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théatre - Page 5

  • Les forces de l'esprit

    Vraie – fausse conférence ou tours de passe-passe? Tout est ce soir joué, décontracté, mais tout est pourtant vrai. Laurent Bazin et ses complices nous ramènent image par image dans le Paris de 1870, alors que l’art de la photographie est jeune encore et que le spiritisme fait fureur. De là à croire que le « dégagement moléculaire » du « fluide » des médiums puisse faire une forte impression sur les plaques photographiques, et que s’y fixent les images fantomatiques de nos chers disparus…. Un certain Edouard Buguet excelle alors dans ces exercices d’apparitions-souvenirs, pour le grand réconfort des inconsolables. Mais que se passe-t-il vraiment dans sa chambre noire? On le saura à son procès…ou non.

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    On n’en croit pas ses yeux… pour autant les acteurs-performeurs-conférenciers nous dissuadent à raison de trop rire de la crédulité de nos aïeux. A chaque époque ses pièges à illusions. Notre ère du vertige numérique nous sature de nouvelles images, manipulations, hoax et théories de conspiration plus vite que nous apprenons à les décrypter. En pleine campagne électorale, c’est une leçon qui tombe à pic. Mais en politique comme au théâtre, nous venons avec un peu d’esprit critique mais surtout beaucoup l’envie de croire. Le spectacle a l’intelligence et la sensibilité de laisser la voie libre à l’onirisme, laisser les fantômes revenir par surprise. il y gagne profondeur et sens. Il y a plus ce soir que de la démystification. A force de danse, d’ombres et de lumières la magie revient par l’autre porte, pour prendre la place que nous décidons de lui laisser. Invités à participer aux expériences, nous rentrons dans l’image, l’imaginaire libéré de la superstition.

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    Enfant, je croyais dur comme fer aux monstres de Jason et les Argonautes. Bien des années plus tard je vois Ray Harryhausen sortir sur scène d’une petite valise ses créatures… le charme  reste intact pourtant. Les hasards de la vie professionnelle me font dans le même temps apprendre que près de 100 milliards de photos argentiques resteraient encore prisonnières dans nos boites à chaussures et nos greniers, pour être un jour peut-être numérisées….Si autant d’âmes et d’émotions sont captives dans ces images, il y a beaucoup de fantômes qui viendront encore nous surprendre.

    C’était Préface à la Venue des esprits, mis en scène par Laurent Bazin, encore ce jeudi à la Loge.

    Guy

    Images avec l'aimable autorisation de la compagnie

     

     

  • Tout sauf Robert

    Rediffusion dutexte du 8 janvier 2011: Robert Plankett revient au théatre de la ville jusqu'au 11 mai.


    Les accidents du deuil viennent surprendre les visages et les gestes des amis qui restent. Le disparu- Robert Plankett -ne décide pas à s’effacer tout à fait, et revient, tel un fantôme, débriefer posément son A.V.C. .  Les objets orphelins, dispersés, attendent leur vain partage entre les vivants, il y a surtout l’absence, tout cet espace vide sur le plateau, tel celui qui s’étend entre la densité inexpliquée des faits et le flou des sentiments.

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    L’improvisation est laissée grande ouverte dans le jeu des acteurs pour tenter de combler ce vide, sans peur de la liberté. C'est-à-dire avec des impasses et quelques faiblesses, aussi de vraies beautés. Surtout, cette narration volontairement éclatée est terriblement honnête avec le sujet, avec ces souvenirs en miettes et la réalité à recomposer, avec ce qui fait toute la vraie vie vite fait, loin des grands sentiments qui n’existent que dans les grands romans. Ce groupe que le deuil peine à rassembler a le besoin de parler même sans cohérence, juste pour tenter de comprendre, réinventer -c’est une belle scène- sur un corps métaphorique et émouvant une carte du tendre, se disputer, pleurer et rire un peu, résilier les abonnements pour cause de décès, finir ensemble le poulet, s’interroger sans possibilité de réponses sur Dieu et la migration des saumons. Tout les petits rien qui,littéralement, crèvent l’écran.

    C'était Robert Plankett, par le collectif La Vie Brève, m.e.s. de Jeanne Candel, au Théatre de la Cité Internationale jusqu'au 29 janvier, puis au théatre de Vanves les 4 et 5 février.

    Guy

    photo de Charlotte Corman avec l'aimable autorisation du T.C.I.

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  • Tombée en enfance

    La Confusion, pièce de Marie Nimier mise en scène par Karelle Prugnaud, au Théatre du Rond Point jusqu'au 7 avril.

    C’est l’histoire d’une femme, mais dont l’identité se brouille, dont la voix se module, d’une jeune fille, d’une vieille femme. Qui parle à son chien crevé dans un appartement reclu où s’accumulent des souvenirs piégés dans les objets du quotidien: le fer à repasser, la tringle à rideaux, la machine à laver. Une enfant qui ressasse ces souvenirs d’une vieille voix mais qui retombe en enfance, une vieille fillette manga aux cheveux bleus noyée dans un cimetière de peluches.

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    L'actrice- Hélène Patarot- joue à nous perdre. On est pris dans ce trouble, dans cette confusion. Il est question d’elle-Sandra- et de son compagnon Simon, de jeux d’enfant, de jeux d’inceste, d’enjeux lourds et déçus. Il est question de tout cela, et d’une maison disparue. Puis volent les peluches, et les lambeaux de l’enfance comme des feuilles mortes, le temps d’un autre trouble. A la mise en scène, Karelle Prugnaud a le sens du cérémonial, de l’inquiétant et de l’inattendu. Tout au long les trouvailles visuelles fusent, denses comme rarement, oniriques, s’accumulent. Ceci force la beauté de la pièce, peut-être aussi la limite. L’histoire en est floue, les mots de Marie Nimier émergent comme des piques. Dans des cages, les mannequins immobiles se transforment en loups ou en hommes, et quand les masques commencent à tomber, en personnages indéfinis qui lui ressemblent et en musiciens qui jouent punk.

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    Les rôles flottent. Au premier plan le solo s’invite en duo, par la visite- rêvée ? -de Simon l’ami, l’amant, de l’amour d’enfance. Les rites et souvenirs se rejouent une fois de plus encore entre eux deux comme la répétition infinie d’un vieux jeu. Mais l’heure tourne comme le tambour de la machine à laver, comme le temps qui décaperait sans pitié corps, illusions, masques et vieux vêtements pour ne laisser survivre que la vérité nue. C'est beau et fort, peut-être en manque d'économie.

    C'était La Confusion, pièce de Marie Nimier mise en scène par Karelle Prugnaud, au Théatre du  Rond Point jusqu'au 7 avril.

    Guy

    photo par Giovanni Cittadini Cesi avec l'aimable autorisation du théâtre du rond point

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  • La caravane passe

    Dommage que je ne puisse pas découvrir les Chiens de Navarre avec cette pièce-Nous avons les machines- ,j’ai déjà vécu le choc d’ une Raclette, et de l’Autruche … Arrivé vierge, je ressortirais sans doute enthousiaste. De ce théâtre drôle et iconoclaste, débridé et créatif, qui dynamite ses propres limites. Mais voila, ayant vu les deux autres pièces, j’ai le sentiment de retrouver ce soir un peu trop vite mes repères. Voire de regretter des redites. Sans déflorer ce que l’on voit dans la pièce, j’y vois beaucoup de similitudes- d’approche et de structures- par rapport aux deux précédentes: à comment par l’accueil hors codes du public par les performeurs, une mise hors situation. Puis, à nouveau, la représentation satirique d’un débat joué autour d’une table mais tranché net par des happenings absurdes. La répétition de cette scène, déclinée dans d’autres conditions. L’épuisement progressif de l’énergie du jeu. Une conclusion costumée et portes ouvertes sur le dehors, là où le théâtre s’arrête, ou rejoint la vie. S’expriment toujours ici de la férocité, de l’obscénité et du grotesque, des débordements. Une dynamique qui nous permet de jeter un regard décalé, surpris, acide, non seulement sur des faits sociaux, mais sur la manière même dont le théâtre contemporain en rend compte. Mais ce soir tout cela me semble un ton en dessous, assagi, et un peu prévisible dans les rôles adoptés par les acteurs respectifs. Dans la répétition de la méthode, l’audace se dilue, plutôt s’use. Je ne suis pas déstabilisé. Sans vouloir ouvrir de compétition, je vois ce soir moins de prise de risque et de distance par rapport aux conventions de la scène, qu’en une heure de Laetitia Dosch….

    Pourquoi alors en rendre compte, alors que j’éprouve en général de moins en moins d‘intérêt à écrire sur ce qui m’a laissé tiède ? Parce que je lis tant de réactions si sérieusement enthousiastes, d’exégèses très développées  de cette pièce, où la moindre plaisanterie ou effet visuel donne lieu à des lignes d’interprétation, que je m’en étonne!

    Tout de même… presque résigné ne  passer qu’un bon moment, je dois attendre les dernières vingt minutes pour  voir ce que j’attendais vraiment: justement quelque chose que je n’attendais pas du tout. Un moment où les personnages trop familiers se taisent et disparaissent, et les codes visuels se télescopent dans l’ambigüité: poncifs réjouissants du cinéma gore populaire… et du théâtre visuel. On ne sait s’il s’agit d’une charge ou d’un hommage aux tendances les plus physiques et sanguinolentes du théatre contemporain, c’est cette indétermination qui rend ce moment fort et subversif. Rendez-moi les chiens, j’en ai besoin !  

    C’était Nous avons les machines des chiens de navarre , mis en scène par Jean Christophe Meurisse vu au théâtre de Vanves dans le cadre d’Artdanthé.

    Guy

    Lire aussi les réactions de Mari Mai Corbel , Mélanie Chéreau

    Et à propos de la Raclette,  et de l’autruche

  • Les cinq premières minutes

    C’est la fin d’un monde… ou la fin des études.

    Dans un cas ou dans l’autre, une mutation, vers autre chose? Que faire des cinq dernières minutes? Se jeter dans un défi, rechercher ses limites? Accomplir un acte de foi ou de désespoir, d’amour, de solidarité... voire de rigolade? Ce soir, les jeunes circassiens de la 23° promotion du Centre National des Arts du Cirque proposent leurs réponses en spectacle. En paroles, et en se donnant à voir chacun dans l’exercice de son art: corde, mat, tremplin, acrobaties au sol….  C’est une contrainte lourde à respecter pour le metteur en scène David Bobée (lui juste d’une dizaine d’année moins jeune que les interprètes), de lier tous ces « numéros » autour du thème central. Musique omniprésente, belles lumières, scénographie étudiée: il fait le choix clair de la théâtralité. Quitte à s’approcher- il me semble- de la surcharge sentimentale dans le spectaculaire.


     

    Il réussit pourtant à révéler par mots et gestes une part de la personnalité de chaque interprète, de leur vérité. Je ressens toujours de l'émerveillement devant les prouesses. Mais m’intéresserais-je vraiment aux évolutions de cette jeune femme sur cette corde verticale, si je n’avais prêté avant attention aux doutes qu'elle dit à l’heure du saut vers l’inconnu, à sa fragilité? Elle s’élève, tente d’échapper à la pesanteur, à cette fatalité, glisse tout le long comme s’étant abandonnée, laisse deviner que la chute pourrait être désirée. Le risque prend un autre sens. Apprécierais- je l’énergie et la jovialité de ces deux acrobates au sol, l’un bavard, l’autre sourd-muet, s’ils n’avaient d’abord manifesté d’un geste éloquent que la fin du monde, ils n’en ont vraiment rien à taper! Une autre jeune femme éperdue demande à haute voix: «si j’étais la dernière femme et tu étais le dernier homme, que me ferais tu maintenant ?». Avant de s’envoyer ensemble en l’air, sur le tremplin. Les artistes viennent des quatre coins d’un monde, qui comme le plateau semble tourner trop vite, les projette au bord du déséquilibre. Le temps, inversé et angoissé, passe en compte à rebours, avant une possible catastrophe, qui mettrait tout sans dessus-dessous. Ce plateau ressemble aux pièces d’un appartement, lieu de vie sans cesse bouleversé mais qui permet à tous de se réunir pour dessiner en collectif le portrait d’une jeunesse inquiète et fragmentée, avec ses rencontres, ses foules sentimentales et ses solitudes: des amis autour d’une table, un couple qui s’enlace, se dispute… Sur cette planète Mélancolie, l’avenir est leur mais tout à inventer.   

     

    Même sujet, mis en scène à l’opposé. Michel Schweitzer, 53 ans, donne le plateau et la parole à des jeunes amateurs autour de 18 ans, dans leurs derniers temps du passage de l’adolescence à l’âge de jeune adulte. Schweitzer assisté d’un comparse et D.J., se place dans la posture d’un animateur bienveillant et paternaliste. Pour aussitôt mettre en scène l’ambigüité manipulatoire de sa propre position. Il propose aux interprètes de structurer leur spectacle autour d’un abécédaire rédigé par un philosophe. L’un des jeunes refuse aussitôt ce cadre imposé, préfère donner la priorité à ce que lui suggèrent ses propres intuitions, même confuses. Ce qui suit prend dés lors l’apparence d’une prise de pouvoir improvisé, d’un  dialogue en forme de rapport de force permanent entre les générations pour la maîtrise de l’expression. Sur deux pendules les minutes s’écoulent  à des vitesses différentes, suggérant un fossé qui se creuse. Au prix de longueurs et de fluctuations de notre attention, sur scène tout semble possible.

    Le groupe, avant toute véritable prise de parole, préfère chercher énergie et cohésion dans un temps de danse techno, se rassemble en une grappe dense et hédoniste, quitte à laisser le public de coté. La scène est foutraque, lumières allumées dans la salle, conventions spectaculaires refusées. Les jeunes tiennent l’espace du plateau par le nombre, le dj propose et négocie, Michel Schweitzer garde le contrôle des écrans pour délivrer suggestions et messages. Les jeunes s’expriment quant à leurs préoccupations, alternent sujets pratiques et existentiels, abordent questions sentimentales et sexuelles avec un mélange de franchise et de pudeur. De l’effronterie et de l’inquiétude, un maintenant crâneur et des lendemains incertains. La prise de parole est collective, bousculée, en jeu de ping-pong, sans complaisance, souvent sur un mode de dérision. Les antagonismes et manifestations d’incompréhension s’expriment tout autant entre eux qu’avec les vieux. Ils se rassemblent par la musique, la danse et la chanson, mettant en pratique les « talents particuliers » pour lesquels ils ont été sélectionnés. Par transitions en demi-teinte, l’effet Starac’ est évité. Leurs performances sont encore jeunes, mais émouvantes dans ce contexte, par ce qu’elles disent de leur devenir. Leur prise de risque trouve son écho dans les discussions, et l’urgence qu’ils expriment de trouver leurs les limites. Cette proposition surprenante s’achève par l’expression du dilemme qui résume leur difficulté à être au monde: le choix entre un cynisme prématuré, et un enthousiasme idéaliste. Je suis alors interpellé par la posture de Miche Schweitzer, plus proche de ma génération, qui feint alors un attendrissement détaché l’impuissance à se souvenir de sa propre jeunesse.

    C’était This is the End, spectacle de fin d’études des élèves de la 23° promotion du Centre National des arts du Cirque, mis en scène par David Bobée jusqu’au  12 février à l’espace chapiteaux de la Villette


    Et Fauves mis en scène par Michel Schweitzer au théâtre de la cité internationale jusqu’au 31 janvier dans le cadre de Faits d’Hiver.

    Guy

    Lire aussi Le Tadorne

    à propos de David Bobée

    A propos de cirque

  • Du sang, pas de larmes.

    L’histoire que raconte Marlowe, on la connait bien: le duc de Guise, la saint Barthelemy, la Reine Margot (merci Dumas, merci Chéreau!)…. On parvient à s’accrocher à l’intrigue (si l’on y tient), même ce texte déstructuré, caviardé de familiarités, secoué dans tous les sens, avec une ironie, une désinvolture, une aisance plutôt revigorante. Henri de Navarre ne parait ici pas si éloigné des chiens de Navarre (essayés et approuvés ici même). Sens et thèmes résistent à ce traitement: hypocrisie des jeux de pouvoir de tous temps, valse des pantins sur les trônes, religions instrumentalisées… . Mais s’il n’y avait que cela, ce serait juste moraliste, édifiant...

     

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    Il y a plus : l’énergie, de six jeunes gens qui bondissent de rôle en rôle en retournant leur veste, littéralement,  burlesques,  cette fois papistes, l’instant d’après parpaillots. Mais là encore ce serait (juste) distrayant, sympathique. Ce qui me fascine ici, c’est l’art et la manière de représenter du début jusqu’à la fin la violence sur scène, sans la reproduire, sans la montrer… Du massacre dès le titre, assassinats, batailles, viols, exterminations, intimidations,  tortures, attentats…. Sans trucages ni coups semblant échangés, mais tout en allégories et distance, jeux de mimes et procédés. De quoi en rendre l’évocation supportable, toujours inquiétante. Les linges blancs, maculés de rouges à grands coups de pinceaux, on rit jaune. Les batailles sont muettes, les passes à distance, on expire en silence, corps tombant à terre, juste des cris hors champs. Et surtout avec une grande évidence, même si elle stylisée: la soif de sang des bourreaux, jamais apaisée. Tout est très précisément chorégraphié. Sous le faux négligé du texte, apparait une grande rigueur dans le rythme et dans les gestes, au service d’un vrai théâtre visuel.  Pour dessiner, au-delà du prétexte de l’intrigue, du contexte, un portrait froid et pessimiste de l’humanité, de la jouissance inextinguible que lui procure la violence…

     

    C’était Massacre à Paris de Christopher Marlowe, mis en scène par Irène Favier, au Théatre de Vanves (où il n'y a pas que de la danse) jusqu’au 19 novembre.

    Guy

    photo avec l'aimable autorisation du théatre de Vanves


  • Un (autre) voyage intérieur

    Tourne le train miniature, et tournent les disques... le chanteur prend le train pour une tournée, s’évade au son des essieux, loin de Brest... Next stop: Vladivostok, de l’ombre du plateau surgissent les couleurs du cabaret, les numéros des artistes de cirque. Ce voyage de 1983, consigné avec soin sur un cahier, est immobile, vécu dans une chambre, et cette nouvelle vie inventée, la précédente arrêtée nette. Le personnage, quant à lui, serait réel : Jacques Mercier, une gloire locale, ancien chanteur de cabaret. Atteint du syndrome dit de Korsakoff, d’un délire solitaire d’alcoolique, mais ici un phénomène théâtral partagé, avec pour symptômes divertissement et illusions.

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    Quoi de plus normal dans ce théâtre? Comme lui, spectateur émerveillé, je crois aux sauts extraordinaires de la puce savante- je la vois- ainsi que les décors dans lesquels évoluent les mimes. Ce sont les visiteurs de Jacques Mercier, dans sa chambre de Brest, qui paraissent inquiétants, irréels, et les artistes vrais, vivants, chaleureux, sur la scène. La femme d’ici dédaignée, Margot, parait si fade, mais son double imaginée, Sonia, si désirable… L’amour vit sa chance avant de se dissoudre sous les masques. Transsibérien, lac Bakail… les mots déjà emportent, loin du quotidien. Les paroles des chansons sonnent belles et étrangères, dans une  langue russe enthousiaste…et imaginaire ? On pardonne lenteurs et maladresses, comme autant de tendresses. Plus important, les acrobates subliment le réel,  s’élèvent, ouvrent la vie et la scène vers le haut. La vie est un songe, de toute façon.

    C’était Atavisme, de Philippe Fenwick , vu à l’Atalante.

    guy

     photo avec l'aimable autorisation de la compagnie Zou

  • Les méduses nous rêvent aussi...

    texte mis initialement en ligne le 25/7/2010

    Entrevues à travers un voile de chaleur: des hallucinations moites, des impressions charnelles offertes aux faibles lueurs d'un néon. Au point de basculement de l'insomnie, les rêves plongent profond. Vais-je accepter à froid cette invitation onirique?

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    Le fil semble ténu, abandonné aux associations d'images et d'idées. Mais pourquoi pas, doucement invité, placé comme dans un cocon? Les chuchotements hors champs planent obscurs, presque inintelligibles, mais esquissent les limites floues d'un voyage onirique en état d'hypnagogie. D'abord un théatre d'ombres blanches, d'étreintes évanouies et de frôlements voluptueux. Les créatures émergent devant moi, êtres hydriques, dévoilées et masquées, flottent avec lenteur comme les méduses entre deux eaux, jettent le trouble. La apparitions surprennent, peut-être vénéneuses. Je suis par moments tenté de m'éveiller mais finalement je poursuis avec ces créatures ce rêve en apnée. Les pensées dérivent et désirent. Les gestes des ces femmes se balancent comme les algues entre deux eaux. Le balancement lourd des langueurs fait se passer quelques longueurs.

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    Les images émergent peu à peu de l'indetérmination aquatique, désormais plus nettes. Je renonce à suivre une structure et accepte d'autres rencontres dans ce songe en labyrinthe, comme elles viennent, me plie à leur rythme: scénettes absurdes, jeux interdits qui basculent dans une drolerie plutôt cruelle, extraits imaginaires d'une comédie musicale mutine. Le metteur en scène ne craint pas d'abuser de demander à des jolies femmes de faire de jolies choses (pour paraphraser le cineaste François Truffaut), mais on ne se résoud pas à le lui reprocher. C'est une chaude nuit d'été et le voyage est plein de belles surprises, jusqu'à l'heure du réveil.

    C'était l'Insomnie des Murènes, m.e.s par Laurent Bazin, à la Loge, repris jusqu'au 17 mars 2011.

    Guy

    Photos de sven Andersen avec l'aimable autorisation de la compagnie Mesden

    Jerome Delatour y était aussi: lire ici.

  • Hamlet à temps

    Ils ont tous un peu plus ou un peu moins de 30 ans, pas trop de temps à perdre, et Shakespeare pourrait avoir écrit la pièce pour eux pas plus tard qu'hier, ou c'est tout comme, avec Sweet Dreams à fond dans la scène d'introduction. Un Hamlet à jouer au pas de course (deux heures maximum): en toute fidelité l'histoire à la fois simple et compliquée d'un jeune homme confronté à toute la difficulté d'être un homme dans un monde de vieux. Où les fils n'en finissent pas de porter les crimes et malédictions de leurs fantômes et ainés, dommage pour l'amour avorté entre Ophélie et Hamlet en pleine dep', autant de fumée dans la tête que sur la scène. Romain Cottard dans ce rôle titre, surprenant et efflanqué entraîne la pièce de rebond en rebond, de la bouffonerie à l'interrogation existencielle jusqu'au To Be,etc... dépoussièré. Avec énergie, toute la troupe prend possession de l'espace, scène et salle confondue, ne gaspille pas un temps précieux en entrées et sorties, ponctue le drame en chorégraphies vigoureuses et rock' n' roll.

    C'est souvent gonflé, rarement forcé (sauf lorsque ces jeunes ont un peu de mal à être crédibles à entreprendre de jouer les vieux trop comme des vieux). L'histoire est racontée dans l'urgence mais avec intelligibilité, dans toute la profondeur de ses mises en abyme. Si riche, vive et crue qu'elle n'a pas besoin d'être modernisée pou être d'aujourd'hui (lorsque le fossoyeur traite Yorik de fils de pute... c'est bien dans le texte!).

    C'était Hamlet, de W.S. , m.e.s. par Igor Mendjisky, au théatre Mouffetard, jusqu'au 19 mars.

    Guy

  • Le réel et le reste

    Damien Chardonnet-Darmaillacq  (on écrira D.C.D.) débriefe sur le plateau de  Bla Bla Bla ou Approche latérale des paradigmes discursifs à caractère persuasifs ou promotionnels (on écrira Bla Bla Bla) son expérience de collaborateur de Ségolène Royal. Forcement un bel effet d’annonce- c’est la saison- qui attire sur Bla Bla Bla l’attention  de l’A.F.P., du Point, du Figaro….  Une telle exposition médiatique est hors normes en matière de danse, performance ou théâtre contemporain dans un festival émergeant. Mais celui qui viendrait ce soir pour les confidences ou le sensationnel repartirait déçu. Ni règlement de compte, ni déballage, tout juste quelques piques, moins dirigées vers la candidate de 2007 que vers le milieu des politiques en général: mesquineries, bassesses et baronneries.

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    Il s’agit plutôt ce soir de la chronique d’un désenchantement. Là où les choses commencent à m’intéresser c’est que cette désillusion politique, qui mène D.C.D. jusqu’à la démission de ses fonction n’est pas vraiment dite. Du moins elle n’est pas expliquée. D.C.D. ,sur le ton posé et poli du gendre parfait sorti de sciences- po, dans un français impeccable et littéraire, enchaîne les anecdotes de campagne en France profonde et les réflexions désabusées, mais en ne s’attaquant jamais vraiment  lui-même au pourquoi, ni au cœur du sujet. Stratégie ou pudeur, son réel, son vécu, se décode dans ce que l’on voit à coté. Dans le télescopage des actions des performeurs sur la scène. Avec un homme politique (Yvonnick Muller), plus que convaincant en costume de circonstance et en charge du discours générique. Des argumentaires saturés de vides assurés et d’arguments interchangeables. Tout dans la pose et dans le ton. A en rire et pleurer, et dans le même temps l'émetteur est assez convaincant dans la communication analogique pour qu’on se surprenne avec des pulsions pavloviennes de se précipiter aux urnes.  

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    Dans une surenchère du rêve et de la P.N.L. , une démonstratrice de télé achat en robe rouge moulante nous vante dans le même temps un mixer jusqu’à l’orgasme. Une danseuse muette et masquée tente de calculer le dénominateur commun de leurs gestes, un gars travesti s’improvise première dame. Confronté à ces juxtapositions fécondes-même si tout ne me semble pas toujours raccord- j’en oublie vite le seul cas Ségolène. La réflexion s’élargit. Ce documentaire imaginaire est heureusement participatif, la profusion de niveaux nous remue plutôt que de vouloir démontrer. C'est loufoque le plus souvent, plus grave possiblement. Que les discours soient vrais ou non, il devient difficile de les distinguer. Avec les mêmes effets populistes qu'au début Y.M. nous délivre un très beau speech en v.o. d'Obama. Comme dans le vrai, la forme emporte le fond dans la confusion, vers l’impossibilité de l’engagement, même si D.C.D. ne tranche lui-même pas vraiment. Peut-on rester pur dans l’action ? C’est vieux comme l’homme, à vos stylos ! Le thème d’Indisciplines est  cette année « changer le monde ? » Ce soir la réponse est plutôt non, et bien dans l’air du temps. Si la question était : « peut-on représenter le réel autrement », la question serait « oui » évidemment.

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    C’est à une autre Reconstitution que nous invite Garance Dor. A celle d’une performance passée, à Artdanthé. Bien évidemment la carte n’est pas le territoire, et la reconstitution n’est pas la représentation. Elle n'est pas non plus le réel vraiment, j’y réfléchirais en relisant le texte de Roland Barthes (et à propos de France Gall) distribué pour l’occasion. Quoiqu’il en soit la reconstitution se déroule insaisissable avec un sens aigu de l’ellipse, sans temps mort malgré le parti pris de ne pas asséner de temps fort, et un humour léger, léger, dans le bon sens du terme. Nous sommes invités, si cela est par principe possible, à reproduire nous aussi la performance qui a du avoir lieu l’an dernier (mais alors avec de faux volontaires). Nous écoutons la version abrégée de l’abécédaire vécu de la vie des artistes, mise en perspective de leur condition, avec la conviction soudaine que tout est vrai. Tout cela pour ne pas dire vraiment le sujet de la performance à l'origine, nous sommes gentiment décontenancés, mais est ce important ? Prolongement de cette logique particulière: des vrais ( ?) volontaires sont invités à accomplir des actions impossibles qui en deviennent poétiques, c’est la tentative qui nous émeut. A la fin on éteint le lapin et on boit un verre, assez heureux.

    C'était  Bla Bla Bla ou Approche latérale des paradigmDamien Chardonnet-Darmaillacq  

     

    es discursifs à caractère persuasifs ou promotionnels de

    et Reconstitution de Garance Dor

    vu au festival Indiscplines, proposé par Sabrina Weldman  et présenté auDansoir jusqu'au 11 février. 

    Guy 

    photos par Elise Colette avec l'aimable autorisation de D.C.D.

    photo de Samantha Gil avec l'aimable autorisation de Garance Dor