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danse - Page 15

  • De quoi sommes nous faits?

    Dessiner un squelette, pas si évident! Je m'y essaie cependant, crayon en main, ainsi que tous les spectateurs présents. Une toile est posée sur celui qui, présent sur scène, aurait pu nous servir de modèle. Carlo Locatelli, sans donner de réponse, nous guide de ses indications: sur la dimension des différentes vertèbres jusqu'à l'assise du bassin, les fonctions, les dynamiques, les appuis, les accroches, les pivots... Il nous met en garde contre les idées reçues, nous rappelle que les mains descendent jusqu'aux cuisses, plus bas que leur idéalisation.... Nous incite à penser le corps dans sa globalité, comme un système complexe dont le squelette n'est qu'un élément. Nous nous laissons aussi stimuler par ces images projetées, il y a quelques instants, de corps tels qu'envisagés à travers les siècles et les civilisations, chaque fois reconstruits par le raisonnement autant que l'observation, repensés. Nous aide le souvenir du duo anatomique proposé par deux danseurs en introduction, que nous regrettons maintenant de ne pas avoir mieux observé. Surtout nous nous s'interrogeons nous même du toucher, pour redécouvrir sous la peau, deviner, côtes, bassin, os des épaules.... Au final, mon dessin évoque plutôt un pyithécanthrope de dessin animé, un robot peu avenant.

     

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     (evidemment, pas osé mettre mon dessin, ceci est une planche trouvée sur le net)

     

    Peu importe, reste l'interrogation. Comment tout cela fonctionne-t-il? Jusqu'au mouvement, jusqu'à la danse, vers le sens et l'émotion.... Les deux danseurs reprennent une improvisation, que l'on voit maintenant bien différement. Au delà de la surface.

    C'était Le corps anatomique- la globalité de Carlo Locatelli, avec Carlo Locatelli, Laura Frigato, Michal Ohannessian et un squelette, première de plusieurs étapes de travail présentées en septembre à Micadanses.

    Guy

     

  • Un peu d'air

    Mains d'Oeuvres s'ouvre, comme souvent, sur ses résidents: ce soir pas moins de cinq à la suite. J'aime toujours ce lieu, familier, patiné, jamais intimidant. On déambule ce soir de surprises en découvertes (toujours breves, format oblige) Mais entre temps toujours un moment pour boire un verre, discuter. Avant tout respirer: c'est le thême...

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    Question respirations, le hasard vient bien à propos: me permet de commencer la soirée avec Inari Salmivaara. Un grand bol d'air. En voix off: un songe de nature avec les accents d'un conte, d'une femme univers, d'un monde qui s'installe sur son rêve. Douceur et évidence. Le corps replace l'image, en douceur, sensations appaisées, sans émerger du sommeil. Jusqu'à un eveil en relaxation, façon position de yoga. C'est une agréable introduction aux voyages imaginaires.

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    Vers le Quebec d'abord, pour deux équipées dans les territoires de l'expressif et du bizarre. SSperance de la compagnie l'eau du bain déjoue les interprétations, croise les moyens d'expressions (corps, musique, textes, objets) pour exprimer ce que je reçois comme de l'inquiétude, l'exaspération du quotidien et de la relation. Un couple et des pierres, le corps comme instrument de musique electronique, mais qui sous les doigts de l'interprête et de son compagnon n'offre pas le même son. Des dialogues dans cette langue presque étrangère, hors contexte. De quoi charge-t-elle son corps avec cette pluie de pierres? De la promesse d''un enfant, d'un désir masculin? Tout semble souvent au bord de se diluer. La lutte amoureuse laisse des zones d'ombres, un goût de poésie âpre et d'inachevé, d'espoir renoncé, me laisse en état de curiosité.

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    On plonge dans une autre étrange déprime avec Alexis O'Hara, lui aussi de Montréal, qui brouille le show et le genre. La nuit chavire, douteuse et délavée. Ce personnage désabusé, Guizot la Nuit, supposé masculin, bricole au micro et à la console des romances lancinantes. Le chanteur au charme usé, semble atteint d'un spleen incurable, flotte entre deux airs et deux eaux, livre un concert déconcertant à force de boucles et d'échos surdosés et de monologues, cet l'assemblage toujours au bord d'imploser. Le principal intérêt du show et de placer sans repos et avec un humour plus que décalé le spectateur à contre pied, à ne jamais savoir qui parle et vers où, si le show commence ou est terminé. Aprés recherche il apparaît qu'Alexis O'hara serait généralement une femme. En entracte les metteuses en scène de la compagnie ACM proposent de sourire en partageant quelques affres de la préparation de leur Casimir et Caroline, présenté ici à la rentrée.

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     Camille Mutel retient notre respiration, laisse souffle coupé. La soliste poursuit une quête vers cet impossible: dénouer le paradoxe du dévoilement érotique, faire du neuf avec du nu. Son mouvement vient du buto, s'y appuie et s'en détache, maintenant d'un autre spectaculaire. Plus cérébral, plus distancié? Depuis l'offrande-manifeste, brûlante et tetanisée du Sceau de Kali (vu il y a 5 ans), le corps maintenant absolu explore en lui-même les ressources pour se montrer et se dérober dans le même geste. Se laissent deviner des visions archaïques, entre éclairs, torsions et chuchotements. Le corps pur jouet de la lumière, émancié à l'essentiel, se plie sous le regard et impudique glisse, lisse, puis se dérobe en équilibres arachnéens, se déconstruit vers l'abstrait. Visage confisqué par un masque, la personnalité est abdiquée, et la surface offerte. Le corps blanc et vertebreux, ni en chair ni voluptueux, se fixe en un objet érotique chargé d'irréel, de sensation vénéneuses, en désirs et en creux. Avant d'à nouveau s'échapper d'un lent renversement en une forme concentrée, comme trahi par l'effroi de sa propre vacuité.

    à suivre...

    C'était la première soirée de Respirations, à Mains d'Oeuvres, avec Inari Salmivaara (I am Lying), L'Eau du bain (Ssperances), Alexis O'Hara (The ce soir Show), groupe ACM (Je voulais juste manger une glace), Camille Mutel (Effraction de l'Oubli-extrait).

    Respirations continue ce dimanche avec encore Camille Mutel, Alexis O'hara, Inari Salmivaara, L'eau du bain, et aussi Mario Batista, Leila Gaudin, Cie Ginko, François Laroche Valière.

    Guy

    Photos (Inari Salmivaara par Pedro Alves, L'eau du Bain, Alexis O'hara, Camille Mutel par A.V. Tisserand ), avec l'aimable autorisation de Mains d'Oeuvres

     

  • La dimension cachée

    Il y a ici beaucoup de suite dans la danse, dans les idées. Des sillons sont creusés d'année en année dans l'obstination, de semailles en récoltes, en floraisons.

    olivier reouf,erika zueneli,regard du cygne

    Cet épisode encore en esquisse-Terre suspendue-suit obstiné le chemin de Champs, vu il y a trois ans. Grave les rapports sourds entre l'homme, le groupe, la terre, la matière. Je suis d'abord decontenancé: par des mouvements d'araignée, des personnages dispersés, perdus, d'autres mouvements tendus comme des prières, des notes de piano qui s'égrennent. Je retrouve de la force à l'ensemble alors qu'il semble emporté par les mouvements lourds d'un sac suspendu au plafond. Comme une épée de Damoclés. Celui-ci perturbe les équilibres, les polarise, d'une inquiétante gravité semble attirer les corps jusqu'alors épars au dessous. Certains courent, d'autres succombent. Quand le sac est crevé, la terre s'écoule, comme la vie, l'homme renversé.

    olivier reouf,erika zueneli,regard du cygne

    Incontri fait écho à Incontro vu il y a deux ans. Le subtil face à face des deux femmes fait ici place à un duo masculin plus abrupt, qui s'organise autour de la même table pivot. Dans une même dynamique. Circulent et rebondissent dans cet espace jeux et enjeux, mimétisme et arrières pensées, rapports de forces au tac au tac. D'un pas en avant à un pas en arrière, au bras de fer, se dessinent les règles d'une drôle de proxémie. C'est l'invisible et l'essentiel des rapports humains-au plus profond en passant par des cris de chien, la défense du territoire, les manifestations élémentaires de soumission- qui est mis à jour de quelques gestes, dans un langage universel. Dans le public un enfant rit, incrédule. La grâce intempestive, contagieuse, de son intervention nous fait toucher dans cette performance tout le comique. D'autres éclats fusent. Avec lui, avec eux, on jubile.

     C'était Terre Suspendue d'Olivier Renouf et Incontri d'Erika Zueneli, compagnie L'Yeuse, vus en mai 2011 au Regard du Cygne.

    Guy

    Incontri est un extrait de Tournois, prochaines représentations:

    Incontri
    Le 23 septembre aux Plateau de la Biennale du Val de Marne www.alabriqueterie.com

    Tournois
    -Le 18 octobre Festival Odyssée de l'Espace www.espace-1789.com
    et
    Du 22 au 26 novembre À la chapelle des Brigittines (Biennale de Charleroi danses)
    www.brigittines.be / www.charleroi-danses.be

     

  • Ici, là et ailleurs

    Sont ici présentées deux pièces en simultané, une pour les oreilles, l’autre pour les yeux. Assister juste à l’une ou juste à l’autre de ces pièces serait déjà non dénué d’intérêt. Mais c’est leur juxtaposition volontaire en ce lieu, cette rencontre sans guère plus d’explication, loin des évidences, qui me mets aux aguets, ouvre les sens et la réflexion.

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    Je vois ce duo féminin, les danseuses elles-mêmes jouent à un peu se déphaser l’une de l’autre. J’entends un reportage radio, la tranche de vie de deux ambulanciers qui procèdent à l’hospitalisation d’office d’une vieille femme. Ici, là, quoi de commun? Ici entendre l’histoire d’une femme prisonnière d’une folie légère, qui s’évade en dedans en fredonnant, pour bientôt perdre sa liberté, hors de la société. Pour être protégée ? Voir là les danseuses dessiner des figures résolument affranchies de toute représentation de la vie, de toute utilité première, de toute convention. On entend les voix des personnages d’une histoire vraie, et l’on voit une danse qui s’abstrait de toute narration. Deux corps qui doucement rassemblent et brassent l’invisible sur des rythmes souples, en légères torsions. Le concret s’entend, invisible mais comme écrit d’avance, les jeunes danseuses sont absolument vraies et évoluent tout prêt de nous-le public assis, des deux cotés, sur le tapis-  mais leurs visages sont absents et leurs gestes surprenants. Nous sommes venus accepter leur mystère, que personne ici ne qualifiera de folie. La vieille femme s’évade, entouré de sollicitude par les ambulanciers. Converge des deux cotés la même rêverie ancrée au cœur d’un inexorable quotidien. Je me surprends à imaginer les danseuses au plus profond de l'imagination de la vieille dame, et l’inverse tout autant.

    C’était Une chanson douce  d’Aurelie Berland  avec Claire Malchrowicz et Pauline Vautrin sur le documentaire  « Dans l’ambulance » de Claire Hauter, présenté à Micadanses dans le cadre de la soirée CNSMDP.

    photo de Begum Lerot avec l'aimable autorisation d'Aurelie Berland

  • Fans de nus ? (réponse tardive à "l'épiphanie du nu" de Jerome Delatour)

    Des silhouettes féminines se laissent deviner derrière les rideaux, par morceaux, évaporées dans les rumeurs de la ville. Des chairs floues, déformées, précisées en un lent dévoilement, puis par un brusque éblouissement… Nu absolu: la couleur est annoncée. C'était le cas pour la performance présentée aux plateaux de la biennale il y a quelques mois. Et c’est toute la force et tout le problème de la proposition, un traité du nu en six études…

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    Sur le sujet du nu en général, je ne partage pas tout à fait l’analyse sociétale de mon ami Jérome Delatour (dans sa- trop rare- chronique à lire sur Images de Danse). Dans notre espace public, sur les écrans, les plages, les pelouses, les affiches, les corps me semblent plus que jamais (1) s’épanouir sans complexe, il est vrai à la concession prés du cache-sexe. Et c’est peu de dire que, dans l’espace du spectacle vivant, l’interdit est depuis longtemps tombé (disons depuis plus ou moins 68), ce qui reste toujours reçu diversement selon le contexte et le public. Il n’en reste pas moins que la nudité, quand elle se manifeste dans ce contexte, est rarement anodine ou innocente, d’une force qui ne se laisse pas épuiser…et surtout toujours un peu suspecte d’être instrumentalisée comme simple procédé de séduction, d’aucuns diraient de racolage. A bien les écouter on entend que les artistes sont loin d’être les derniers conscients de ce levier ou de ce risque…. On cède soi-même un peu à cette logique en partageant ici les photos prétées par la compagnie… Il faudrait toujours, dans les propositions concernées, un geste artistique fort et évident pour permettre de dépasser la relation d’exhibition et voyeurisme qui tendrait à s’établir entre artiste et public (je repense au passionnant Magical d’Annie Dorsen et Anne Juren): avec Who too d’United-C, c’est  parfois mais pas toujours le cas.

    En intégral et six chapitres, la nudité ne se laisse pas oublier, à l’avant plan. Fil rouge des propositions: cérébrale, sexuelle, académique, naturaliste, c’est selon. Il est en premier abord dérangeant, mais à la réflexion rassurant, que ces parties prises ensemble ne semblent pas pour autant former un tout homogène, l’inattendu dépassant parfois le parti pris de départ. Pour lire des impressions mieux ordonnées, on se reportera encore à Images de Danse. Je rejoins Jérome pour mettre à part des autres deux scènes qui s'en distinguent par la singularité du point de vue adopté.

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    D’abord Am I big, solo que je vois concentré sur la conscience de soi, matérialisée en monologue parlé. Pièce gorgée d’angoisse et traversée de panique, la femme saisit sa chair par poignées, tyrannisée par les normes. Puis Photograph, pièce dominée par la conscience des autres, la conscience du public. Les deux jeunes femmes sont assises immobiles et de coté sur des fauteuils, sexes dérobés à notre vue. Notre regard est interrogé par leur inactivité, trompé par des gestes d’une l'extrême lenteur. Est ce un défi, un refus, une lassitude? Une femme habillée vient, qui les détaille, nous regarde. Concession à notre attente, des mouvements des mains des danseuses immobiles annoncent d'imperceptibles affaissements, jusqu’à, enfin, la chute.

    Les autres pieces sont gagnées en commun par la violence des mouvements. Circulaires, répétés, urgents et traversés d’énergie. L’exécution d’une pièce à l’autre est inégale, mais c’est cette brutalité partagée et première qui gagne mon intérêt, cohérente avec la charge visuelle du nu, tout en parvenant par moment à s’en échapper. L’âpreté des gestes contraste avec la vulnérabilité des corps des danseuses, étourdies et étourdissantes. L’une d’entre elle évoque un archétype juvénile de Cranach, c’est de saison. Les soli se transforment en ensembles, entre décharges et temps lents, de la transe à l’unisson, sous le regard sévère et intermittent d’une femme habillée, qui semble jeter sur ce spectacle un regard sévère et distancié du haut de siècles de civilisation, pour jauger et accuser. Des mouvements incessants tournoient à contre jour. La fureur ou la frustration manifestent, s’épuisent en chutes, les jambes rougissent et la peau marque. Dans la mise à l’épreuve de l’interprète, on approche quelque chose de l’ordre de la performance, aussi vrai que la chair dévoilée. Si les corps présentés en eux-mêmes ne laissent plus rien imaginer, les gestes font deviner les tempêtes qui les agitent en dedans. Avec détermination, La danse apparait ici tout sauf sophistiquée: frustre et corporelle à un point qui peut troubler, voire susciter le rejet. D’un dépouillement entêté, l’énergie travaille le sujet jusqu’à l’épuisement, pratique une politique de terre brulée. C’est à prendre ou à laisser.

    Guy

    C’était Who Too d’United C, présenté en Mars à Vanves au festival Artdanthé

    Photo de Van Der Put avec l’aimable autorisation de la companie

  • Square Caulaincourt

     

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    Gyohei Zaitzu- Square Calaincourt Paris- lund 11 avril 2011 14H30

     

  • Gyohei Zaitsu danse dans la rue

     ...le lundi 11 avril à partir de 15h30, Square Caulaincourt 75018 Paris.

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    Photo Jérome Delatour-images de danse

  • Dans la forêt

    Pas franchement sauvages les spectacles, libres surement, plutôt inattendus dans leurs enchaînements -c'est d'ailleurs sympathique-nous permettant libres d'imaginer entre eux rapprochements, clins d'oeil, correspondances, par accidents (une fois oubliées les trop longues et toujours inutiles présentations). Pour tous goûts et publics, donc à me laisser moi-même au bord du chemin tout au long de deux des propositions. Baroques et athlétiques, irréprochables avec sauts impeccables à la croche pres, elles  laissent mon imaginaire au calme plat.

    A l'opposé, Pièce détachée, sonore de Stéphanie Auberville et Tirez sur le danseur de Fréderic Werlé  ont ceci en commun qu'ils parlent de la danse en elle-même (ou la laissent entendre ;-)). Au risque de se trouver à court d'autre fond, même si ces deux projets ne manquent ni d'audace et de subtilité. Dans le premier cas, il s'agit de la mise en espace (et cartons!) de la bande son des répétitions d'un spectacle à venir en avril àl'Echangeur. Je reste sur ma faim, préfère accepter l'entreprise comme une bande annonce. Fréderic Werlé parle avant tout de lui-même (au mieux: de la condition de l'artiste en général), fait son strip tease moral et professionnel, déballe littéralement son bagage de danseur et partage les propositions miséreuses et déshabillées qui lui sont faites par Pôle Emploi. Cela ne manque ni d'humour ni de poésie ni de franchise. Mais l'auto-centrage de ce propos désabusé, l'abondance de private jokes, sont suceptibles de lasser ceux des spectateurs qui comme moi ne sont ni journalistes ni professionnels de la danse.

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    A une autre échelle, Nina Dipla (Kyma) danse la vie même, ouvre vers un peu d'universel. Une troupe de sept femmes qui dorment, lentement révélées à la lumière du jour, puis c'est la féminité qui s'éveille. Du sac au ressac, les gestes sont transmis d'un corps à l'autre. Au gré des ambiances et des humeurs les corps languissent à l'unisson, puis se précipitent en une course sans fin, en robes colorés et peaux dorées. A cet instant, on serait prêt à jurer que la danse ne peut être jamais qu'une affaire de femmes, dont un spectateur masculin fasciné pourrait interroger longtemps et en vain les mystères. En mouvement sur la scène, cette armée de nymphes, portées par un souffle continu, court entre drames, aguichements, insolences, apaisements, fusions amoureuses, querelles, traques et poursuites. Une impression de masse et rendu brut, non policé, ne refroidit pas le regard, rend justice à la générosité de la piéce, cette l'energie démultipliée par le nombre. Le final monte convulsif, salutairement excessif, pimenté d'une narquoise impudeur.

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    Vue dans la dimension plus réveuse-tout aussi mystèrieuse-du duo, l'exploration de l'imaginaire féminin continue avec Au Loup-Contes de jeunes filles en brume de Julie Trouverie. Ce beau duo ressemble à un solo en miroir, fusionnel, une acide et troublante promenade dans une forêt de symbôles, au son de boucles hypnotiques. Au sol roulent les pommes, revenues de l'enfance et des contes de fées. La protagoniste dédoublée (la femme et l'enfant en elle?) visite à l'aveuglette, pâle et tendue, visage renversé, ou mains sur les yeux, à nous suggérer dans l'ombre des secrets que l'on ne saurait regarder en face. La danse se densifie, l'étreinte en apnée trouble, d'une sensualité sèche, une pomme mordue en bouche à bouche, la tension attise l'étrangeté. Le loup reste invisible, le voyage inachevé (1).

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    Si elle avait pu rester pour se glisser dans la piece suivante- Saad, Saad de Soraya Djebbar, cette femme aurait fait, à défaut de loup, une rencontre intéressante... Il faut se méfier cet homme ordinaire, civilisé, l'allure presque étriquée, assis sur une chaise. Il laisse peu à peu autre chose s'extraire de lui même, par gestes imprévisibles. Progresse par sauts de faune, possédé, retrouve des cornes-il faut croire qu'en tout homme il y a un bouc qui sommeille- poursuit sa spectaculaire désévolution vers une totale animalité, finit nu (libéré?) dans une autre forêt projetée en vidéo sur les murs bruts de pierres du lieu.

    C'était les Spectacles Sauvages du studio du Regard du Cygne.

    Photo de Kima par c.chevalier avec l'aimable autorisation de Nini Dipla, photo d'Au Loup par Anne Decourt avec l'aimable autorisation de julie Trouverie, photo de saad, saad par Nathalie Euvrie avec l'aimable autorisation du Regard du Cygne.

    "Kima" et "Une attraction invisible" seront présentés à la ménagerie de verre , le 29 Avril à 18H00, au bénéfice de la croix rouge du japon.
     
    (1) renseignements pris, l'histoire est à suivre... 
    lire aussi: Danzine
     
    les photos de Jérome Delatour-Images de danse sont arrivées!
  • Infiniment

    Non Finito, à nouveau Paco Decina, et tout de suite de délicieux paradoxes. Ce soir ni paroles, ni narration, ni gimmick, ni effet d'annonce, ni même un thême clairement identifiable: le corps et les mouvements sont remis au centre du jeu, mais pour bientôt se faire oublier. Toute virtuosité, toute performance physique escamoté, rien à voir avec ces ennuyeuses pièces de danse dansée par des danseurs pour être vue par des danseurs. Tout à voir pour imaginer. Il me faut me souvenir des répétitions de Fresques auxquelles j'avais eu la chance d'assister  pour fugacement reconnaître la trace des gestes familiers, de la signature, de tel ou tel interprête. Je devine tout le travail de polissage qui est intervenu ensuite. Jusqu'à ce point de fuite. L'important, c'est le suggéré, en suspend. Cette pièce ressemble à un petit frêre de Fresques, en quelque sorte, avec presque la même équipe artistique, et le regard détourné sans violence vers le hors-champs. Tout en étant fondamentalement different, avec plus d'apretés, de tensions, de souples agitations. Les duos glissent sans se heurter, en rapports esquissés, la lumière et la vidéo remettent en cause les structures, et matières déssinées par les formes, en lignes vivaces et échos déformés. Pour nous faire entrevoir impossible l'espace qui vit entre les mouvements.

    danse,paco decina,biennale de danse du val de marne

    A force de croire à l'invisible, Paco Décina réussit presque à nous le fait deviner. A nos regards de s'emporter et créer la suite, à n'en jamais finir, non Finito

    C'était Non Finito, de Paco Decina, vu au Théatre Jean Vilar de Vitry avec la 16eme Biennale de danse du Val de Marne.

    Guy

    lire aussi...Paris Match et Main tenant.

    La biennale se poursuit jusqu'au 2 avril.

    photo par Laurent Pailler avec l'aimable autorisation de la compagnie.

     

  • Les méduses nous rêvent aussi...

    texte mis initialement en ligne le 25/7/2010

    Entrevues à travers un voile de chaleur: des hallucinations moites, des impressions charnelles offertes aux faibles lueurs d'un néon. Au point de basculement de l'insomnie, les rêves plongent profond. Vais-je accepter à froid cette invitation onirique?

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    Le fil semble ténu, abandonné aux associations d'images et d'idées. Mais pourquoi pas, doucement invité, placé comme dans un cocon? Les chuchotements hors champs planent obscurs, presque inintelligibles, mais esquissent les limites floues d'un voyage onirique en état d'hypnagogie. D'abord un théatre d'ombres blanches, d'étreintes évanouies et de frôlements voluptueux. Les créatures émergent devant moi, êtres hydriques, dévoilées et masquées, flottent avec lenteur comme les méduses entre deux eaux, jettent le trouble. La apparitions surprennent, peut-être vénéneuses. Je suis par moments tenté de m'éveiller mais finalement je poursuis avec ces créatures ce rêve en apnée. Les pensées dérivent et désirent. Les gestes des ces femmes se balancent comme les algues entre deux eaux. Le balancement lourd des langueurs fait se passer quelques longueurs.

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    Les images émergent peu à peu de l'indetérmination aquatique, désormais plus nettes. Je renonce à suivre une structure et accepte d'autres rencontres dans ce songe en labyrinthe, comme elles viennent, me plie à leur rythme: scénettes absurdes, jeux interdits qui basculent dans une drolerie plutôt cruelle, extraits imaginaires d'une comédie musicale mutine. Le metteur en scène ne craint pas d'abuser de demander à des jolies femmes de faire de jolies choses (pour paraphraser le cineaste François Truffaut), mais on ne se résoud pas à le lui reprocher. C'est une chaude nuit d'été et le voyage est plein de belles surprises, jusqu'à l'heure du réveil.

    C'était l'Insomnie des Murènes, m.e.s par Laurent Bazin, à la Loge, repris jusqu'au 17 mars 2011.

    Guy

    Photos de sven Andersen avec l'aimable autorisation de la compagnie Mesden

    Jerome Delatour y était aussi: lire ici.