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danse - Page 10

  • Limite haute

    Il s’agit, si cela est possible, d’abolir la distance. Leïla Gaudin ici sur scène est SDF. S’y risque, avec engagement, implication, mimétisme. Epurée dans l'approche. Cette distance que dans la rue nous établissons entre nous et eux, la chorégraphe la dissout paradoxalement en la transportant dans la relation d’artiste à spectateur. Proche du regard, immédiate. Elle restitue intacte la présence si forte des invisibles. Se soucie peu de la distance à garder entre le modèle et l’interprète, des procédés métaphoriques. L’adresse au public est directe, documentaire, naturaliste. Il ne s'agit pas tant de danser. Naïveté disent les uns. Humanisme, honnêteté, nécessité, je crois.

     

    Danse, Leïla Gaudin, Danse Dense, La Loge

    Photo de Calypso Baquey avec l'aimable autorisation de la compagnie

    A la limite de Leïla Gaudin, vu le 12 avril au théâtre du Fil de L’Eau à Pantin, dans le cadre des journées Danse Dense.

    Guy

    Leïla Gaudin présente Errance, "version" nomade d' A la Limite, à la Loge du 24 au 27 septembre.

    Lire aussi sur le blog: Errance à Mains d'Œuvres

  • Plus grande ZOA

    ZOA (Zone d'occupation artistique) vous connaissez peut-être, ou peut-être pas.

    C'est un festival de danse contemporaine et de performance, accueilli par la Loge et programmé par Sabrina Weldman.

    Dans la foulée de la première édition, priorité et liberté seront laissées à des créations qui se voudront étonnantes, détonantes, inattendues...

    La deuxième édition se tient du 7 au 13 octobre, avec Mélanie Perrier, Christian Soto et Stéphanie Lupo, Clyde Chabot et André Eric Létourneau, Mohamed El Khatib, Enna Chaton, Eva Klimackova

    ZOA a besoin d'argent (aujourd'hui, est ce étonnant?)

    Si comme moi vous pouvez aider ZOA , beaucoup, un peu, cliquez: 

    http://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/zoa-zone-d-occupation-artistique-festival-de-danse-contemporaine-et-de-performances--2?utm_source=critsend&utm_medium=email&utm_campaign

    Parce que que donner pour ce que l'on aime fait plaisir, bien sur.

     Guy

  • Et pourtant ils tournent

    Carlson/Bartabas: belle affiche. J’attends une rencontre, de la beauté et de l’animalité. Mais la pièce, pour commencer, joue des dualités: opposition entre hommes (très hommes)-ils sont farouches et bruts- et femmes (très femmes)- toutes en robes et cheveux longs. Chevaux et écuyères forment aussi des couples, plus unis. L’espace s’organise d’abord en deux zones, partagé entre danseurs parqués au terme de courses dans un cercle intérieur, et cavaliers et montures qui tournent autour d’eux. La musique tourne déja.

    Pas d’échanges d’emblée entre danseurs et cavaliers, si ce n’est appréhension ou méfiance, aux lisières des territoires ainsi délimités. A l’intérieur, si une histoire est racontée entre danseuses et danseurs, celle-ci est loin d’être tendre. Les distances sont gardées, les rencontres brèves et nerveuses. Les femmes en abandon se jettent d’un seul geste dans les bras de leurs partenaires, portées, repoussées. En tension, sans résolution, ces motifs se répètent.

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    J’en oublie les chevaux et cavalières, qui tournent sans se lasser, comme les danseurs aussi au milieu. La partition de Philippe Glass s’entête en masses sonores et répétitions circulaires, matière à hypnotisme et crescendo.

    Je me sens gagné par le même détachement qui m’anesthésie lorsque que les moyens utilisés tendent à exacerber le spectaculaire. C’était le cas avec Olivier Dubois. Tous les corps se fondent dans le même mouvement aux allures de cérémonial, un ensemble (trop) parfait, et je ne me sens intéressé par personne en particulier, et ni par les chevaux. Les gestes encore sont répétés, amplifiés de corps en corps, la partition à l’unisson. Tout de même me touchent des traces d’émotions, mais d’une nature esthétique, je ne peux m’attacher à des personnages ni à une réflexion.

    Plus tard et pour le meilleur, les territoires s’interpénètrent, des chevaux investissent l’espace intérieur, les danseuses se dispersent autour en de nouveaux cerces de lumières. Les rencontres se produisent enfin, au plus près avec une sensation de danger. La musique est toujours omniprésente, soutient des paroxysmes. Les danseurs forment une sculpture de groupe, bras tendus, répercutée d’échos équestres. Quand des amazones poursuivent à cheval de leurs piques des danseurs en fuite, on devine une revanche des femmes, on peut construire un sens.

    C'était we were horses de Bartabas et Carolyn Carlson, à la grande Halle de la Villette.

    Guy 

    Affiche du spectacle, photo d'Agathe Poupeney

     

     

  • Corps et mots

    A terre. Elle, et tout Victor Hugo, en cinquante volumes éparpillés. Elle, son corps un tout ramassé, qui s’efforce à se déplier, peut-être souffre, à chercher. Un être à vue. La respiration anime son ventre, et tout alors depuis ce centre: remuent la peau tendue, les membres, les muscles, les chairs. L’âme est invisible et le visage caché, ou perdu. Les os saillent, les cheveux tombent à terre comme des pleurs. Densité et fragilité, complétude, et tout à remplir de pensées. Le corps est là, essentiel, et rien de plus. Lenteur dépouillée. Les livres l'attendent. Elle pourrait tout autant s’éteindre l’instant d’après.

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    Le corps tente de s’arracher au sol, mais elle se plie, se penche et les mains plongent, y ouvrent un livre. La bouche s’ouvre et les mots glissent, des interrogations métaphysiques. Une petite éternité. Les pensées s’envolent légères et planent, graves comme des ombres, en méditations. Le corps sensible dessine de mystérieux idéogrammes. Bientôt effacés. Elle reste une page à écrire: la peau blanche, le sexe sombre. En dehors l’animalité exposée, l’humanité des livres conservée en dedans, qui s’interroge et lutte. Des livres s'ouvrent et des mots à nouveaux. Une littérature grave, sans atours, mise à nue. Ces mots la rêvent, agitée, mais sans culpabilité ni regret. Corps et texte, nature et culture, peau et cuir, nudité et reliure. Ange et bête. Réconciliés? Elle se lève, cet équilibre, lentement conquis, est un vertige renversé, vaincu le pas d’après. L'ange tremble et porte le livre aux cieux. Où serait Dieu? Où est l’homme surtout ? Le temps n’est plus. Elle, attirée contre le mur de pierre, prisonnière ou sacrifiée. Une simple lampe l’éclaire. Brefs absolus. Rien n'est gagné. Je vois une lumière noire et c’est la nuit.

    C’est lumière noire dansé par Céline Angèle et mis en scène par Jean Daniel Fricker, textes de Victor Hugo, encore ce soir au festival Buto de l’espace culturel Bertin Poirée.

    Guy

    photo de Georges Karam avec l'aimable autorisation de la compagnie

  • La peau de loin, de près

    D’abord, loin

    La pièce s’ouvre sur une exposition muséale. Dans une lumière sinusoïdale, trois corps de femmes forment triptyque. Trois corps nus, assis, au fond du plateau, dans des poses qui sont des archétypes de sujet de tableau. Cela pourrait être Venus, Olympia ou un nu couché ou assis de Modigliani.  Sujets de tableau mais objets de peinture. Les visages des trois modèles sont floutés comme si le peintre était Bacon ou comme si ces femmes s’étaient fait rectifier le portrait par Photoshop. La lumière apparaît, disparaît et donne le rythme de cette exhibition. La musique est là pour mémoire. Entre deux intensités lumineuses, profitant de la pénombre, les femmes nues ont modifié leur pose dans un mouvement si lent qu’il en est presque imperceptible. Les tableaux se métamorphosent peu à peu sans que le spectateur ne puisse se souvenir du moment où cette métamorphose s’est produite.  Les trois femmes quittent leur triptyque lointain et viennent s’exposer à la lumière au centre de la scène. Elles prennent une nouvelle pose. Les corps apparaissent dans leur imperfection naturelle. Nos trois grâces ne sont pas des nymphes idéales.

     

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    Ensuite, partout

    Photoshop était un bas nylon ! Les trois femmes ôtent le masque fin qui recouvrait leur visage. Une première mue, qui n’est pas définitive car sous le premier masque chacune d’elle en porte un second, toujours un bas nylon. Cette mue sonne comme un acte de naissance. Les femmes ne sont plus des sujets de peinture ou idées de femme qu’un peintre aurait représentés sur un tableau mais elles sont devenues des êtres en mouvement. La chorégraphie lente et statique s’anime. Tout l’espace de la scène est conquis dans une série de déplacements apparemment sans contrainte mais finalement toujours bien ordonnés entre les trois protagonistes. Les femmes sont sorties du tableau où elles étaient confinées et les voilà pleinement actives. Affairées à participer aux rites collectifs d’une société invisible que le spectateur devine derrière ces trois corps. Affairées dans une communauté à accomplir leur destin individuel,  à trouver l’Autre et alors, la tendresse, l’amour et la sexualité mais aussi la confrontation qui oblige à se pavaner comme un paon.  Le second masque de nylon qui laisse apparaître leur visage déformé, de manière plus précise que le premier est le masque social, celui de l’interaction avec l’Autre.

     

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    Enfin, tout près

    Les trois femmes s’avancent sur le devant de la scène. Elles achèvent leur strip-tease en ôtant leur perruque et le dernier masque, celui qui déformait la vérité du visage. Les voilà, de nouveau immobiles,  faisant face de manière frontale aux spectateurs, enfin elles-mêmes après leur dernière mue, dans leur singularité et leur nudité cette fois irréductible. 

    C'etait Sous ma peau de Maxence Rey, vu à la Briqueterie dans le cadre de la biennale du Val de Marne.

    François

    photos de Delphine Micheli avec l'aimable autorisation de la compagnie

    Lire aussi: Sous ma peau, vu par Guy 

    Maxence Rey présente sa carte blanche à l'Etoile du Nord du 16 au 18 mai, dans le cadre de Jet Lag.

  • Deux mythes, une metamorphose

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    Elle trône femme, souveraine, ample et triomphante, tous volumes libérés. L’enfant est annoncé, mais non nommé, et le père absent. L’enfant encore n’est pas séparé mais pèse comme une partie d’elle. Il n’y a là à voir qu’un être, la future mère en ce paroxysme, sa force dédoublée par la présence en germe. Elle ne s'appartient plus entière, tout lui revient. Elle danse, d’ivresse, rend plus dense l’espace autour d’elle par ce trop-plein d’existence. La chorégraphe restitue par film ces images d’elle qui témoignent d’un moment si particulier. Je suis surpris et saisi de voir le thème si fort de la maternité abordé dans un processus artistique- et Katalin Patkaï l’évoquera à son tour quelques semaines plus tard. Je crois ce soir revoir des images d’une déesse de la fertilité, de la Venus de Willendorf, ressuscitée après des millénaires où l’image pourtant ommniprésente dans la vie quotidienne de la femme enceinte me semble disparaitre, à quelques exceptions près, de l’art occidental (la grossesse de Vierge semble si abstraite en peinture, sous la pudeur de ses drapés).

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    Mais c’est un faune, ou une nymphe, qui ensuite apparait en chair et en os. La même artiste pourtant, mais métamorphosée pour, à mes yeux, incarner un autre mythe, de l’antiquité, de la renaissance, de la danse. Le corps léger juste vêtu des mêmes fleurs, ici semblant adolescent, d’une finesse presque androgyne. Couverte de vert, première, se laissant traverser d’émotions élémentaires, je la vois comme une partie d’une nature ici immatérielle. Je pourrais entendre couler un ruisseau. Elle joue à la grenouille qui rêve. Ses bras font se balancer les saisons. Son équilibre est précaire.  Elle tire la langue, moqueuse et impassible, ignorante du péché, nargue les hommes et les dieux. Puis c’est l’hiver et elle tremble. Elle prend des poses statutaire, sa lenteur la sculpte. Dans la liberté d’une recherche toujours en cours, le sens de sa danse se laisse devenir un vaisseau des mythes.

    C'était, de Yasmine Hugonnet, le rituel des fausses fleurs (vu à Point Ephémère) et Fécond (vu à l'Etoile du Nord dans le cadre d'Open space et revu à Point Ephémère).

    Guy

    Photo 1 (droits réservés) avec l'aimable autorisation de l'Etoile du nord, photo 2 de Michael Nick avec l'aimable autorisation de la compagnie.

  • Fragments, grouillements, observations

    Dans sa nouvelle pièce, Sofia Fitas s’efface. Elle s’efface en tant que Sofia. Comme lors de la pièce Que Ser découverte l’an passé, les spectateurs n’ont pas l’occasion d’apercevoir son visage. Mais alors que Sofia nous apparaissait dans son entièreté verticale dans Que Ser, même si c’était uniquement de dos, elle ne livre dans cet Experimento 3 que des bribes d’elle-même. (dans l'imprévisible, obstinée, continuité d'Experimento 1 et d' Experimento 2)

     

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    Pour ce faire, elle s’impose la contrainte de se présenter emballée dans un immense sac plastique ! Nichée ou plus certainement empêtrée dans ce film noir, souple et informe, elle fait face à la difficulté de se mouvoir, paradoxe de danse.  Emergent du sac des portions de corps: au début un bras, rejoint rapidement par un autre, des extrémités de bras ensuite, ce qu’on appelle doigts, d’autres extrémités plus tard, celles des pieds, et aussi des cuisses, un genou, un dos. C’est un corps désagrégé qu’il nous est donné de voir. (Un autre ordre devient possible, un précaire équilibre). Le corps découpé en morceaux disparaît en tant que corps pour laisser la place à des abstractions plastiques que nous aurait livrées un peintre ou un sculpteur. Des abstractions organiques qui rappellent parfois les formes inventées par Jean Arp ou Salvador Dali, ou évoquent aussi un bouquet végétal d’où se dressent, si on y prête attention, d’étranges tiges qui ressemblent à des doigts humains. Des abstractions géométriques, quasi constructivistes, de carrés, d’ellipses, d’angles. (Une géométrie de l'étrange)

    L’humain a disparu de la scène. En quelques séquences, l’abstraction se métamorphose à son tour en évocations animales.(Ces grouillements m'inquiètent). Les formes issues du sac s’assemblent en d’étranges coléoptères rampants dont un représentant menaçant finit par s’échapper pour se réfugier dans une autre poche plastique posée sur le devant de la scène et y disparaître définitivement, marquant ainsi la fin de la pièce. 

     

     

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    Sofia Fitas joue avec ses formes et tel un sculpteur, elle y applique avec lenteur tout un jeu de forces, de tensions et de torsions invraisemblables dans un atelier qui n’a plus rien d’humain. 

    Pour accompagner cette prestation, une bande sonore mêle des sons indistincts où à tout moment l’atmosphère de sons urbains ou industriels peut s’entendre comme un bruit naturel de vent ou de vagues.  La lumière en clair-obscur est parfaitement au service du propos en privilégiant l’éclairage pointu de la portion de corps présentée plutôt que l’illumination de l’ensemble. 

    C'était Experimento 3 de Sofia Fitas vu à la Briqueterie, dans le cadre de la biennale de danse de Val de Marne

     François (et contrepoints en italique de Guy)

     

    Photos avec l'aimable autorisation de la compagnie Sofia Fitas

     

  • Le rouge et le blanc

    Pourpre revient à La Loge cette semaine, à partir de mardi (rediffusion du texte du 2/6/2012). 

     

     

    Il y a ce soir deux femmes, deux personnages, deux archétypes, deux corps, deux sensations…

    Un corps en chairs, rassurant de rondeurs, et un corps femme mais frêle, inquiet. L'un des personnage qui sur-joue, force les codes surannés du burlesque, l’autre qui s’aventure muet aux limites, ob-scène et hors-champs: sa trajectoire tend vers l’asymptote d'un impossible dévoilement.

    Il y a la lumière rouge qui enveloppe, aussi les flashs qui aveuglent, blancs.

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    Apparaissent un corps paré, et un corps nu: avec d’un coté une surcharge d’accessoires qui font diversion –bas noirs et frous-frous, trucs en plumes, caches tétons, portes-jarretelles... -, de l’autre une robe blanche, léger tissu qu’elle relève sur sa nudité crue. On entend sur un tourne disque d'avant The man I love, Blue reefer blues, et maintenant à la guitare des décharges electriques et boucles lancinantes, intemporelles.

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    Ici le tiède, là le glacé (ou le brulant).

    Soit des effeuillages de dentelles qui se dérobent soulignés de clins d’œil coquins, sinon l'obsession d'un regard fixe et impassible, un mouvement lent qui s’ouvre et s’offre sans retour. D’un coté de l’aguichement, de l’autre un déchirement. Soit l'art de la feinte, du simulacre, ou un geste d’’aveu et de défi, dans l'absolu abandon le violence se retourne.

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    L'objet, et le sujet.

    Il y a un corps qui joue au plus fin sur le terrain du regard et du pouvoir masculin, l’autre qui provoque hors des règles, suit son propre désir jusqu'au bout.

    ... quand le décor tombe, elles se rencontrent.

    C’est Pourpre, un spectacle de Christine Armanger, encore ce soir à La Loge.

    photos avec l'aimable autorisation de la compagnie Louve

  • Tout ça, c'est du cinéma (partie 2)

     

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    Geisha Fontaine et Pierre Cottreau jouent quant à eux, rassurants, au vrai faux documentaire. Pour partir chercher au Japon la trace d’un manuscrit de Spinoza… Et puis quoi encore? Plus qu'au sens propre, l’histoire se regarde à plusieurs niveaux, se goute comme une fantaisie philosophique. Le manuscrit perdu serait un traité d’optique. Il s'agirait pour nous d’exercer notre regard critique, au delà des apparences. Sur la plateau la chorégraphe est pour une fois vêtue selon son prénom, mais nous trompe de robes gigognes. Et plus tard, la Geisha n’est pas celle qu’on croit. Je renonce à m'impatienter, c'est une ballade. La narratrice, bonhomme et complice, nous mystifie. C'est une initiation, mine de rien, un chemin, parcouru à distance sur l'écran. L’enquête policière, de fausses en vrais pistes selon les lois du genre, est prétexte à nous inciter à changer de point de vue, savoir à quoi le monde ressemble vu à l’envers entre ses propres jambes. Les yeux trompent, les morales aussi, les nouvelles perspectives sont moins intenses qu'occasions de sourire.

     

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    C’était Les Yeux dans les yeux de Pierre Cottreau et Geisha Fontaine, vus au Centre National de la Danse dans le cadre du cycle danse et cinema

    Guy

    Photos de Pierre Cottreau avec l'aimable autorisation de la compagnie.

  • Tout ça, c'est du cinéma (partie 1)

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    La pellicule est rayée, granulée comme dans les songes agités d’un chien andalou, en noir, en blanc, en sang. Les images rescapées s’enrayent et défilent, boucles sur les trois faces du cube éventré-  sous les pieds de Veronica Vallecillo, derrière elle, tout autour. L’ailleurs s’entrouvre, s’écoule dans l’imaginaire.  Elle se déplie au centre, dans ce flux lumineux d'un autre temps. Joue de contrastes primaires et crus: visage de craie et bottes vermeilles, comme les lèvres. Le film est muet, inquiétant. Elle, tout autant. L’exercice: difficile, tendu, extravaguant. Pas un son, pas un souffle. Rien qu’un silence insoutenable. A nous retenir sans respirer. Mais les images ont un rythme,  les pensées s’agitent. Comme son corps d’un flamenco outré, vital, qui sans sons enrage. Qui laisse imaginer douleurs et révoltes. Et puis à l’intérieur on devine les battements du cœur. Les images l’entourent et la soulignent, une prison ou une salle de danse, dessinent de fausses portes. Il ne reste que vertige farouche, sardonique, intense. Ca me heurte mais ça me parle.

     danse,veronica vallecillo,centre national de la danse

    C’était le vrai-faux film muet qui vous parle de Veronica Vallecillo, vu au Centre National de la Danse dans le cadre du cycle danse et cinema.

    Guy 

    photos par Elise Boual avec l'aimable autorisation de la compagnie