En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.
Qui émerge dans le paysage lunaire? Avec des habits de toréador ou de cérémonie. Au milieu des rochers blancs qui effleurent, des ruines. Ils dessinent une carte étrange. Le temps se dilue, et la musique va en cercles. Le corps peut-il y échapper? Par gestes tantôt géométriques et affectés, tantôt primaires et viscéraux, qui ramènent aux ballets russes qui ramènent à l’animalité, qui ramène à avant.
Elle fait l’amour aux rochers, à l’univers entier. Un rituel se répète, comme la mémoire inintelligible, mais incarnée, d'évenements ancestraux, oubliés. Reste ces traces. Elle songe, adossée, à… ? Remplit les intervalles, ceux du temps, entre les rochers blancs, lentement, rapidement, à l’intérieur, toujours prisonnière. L’Ennui plane. J’apprends la patience, voit le temps se perdre en courses accélérée dans l’espace clos. Pourtant le rythme de la musique n’a lui pas varié d’un iota. Les lumières m’engourdissent. J’accepte la fatalité, j’ai perdu le temps et elle évoque Proust. Pas une note de piano plus appuyée que la précédente, il faut imaginer les pulsations entre, et voir monotones les répétitions, déclinaisons, recompositions d’une danse à maturité, le glissement du civilisé à l’animalité.
Le corps fait son superbe avant de s’avachir, le visage grimace et s’enlaidit au ralenti. Il faut croire alors en la magie. Comme cela devrait durer jusqu’au vertige et l'abandon complet, la fin me prend par surprise, c’est une interruption.
C’était Androcéphale de Jesus Sevari, dansé sur Vexations d’Erik Satie et sur des sculptures et lumières de Yann Le Bras. Vu à Micadanses, dans le cadre du festival faits d’hiver.
Guy
photos par Laurent Paillier /photosdedanse.com avec l'aimable autorisation de Jesus Sevari.
"QUE SER?"/ "QU'ÊTRE?" de Sofia Fitas est créé ce samedi soir au Théatre le Colombier dans le cadre du Festival "jamai(s) Vu!)
Rediffusion du texte mis en ligne le 11/05/2011.
Du jamais vu, si l‘on se met en condition d'accepter de le voir, de tenter. Une masse large, indistincte, cassée, ramifiée. L'œil peine à composer, ce qui avait pu être du papier brun froissé, bien d’autres possibles maintenant, qui s'agite en craquements, de tous cotés pour brouiller les frontières. La matière est folle, un concentré d'étrangeté, il s’en échappe une forme sans visage avec des gestes d'insecte traqué, puis ravalée par le papier, qui entre et sort de cette gangue, entre métamorphoses et errances, germinations et gesticulations de branches tordues. En devenirs circulaires, en transition, en reptations asymétriques, en improbables échanges d'énergie et de fluxs. La possible expression de la difficulté d’être. C’est l'autre absolu, exprimé par juste un corps, un peu de lumière, quelques sons. Experimento 2 a trouvé sa forme introuvable, l’inexplicable à maturité.
La seconde pièce est ténue, à rechercher plus loin encore. C’est une femme minimaliste, vue de dos, immobile, habillée de noir, mais tête escamotée. L’humanité à nouveau dérobée. Je devine les rumeurs de la ville, quand mon regard finit par abdiquer il devient prisonnier, fasciné par l’image de ces mains croisées, de leur placement qui change insensiblement, par micromouvements. Plus tard, la silhouette traversée par les sons en tous sens ne ressemble à rien d'autre sous les cheveux noirs et affolés. Avec discrétion, opiniâtreté, sans retour ni pareil, Sofia Fitas crée.
Cette performance, je l’ai déjà racontée ici, et trop précisément (mais comment résister ?), alors qu’une grande part du plaisir d’y assister vient de la surprise ressentie, et de l’inattendu. Je m’adresse donc à ceux qui ne m’ont pas lu, ou qui ont oublié. Ceux qui résisteront à la curiosité de rechercher le premier récit. Juste pour dire qu’ils auront rendez vous dans un lieu inconnu, quelque part dans Paris, sans savoir ce qu’ils iront voir. Ils seront un petit nombre à assister à cette performance dans un lieu qui n’est pas conçu pour cela. D’une certaine manière, dans ce lieu, le temps deviendra circulaire. C'est-à-dire qu’à la fin, à bien observer, il pourra ne s’être rien passé. Les détails auront alors de l’importance. Les spectateurs seront sans doute fascinés. Ils seront amenés à se demander si les lieux, même vides, peuvent être marqués par la mémoire des evenements. Ou s’il ne s’agit que d’une illusion induite par le récit. La présence de l’interprète sera forte, proche, charnelle. Et immatérielle, tant cette interprète paraitra ne pas voir les spectateurs à sa portée, semblera sur le point de les traverser, au même titre que la pièce. Comme si on l’observait évoluer dans un autre lieu, dans un autre temps. Et il sera étrange de voir l'interprete et les spectateurs d'en face, dans le même plan. Un récit sera entendu, on ne sera pas obligé de croire en sa véracité. Les liens avec ce qui sera donné à voir se feront lentement, peut-être aprés coup. Dans l'instant, le dépouillement laissera de la place à l’émotion. Des gestes banals deviendront improbables, pour certaines raisons. D’autres resteront inexpliqués. L’invisible prendra autant d’importance que le sensible. La fin sera devinée, il n’y aura pas d’applaudissements.
Je pensais vierge mais en fait non, de Thibaud Croisy , avec Sophie Demeyer, performance hors les murs du Théâtre de Vanves dans le cadre du festival Artdanthé, les mardis et vendredi jusqu’au 17 fevrier.
Dans un cas ou dans l’autre, une mutation, vers autre chose? Que faire des cinq dernières minutes? Se jeter dans un défi, rechercher ses limites? Accomplir un acte de foi ou de désespoir, d’amour, de solidarité... voire de rigolade? Ce soir, les jeunes circassiens de la 23° promotion du Centre National des Arts du Cirque proposent leurs réponses en spectacle. En paroles, et en se donnant à voir chacun dans l’exercice de son art: corde, mat, tremplin, acrobaties au sol…. C’est une contrainte lourde à respecter pour le metteur en scène David Bobée (lui juste d’une dizaine d’année moins jeune que les interprètes), de lier tous ces « numéros » autour du thème central. Musique omniprésente, belles lumières, scénographie étudiée: il fait le choix clair de la théâtralité. Quitte à s’approcher- il me semble- de la surcharge sentimentale dans le spectaculaire.
Il réussit pourtant à révéler par mots et gestes une part de la personnalité de chaque interprète, de leur vérité. Je ressens toujours de l'émerveillement devant les prouesses. Mais m’intéresserais-je vraiment aux évolutions de cette jeune femme sur cette corde verticale, si je n’avais prêté avant attention aux doutes qu'elle dit à l’heure du saut vers l’inconnu, à sa fragilité? Elle s’élève, tente d’échapper à la pesanteur, à cette fatalité, glisse tout le long comme s’étant abandonnée, laisse deviner que la chute pourrait être désirée. Le risque prend un autre sens. Apprécierais- je l’énergie et la jovialité de ces deux acrobates au sol, l’un bavard, l’autre sourd-muet, s’ils n’avaient d’abord manifesté d’un geste éloquent que la fin du monde, ils n’en ont vraiment rien à taper! Une autre jeune femme éperdue demande à haute voix: «si j’étais la dernière femme et tu étais le dernier homme, que me ferais tu maintenant ?». Avant de s’envoyer ensemble en l’air, sur le tremplin. Les artistes viennent des quatre coins d’un monde, qui comme le plateau semble tourner trop vite, les projette au bord du déséquilibre. Le temps, inversé et angoissé, passe en compte à rebours, avant une possible catastrophe, qui mettrait tout sans dessus-dessous. Ce plateau ressemble aux pièces d’un appartement, lieu de vie sans cesse bouleversé mais qui permet à tous de se réunir pour dessiner en collectif le portrait d’une jeunesse inquiète et fragmentée, avec ses rencontres, ses foules sentimentales et ses solitudes: des amis autour d’une table, un couple qui s’enlace, se dispute… Sur cette planète Mélancolie, l’avenir est leur mais tout à inventer.
Même sujet, mis en scène à l’opposé. Michel Schweitzer, 53 ans, donne le plateau et la parole à des jeunes amateurs autour de 18 ans, dans leurs derniers temps du passage de l’adolescence à l’âge de jeune adulte. Schweitzer assisté d’un comparse et D.J., se place dans la posture d’un animateur bienveillant et paternaliste. Pour aussitôt mettre en scène l’ambigüité manipulatoire de sa propre position. Il propose aux interprètes de structurer leur spectacle autour d’un abécédaire rédigé par un philosophe. L’un des jeunes refuse aussitôt ce cadre imposé, préfère donner la priorité à ce que lui suggèrent ses propres intuitions, même confuses. Ce qui suit prend dés lors l’apparence d’une prise de pouvoir improvisé, d’un dialogue en forme de rapport de force permanent entre les générations pour la maîtrise de l’expression. Sur deux pendules les minutes s’écoulent à des vitesses différentes, suggérant un fossé qui se creuse. Au prix de longueurs et de fluctuations de notre attention, sur scène tout semble possible.
Le groupe, avant toute véritable prise de parole, préfère chercher énergie et cohésion dans un temps de danse techno, se rassemble en une grappe dense et hédoniste, quitte à laisser le public de coté. La scène est foutraque, lumières allumées dans la salle, conventions spectaculaires refusées. Les jeunes tiennent l’espace du plateau par le nombre, le dj propose et négocie, Michel Schweitzer garde le contrôle des écrans pour délivrer suggestions et messages. Les jeunes s’expriment quant à leurs préoccupations, alternent sujets pratiques et existentiels, abordent questions sentimentales et sexuelles avec un mélange de franchise et de pudeur. De l’effronterie et de l’inquiétude, un maintenant crâneur et des lendemains incertains. La prise de parole est collective, bousculée, en jeu de ping-pong, sans complaisance, souvent sur un mode de dérision. Les antagonismes et manifestations d’incompréhension s’expriment tout autant entre eux qu’avec les vieux. Ils se rassemblent par la musique, la danse et la chanson, mettant en pratique les « talents particuliers » pour lesquels ils ont été sélectionnés. Par transitions en demi-teinte, l’effet Starac’ est évité. Leurs performances sont encore jeunes, mais émouvantes dans ce contexte, par ce qu’elles disent de leur devenir. Leur prise de risque trouve son écho dans les discussions, et l’urgence qu’ils expriment de trouver leurs les limites. Cette proposition surprenante s’achève par l’expression du dilemme qui résume leur difficulté à être au monde: le choix entre un cynisme prématuré, et un enthousiasme idéaliste. Je suis alors interpellé par la posture de Miche Schweitzer, plus proche de ma génération, qui feint alors un attendrissement détaché l’impuissance à se souvenir de sa propre jeunesse.
C’était This is the End, spectacle de fin d’études des élèves de la 23° promotion du Centre National des arts du Cirque, mis en scène par David Bobée jusqu’au 12 février à l’espace chapiteaux de la Villette
C’est un dispositif quadri frontal. C'est-à-dire qu’on serait comme au zoo tout autour de la cage, à disséquer les mœurs de primates au milieu (sans se moquer d'eux, ce serait incorrect). Encerclées par nos regards: quatre femmes nues sauf leurs shorts et perruques (blondes forcement), leurs neurones évaporés de toute évidence.
Images si marquées, sur-codées, que les clichés sexistes ne peuvent dés lors s’appréhender qu’au x-ième degré. Constatation: elles sont. Juste à un état très élémentaire. Arrivées à un cul de sac de l’évolution? Tels des animaux qui survivraient sur cette ile du paradis, hors du temps, sans d’autres soucis que de satisfaire des besoins élémentaires. Lécher des glaces avec des langues postiches, s’alimenter de junk food, téter des ballons avec d’impressionnants bruits de succion, se maculer de peinture, se laisser entrainer par le mimétisme du groupe. Si c'est le paradis, le serpent est parti. Les gestes sont vagues et les regards vides. Ou remplis de morosité. Je suis impressionné par le travail des interprètes: à ce niveau là, la vacuité ne s’improvise pas. Le vide est à force contagieux, quelques fous rires nerveux. Ou l’on s'interroge sur sa place de spectateur comme écrit sur le programme. Le public, pourtant libre de bouger, reste tétanisé. Avec une brève séquence culottes tombées aux pieds, il nous est proposé d’aller jusqu’au bout du voyeurisme. La bande son diffuse des souvenirs, au mieux de civilisation, sinon de consumérisme, auxquels les interprètes réagissent. Il y avait donc un avant. Et maintenant la régression. Je pense aux "élois" du roman d’H.G. Wells. Ou nous pourrions être en train d’assister à la diffusion en direct d’un reality show muet et mutant, tendant vers un contenu néant. Les personnages livrés de tous cotés aux regards dans l'accomplissement de toutes leurs fonctions, agités sans conscience ni logique de restes de gestes sociaux ayant perdu leur raison d’être: des pas patauds de danse, les postures indolentes d’une sexualité anesthésiée. Le projet est plutôt cohérent, mais j’en ressors hébété, ni plus intelligent, ni plus élevé.
C’était PI Paradise Isle, installation performance de Mrx et Mrj - Fanadeep, ce mardi soir encore au Théatre de Vanves dans le cadre d’Artdanthé.
Ce samedi soir, Jean François Munnier lève le rideau sur trois pièces en résidence à l’Etoile du Nord, propose d’en voir des extraits, des commencements, et invite les artistes à s’exprimer. L’expérience est passionnante…et il est délicat d’en rendre compte. Invité à voir ces ébauches, « fragiles » forcement, on est condamné à la bienveillance.
Blanc Brut de Françoise Tartinville, duo masculin en interaction avec un mobile et une bande son lourde de respirations, m’impressionne par l’originalité des matières dansées. Des ondulations, l’expérience d’un temps ralenti, décalé, une incertitude caoutchouteuse, une impression de violence contenue. A ce stade mon attention flotte, avec le sentiment que cette originalité se déploie encore tout azimuth. Mais cette impression n’est pas naturelle à ce stade du travail? Les explications ensuite de la chorégraphe et de l’équipe sont bienvenues. Précises et déterminées. Elles me permettent de me rapprocher de l’œuvre, me préparent à la revoir, plus tard. A confronter mes ressentis aux intentions de base : la masculinité dans sa physicalité, ayant pu entrevoir les structures sous-jacentes, les relations entre chorégraphie, scénographie et bande son, issue de la respiration des interprètes.
La présentation d’ Edging me laisse perplexe. Je reçois beaucoup d'explications, trop d’explications, avant l’extrait, après l’extrait. Je reste dubitatif lorsque l’on m’explique que le sujet n’est venu qu’en second, après le désir de rencontre entre les trois créateurs. Je ne fais pas les liens entre ce sujet- la rétention du plaisir au bord du paroxysme, et sur un plan social et politique la surcharge d’information et l’impossibilité de l’action, avec ce à quoi j’assiste ce soir: la réaction d’un corps prostré à une pièce de noise music jouée à fort volume. Les choix exprimés- montrer le vide du plateau, faire entendre la musique dans le noir- ne me paraissent pas consistants à ce stade, porteurs de significations. Trop tôt pour en juger? La pièce sera ce qu’elle sera…
Renversement : les premières minutes claires obscures de Sous ma peau, de Maxence Rey, installent déjà la sensation d’un achèvement, dans l'esprit si ce n'est dans la forme. Le sujet s’impose sans faux semblants: la féminité exposée par sa nudité. Ce sujet est d’entrée pleinement assumé, de la suggestion à la crudité. Ce sujet est bien sur dangereux par excellence, entre les pièges de l’esthétisme et ceux de la vulgarité. Mais ces premières minutes me paraissent atteindre aussitôt quelque chose au-delà de l’impudeur, laisser entrevoir « sous la peau » des identités pourtant insaisissables, mouvantes, protéiformes. Trois corps assis, en quasi immobilité, et je retrouve l’étrangeté évocatrice des Bois de l’ombre, au bord du gouffre de l’effarement. Les visages sont confisqués par des masques blancs et des perruques uniformes, mais pour laisser les corps s’exprimer, chacun dans sa singularité, corps qui évoluent bientôt et se déforment dans tous leurs états, de l’épure au fantasme. Jusqu'à la monstruosité?, Déja les dernières secondes et l’une des danseuses s’avance au bord de la scène en arrachant son masque…et nous abandonne sur cette interrogation. Après ces vingt premières minutes, les explications de l’équipe sont redondantes, de pure convivialité. Sous ma peau sera une pièce forte, trouble, étonnante.
C'était les turbulents, présentation d'étapes de travail de Blanc Brut de Françoise Tartinville, Edging de Guillaume Marie (Chorégraphie et interprétation), Igor Dobricic (Conception et dramaturgie) et Kazuyuki Kishino (Création musicale), Sous ma peau de Maxence Rey, à l'Etoile du Nord.
Rediffusion de la chronique du 18/6/2011 à l'occasion de la programmation de Parades and Changes Replays à Ardanthé lundi prochain le 23/01/2012.
Une recréation? Pas vraiment... Mais toujours une récréation, heureusement. Cette nouvelle version de Parades & Changes replays ne change pas tant que cela, mais rafraichit les souvenirs.
L'ordre des séquences se trouve bouleversé par rapport à la proposition du centre pompidou en 2008. Mais cet aléatoire faisait, parait-il, partie du jeu dès les origines. Les nouveaux venus, dont 4 circassiens, s'intégrent bien à jouer les performers... pour autant ces derniers n'infléchissent pas spécifiquement la performance par la pratique de leur discipline première. A l'exception d'une scène, mais qui du coup passe plutôt forcée: le montage express d'un échafaudage, un drôle de de jeu de construction, et son escalade ralentie et accélérée.
Il reste l'essentiel, que je ressens avec plus évidence encore qu'à la première vision: le plaisir et la fraîcheur de presques jeux d'enfants, organisés dans un bel esprit de dépouillement. Innocents! Les déambulations toniques, la cacophonie de voix qui fusent, les désabillages et rhabillages, les défilés baroques et bariolés avec les danseurs parés d'accessoires délirants, le magnifique final nu et libérateur. La simplicité rend caduque trop d'intellectualisation. Reste la jubilation, et c'est bon! Tout bien pesé, et allégé, un heureux hommage, qui n'a pas besoin de l'alibi d'être présenté comme un nouvelle création. Une reconstitution d'un genre bien spécial, puisque d'un art des années 60 alors fondé sur un désir fort d'expérimentation (tester des actions toutes simples) par définition évaporé depuis. Mais pourquoi pas? Reste le plaisir de la redécouverte et du témoignage...et peut-être la constitution d'un nouveau répertoire, celui de la performance, interprété avec plus (Cf Magical) ou moins de distance.
Parades & changes, replays est rejoué lundi 23 janvier au théatre de Vanves dans le cadre d'Artdanthé sous le titre parades & changes, replay in expansion , dans uine nouvelle version crée à la Villette en juin 2011 avec 6 danseurs et 4 circassiens.
Ce texte a été initialement mis en ligne le 25 septembre 2008.
L'entrée en matière nous engage d'emblée dans une démarche de souvenir, avec un hommage à Georges Perec: des "Je me souviens" clamés par les danseurs assis dans le public. C'est une manière de poser très exactement l'enjeu de l'entreprise: sachant qu'il s'agit d'une pièce de 1965, à la recréer que maintenant en reste-t-il? Comment peut on aujourd'hui la regarder? Qu'imagine-t-on de la manière dont à sa création elle était vue et perçue? En quoi la considère-t-on différement que d'autres la voyaient alors? Devant ces parades, le regard du public a-t-il changé? Ce travail de remise en perspective avait en fait été entamé au même endroit il y a 4 ans, avec déjà Alain Buffard et Anne Collod. Ce soir assez de temps est laissé au projet pour qu'il puisse vraiment se déployer.
Déjà, l'utopie est-elle d'hier ou d'aujourd'hui? Comme de danser dévêtu, en déchirant au ralenti de larges bandes de papier... De cette performance- Paper Danse-le contenu politique s'est sans doute évaporé. Reste la vision d'une lente fusion, des bandes de kraft en suspension et des corps nus confondus dans la même lumière dorée d'un soleil couchant. En toute évidence. La nudité valut un temps à la piece d'être interdite, on en a vu d'autres depuis. Le spectacle ne véhicule plus de transgression, il reste véhicule de libération, avec force et fraîcheur. Vite on lâche vite prise, plutôt que de garder l'acuité d'un regard d'historien. En cela désarmé par les harmonies douces- amères de the Warmth of the Sun, chanté par Brian Wilson et les Beach Boys. On est renvoyé en 1963. La chanson fût composée le soir du 22 novembre de cette année là, à la nouvelle de l'assassinat de John F. Kennedy. Alors, autant que maintenant, la nostalgie des innocences perdues et des soleils couchants.
Dressing/undressing: on découvre / redecouvre les passionnantes ambiguïtés qu'introduit la démarche d'un performer. Analyse: il s'agit ici d'exécuter sur scène des activités fonctionnelles, comme les actions de s'habiller ou se déshabiller, c'est entendu. Mais il est vite évident que les gestes ne sont pas reproduits avec neutralité, plutôt réappropriés par les danseurs dans un acte artistique. Qui transforme ces actions. D'abord du fait du contexte, puisque sous le regard du public: sans commentaires. Surtout l'exécution est tout sauf naturelle. On n'a jamais vu personne se dévêtir de cette façon. La tâche est accomplie par chacun avec un soin ostensible, une exagération théâtrale, une lenteur lunaire. Chacun des artistes en fait sa propre interprétation. Dés lors la danse a commencé à exister. Enfin le processus apparaît sans finalité, libéré de toute fonction, circulaire, puisque chaque déshabillage est suivi d'un habillage, en flux continu. On en ressort convaincu, comme par une démonstration faite exprès, qu'à partir de n'importe quel matériel quotidien peut être construite la théâtralité.
Les règles qui gouvernent la structure de la pièce nous échappent un peu, les scores- s'enchaînent avec une part évidente d'improvisation et de jubilation. Les interprètes introduisent dans ces trames parfois ironie, parfois sauvagerie. Les mêmes gestes qui composent le déshabillage changent radicalement de signification lorsqu'ils sont plus loin reproduits par intenses duo, en face à face. La musique de Morton Subotnick nous installe dans l'intemporel. Une parade colorée et onirique, pour laquelle les danseurs s'ornent d'accessoires incongrus, prend en route des allures d'inquiétante procession: le maintien sévère d'Alain Buffard n'est pas pour rien dans cette impression. Le dénouement est proche: les danseurs entreprennent le sabotage des rideaux de scènes, accessoires trop galvaudés. Pour une conclusion faciale et nue: quelques grammes de peinture colorée suffisent-ils à transformer et transporter ces corps dans l'espace de la représentation?
On en revient toujours à ce constat: cette danse a une mémoire, que nous percevons plus ou moins, mais nous saisit chaque fois dans son immédiateté. Nous fige dans le même saisissement. Cette danse est elle là la même qu'elle était il y a plus de 40 ans? Nous mêmes, pris comme un tout, avons changé, politiquement, sociologiquement, en sensibilités. C'est sans doute plus le cas pour les arts de la scène que s'agissant d'autre disciplines: il est tout sauf évident que toutes les expériences artistiques auxquelles le public a assisté depuis 40 ans aient beaucoup d'influence sur la manière dont, chacun pris individuellement, nous avons vécu cette soirée là, juste hier.
C'était parades & changes, replays-réinterprétation de la piece Parades and Changes (1965) d'Anna Halprin - par Anne Collod, avec Boaz Barkan, Nuno Bizarro, Alan Buffard, Anne Collod, DD Dorvillier, Vera Mantero, ainsi que Morton Subotnick. Vu au Centre Georges Pompidou, dans le cadre du Festival d'Automne à Paris.
Que faire d’Hamlet, encore, un soir de plus ? Saisir l'occasion pour « exploser Shakespeare » selon la promesse faite par le festival. Éclater la narration selon les visions de cinq metteurs en scène, soit un par acte. C’est pour une fois une vraie bonne idée, de montrer cinq visages de la folie, la forme rejoint le fond, l'instabilité et ce vertige qui entraine jusqu'au bout les personnages. S’il y a un fil rouge ce soir, c’est celui de la démence. Mais dans une confusion qui me libère, de l’univoque. Comme un spectateur qui pourrait diviser pour régner. La dynamique de la pièce échappe à chacun des metteurs en scène, aux 26 acteurs qui permutent, pour proposer des perspectives, qui les dépassent, plus riches. Pas de temps faible en cinq mouvements, L’effet de lassitude est évité, on connait assez le texte pour jouir sans s’y perdre, au travers des ruptures de ton, cassures de rythmes, chocs des esthétiques…
Le Premier Acte nous plonge dans un cauchemar distancié, souligné d’ombres et lumières rouges, une ambiance surnaturelle alourdie par une bande son d’épouvante. L'impression est aussi froide et graphique que du bob Wilson. Les silhouettes alignées sont stylisées à l’essentiel. Le fantôme du père assassiné écrase Hamlet de l’obligation de le venger, aussi lourde qu’une malédiction, laisse tomber une chape de plomb. Cohérent.
L’Acte Deux, lorsqu’Hamlet simule la folie, se joue au paradoxe plus proche et direct. Le jeu turbulent et hurlé, le texte mis en pièce, l’accompagnement rock’ roll, l’humour bouffon, les acteurs travestis et une scénographie abrupte et aussi bricolée que celles de Gwenaël Morin. Une transition, une évasion, une respiration?
L’Acte Trois, au cœur de l’histoire, me replonge pour de bon dans le tragique, sous une lumière accablante. La pièce de la troupe ambulante se joue dans la pièce, accusatrice et démonstrative. Hamlet assassine Polonius. Hamlet est il gagné pour de bon par la folie? Incarnation de la terrible dictature de la vertu, avec la violence pour corolaire, au mépris de l’amour. Le sang coule pour tous.
L’ Acte Quatre a peut-être ma préférence. Il se nomme Ophelie, m’entraine à nouveau dans un rêve onirique , une ambiance verdâtre, au son des cris d’Ophélie et de son double blanc, fantomatique qui erre poursuivie par le projecteur. Jusqu’au suicide, la vie est impossible.
L’Acte Cinq, malgré la physicalité du duel et la féminisation d’Hamlet, me semble marqué d’apaisement résigné, d’un retour à la normalité. L'empathie redevient possible. La drame va vers sa résolution après tant d’excès. Sur le plateau la terre renversée figure le cimetière, son odeur nous gagne. Tout est dit, le monologue aussi, déjà mort. Le reste est silence evidemment.
C’était Hamlet, de Shakespeare, par la compagnie Estarre, mis en scéne (dans l’ordre) par Stéphane Auvray-Nauroy, Vincent Brunol, Sophie Mourousi, Michèle Harfaut, Eram Sobhani, au théatre de l’étoile du nord dans le cadre de « A court de forme explose Shakespeare » jusqu’au 14 janvier.
D’où viennent-elles? Pas de nulle part…. Ces deux danseuses qui lancent la soirée, dans le hall du L.M.P. , annoncées familièrement sous les noms d’Alexane & Elise… Ce qui soudain est touchant, c’est que ce duo contemporain glisse doucement, nous emmène, sans rupture, vers une danse populaire. Dans l’air, des boucles d’accordéon et rengaines de synthétiseur. Un spectateur, une autre spectatrice, puis plusieurs entrainés, pour danser avec elles des figures de « scottish », ou entre eux, un parfum de campagne, de bal du samedi soir, ou de beaujolais, les frontières abolies et le spectaculaire apprivoisé. Les portes de la salle s’ouvrent et elles nous invitent dans le même mouvement, à rentrer, difficile de résister….
D’où vient- elle, elle aussi? Apre, d’une tradition d’autres rivages, au-delà la méditerranée… mais toute écorchée de rock n’ roll. Une chanson de Patti Smith nous précipite dans l’urgence. Florence le Dinh infléchit la danse orientale, fait muter la bande son du passé au futur sans discontinuer, dressée sur les racines le corps offert à cette révolte à s’en fouetter le sang. Viscéralement, à extrême, mais en économie, l’intensité est verticale, en dedans.
Marinette Dozeville - C’est quelques jours avant- semble faire jaillir son inspiration de gestes à priori éloignés de la danse à voir sur scène, recycle mouvements des clips, des stades et des dancefloor, et nous propose d’écoute les témoignages de médecin, sportifs, sociologues à propos de performance… Et nous avoue se délecter d’organiser des bals disco, boules de lumière et paillettes.