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Un Soir Ou Un Autre - Page 18

  • Les bonnes, vice versa

    La confusion des rôles est nourrie à la perfection. Dans la première scène, assiste-t-on à un échange entre Madame et l’une de ses bonnes, ou à une cérémonie trouble entre les deux bonnes, chacune dans son rôle assigné? La savoureuse outrance de ce jeu fardé, si physique, appuyé, permet d’entretenir cette indécision dans la mise en abime théâtrale, et ceci tout du long. Tournures de langage et voix datent les situations des temps révolus des sœurs Papin et de la domesticité, mais la mise en scène laisse la pièce de Genet transcender ce contexte, et se renouveler en un exposé ambivalent des relations de pouvoirs et de fascination, comme celle qui s’est déplacée aujourd’hui entre peuple et people par trash-magazines interposés. Le mépris de soi, l’adulation et la haine des bonnes envers Madame dont elles enfilent les robes, l’attirance envers leur « maitresse », son insupportable bonne conscience s’exacerbent jusqu'au drame annoncé. Au-delà de la simple satire sociale, le parti pris ici, vif et charnel, permet poser un théâtre à la fois passionnel et politique.

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    Les bonnes de Jean Genet, mis en scène par Sophie Pincemaille, vu à la Loge le 10 juin.

    Guy

    photo (crédits en cours) avec l'aimable autorisation de la Loge

  • J'ai vu une légende

    Minuit: le concert s’achève par le tournoi de guitares électriques de The End, morceau qui clôt Abbey Road, le dernier album des Beatles. The End est aussi le tout dernier morceau que le groupe ait enregistré. Les quatre y chantent en chœur « Boys , you’re gonna carry that weight  a long time »- traduire : « être des ex-Beatles, va falloir vivre avec ». C’est là toute la malédiction de Paul McCartney (bien qu’il y ait pires fatalités): depuis plus de 40 ans s’efforcer de chanter, changer, créer, encore innover, s’aventurer coté classique ou techno, mais toujours avoir à en revenir aux sixties et au groupe qui a inventé la pop. Il doit- alors que d’autres luttent contre la pénurie mélodique et le peu d'inspiration-gérer l’abondance de ces chansons qui ne lui appartiennent plus-chaque mesure gravée dans des millions de têtes- autant de souvenirs qu’il faut encore et toujours rendre au public. Donc s’enchainent pendant près de 3 heures les one-two-three-four et chaque fois la fidèle bande son d’un souvenir, d’une émotion... Intacte l'émotion revient. La star n’oublie pas « I saw here standing there » qui ouvre le premier album de 1962, évoque l’époque en noir et blanc de Can’t Buy me love, ressuscite Eléonor Rigby, fait courir Lady Madonna, exhume des raretés (another girl)et fait reprendre en chœur Hey Jude au Stade de France entier... En ces moments le contrat est tenu, magnifié: réussir à abolir le temps, faire naitre chez moi et 50 000 autres le sentiment que le maintenant et l’intemporel peuvent se confondre. Pour cela il lui faut être et montrer un Paul McCartney à l’épreuve du temps, voix bien présente, infatigable et bondissant, silhouette immuable et juvénile qui concède juste ses 73 ans de rides, sa basse-violon Hoffner d’époque en bandoulière pour une garantie supplémentaire d’authenticité. Gagné: fasciné, je rajeunis avec lui, reviens au temps où ado j’écoutais en boucle sa musique déjà historique. J’accède même aux années rêvées d’avant, inexplicablement. McCartney convoque aussi les fantômes bienveillants: John avec son Mr Kite, Georges par un Something somptueux, prétexte à nous faire partager les instants d’intimité de deux amis jouant du ukulelé dans leur jardin. Ce don de soi fait partie du contrat de ce soir (au même titre que le feu d’artifice de Live & let it Die), l’homme laisse deviner de lui-même, entre deux blagues convenues en français, une désarmante simplicité, bien peu rock & roll. Le plus beau est atteint dans des moments dépouillés et sans intermédiaires: Blackbird seul à la guitare… L’orgueil du compositeur, du merveilleux mélodiste se devine aussi. Le démontrent s’il en était besoin toutes les chansons d’après, de Maybe I’m amazed à celles du dernier album New, qu'il s'autorise quand même aussi ce soir. Peu importe les fautes de goût, sitôt oubliées. Cette fierté explique-t-elle le fait que cet homme richissime et couvert d’honneur se mette encore ce soir en risque, en jeu? Est-ce juste le sentiment assez classe moyenne anglaise d’avoir simplement à faire son job? Où est-ce la malédiction de Paul Mccartney, rester à jamais un passeur de temps? Peu importe, je regrette un instant- c’est bête- de ne pas être le Stade de France entier pour chanter plus fort et plus longtemps, être à la hauteur de 3 heures d'immortalité. Sorry.

     

    Out There, concert de Paul McCartney le 11 juin au Stade de France

    Guy

    la playlist

  • Jean Daniel Fricker & Céline Angèle - Forêt de Fontainebleau le 31 mai 2015

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    Photos Guy Degeorges, droits réservés

    pour assister aux performances à venir les dimanches 7 et 14 juin: celineangele@gmail.com

  • Parts d'ombre

    Violence à tous degrés, dissection des dessous de nos actes vers l’animalité, pulsions de mort, déchirements douloureux du tissu de notre société qui se rêve vertueuse, ils tombent… Cette proposition théâtrale procède par pauses et éruptions, variations de tempo et de ton…. Le rendu à vif laisse supposer la liberté qui a du prévaloir lors de l’élaboration, le temps laissé à chaque contribution, et le pari gagné du collectif. Désordre dans le style: les corps s’affrontent et s’épuisent, les monologues montent en crescendo du comique jusqu’à l’explosion, le piano se fait mélancolique. S’exhibent au grand jour les maladies qui rongent les relations, avant que d’amples compositions visuelles et muettes ménagent des temps de suspension. Ton et thème à l’unisson, l’impression de profusion et d’incontrôlé trouble, mais le tableau d’ensemble se dessine par touches amères, contrastées, en une cruelle cohérence. Peu d’inutile, toujours la violence exprimé par les coups, les éclats et les pleurs, aussi par le silence, par cette glaçante énumération des massacres qui marquent notre histoire de taches sanglantes. Elle nous laisse sans voix, consolé par les Piéta. En vérité, les acteurs s’offrent ici, corps nus et intentions dévoilées, à la violence de nos regards prédateurs, notre amour et besoin d’émotion est dévorant.

     

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    Dévoration, par le collectif Théatre du Balèti, mis en scène par Maxime Franzetti, vu au 104 le 4 juin dans le cadre du festival Impatience.

    Guy

    photo de Yann Slama avec l'aimable autorisation du 104.

  • La mere et l'enfant

    Surgit, à les voir sur scène tous deux, la réminiscence de ce quelque chose si précieux, oublié, peut-être perdu, il y a si longtemps. Le souvenir d’une tendre liberté, à la naissance de la conscience, avant la perte de l’insouciance. Tout est là et beau en un rire si frais. Question de jeux, de je, de nous, d’eux: les jeux de l’enfant, si gai et sérieux, le jeu de la chorégraphe et maman, qui s’autorise la dérision maintenant, et ce qui se joue de si vrai entre eux deux. Elle s’affaire, il chahute, construit des châteaux, il reste un enfant justement, tourne de plus en plus vite autour de son petit monde en vélo. La mère le poursuit, l’encourage et le retient, tente de recréer avec lui une impossible fusion en boule sous sa robe rouge. Tout tient à un fil, l’enfant pourrait se fâcher, quitter la scène, s’envoler du haut de ses cinq ans, et le spectacle s’arrêter, la vie continuer.

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    H.S.- Mon royaume sur tes cendres  (étape de travail) de Katalin Patkaï avec Katalin Patkaï et Ernesto Boiffier-Patkaï vu à anis Gras le 19 mai.

    Guy

    affiche de Fréderic Teschner

  • Guerre et Amour

    Les spectateurs sont mis en condition, désorientés dès l’entrée, sans place assignée, appelés à une certaine participation… mais juste pour un temps avant de rentrer dans les rangs, là où parfois les acteurs feront irruption. En l’espèce le désordre créatif n’est que relatif. Ainsi de la remise en jeu du texte d’Heinrich von Kleist ? Comment écouter la voix de ce romantique allemand- une langue exaltée- et les charges furieuses de ses amazones revisitées au prisme de luttes féministes plus contemporaines? Du processus que l’on devine collectif accouche de la tension à défaut d'unité, avec des frictions créatrices, du corps et du rythme, de la nervosité. Un entre-deux à l’instar du dilemme post féministe de la reine Penthésilée, déchirée entre sa passion pour Achille- que souligne avec ironie des violons mélo hollywoodiens- et ses engagements (dans cette lecture) politiques. Tant mieux, de quoi se laisser emporter dans cette contradiction sans la résoudre, dans un champ de bataille indéterminé dessiné par une scénographie fébrile. Ça foisonne. Essais et erreurs: des morceaux de papiers collés sur la peau nue de Penthesilée, certain se greffent, d’autres tombent. Les considérations glaçantes sur la guérilla et la violence politique, je n’achète pas. Je préfère faire l’amour que la guerre. Méditer au rôle de la femme dans le monde de demain, des amazones à Mad Max 2015.

     Le Projet Penthesilée d’après Heinrich von Kleist mis en scène par Catherine Boscowitz vu le 15 mai au théâtre des quartiers d'Ivry. Jusqu'au 31 mai.

    Guy

  • Héros et monument

    La République peine à rassembler autour de ses valeurs et symboles-si ce n’est le temps d’un défilé. Cette cathédrale laïque, église puis Panthéon, est froide et imposante. On s’y sent petit, les danseurs s’installent modestes, d‘abord tête baissée en un hommage ou une prière. Rapport d’échelle, rapport de force incertain entre le monumental et l’humain, attente d’un dialogue entre le figé et le vivant, entre la pierre et la chair. Ils s’animent. 9 jeunes gens d’aujourd’hui-un peu de France ici- à danser ensemble, du moins tous rassemblés. Ils cohabitent en mouvements dans le même espace délimité au sol, un petit carré, si étriqué par rapport aux dimensions du lieu. Au bord sans cesse de se bousculer, ils débordent d'un vocabulaire moderne, urbain et urgent, affirment l’expression de personnalités qu’une même musique exalte. Au-delà de toutes leurs énergies, je guette les instants où les regards vont se croiser, les corps se frôler, s‘accepter,  s’encourager et échanger, où le collectif va se former. La porte s’ouvre, le moment vient.

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    Heroes, Prélude de Radhouane El Meddeb , vu au Panthéon le 15 avril dans le cadre de Monument en mouvement.

    le 27 mai prochain entreront au Panthéon 4 héros de la résistance: Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle Anthonioz, Germaine Tillion et Jean Zay

  • Ceci n'est pas un cirque

    Mais qu'est ce qui les lie donc, ces numéros de cabaret? Pas tant le boniment que l'électricité justement, l'énergie relancée par le groupe résident TNT, nerveux et punkisant, un sentiment d'hors du temps, l'ambiance déglinguée. Kader Diop bondit de Dakkar, Lalla Morte joue avec les sens et Antoine Delon joue avec  le feu, Justine Bernachon  emmène Lily Marlène en altitude, Laurent Friaioli fait voler les diabolos, et Yannick Garbolino réfute la pesanteur. Ce ne sont pas des numéros. Tous singuliers mais dans une même urgence qui m'emporte: plus que la prouesse ou le danger, s'expose la volonté d'ainsi survivre, d'exister avec nous malgré la morosité ambiante, une idée de la liberté. Le jongleur peut se planter, mais encouragé, il peut rebondir. J'applaudis le chant de Maria Fernanda de Caracas, et conspue le gouvernement du Venezula, où Amnesty International  dénonce torture et meurtres politiques.

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    le Cabaret Electrique , vu le 27 mars au cirque électrique.

    Guy

     http://www.amnesty.fr/Nos-campagnes/Crises-et-conflits-armes/Actualites/Un-apres-les-manifestations-au-Venezuela-les-victimes-attendent-justice-14635

    Photo Hervé Photograff avec l'aimable autorisation du cirque électrique.

     

  • Ondine décoiffée

    Trois coups et rideau qui se lève: la troupe se joue dès l’attaque des conventions du théâtre. Les acteurs forcent narquois sur l’emphase du phrasé à la Jouvet, sur les bruitages à vue dans ce 1er acte fait d’orage, de coup de foudre, de surnaturel et de l’érotisme des ondin(e)s à poils. Satire et hommage réconciliés, la langue de Giraudoux est rafraichie à grande eau et à coups d’audaces bien vues.  D’acte en acte, l’esthétique traverse les décennies et trompe fidèlement le texte pour mieux l’aimer, de la danse pop des sixties avec les spectateurs sur scène au mélodrame hollywoodien, et jusqu’au plus contemporain. Mais Ondine reste une ici féerie, naïveté assumée, sa poésie brille d’autant mieux après ce traitement au papier de verre et à l’électricité. L’exubérance mise en œuvre et la multiplicité des perspectives offertes ne nuit pas à la lisibilité de l’ensemble. Tout au contraire la fable de l’Ondine primitive confrontée avec son chevalier Hans à la société s‘enrichit ici, de la rêverie amoureuse va vers une médiation sur notre acceptation de l’autre, de l’étranger, sur la tolérance.

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    Ondine (demontée) d’après Jean Giraudoux, mis en scène par Armel Roussel, vu au théâtre de Vanves le 17 mars dans le cadre du focus Vanves/ Les Tanneurs.

    ce samedi encore

    Guy

    lire aussi: Ondine mis en scène par Numa Sadoul

    photo de Nathalie Borlee avac l’aimable autorisation d'artdanthé

  • The power of love

    Ce 8 mars c’est la journée de la femme, mais dans la pièce une journée particulière pour Sylvia enlevée par le Prince qui-coup de foudre- a jeté son dévolu sur elle. Un obstacle subsiste: Sylvia et Arlequin sont amoureux-enfin ils le croient tous deux. Une chose est sure: ils sont du même milieu. Tous-serviteurs et courtisans- complotent pour séparer Arlequin et Sylvia. Autour de ce canevas, toute la pièce danse sur le fil entre l’amour et le raisonnement. La langue est délicieuse, les sentiments cruels, la mise en scène respectueuse, le jeu équilibré. Ce qui me charme d’un côté, et me prépare à une lecture politique de la pièce.

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    Dans ce décor rouge cœur et velours, mais clos comme une cellule de prison vip, Flaminia mandaté par le Prince intrigue pour séduire Arlequin et détourner de lui Sylvia. Les premières tentatives de corruption sur Arlequin pour l"amadouer ont tourné court. Le prince de Marivaux non seulement ne veut pas user de violence, mais-avec un temps d’avance sur le Big Brother de Georges Orwell- veut être aimé. Et je dirais autant par Arlequin que par Sylvia. L’exercice du pouvoir passe donc ici par la séduction et la manipulation, les jeux de l’amour deviennent jeux de pouvoir, avec la même précision mathématique, étourdissants de virtuosité. Arlequin armé de son bon sens paysan se rebelle contre le carcan de conventions et les jeux de langage avec lesquels on veut le contrôler. Il marque même des points dans un brillant duel oratoire avec le Prince qui lui demande de céder sa place d’amoureux, en rappelant à celui-ci ses devoirs envers ses sujets. La stratégie du faible au fort. C’est Flaminia qui l’emporte sur lui, mais la jolie surprise est de comprendre celle-ci subtilement prise à son jeu. L’intrigante s’avoue dans ce jeu amoureux avec Arlequin autant vaincue que victorieuse. Merci de faire briller ces instants de sensibilité, sans occulter la richesse psychologique, et politique de la pièce.

    La Double Inconstance de Marivaux, mise en scène par René Loyon, vu le 8 mars à l’Atalante. Jusqu’au 29 mars.

    Guy

    Photo de Laurencine Lot avec l'aimable autorisation de la compagnie