vendredi, 18 juillet 2008
Silenda entre les rives
Nous ne sommes pas encore le 14 juillet et ce n'est pas un feu d'artifice pour commencer. Ni un âne bientôt, dans le rôle du maître de cérémonies, pas plus après des lapins ambigus. Cela ne ressemble à rien de bien défini- tant mieux- femmes de cuirs, animaux ou présences
entre les deux, qui bougent comme dans un rêve, toujours éveillé, même souvent agité, avec ses surprises, ses petites angoisses et ses stridences, entendues et dansées. Des séquences d'abord tête basse et bras ballants, puis inquiètes et saccadées, ensuite qui se prolongent en duos monstrueux, courses et poursuites, en rondes endiablées, vers plus de fluidité. Dans cet exercice il y a des pieges, qui sont évités. La charpente ne se laisse pas deviner, et l'interdit n'est pas dit. L'important est qu'on ne se réveille jamais vraiment, plongé dans l'onirique. Ce n'est plus toujours de la danse et ni du théâtre, non plus. En tout cas d'un humour cru et d'une belle énergie. Pas loin du meilleur de ce qui se situe aux croisements flous d'un voyage halluciné qui dure, dure, de rencontres en rencontres. Les paysages défilent sur l'écran comme les transparences derrière les acteurs des films d'avant, avant qu'y soient proposés des échos du mouvement.
C'était (la semaine dernière) Pont Courants de Laura Simi et Damiano Foa- Compagnie Silenda, dans le cadre du festival, "Nous n'irons pas à Avignon", à Gare au Théatre.
visuel: site Gare Au Théatre
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samedi, 05 juillet 2008
Haïm Adri, une Danse à Entendre
Ici la danse est méchante, décousue en apparences, c'est la musique qui fait tenir ensemble tous ses morceaux. Une musique si étonnante-aux couleurs si concrètes-, qu'on croirait pouvoir la toucher: grattements et grincements, roulements de tambour, confusion de papier-journaux froissés, glissando de contrebasse, discours inintelligibles et éructés, chants patriotiques jusqu'à l'insoutenable, claquettes et a-capella de rythm's & blues, claquement du mêtre-mesureur, rythmes folkloriques, gloussements et déglutitions qui dégénèrent en cris d'animaux.
Cela pourrait être le sujet de la pièce: d'inévitables décadences qui détruisent individus et troupeau, jusqu'à une conclusion portée au paroxysme du pessimisme: fleurs foulées sans jamais avoir été offertes et ballons blancs que l'on fait éclater avant la fête, bouteilles vides projetées par une catapulte pour couvrir la scène de déchets: civilisation en phase finale. Il y beaucoup de talent dans cette froide entreprise de saccage. Une rare violence à l'oeuvre, impitoyable et clandestine. Auparavant l'existence du groupe aurait été de bien courte durée, du heurt des couples jusqu'à une communion de tous ensembles sur un mode folklorique grinçant, comme une codification des nevroses. Le lien reste tissé un instant, mais pour le pire peut-être, pour des hurlements patriotiques. Bien évidemment, la danse est tendue, dense et oppressante, comme des corps les expulsions de tics et pulsions opprimées, ou des exercices égocentriques jusqu'à la démence. Ici la noirceur se supporte, et plus encore, tant elle est intelligement dosée.
C'était Fronts de Haïm Adri - compagnie Sisyphe Heureux, avec des sons de Benoit Gazzal.
A Gare Au Théatre, encore dimanche avec le festival "Nous n'irons pas à Avignon".
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lundi, 30 juin 2008
Faut-il brûler Pina Baush?
Bien que sûr que non, on ne va pas la brûler, c'était juste pour faire un titre. N'empêche que depuis quelques jours des voix se font entendre, ouvertement agacées, et c'est nouveau. En premier lieu Rosita Boisseau qui y va de son solo dans Le Monde pour dénoncer les répétitions et les complaisance d'un système. Mais si essoufflement il y a, c'est avant tout celui du Théâtre de la Ville, sclérosé dans un système auto-référentiel, présentant essentiellement les mêmes chorégraphes années après années. Discours officiel: on est bien obligé d'inviter toujours les mêmes puisque forcement ce sont les meilleurs. Et cela tombe bien, puisque que le simple fait de passer au Théâtre de la Ville finit par valoir brevet d'excellence aux yeux du petit milieu parisien. D'autant plus pour des dates réservées un an à l'avance et devant des spectateurs prêts à s'entre-tuer pour récupérer un billet, pour voir ce qu'il y a de meilleur puisque c'est complet. C.Q.F.D.. Mais c'est la 26 eme année consécutive ou à peu prés que la grande dame de Wuppertal- ou la grande prêtresse de la danse occidentale ?-ou la star de Solingen ?- se présente dans ce lieu. C'est assez long pour que s'émoussent bien des passions. Pour une époque infidèle, la déesse est restée trés longtemps sur le piedestal. Lassitudes et agacements semblent se liberer d'un coup et sans complaisance, à la mesure de l'admiration quasi groupiesque qui jusqu'alors prévalait.
Si tout dans le jugement tient aux attentes, décues ou non, il y a en tout cas dans Bamboo Blues de quoi se laisser charmer, pour peu qu'on reçoive la pièce candide, désarmé. Voire, en ayant gardé une âme d'enfant. Ce carnet de voyage en Inde prend les couleurs chromo des anciens illustrés pour la jeunesse, ou d'une brochure de voyage un peu retro. Au commencement il y a le vent, fraiche invitation au voyage. Avant de faire place à des assaults de nonchalances et de féminités, auxquels on ne tarde pas à succomber. L'exotisme est bon enfant, dans les yeux et sourires de ce groupe de tigresses indolentes qui ne montrent pas les crocs. La déesse aux nombreux bras- est ce bien Khali? -semble pareillement inoffensive. Paix et amour: au premier rang on se voit invité à laisser filer entre ses doigts un ruban parfumé, à se laisser poser sur le front un point rouge. Danseurs et danseuses paradent en sari, un peu plus second degré mais tout autant policés que dans un défilé de mode. Les bandes musicales s'enchaînent comme entre deux escalators. Les duos, plus que les groupes, jouent ensuite les utopies de l'harmonie. Les rapprochements se concluent en jeux, en orgies de tissus colorés, glissades d'amour et démonstrations de sensualité, mais idéalisés pour une représentation tous publics. Ce qui se passe- ou devrait se passer- entre les hommes et les femmes à ce stade intéresse manifestement avant toutes choses la chorégraphe, on en oublie par longs moments le décor et le continent.
Pourtant, quelques notes de violoncelle plus tard, on plonge dans la passion bollywood: robe rouge, courses aveugles, polyphonie de querelles. De manière toujours trop distanciée pour permettre à quoi que ce soit de violent de nous surprendre. Histoire quand même de faire actuel, les tableaux se permettent des oeillades vers la modernité: courses en roller, angoisses de la mondialisation, danse du télétravailleur.... Il semble même suggéré qu'on ne dépeint pas ici un paradis terrestre, et ce jusque dans ce qui concerne les rapports entre les sexes. Mais après un passage par des ablutions intemporelles, on en revient aux exactes répétition de séquences de la première partie....éternel recommencement de l'éternel féminin dans l'orient éternel? Les danseurs courent sans se heurter, sinon du regard, sur leur chemin nul obstacle. Même quand il y a exubérance et vivacité, les mouvements recherchent harmonies, évidences, et fluidités. Sans s'attarder dans des originalités trop ostensibles. Il plane plus de sérénité et de rêverie que de blues dans tout cela. Mais le tragique n'est pas une obligation. C'est même, trop souvent, une facilité. On aurait même tout autant aimé Bamboo Blues, et ses rêves de bonheur, si Pina Baush avait été une débutante.
C'était Bamboo Blues, de Pina Bausch, au Théâtre de la Ville, jusqu'à mercredi encore.
23:06 Publié dans Danse | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : théatre de la ville, pina baush, inde, danse
dimanche, 29 juin 2008
Marie Coquil et Philippe Combes: retour aux sources
C'est surement exactement ce qu'il nous faut, aprés tant de soirées tendues et perplexes, toutes pleines d'enjeux mais toujours trop concentrées, presque saturées, à écouter en danses Marguerite Duras ou Miguel Bénasayag, ou à endurer de fastidieuses démonstrations d'inanité, ou à explorer d'ambigues frontières conceptuelles. Ce soir on revient aux sources. Pour deux fois trente minutes de calme intensité, pour des danses qui avant tout s'intéressent au corps avant tout (s'agissant de danse, ce n'est, en fait, pas toujours une évidence...). Pour deux performances d'une beauté très spartiate, d'une beauté aussi nue que le crane des deux interprètes.

En premier Nicolas Mayet, chorégraphié par Marie Coquil. Visiblement en marche vers une allégorie de la vie. Commencée suspendue, en long manteau style Matrix, pour finir dans un complet dépouillement. Le chemin est dessiné en rectangle tout autour de la scène. Ce chemin mène-t-il à la sagesse? Pourtant l'homme tourne, alternativement calme, vif, délicat athlétique, determiné. Une épée de Damoclès au dessus de la tête. C'est allusif et bien dosé, d'une simplicité bien étudiée, inspiré et inspirant, toujours retenu avant de trop suggérer.
Delphine Lorenzo danse ensuite Dromos 2, de Philippe Combes. Même plus d'accessoires, ni de fil narratif. Et une feuille de salle on ne plus elliptique. A peine du violon. Juste, ou surtout, un solo, sur plateau nu, en collant neutre: c'est à prendre ou à laisser. On prend. La pièce joue le corps inconfort, se focalise sur de petits mouvements d'interrogations, attardés, pieds hésitants, torsions existentielles. Rien n'interpelle, tout intéresse. Ou plutôt invite à s'abandonner, à revenir au plus prés de l'essentiel. La danse est trés loin du spectaculaire, sans renvoyer à d'autres objets qu'à elle même. En recherches d'équilibre. Brisées par des accélérations inquiètes. Le tout prés du sol, sans envols. La danse vaut pour elle-même, mais là en vaut la peine.
C'était A mor(T...) la mort, l'amour et l'éternel, de Marie Coquil, avec Nicolas Mayet, et Dromos 2 de Philippe Combes (Compagnie Cave Canem) dansé par Delphine Lorenzo, à L'étoile du Nord, avec le festival Avis de Turbulences.
photos: site de l'étoile du nord
P.S. La compagnie de Marie Coquil s'appelle "Pour un Soir": la rencontre etait écrite!
Re PS: Et il y avait, pour attendre à l'Etoile du nord, cette video en boucle de Muriel Bourdeau (dont on vit Box l'an dernier). Mais la video était passée à l'envers: c'était mieux.
19:43 Publié dans Danse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : danse, marie coquil, etoile du nord, nicolas mayet, phillipe combes, delphine lorenzo
lundi, 23 juin 2008
Matthieu Hocquemiller recolle les morceaux
Doit-on venir aux répétitions générales. Où doit on filer des filages? D'un coté on est trés heureux d'être invité, et avec des gens qu'on a plaisir à rencontrer. De l'autre, il y a toujours un projecteur ou autre chose en panne et qui sera réparé pour la générale, les photographes au premier rang qui font du boucan, sur scène une concentration qui se laisse encore trop voir et des enchaînements qui flottent un peu, derriere la
conscience de l'absence de public, de son attente et de ses frémissements, et surtout partout la présence du chorégraphe, absolument sympathique mais absolument flippé, qui s'excuse d'avance de présenter tout sauf la pièce car elle ne sera bien vraiment réglée que le lendemain, nous demandant de ne pas trop juger mais nous laissant voir quand même, nous laissant confronté à l'injonction paradoxale parfaite. C'est d'autant plus perturbant pour une pièce qui s'efforce de réussir une juxtaposition de formes vers la synthèse. Ce soir, l'énergie semble encore trop retenue. Le danseur joue de la masse, bonne idée. Mais fracasser une chaise et deux paquets de céréales, c'est trop, ou trop peu. En conclusion, on a pas vraiment vu "J'arrive plus à mourir". Mais on va en parler quand même bien sur, ou au moins on va essayer de parler de ses morceaux.
Mon tout parle du deuil de l'avenir, les parties sont constituées par autant de debris du monde qui reste. Les paradigmes sont ébranlés et les danseurs peinent à s'y raccrocher, tombent en belles glissades le long du toit de la maison. Se laissent aller à quelques pas de danse déglinguée et mains dans les poches, nous évoquent Joe Cocker à Woodstock, comme un pied de nez aux dernières utopies et idéologies du progrès. Ils se vautrent faute de mieux dans le consumérisme, infantilisés, renversant partout le pop corn, gavés de gelée rose jusqu'à la régurgitation. Encore un peu punk ou rock ou disco, bien que plutôt anesthésiés, trompent l'ennui en positions sexuelles dignes des pieces de Kataline Patkai, se laissent théoriser et commenter par Miguel Bénasayag. Même si à écouter le philosophe on reste sur sa faim, au moins ses interventions sont-elles intelligibles, et au coeur du sujet....
Ce sujet est perilleux. Rodrigo Garciaest déja passé par là pour nous en dégouter. Ronan Cheneau et David Bobbé, bien que plus subtils quant à la mise en forme, ont achevé de nous déprimer. Heureusement, il y a ce soir des raisons d'espèrer. Déja dans les textes, d'un tout autre niveau. Dits au bord du gouffre et les yeux fermés, il y a dans ces mots l'ébauche de sourires même tristes, d'une élégance plus tout à fait desespérée. Déja de belles étincelles. Et quand tout est dit du marasme, reste ou nait l'envie de danser. Même avec inquiétude. Tout va mal peut-être, si le temps ne va plus en avant. Le théatre nous le fait juste constater, on veut croire que la danse peut nous sauver.
C'était "J'arrive plus à mourir" de Matthieu Hocquemiller, avec Elise Legros, Evguénia, Cyril Viallon et des entretiens en video avec Miguel Benasayag. C'était à Mains d'Oeuvres.
P.S. : A voir ici, le photos du gars bruyant au premier rang
17:13 Publié dans Danse | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : danse, mains d'oeuvres, miguel benasayag, matthieu hocquemiller, mort des utopies
mardi, 17 juin 2008
La Zampa en Apnée
Nicolas, de Marseille, nous a accompagné dans La Tombe du plongeur:
Le titre est à lui seul une promesse. La promesse de voir et de vivre une performance de danse toute en tension. Le plongeur est à la fois l’homme qui se jette dans le vide et celui qui nage sous l’eau: la respiration se bloque, puis l’apnée, la chute, l’angoisse, la mort. Le matériau est là, brut, à porté des danseurs qui voudront bien l’aspirer, comme on aspire en remontant à la surface une bouffée d’air qui va réanimer tout le corps. La vie et le sang affluent à nouveau, le cœur reprend sa course, la danse peut commencer… Des bruits de coups, d'un corps qui tombe, l’obscurité, lentement, presque imperceptiblement s’évanouie pour nous laisser gêné et mal à l’aise face à cet homme tabassé à mort. Le but est clair et tout le monde comprend où l’on veut nous emmener. L’homme va mourir, il est le plongeur. Lui est gracieux, sa danse est saccadée, violente, parfois sensuelle, jamais vulgaire. Elle, sa partenaire, est plus abrupte, plus prévisible. Sur la scène des écrans viennent, sous la forme de montages video, attirer notre œil. Ces scènes courtes de plongeons, passées et repassées, parfois à l’envers, donnent du rythme, et aussi la musique. Durant le spectacle de multiples idées sont là, les images projetées sur les murs nous suggèrent une sensation étrange d’isolement. Nous sommes dans une grotte et ces images sont le reflet des lumières que la surface de l’eau projette sur les parois. Nous sommes à l’intérieur, nous descendons. La danse revient dans un jaillissement de lumière, aveuglante, notre danseur court seul au milieu de la pièce, sur place, les lumières éclatent, disparaissent, reviennent, le bruit. Je me souviens encore de tambours, d’une tombe renversée, de danse, de bruit, d’images, de tambours, d’une tombe renversée, plus de danse, plus rien, je ne me souviens plus. Je sors, je suis à l’extérieur, je remonte. La performance se termine, les gens applaudissent.
Le tout est très esthétique peut-être trop, à vouloir marquer l’œil on en oublie d’imprimer le cœur. Je reste à la limite, à la surface. Parfois trop explicite, parfois inutile, la mise en scène est comme le reste, un peu lointaine, un peu prévisible. Sans non plus tomber dans le pathos ni le sentimentalisme, l’ensemble reste cohérent et rythmé. Esthétique mais loin, trop loin de l’essentiel et les quelques moments de grâce ne suffisent pas à faire un spectacle complet et aboutit. Une œuvre prometteuse.
C'était La Tombe du Plongeur, de Magali Milian et Romuald Luydlin (La Zampa) , au Nouveau Théatre de Montreuil, avec les rencontres chorégraphiques internationales de Seine Saint Denis
Nicolas
photo par Erik Damiano avec l'aimable autorisation de La Zampa
lundi, 09 juin 2008
Arco Renz: 80 minutes
Les néons fluctuent, installent une ambiance très David Lynch. Une manière comme une autre d'abolir le déroulement du temps, avant toute chose. Puis, lumières, et deux danseuses, deux présences douloureuses et crispées, en post-nuisettes transparentes, qui peinent à exister et s'étirent bras tordus. Deux secondes et on a compris: ce sera de la danse organique. On devrait donc aimer. De même qu'on aime Cindy Van Acker.
Sauf que c'est long.
C'est beau, mais c'est long.
C'est même très long.Les lumières flottent, la musique aussi. Les danseuses jouent chacune de leur coté l'allégorie de la naissance. On pense à deux poussins qui émergeraient de leur coquille. On trouve ça très buto, mais c'est sûrement personnel. Si quelqu'un prend des photos, elle seront splendides. Deux, trois spectateurs votent avec leurs pieds. Beaucoup plus se plongent dans la performance yeux fermés. Des sons craquent. Pour tromper la temporalité, on relit le texte de la feuille de salle. Les textes des rencontres du 9-3 (signés Gilles Amalvi) sont bien écrits cette année. C'est suffisamment rare (s'agissant de textes pour des feuilles de salle) pour être relevé. Un peu nourri par ces lignes, on recherche de l'oeil des enjeux, jusqu'à guetter au ralenti et au raz du sol les correspondances qui se jouent dans ce faux duo....
Bref, c'est long.
Jusqu'à ce qu'une stridence ne réveille tout le monde. Bien joué. Mélanie Lane est en position d'attaque, vive et révoltée. Très princesse guerrière. L'image évoque une affiche de film de science fiction, ou une couverture de comics. Elle bombe le torse, part et s'envole, belle et altière. On aime. On ne sait pas si on aurait autant aimé si l'on ne s'était pas autant ennuyé avant. Puis des ruptures et des interactions entre les deux danseuses: on décroche à nouveau. Suit Lisbeth Gruwez, en solo. Plus sauvage, voire féline. Remarquablement âpre, singulière. C'est plus original, on reste plus à distance. Pourquoi? L'amour ne se commande pas.
C'était Il2, d' Arco Renz, avec Lisbeth Gruwez et Mélanie Lane à la MC93 de Bobigny, avec les Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine Saint Denis.
Photo de Mélanie Lane avec l'aimable autorisation de Vincent Jeannot- Photodanse
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vendredi, 06 juin 2008
Sous le Soleil de Bercy
13H50: comme l'an dernier à la même époque, on entre dans la danse à Bercy. En plein air. Il a plu hier, demain il pleuvra. Il devrait pleuvoir aujourd'hui aussi. Mais, pourtant, le ciel est juste menaçant. Tant qu'il ne pleut pas encore, les organisateurs décident d'avancer de dix minutes Tourlourou, de Carlotta Sagna. C'est bien à propos, puisqu'on lit que la pièce évoque un compte à rebours...Toulourou...: du texte, beaucoup de texte! Trop de texte, qui se disperse à ciel ouvert. Même si- comme on nous le fera remarquer plus tard- face au mur de béton de l'UGC Bercy on aurait pu s'imaginer être dans une salle du C.N.D.. La diction anglo saxonne de l'interprète- Lucy Nightingale- éloigne encore un peu plus les mots de leur signification. Sur les gradins, les mêmes dames de tous âges qu'on voit dans tous les lieux où on voit de la danse. Et puis des familles, ou des moitiés de familles- du genre qu'on ne voit jamais dans ces endroits. Des enfants qui ouvrent des yeux ronds. On est plus occupé à être contrarié de l'incompréhension que l'on croit comprendre autour de soi, qu'à essayer de comprendre soi même la pièce. Plus haut, quelques jeunes lancent en passant des "c'est nul"- et d'autres observations nettement plus grossières à l'attention de la soliste. On applaudit des deux mains au projet d' Entrez dans la danse, et à la démocratisation culturelle en général. Mais on se dit quand même que ce n'est pas gagné. De la performance reste des miettes, quand même de beaux morceaux, exécutés par l'interprète en tutu et treillis. La danseuse fait de belles choses entre deux discours, perchée sur une cible carrée, se tord et chute, martiale et déterminée, au son du tambour. Mais on a absolument oublié ce qu'elle avait dit au début. On flashe quelques photos floues d'elle avant que la batterie ne s'épuise avant terme. Bref, la photo c'est une affaire de pro, ou d'amateurs très organisés, dommage en passant pour Jérome qui s'est défilé. Les deux garçons qu'on a amenés s'ennuient un peu. Essaient de voir la culotte de la danseuse sous le tutu. Fin: on en ressort convaincu qu'il y a des performances qui sont peut être remarquables en salle mais impossibles dehors, et d'autres inversement. Pause. Il fait beau, on mange des glaces.
15H30: danse ensuite Andréa Sitter, qui elle aussi parle beaucoup. Et pour cause, puisque le projet d'Im Kopf est de dire ce qui se passe dans la tête de la danseuse. Mais maîtrise mieux son texte et son affaire. Pince sans rire, elle part à l'assaut du public sur les marches des escaliers, fait des effets de tablier. Joue sur la confusion des mots. Mais on est pas sûr que les allusions aux subventions, et ainsi de suite, passionnent grand monde ici. Mais au fond, on en sait rien. Ni des révélations que ces deux performances auront suscitées, ou pas. En tous cas, les photographes, pros ou non, s'en donnent à coeur joie. De tout là haut, deux, trois gouttes de pluie, et c'est tout. Que du soleil après.
16H00: programme en main, guidé par les gentilles hôtesses, on fait son chemin dans le village de Bercy. Il y a foule. Dans les passages entre les chais, des danseurs prennent par surprise les regards des passants. On se dirige vers le parc. On s'arrête prés de la maison du lac. Il y a beaucoup de monde, des gens qui sont venus pour le jardin, des gens venus pour la danse, des gens qui ne se souviennent plus. Les deux garçons partent s'écorcher les genoux dans les buissons du labyrinthe. Il fait bon. Alors que jouent les garçons, on s'abandonne à quelques minutes de torpeur allongé sur l'herbe (ne pas laisser les mamans lire ce post). On est réveillé par un peu plus de silence. Rosalind Crisp danse. C'est toute la beauté de la chose: personne n'a compris quand elle commençait à danser, certains croyaient qu'elle s'échauffait, d'autres ne l'avaient même pas remarquée. Elle danse donc sans crier gare, sans faire de bruit, sans scène ni costume. Et continue tout aussi absurdement. Fait la nique aux photographes. Un enfant hilare, l'imite et fait des roulades. Elle s'en saisit, le fait tournoyer, il rie au éclats. On sourit de ces petits riens. On avait déjà vu Rosalind Crisp en salle une fois, pour se souvenir de la performance d'alors comme quelque chose de très respectable... et terriblement sérieux. Mais ici et maintenant, sur l'herbe, sans début ni fin et en toute insouciance, c'est leger, parfait, tout simplement. Fin quand même, et applaudissements. Assez nourris pour réveiller d'autres spectateurs encore endormis, qui se demandent quand elle va commencer. On discute, on promet de revenir tout à l'heure voir les zonards celestes de Fabrice Dugeid, qui construit à coté un étrange édifice.
16H30: les garçons ont survécu au labyrinthe et aux écorchures, on repart avec eux vers la place de l'UGC. On arrive en avance, c'est la fin d'un atelier de danse contemporaine, de Sophie Meary, avec adultes et enfants réunis en une ronde. Les deux garçons trépignent, n'y tenant plus, se précipitent rejoindre le groupe, entrent dans la danse pour de bon. Et se livrent avec délices à des improvisations. Heureux dix minutes durant. Retour sur les gradins joues rouges des nouveaux danseurs contemporains.
16H50: Place au solo de Sabrina Giordano, chorégraphiée par Johan Amselem. Titre: "A quoi je tiens". Est ce à une orgie de consommation, franchement régressive? Une journée (de bonheur) au grand magasin? Elle y va à fond en tous cas, piercing, techno et du mauve partout, ose le sac à main d'un mauvais goût absolu. C'est vif et drôle, assez turbulent, plutôt inattendu. Surtout concret, ancré dans le quotidien. Du contemporain mais qui parle à tout le monde. Surtout quand la danseuse se barbouille de nutella. Une fillette indignée lui hurle "Tu es sale", sans discontinuer. Les garçons adorent, et sont scandalisés. Un débat suit, plutôt pour les parents, mais vite expédié. On fait connaissance. Les garçons sont fatigués et veulent rentrer. Moins de soleil, mais il ne pleut toujours pas, on repart en direction de la maison du lac.
17H40 (ou plus tard, on ne sait plus, on ne sait pas): on arrive tard, beaucoup trop tard, de retour dans le parc. Les zonards célestes ont déja commencé, ou sont prêt de finir, difficille à dire ça a l'air trés improvisé. Il sont beaucoup à danser sur l'herbe, font des choses qu'on a du mal à voir et qui s'appellent des mémoires qui dansent. Il nous vient des images de Woodstock avec des personnages d'époque. Ils ont l'air heureux. Pas déplacés ici. Raccord. Cela ressemble à du Buto, mais ce n'est pas du buto. Pourquoi? On ne sait pas, on sature, on ne voit plus, on est fatigué. On tient cinq minutes, les garçons tirent vers la maison. Forfait. Vivement l'an prochain.
C'etait Entrez dans la Danse, par Mouvances d'art, dans le parc de Bercy et Bercy Village.
La journée en image sur Photodanse
19:30 Publié dans Danse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : danse, entrez dans la danse, plein air, rosalind crisp, andréa sitter, carlotta sagna, johan amsellem
mardi, 03 juin 2008
Christian et François Ben Aim: Douce Transe
En une heure (ou moins, ou plus) d'un temps abandonné, rien n'est heurté. Tout se suit, en épure: on ouvre les yeux, on résiste d'abord, mais jusqu'à accepter, simplement, désarmé. Aucune histoire n'est racontée, si ce n'est le passage graduel de l'individuel au collectif, vers des répétitions enivrantes et partagées d'où s'évadent de courtes variations, des esquisses de soli: on pense à John Coltrane- A love Supreme. Tout le reste aboli, de ce corps ou d'un autre s'exprime à cet instant la sérénité, des corps dévoués à la sensation: on se sent attiré, accueilli. Les mouvements répétés ensemble ne semblent jamais contraints, jamais forcés, parviennent à l'aisance du naturel, amples et relâchés: on se berce avec eux, on ondule, on oscille.

Le résultat flotte intemporel, rythmé cependant, hors de tout contexte et en plein coeur: on rêve pour se demander si le sujet ultime de toute danse non narrative n'est pas le temps lui-même. Un temps qui se perdrait là tout à fait s'il n'y avait les repères d'un souffle d'accordéon, d'un pincement de corde, et du son des carillons, sans les aubes et crépuscules de lumières: renoncé, on se laisse aller à se griser aux couleurs. Quelque soit la vitesse, les mouvements semblent se balancer au ralenti, des vagues vont et viennent. Pourtant aucune mièvrerie: la danse est dynamique, l'engagement généreux, dans un doux paradoxe. La jubilation est pudique, sans la facilité d'un sourire, elle est féminine, on est gagné par la chaleur, juste ni plus ni moins que par un peu de bonheur.
C'était Amor fati fati amor, de Christian et Francois Ben Aïm-Compagnie CFB451, avec Caroline Allaire, Christian Ben Aïm, Aurelie Berland, Agnès Dufour, Eric Fessenmeyer, Anne Foucher, au Théatre de Vanves, avec Artdanthé.
Visuel: site de la compagnie
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dimanche, 01 juin 2008
Kataline Patkai: Six Fois Marguerite Duras
On garde une image précise et fascinée de Marguerite Duras (1914-1996), quasi statue octogénaire au balcon de son appartement de l'Hôtel des Roches Noires, au dessus de la plage de Trouville-sur-mer. Marguerite Duras, postée là comme à jamais tous les jours des étés de ses dernières années 90. Ratatinée, ravinée, impénétrable et figée. Sans réactions perceptibles à nos regards de badauds ou à la pluie normande. Concentrée sur la conscience d'elle-même, ou dialoguant avec la mer et l'horizon. Paysanne et presque orientale, crapaud buffle déifié.
Marguerite Duras qui à 25 ans s'écrit- et c'est déja la même- Kataline Patkai nous la fait entendre, telle quelle, nous la fait rêver par la danse. Avec d'abord un texte de M.D. d'une simplicité trés travaillée qui prend le corps comme sujet- son propre corps en tant que manifestation de l'être. Un texte à rebours de beaucoup de lieux communs littéraires et autobiographiques: "Tout autre passé que le mien m'appartient d'avantage". Il est notoirement ardu de faire coexister textes et danses. On accompagne Kataline Patkai avec d'autant plus d'intérêt dans ce projet, plus fécond que que le dernier travail consacré à Jim Morrison qui s'épuisait à notre sens dans l'impasse de l'imitation. Ce soir la danse évoque (et non imite) un corps écrit, féminin, générique. Non celui de la jeune amante de l'Asie du Sud Est, ni le corps de la vieille des Roches Noire. Un corps commun, étonnamment ré-imaginé avec un humour glacé. Qui d'un devient six, se multiplie à force de s'auto-considérer, devient chenille sur le chemin de sa propre découverte, en retrait du monde. C'est une transposition intéressante du processus de création littéraire, qui aboutirait à se dédoubler en se réfléchissant. Pour viser à l'universel.
Sur un fond de décor d'une sophistication notable-colline de matière réfléchissante, couverte de langues caoutchouteuses, culminant au dessus d'un tunnel lumineux et originel-, se succèdent des évènements suprenants, des roulades, des duos en miroirs, des progressions au sol tirées par les cheveux. Le recit s'interrompt et resurgit où on ne l'attend pas. Ce qui est peu déstabilisant. Un texte mortifère sur la vague et la mer renvoie à des peurs essentielles. La conclusion paroxysmique au son d'un rock survolté marque une nette rupture de ton. De toutes ses images, celles d'une orgie métaphysique et sans jouissance prédominent. Comme une scéne d'onanisme entre les doubles de l'écrivain. La chorégraphe met plutôt en scene une sensualité plutôt distanciée. Cet inventaire paisible et apppliqué des positions sexuelles, il nous semble déja l'avoir vu sur scène quelque part, en ébauche et sous d'autres angles. Pas plus loin qu'à Mains d'oeuvres, avec Appropriate Clothing must be worn. De la pièce d'alors à ce soir Sister, en passant par les postures de Rock Identity. On ne peut nier que K.P. suive une vraie continuité dans les thématiques. Et dans le style: il y a toujours un moment dans ces pièces où cette grande interprète hieratique, impliquée au ralenti dans une situation incongrue, semble porter trés loin au delà un regard calme et détaché.
Il y a plus d'un point commun ici avec la proposition de Julie Nioche qui précédait dans cette même soirée des Rencontres: audaces visuelles, originalité, legers regrets d'inaboutissements, réflexions sur la féminité, approche plutôt intellectualisé de l'émotion, grande sophistication plastique... sauf que les résultats ne se ressemblent en rien, ce qui marque bien l'originalité de l'une et de l'autre. Tant mieux
C'était la création de Sisters, de Kataline Patkai, avec Kataline Patkai, Aude Lachaise, Lisa Nogara, maxence Rey, Agnes Sourdillon, Erika Zueneli, au Nouveau Théatre de Montreuil, dans le cadre des Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine Saint Denis.
Photo avec l'aimable autorisation de Jérome Delatour (au centre: kataline Patkai)
extrait et interview, sur arte





