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danse - Page 8

  • Un peu de sauvagerie dans un monde de douceur

    Les MILF reviennent au Générateur de Gentilly jeudi et vendredi soir. Je rediffuse la note du 29 avril 2014.

    Elles sont quatre qui jouent des femmes dans tous leurs états, en mode sucré/salé… Plongées avec nous dans l’humeur rêveuse, le bien-être d’un après-midi langoureux, dans la tiédeur dominicale du printemps enfin retrouvé. Et cela compte aussi d’être bien accueillis par Anna d’Annuzio en extravagante. D’ensuite s’installer confortablement étendus sur des peaux de bêtes.

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    Méfiance. Les bêtes, bien vivantes, plus ou moins apprivoisées, peuvent nous y surprendre. Les sirènes ramper jusqu’à nous pour partager parfums et secrets. Sans toutefois aller jusqu'à nous dévorer (je ne parle que du ressenti des hommes, quoique…), ce n’est qu’un spectacle. N’empêche: sous la surface, douceur du ton et charme des chairs, il y a plus grave, plus intense, voire plus cruel. Une zone où l’Eros peut submerger tout le reste. Cette part débridée se devine, reste toujours dans l’ombre. C’est cette profondeur, cette perspective qui pour moi tend chacun des tableaux, piquante ambiguïté, dès le prologue qui voit le corps de ces Sisters s’emmêler, les caresses s’aventurer jusqu’à la troublante frontière entre familiarité de gynécée et sensualité avouée. Le mur de plastique noir de fond de scène se gonfle et se déchire, accouche de femmes qui glissent et s’éparpillent. Se révèle un échafaudage, immeuble sans façade devant nos yeux attentifs, qui abrite leurs évolutions, fantaisies, conflits, complicités et abandons. En haut, une ménagère n’est surement pas ce qu’elle semble être. Une Marylin fait voler sa jupe plissée. Une femme juste vêtue d’une fourrure se laisse entrainer vers le bas. Et toutes les visions troublent à l’avenant… Sur ce théatre vertical, la chute n'est jamais loin. Danger.

    Katalin (Patkaï) a abandonné le « e » de son prénom, mais non la recherche du genre. Pièce sur pièce, la chorégraphe creuse inlassablement le sillon de ses thèmes et obsessions. Cela la range dans la catégorie des créateurs qu’il est passionnant de suivre, et pour lesquels le fond préexiste à la forme. La danse n'est qu'une étiquette, le corps un impératif. Son interrogation sur la féminité se renouvelle, que celle-ci passe par un dialogue avec la littérature (Sisters d’après Duras) ou sa mise en évidence par son complement et opposé (les figures mâles du rock dans Rock Identity).

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    Pas de jeunes filles en fleurs ce soir, si ce n’est une Eve sans feuille qui s'envole sur sa balançoire. Plutôt des mères, mais qui restent femmes. Qu’on ait vu la chorégraphe, il y a 2/3 ans, sur scène avec dans les bras une création bien matérielle n’est surement qu’une coïncidence. Le titre MILF signifie: Mother I’d Like to Fuck, pour mettre crûment les points sur l’acronyme. Comment, en s’appropriant ce terme pornographique, dire plus clairement au nom des femmes à ce stade de leur vie, leur volonté de reconquérir, ou réinventer leur sexualité? Concilier toutes leurs identités, ambitions et désirs. Etre artiste qui déclame Shakespeare, ou mariée en robe blanche, ou femme au foyer, et vivre son désir, quitte à le laisser exploser en bruyants orgasmes ou le tempérer les fesses plongées dans un réfrigérateur vintage. L’humour à froid déjoue les évidences.

    En dernière analyse, le désir se résout dans l’instinct, l’animalité. Les femmes prennent visage de biches, de sangliers, alors que la ménagère travaille la viande sans ménagement. On ne revient pas visiter la ferme des Cochons apprivoisés-mais où l’on voyait déjà un lapin se faire dépouiller- on oublie les utopies rousseauistes, pour des réalités plus crues et élémentaires. On assiste à des combats de mâles, à coups de bois de cerf. Le genre tangue, ébranlé. Il serait intéressant de vivre ce spectacle parfois sauvage, parfois vert, en pleine forêt, avec dans nos narines l’odeur de la terre. La lecture de la belle brochure du spectacle, une œuvre à part entière, nous emmène déjà dans ces territoires là. En attendant, et en guise d’adieu, chacune revient susurrer des confidences de Milf aux oreilles des spectateurs. On les garde pour soit. Il fait décidément chaud.

    C'était MILF de Katalin Patkaï, vu au Studio-théatre de Vitry.

    Guy

    Photos de Marc Domage avec l'aimable autorisation de Katalin Patkaï

     

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  • Marée Noire

    Nous les observons d’en haut, eux dans leur fosse, telles des espèces protégées. En maillots et serviettes, ils semblent plongés dans un sommeil mortifère, corps en villégiature écrasés de soleil. La vacuité en péril, instantané d’un quart d’heure avant l’éruption de Pompéi.  Soudain un grand bruit : la pluie noire tombe sans préavis. Au loin une fanfare joue pour un enterrement. En bas pas d’issue. Ils tournent sous l’averse. On sent que rien ne sera comme avant. Deux hommes s’affrontent, les trajectoires sont contrariées, la place mesurée. Le noir contamine l’espace, sans retour. La matière permet de nouveaux dessins à même le sol blanc et des rituels  autour d’un corps inanimé. Les gestes deviennent écriture, en de belles variations, qui ne laissent que peu d’espoir.

     

    Black Out de Philippe Saire vu le 6 décembre 2013 au Théâtre National de Chaillot

    Guy

  • Pourpre (lettre ouverte)

    Chère Christine

    C'est passionnant pour moi d'avoir pu voir trois moutures successives de Pourpre, et d'avoir chaque fois été surpris par les évolutions du projet.

    Surpris par l'effacement progressif des codes du burlesque, une prise de risque qui déplace à chaque fois la dynamique du spectacle, et les oppositions qui le traversent. J'en étais décontenancé.

    J'ai été très impressionné par la densité que prend ta présence, ton corps, de plus en plus, ce mouvement qui part du jeu pour aller vers la danse (pas dans un sens académique).  La force qui fait évoquer par d’autres chroniqueurs  le buto, l’état de stupeur, de somnambulisme

    C'est en tous cas intense, sur une voie grave et sobre, tu t'approches (mais est-ce atteignable ?) de la quintessence d'un érotisme dans la radicalité, pur (dur !). Quelque chose de dangereux. Loin des vulgarités des clins d’œil et des évidences. Je crois que c'est très difficile à réaliser, car il faut être sobre et être impudique à la fois, être à fond  en faisant peu, émettre puissamment sans excès de mouvement, être unique mais générique.

    Avec cette pièce, où en sera tu  à Confluences ?

    Bien sur à  bientôt

    Guy

    Pourpre de Christine Armanger, est joué le 8 et le 9 décembre au festival Péril Jeune à Confluences

     

    Teaser Pourpre from Compagnie Louve on Vimeo.

  • Viscéral

    Heure de la sieste, heure de digérer. Manque de sommeil. C’est dur d’émerger. Sur scène une étrange forme, matière molle, sans limites, envahissante. Comme un cocon qui pèse, un tube digestif textile. De dedans, la vie l’agite, grouille, informulée. Le son poisse, angoisse. Malaise viscéral. Dans la salle deux enfants pleurent. Sur scène, de la masse une main émerge, le corps suit. Libéré ou expulsé. La chenille vomie hors du cocon. Elle s’agite, née trop tôt dénudée. Vacille, par petits soubresauts qui sur la chair font des vagues. Vulnérable, elle cherche sa place. Elle danse malgré, de l’inconscient vers le révélé, me fascine. Je reste englué.

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    Last lost lust (extrait) de et avec Mathilde Monfreux, avec des scupltures d’Elizabeth Saint-Jalmes, vu aux journées Danse Dense au théâtre au fil de l’eau.

    Guy

    photo de Cyril Leclerc avec son aimable autorisation.

    last lost lust from carole on Vimeo.

  • Toujours ensemble

    Ensemble? Pas de siège pour le public dans cette salle, nous partageons l’espace de plain-pied avec les artistes, cherchons notre place avec eux. Les danseurs posent au sol une mer de plastique, l’agitent de vagues. Tempête. Je sens les coups de vent. Il n’y a plus rien qui tienne. Une femme s’y aventure, est ballotée d’une rive à l’autre, perd pied, ruisselle, lutte en vain, corps chahuté. La scène est violente, poignante, directe. Forte avec peu. La femme est nue, je pense au dénuement. Elle se noie, je pense aux migrants. Elle est rejetée par les autres des deux côtés, je pense à tous ceux qui ne trouvent pas de place. D’autres lui succèdent sur cet océan, les uns contre les autres, mais s’épuisent en courses et luttes intimes et fratricides, éperdues, sans raison. La dernière scène nous apaise, quand les danseurs nous font nous lever pour disposer partout dans la salle des ballons d’eau-nous redéfinissons ainsi l’espace avec eau. Puis ils rampent pour les éclater. Ils se regroupent, tribu de chair, nous autour d’eux. Le monde retrouve un peu de paix.

     

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    Pindorama de Lia Rodrigues, vu le 21 novembre au théâtre de la cité internationale avec le festival d’automne à Paris. Jusqu’au 26 novembre, puis au 104 du 28 au 30 novembre et à L’apostrophe le 3 décembre.

    Guy

    photo par sammi_landweer avec l'aimable autorisation du T.C.I.

    Sur le blog, à propos de Ce dont nous sommes fait.

    Et à propos de Pororoca

    Lire aussi Rosita Boisseau dans le Monde

  • Juliette et Juliette

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    Bulles à mâcher, bulles à claquer, pyjama rose et poses en douceurs, pas si loin l’enfance, mais bientôt le temps de se rencontrer. Elles s’évaluent nues, surprises et chairs à claquer, explorations en miroirs. Masculines, féminines, du portique tombent des choses molles, couleurs passées, des dessous où s’y glisser, s’y déguiser. Elles s’élèvent, flottent comme des bulles de savon, Juliette au balcon et Roméo réinventée, oiseaux moqueurs, cochons pendus et beautés détendues. Billie Holiday chante en prélude à une belle nuit d’automne, je digresse, et je régresse, je me régale lorsque Katalin Patkaï affine encore son ironie, son ton. Douce piquante, elle enchante.

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    Etape de création de Roméo et Juliette (titre provisoire) de Katalin Patkaï et Ugo Dehaes avec Katalin Patkai et Justine Bernachon,vu au Générateur de Gentilly dans le 19 octobre dans le cadre du festival Frasq.

    Guy

    Photos (droits réservés) avec l'aimable autorisation de la compagnie.

  • Aveuglé

    A travers l’effraction de l’oubli, je la voyais émerger des origines, ce nu(e) muet la découvre futuriste, forme frêle projetée dans un avenir glacé. Avec la même intensité, la même etrangeté. Sa nudité m’aveugle, et les lumières qui explosent en flashs, déchirent l’obscur, bien plus vite que nos pensées et font fuir les épileptiques. Lentement des torsions l’étirent encore, impudique, le corps scanné d’un laser vert. Pour l’identifier, la cataloguer, la réduire ? Impossible bien sûr, l’insaisissable s’enfuit vers l’asymptote de la nudité.

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    Nu(e) muet de Camille Mutel, vu le 18 octobre au théatre de l’étoile du nord.

    Guy 

    Photo (droits réservés) avec l'aimable autorisation de la compagnie Li Luo

  • Sujet imposé

    Le sujet de cette création, dont je vois ce soir la première partie, est la naissance. Rien ne m'aurait permis de le deviner. A la voir, cette danse constituerait un travail avant le travail, une préparation, une mise en condition... Je lis le sujet et je l'oublie, n'ose pas me raconter une autre histoire. Reste, et c'est déjà beaucoup,  de l'ivresse et de la fascination, devant des mouvements résolus et répétés, d'un corps bien campé au sol. Il y a de la force dans l'acceptation d'autre chose, cela je le ressens.

    Noli me tangere from Les Décisifs / Clara Cornil on Vimeo.

     

    Noli Me tangere de Clara Cornil, vu le 18 octobre au théatre de l'étoile du nord .

    Guy

    lire aussi Pose #1

  • On tourne en rond

    Le prologue nous a assourdis de coups de tambour, puis d'un déferlement sonore produit par les danseurs qui nous tournent le dos. Enfin ils nous font face, masqués, dépersonnalisés. Pas de communication. Puis ils tournent en rond, comme des damnés, ne s'autorisent que quelques variations. A lire la feuille de salle, cet enfermement, cette ronde carcérale a à voir avec la condition humaine. Il s'agirait de la commémoration d'une bataille, la malédiction des morts pèse sur les vivants. Je refuse. Mais suis coincé sur ma chaise, par la convention que j'ai acceptée de ne pas partir en cours de spectacle. Cette répétition, cette fatalité m'appauvrit, imaginaires bouchés. Yeux fermés, je tente de m'abstraire, de m'échapper. 

    Matadourou de Marcelo Evelin, vu le 14 octobre au théâtre de la cité internationale , avec le festival d'automne à Paris

  • Corps d'amateurs

    Si pour un amateur monter sur scène est un défi, y aller à poil, est-ce ajouter à la difficulté ou un moyen de se libérer? Les performeurs d’un soir rassemblés par Enna Chaton sont nus, la photographe n’est pas en reste, et il fait tellement chaud qu’il s’en faut de peu que les spectateurs eux aussi se jettent à l’eau. Mais ils restent sagement à observer, de plain pied, ces beaux tableaux vivants avec accessoires de cartons, plutôt naïfs, ironiques et bon enfant, construits de corps des deux genres en leur désarmante vérité, jeunes ou vieux, minces ou gros, fins ou musclés. Tous fiers et affirmés. La nudité est démystifiée. Chacun des spectateurs doit être consolé de ne pas se sentir soi-même un top model.  Et à la sortie on spécule pour savoir dans quelles conditions l’on consentirait de même à se dévoiler. 

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    Le corps de Corinne Dadat, 50 ans, femme de ménage, est moins performant selon les critères du spectacle vivant- tests objectifs de souplesse à l’appui- que celui de la danseuse Elodie Guézou. Mme Dadat le reconnait volontiers, mais juge son propre métier plus utile, bien que personne ne l’applaudisse quand elle nettoie les chiottes. Charmée par le lac des cygnes, elle esquisse ce soir quelques pas, d’une beauté soudaine. Qu’en est-il des gestes de son travail quotidien, pourquoi et comment les montrer sur scène? Les deux femmes s’y emploient ensemble : Corinne joue du seau d’eau et du Kärcher, Elodie s’engage de tout son corps, devient à terre serpillère humaine. La belle rencontre se fait, sans s’affadir de bons sentiments.

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    I feel Awkwad (Je me sens maladroit(e)) d’Enna Chatton et Corps de Ballet de Mohamed El Khatib, vu le 11 octobre à la Loge dans le cadre du festival Zoa.

    Guy

     

     

    Photos d'Enna Chaton et de Marion Poussier avec l’aimable autorisation de Zoa.

    Enna Chaton présente une autre performance, son nombre est rose, au festival Frasq le samedi 19 octobre (Générateur de Gentilly)