Sarah Cassenti, Eléonore Didier, François Durif, Lotus Eddé-Khouri & Christophe Macé, Aurore Laloy, David Liver, Mélanie Martinez-Llense, David Noir, Rémi Uchéda, Violaine Lochu, Cyril Jarton, Katalin Patkaï, Biño Sauitzvy, Maya Arbel, Christine Armanger, Jeanne Bathilde, Claire Bergerault, Rebecca Chaillon, Hélène Defilippi, Manon Harrois, Natalia Jaime-Cortez, Didier Julius, Abdelilah Kaddouri, Thomas Laroppe, Julie Larouer, Constantin Leu, River Lin, Di Wang, les étudiants de l’université Paris 8 : Léandre Ruiz, Léa Fagnou, Sophie Paladines, Anissa Mohamed, Océane Manizan, Manon David, Nina Harper, Cyril Combes, les étudiants de l’école supérieure d’art de Bourges (Ensa) : Annely Boucher, Lympia Filippi, Jon Haure-Placé, Jean Bonhoure, Tara Vatanpour, Maëva Tchibinda-Choquet, Claire Bertolotti, Loren Gautier.

  • Patti Smith: ainsi soit-elle

    Jesus died for somedy’s sins… but not mine, ainsi Patti Smith entame-t-elle Gloria (in Excelsis Deo), la première des chansons du concert. Pas de surprise pour les fidèles, la cérémonie après cette première profession de foi est célébrée dans l’ordre attendu: celui de l’album Horses en intégralité. Les journalistes en panne d’imagination qualifient Patti Smith de grande prêtresse du rock. L’expression est galvaudée, mais il y a un fond de vérité. La transe, celle qui vient du gospel, est à l’œuvre ce soir, avec un autre vocabulaire musical. La chanteuse porte son discours d’une voix rauque de preacher, sa gestuelle évoque la possession ou d’incarnation, d’exhortations en appels, avec la conscience partagée de porter quelque chose de plus fort qu’elle. Quelque chose comme une spiritualité sans religion, un humanisme écorché. « Je t’aime » nous dit-elle en français. L’essentiel est dit, le reste pourrait être scandé et chanté autant en latin qu’en anglais, elle touche au cœur. Elle parle non de Dieu mais de l’homme, d’amour et de douleur, d’espoir et de deuil, récite dans Elegie la litanie des disparus de Joplin à Mapplethorpes, raconte (break it up) comment Jim Morrison lui apparut en rêve. Il est moins question ce soir de la vie des saints-comme François d’Assise qu’elle affectionne- mais des appels à se lever et se révolter (people have the power) pour les gens, pour la terre, contre la guerre. Avant que nous partions en paix, elle offre en sacrifice les cordes de sa Gibson. Je crois en Patti Smith.

    Patti Smith et son groupe jouent Horses et plus, à l’Olympia le 21 octobre.

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    Guy

  • Tous artistes?

    Tout semble hors de contrôle et c’est plutôt intrigant, cela donne envie de travailler plus son attention pour organiser un sens à tous les actes proposés çà et là, les recoller. David Noir s’affaire, stimule ses performeurs amateurs à coups de musique, de lumières et d’images: toiles de maitre, photos d’histoire et d’actualité. Il les harangue sans violence. Sans les diriger. Son mantra est de laisser venir, ne pas mentir: pas évident. A nous (spectateurs?) il explique, en faisant rallumer les lumières, nous faisons déjà aussi partie de ce processus, qu’il n’existe plus dans cet espace du Générateur de murs qui se dresseraient entre les uns et les autres, pas de différences. Trois jeunes femmes lui donnent raison en se levant, et s’offrent, nous offrent, du mouvement. Que peut-il naitre d’états particuliers et d’interactions, sans convention ni discipline? Il y a des micros. Les paroles tentent mais les révoltes retombent, les dialogues s’alourdissent de malentendus. Les corps s’avèrent plus sincères, plus parlants. Je vois comme une mer qui dort et sur laquelle parfois se lève une bourrasque qui me décoiffe. L’improvisation se libère quand volent quelques chemises et culottes. Mais mon heure n’est pas venue de me jeter dans la bataille pour danser à poil, un jour peut-être.

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    Le lendemain l’ambiance est clair-obscur, plus feutrée, partout des feuilles et des crayons. Trois beaux modèles féminins sont. Cette fois la proposition est de les dessiner. Les spectateurs et artistes semblent d’inégale productivité. Je tente. Le trait trahit, les doigts ne courent pas comme le regard et la pensée. L’esprit encore dans la lecture du livre de Numa Sadoul avec Jean Giraud, je rêve à l’épure de ses dessins. Comment évoquer, le trouble d’une pose, la plénitude d’une courbe, l’idée de perfection? Le rapport incertain avec un corps conscient d’être scruté? Qu’exprime-t-il, ce corps, immobile, dans des rapports subtils avec les lumières, avec les images vidéos, et quand en me déplaçant je change la perspective? Comment dire la tension ou l’abandon, de lentes mutations, la surprise d’actions soudaines. Même les mots peinent. Renoncer et juste regarder? Sur une table il y a de la terre glaise, j’en reviens aux petits personnages des ateliers de mon enfance. Je sculpte des seins. Mais peut-être l’art est-il né ainsi?

     Iconicum- performance animée par David Noir, Bodyin, le corps d’Alice de Sarah Cassenti au les 10 et 11 octobre au Genérateur de Gentilly dans le cadre de Frasq,

    Guy

    Frasq continue le 17 octobre avec les 24 heures de la performance.

     

  • Eyes wide shut

    Eléonore Didier, encore, va ailleurs, retient de la danse l’expérience, pourquoi pas alors? D'abord oser la rencontre, un plus un, le reste suit. Fermer les yeux et s’abandonner. D’abord tout effacer. Être seul pour être tout. Ne plus rien voir pour tout voir, les autres sens aux aguets: ouïe, odorat, goût, toucher. L’artiste qui m’avait accueilli a disparu en son apparence, tout ce qui me sollicite émane d’une autre présence. Les signaux que celle-ci émet m’atteignent, à tous niveaux, de tous côtés. J’absorbe, je crée, je mange, je réponds. Mon esprit construit, rationalité abdiquée. L’espace prend de la densité, autour et à l’intérieur, le temps prend de la légèreté. Manipulé et libre, autre et intime, je danse dans l’immobilité.  

    Colaboratoire Continental performance par Eléonore Didier pour un spectateur, vécu le 10 octobre au Générateur de Gentilly dans le cadre de Frasq. Prochaines et dernières séances le mercredi 24 octobre.

    Guy