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performance - Page 4

  • Je baise les yeux (je n'ai pas trouvé de meilleur titre pour ce texte que celui de la pièce)

    Alors que s'installe l'assistance, les trois conférencières déja assises discutent à mi-voix, dénudées derrière la table, l'air de rien et seins à l'air... Cette entrée en matière nous place dans la perspective d'une pièce de danse contemporaine débribée, la feuille de salle suggère une performance aux développements plutôt intellectualisés, les premières minutes nous installent dans la fiction d'un talk show télévisé avec des professionnelles du strip-tease... Il s'agit un peu de tout cela à la fois, et aussi d'un drôle de canulard qui nous prend à contre-pied, comme l'annonce la barbe postiche de mlle Gaëlle Bourges et ce titre à retourner en tout sens: je baise les yeux.

    Au premier degré, on écoute les effeuilleuses invitées. Elles témoignent sur un mode documentaire auprés de l'animateur des réalités du théatre érotique. A savoir les conventions du strip tease en tant qu'acte spectaculaire, les conditions économiques de l'exercice de ce métier, les relations de travail et motivations personnelles des artistes, la sociologie et la psychologie du public, ainsi de suite... La bonne nouvelle, c'est que traités à juste distance, avec quelques ruptures déconcertantes, ces échanges sont décalés et hilarants, et les rôles savoureusement bien distribués. Gaspard Delanoë plus que parfait en interviewer pédant et féru de références culturelles hors de propos pour réhausser les évidences. Les trois performeuses se distribuent les rôles du jeu, de la généreuse candide à la contradictrice systématique. Le débat s'épice pince sans rire, et l'on se rend compte que les platitudes qui sont dites n'en sont pas moins des vérités. L'ironie n'est elle ici qu'un habile moyen pour y nous sensibiliser?

    L'exercice risquerait pourtant de lasser sans les travaux pratiques...Nous surprend alors un nouveau renversement: puisque que la conférence est nue, les strip-tease resteront habillés, les attentes du public déjouées. Chacune se révèle dans son style. Gaëlle Bourges dans une recréation effrénée de Saturday Night Fever en talons aiguilles, Marianne Chargois en contorsionniste à la fois poétique et provocatrice, Alice Roland en créature de cuir et de chaos.... Derrière les codes aguicheurs et les poses explicitement sexuées se profilent des imaginaires érotiques singuliers, et de fulgurantes affirmations chorégraphiques. La lecture à plusieurs niveaux de leurs paroles et de leurs gestes s'enrichit dans l'ambiguité lorsque l'on considère que les trois interpretes pratiquent professionellement le strip tease... Mais à l'issue de cette performance drôle et fine, focalisée sur l'ailleurs d'un théatre ouvertement libidineux, est paradoxalement occulté une interrogation inhérente à la situation qui vient d'être vécue: la place de l'érotisme dans le cadre d'une performance contemporaine.

    C'était Je baise les yeux, m.e.s. par Gaëlle Bourges, avec Alice Roland, Gaspard Delanoë, Marianne Chargois, Gaëlle Bourges, à la Ménagerie de Verre.

    Gaëlle Bourges est en résidence à Point Ephémère, et crée en mai La Belle Indifférence aux rencontres du 9-3

    lire aussi télérama et les trois coups

  • Performances ?

    Les performeurs de New York City débarquent ce soir à Vanves, sur une "plate-forme transatlantique de performances". En premier: Trajal Harrell. Je suis rebuté par la feuille de salle, hermétique et ultra-référencée: "Que se serait-il passé en 1963 si un participant de la scène voguing de Harlem s'était présenté dowton pour se produire aux côtés des premiers post-modernes du Judson?" Il est vrai que je ne m'étais jamais posé cette question avant. Je n'ai pas la réponse en regardant le performer se rhabiller 20 fois d'affilée pour se composer un nouveau look à chaque fois. Cela dure 50 minutes. Ce systématisme conceptuel me parait au début assommant. Las quand je constate que l'on en est qu'au 3° carton seulement. Mais je retrouve de l'intérêt à l'exercice au moment où Trajal Harell s'incarne dans ses rôles avec une intensité communicative: alors il joue, il mime, il danse....

    Milka Djordjevich  est sur scène dans le noir. Silhouette blanche et deviné, elle éclaire d'une lampe de poche des fragments de sa nudité. D'un bout à l'autre du plateau, arrétées, des poses minuscules. On s'habitue à l'obscurité. Puis la lumière se fait. Le plateau est nu, la performeuse est habillée. La suite, c'est de la danse (contemporaine). Et toujours bienvenue.

    Idem pour Liz santoro et Gilles Polet,  en un duo qui part d'un balancement lent pour aller crescendo, corps ondulant et regards fixes, et se poursuit sur un rythme déglingué à tenter de se faire tomber l'un l'autre....Mais je regarde et à chaque nouvelle proposition la question de la classification continue à me parasiter. C'est assez obligé, de la manière spécifique dont a été annoncée la soirée. Si on me demande ce qui caractérise une performance, je ne saurais pas l'expliquer rigoureusement. Les définitions, je les laisse à mes amis universitaires distingués. Ou à tout volontaire plus bas en commentaire. Cependant je pense pouvoir plus ou moins reconnaitre ce qu'est une performance, ou non. Quand Gaël Depauw fait maquiller son corps nu en huis clos par un spectateur à la fois, c'est de la performance. Quand Eléonore Didier danse deux heures (nue ou pas) pour un spectateur unique, c'est de la danse, je crois. Même si beaucoup s'appliquent encore à lui expliquer qu'elle fait des performances.

    Puis, comme par intrusion, un jeune homme se tord et chancèle, torse nu, bouche baillonnée, mains comme ensanglantées. Il tombe, éperdument. Sur son corps le rouge se répand, on entend des bruits de manifestation, de colère, de coups de feu, il s'obstine à se relever. Un appel à la prière et des sons de tambours: il tourne sur lui-même à l'infini, arrache son bâillon et crie "liberté". Afshin Ghaffarian, torturé là- bas et réfugié ici, vient d'Iran où il lui est interdit de danser. Une performance, je ne sais pas. C'est vie, la vraie.  

     

    Guy

    C'était la soirée Focus NY d'avalanche sur Pompéi d'Artdanthé, avec "twenty looks or Paris is burning at the Judson Church(s)" de Trajal Harrell dramaturgé par Gérard Mayen, Study N°1 (light), (kris kross) & (action) de Milka Djordjevich, En Dash de Liz Santoro & Gilles Polet, et Afshin Ghaffarian.

  • Qui crâne?

    Les créations de cette compagnie me posent problème, tant elles me semblent jouer en creux avec les attentes et les réactions du public. Au détriment du fond, de l'affirmation? Ces propositions (provocations?) m'inspirent prolixité, scepticisme, ou emportements polémiques, c'est selon. L'accent étant tant mis sur la relation, risquée et tenue, que le contenu souvent s'évacue, me laisse avec la peur du vide. X-event 0 pousse jusqu'à un point extrême ce déséquilibre. Mais pour le coup ce n'est pas le cas ici, pour un projet on ne peut plus lisible. Le point d'arrivée est d'avance annoncé: la reproduction en corps d'un motif de tête de mort, une vivante vanité (dont on peut considérer les inspirations avec des lunettes rouges). 

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    Pas de surprise possible: au mur une video témoigne de la prise d'une photo identique, la cible. Mais c'est la manière complexe et imprévisible dont les danseurs vont parvenir jusqu'à cette image-cible qui constitue la performance en tant que telle, et tout autant nos efforts de spectateurs pour trouver une lisibilité à leurs actions. Dans ce sens l'expérience est ouverte. Le terrain de représentation est constitué d'une salle entière d'exposition, le public en demi cercle, plus ou moins. D'autres spectateurs au balcon. Les sept danseurs tendent à s'échapper du centre, et déborder les espaces d'observations, nous incitant à nous déplacer à notre tour. Ils bougent de temps en temps de quelques mêtres, vers l'immobilité, de stations en stations. Ils s'allongent alors, dans de telles positions, qu'on pourrait croire qu'ils se relaxent ou s'échauffent plutôt qu'ils ne commencent la performance. Il faut avoir la photo du crane en tête pour comprendre que chacun des sept compose déja l'un des élements de cette construction, mais pour le moment séparés. Le public est silencieux, discret, ne se déplace pas vraiment. Il y règne ici plus de recueillement que dans une église pour un enterrement. Le lieu d'art contemporain est blanc comme la mort, dépouillé. Au mur, ou dans la salle, des œuvres raréfiées. Qui passent au second plan derrière les mouvements vivants. Les danseurs sont vétus d'abord, de sportwears colorés. Puis dans un ordre dispersé ôtent et remettent bas et hauts. Leurs déshabillages et rhabillages mesurés font basculer l'entreprise et ses enjeux du coté de l'économie de l'érotisme. D'autant que le nu est attendu, annoncé par la vidéo. Pour s'agencer en un symbole funêbre, c'est la promesse d'une riche opposition. Je ne sais si elle sera tenue. Et les corps en jeu sont jeunes et beaux, filles et garçons. Des corps non désirants pourtant, froids, non agissants, utilisés, ramenés à l'état de matériaux sans cesse ré-agencés dans la construction du tout. Leurs regards absents. Dans cet espace blanc, des signes. Mais que je peine à déchiffrer, de plein pied avec les danseurs. Un mur sépare partiellement la salle en deux, empêche à partir d'un même poste d'observation de tous à la fois les considérer. Est-ce une occasion perdue pour méditer? Mon attention se fixe de moins en moins sur leurs déplacements, se lasse de cette poursuite, je me hasarde à la mezzanine, à la recherche d'un point de vue d'ensemble, plus vertical. Cela me permet distinguer d'en haut les figures, qui tendent plus ou moins vers un agencement. D'ici c'est plus intéressant, organique en sens, ces formes se font et défont, entropiquement, et sans donner le sentiment d'une intention. Plutôt d'obéir à des lois physiques. Il y a à entendre une rythmique sous- jacente, qui berce ces allers-retours, ces répétitions. Mais je m'en lasse aussi, redescends. Pour alors constater qu'une forme est enfin constituée, l'état stable, rassemblé.

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    Sauf que l'image est d'ici intelligible, voire le déclencheur d'interprétations incongrues: une orgie pétrifiée? Des figures animales rassemblées pour se réchauffer? Un charnier? A l'horizontal il n'y a que des nudités et des détails immanimés. Avec retard, je devine le crane sous les chairs. Pour le saisir, je retourne au balcon. Trop tard, les danseurs se dispersent déja, comme repoussés les uns les autres par des forces magnétiques. Seuls.

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    L'image funêbre s'est décomposé. Il ne subsiste que le fantôme de la forme, dans le vide autour de la danseuse du milieu. Gisante. La dissolution ne se produit pas d'un coup, progressivement, les élements survivent un peu, les corps peu à peu rhabillés, de retour vers le quotidien, l'activité. Pour se disperser parmi les spectateurs. C'est un retournement inattendu du symbole. La sensation me faisant toujours un peu défaut, pas déprimé pour autant, ni convaincu de la vacuité de l'existence, je cherche le sens. La morale de cette vanité. Je ne sais si cet art est mort ou vivant.

     C'était piece en sept morceaux, des gens d'Uterpan, au centre d'art contemporain de Bretigny 

    Guy

  • Just a Dream

    Dans la performance de ce soir c'est à notre tour de trouver notre position, d'en changer au gré des stimulations. Etre où il faut, discretement  empressés, hésiter, attirés entre différents pôles d'attraction, placer et déplacer nos regards dans ce cadre qui nous attend, beau et étrange, pour s'animer.

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    Ensemble, les uns par les autres dans ces mouvements influencés, mais sans pourtant entre nous vraiment communiquer, pour aussi y imaginer ce qui lie ces artistes pour un soir rassemblés, nous penétrons la pénombre. D'un quasi conte de fées, dans la profondeur d'un rêve. Les formes immobiles sont autant d'énigmes. Au mur de la lumière et l'eau, des sons sous-marins. Une femme est allongée. Figée, sauf sa voix: en blanc c'est une femme clinique, aux angles aigus. Son recit fuit, elle plonge au mur, se noie, les voix, elles aussi, se noient dans la confusion. Quelque chose émerge de l'inanimé, d'un amas de papiers, c'est un personnage emballé et maladroit, un objet télécommandé qui répond à des instructions tranchées, suivi par nos mouvements de foule. Nous l'entourons. Il obéit d'avant en arrière, dans ce cocon le désir est enveloppé, et cette enveloppe gonflée par une respiration. Tout est caché. Des sons viennent de partout, et des images, qui sur le blanc s'impriment. Puis le rouge gagne, pour une naissance lente, déchirée. Elle est noire dedans, cheveux argent. Son double la rejoint. Cela pourrait être de la danse ou le début d'une histoire. L'espace est ouaté.

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    Eveillée par notre attente, une femme sort du sommeil, défait l'infini echeveau de ses cheveux, soyeux, oeuvre sans se piquer le doigt, caresse un impossible instrument de musique. C'est une harpe à lames, aquatique, aux sons qui nous entourent, flous. Une femme miroir aux gestes peut-être buto nous renvoie d'autres images oniriques. Le rêve s'enfuit, dehors à Gentilly il fait nuit.

    C'était Killing the flirt, performance gestuelle et multimedia d'Anna Ventura: collaborations avec Serge Courtinat (No swimming pool), Camille Benecci (Isi et C in the box), Karinn Helbert (Poupée Kantor) au Générateur, dans le cadre du festival Frasq

    Guy

    photos (Droits réservés) avec l'aimable autorisation d'Anna Ventura

    ici le blog de Frasq

  • In and Out

    Nous sommes déja entrés, assis, installés. C'est à elle d'y trouver sa place, dans ce lieu, s'y glisser et y être, dans cette espace imprimer une trajectoire, des impressions, des idées. Le contexte reste de pure réalité, en lumière neutre, non théatralisé. Elle propose à l'un d'entre nous de tenir une camera: devenir participant en restant spectateur. Puis crée sa performance à vue, sans plus de moyens que son corps et quelques accessoires, pour ainsi dire à mains nues. L'artiste se tient à la lisière des codes: la quarantaine pincée ne détonne pas dans cette galerie d'art. Ni ses vétements chics, mais ils sont lacérés, ouverts sur sa chair: une première brêche qui déchire la normalité.

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    Sur son visage des peintures, aux murs des oeuvres furieuses, transgressives, crues. Au sol est construit un cercle, mais sans qu'elle y soit enfermée, et sur le coté des rideaux de couleurs. Elle les traverse aussi, y reste entre-deux comme retenue, encore, longtemps, y revient attirée. Tout notre plaisir se maintient et se tend à ne rien savoir, ne pas pouvoir anticiper ces actions qui semblent s'improviser dans la dynamique inconnue de celles de la veille et celles du lendemain. Puis on interprête, plus ou moins. En fond sonore un discours sur la performance, que l'on oublie d'écouter, comme pour ignorer une concession à cette auto-complaisance sans doute consubstantielle au genre. Notre incertitude est adoucie par sa danse, accroupie, à terre, allongée, de retour dans le cercle, puis au delà.

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    Elle se rapproche parfois, trés près de nous, comme pour venir nous chercher, puis retourne interroger les limites d'à travers les rideaux. Peu à peu, sans se forcer, elle a changé, s'est défigurée, est passée de l'autre coté. Elle a rempli le cercle d'eau: il faudra qu'elle y retourne s'y plonger, mais que fera-t-elle (sur son corps) de ces bonshommes de papiers? Pour encore se transformer. De son corsage elle extrait une cigarette, en inspire-expire la fumée. Est-ce aujourd'hui cela se mettre en danger, s'engager? Sous la jupe elle est nue. Discretement (oserait-on écrire), mais nue et sans filet: ici mise en jeu aussi. Et celà abolit une autre frontière entre le regard public et le corps privé, entre le dedans et le dehors.

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    A travers une large baie vitrée, la galerie elle-même est ouverte à la vue des passants: dehors le monde entier, ou sa possibilité. Elle change, et donc le monde juste un peu. Un moment, elle sort, dehors. Pas longtemps. Dedans, l'inconscient gagne du terrain, alors que dans le cercle inondé, elle se transforme en sirène aveuglée. Ou en tout autre chose, selon les imaginaires. Mais elle devient une figure héroïque, pour le moins.

    C'était une étape de Corps en Papouasie, serie de performances de Christine Renée Graz, à la galerie Deborah Zafman, dans le cadre du festival Frasq. Frasq se conclut ce dimanche au Générateur, avec la performance culinaire de Kataline Patkai, déja vue au Regard du Cygne.

    Guy

    images vidéo de Véronique Godé-Orevo, avec l'aimable autorisation de Christine Renée Graz

    Ici le blog de Frasq

  • Mildred Rambaud: la femme et l'objet.

    Avant, glaise et peau ne faisaient qu'un, ici ce soir l'objet est de papier, blanc plié, sec, net, extérieur, delimité. Pourtant en continuité avec la robe immaculée, toujours tenu au corps, tout contre, lié. Il semble un prolongement protéiforme: vêtement, fardeau, membre, aile, paravent... 

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    Un objet chéri, précieux, une pensée matérialisée, un double inerte, un être aimé... Qui des deux se fait prisonnier de l'autre? Notre regard avec le corps dans la blancheur confond l'objet, abolit les limites entre eux. Dans ce trouble, peu de mouvements. Sur ce peu d'espace un lent renoncement: le corps inquiet porte l'objet, dans l'inconfort, le regard abandonné le long d'un chemin de croix détaché. De stations en stations, ce transport d'émotions ne dure que dix minutes d'une sourde lenteur, contenue, entretenue dans l'espace sonore par des pulsations engourdies. Le poids du papier s'accroit jusqu'au déséquilibre, la tête penche, dans un vertige contagieux, le corps plie aussi. Jusqu'au sol, toujours portant le papier plié, lui s'ouvre et se déploie en corolle au coeur des jambes nues. C'est d'une simplicité résolue, d'une puissante évocation.

    C'était Porter papier plié de Mildred Rambaud, créé à Point Ephémère, revu dans le cadre du 54e salon d'art contemporain de Montrouge, à la Fabrique.

    Guy

    lire aussi: pot.

    Photo (D.R.) avec l'aimable autorisation de Mildred Rambaud

  • Gyohei Zaitsu livre la danse à domicile

    "Je viens danser chez vous''
          - livraison de danse butô en domicile par Gyohei Zaitsu-


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    Mesdames, Messieurs,


    En 2008, j'ai dansé une cinquantaine de lieux en plein air dans la ville de Paris, sous le nom du projet '' Une tache sur la terre de Paris''. 

    J'ai l'intention de continuer ce projet (car il y a encore des lieux qui me donnent envie de danser), mais je voudrais lancer un nouveau projet en même temps pour cette année 2009.

    Dans le projet '' Je viens danser chez vous'', je voudrais apporter mon corps dansant chez un individu (ou ailleurs, selon la demande) comme une livraison de toutes autres matières.

    Ca fonctionnera sur rendez-vous entre vous et moi, donc appelez-moi ou envoyez-moi un e-mail pour prendre rendez-vous si cela vous intéresse.

    Je viendrai danser pour une seule ou plusieurs personnes. Le prix de la livraison n'est pas défini. Il peut être payé selon vos moyens (l'argent, le repas, l'objet, e.t.c...).

    Je crois encore à la valeur de l'art vivant et de l'échange direct dans notre société. L'art vivant est souvent mis à part (dans les théâtres, expos, ou sous forme de spectacle de rue, e.t.c...), mais il pourrait apparître n'importe où.

    Si vous voulez voir autre chose que la télé ou le DVD à la maison, n'hésitez pas à me contacter, s'il vous plaît.

    Cordialement,

    Gyohei Zaitsu (danseur du Butô)  email
  • Slat: Maki Watanabe indomptée

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    Au début c'est confus. A travers une bâche, à peine vu. Nous, tout contre la bâche, à guetter. Dans l'obscurité. Des bruits par attaques, des ombres qui passent. Des menaces percussives et diffuses. Une forme à quatre pattes. Animal et femme, enfant sauvage. Tunique et hirsute. Juste éclairé par la lumière balancée d'une lampe tempête. Paniqué. Bondit, gratte le sol des mains, des pieds. Rejette l'écuelle. Gestes de chat hérissé. Autour des hommes passent. Fouets. Tout est aussi menaçant que vu à travers les yeux de l'enfant. Puis avec toute la mauvaise conscience de visiteurs d'un zoo humain, fascinés, quand nous montons au premier étage de l'échafaudage pour découvrir la scène d'en haut. Qui a changée. Lumière. Le silence se fait et elle se lève, femme désormais. Un éveil. Sur ses deux pieds. Le visage noyé de cheveux et de larmes. Toujours plus vers le haut. D'une beauté première. Des cloches sonnent, pour marquer le début de la conscience, le commencement du temps. Les hommes eux se sont courbés. Elle se redresse encore. Elle monte plus haut, grimpe l'échafaudage. Jusqu'à nous toucher. Pour aprés retomber. Dans une animalité dansée qui nous stupéfie. Elle emportée sans retour par les pulsations des percussions. Tout autour d'elle et hors d'atteinte, des manifestations dérisoires de civilisations: une femme sophistiquée qui vocalise et babille. Drôle et voué à l'inintelligibilité. Des parades et fanfares, tambours et accordéons, qui se mélangent dans notre esprit, et celui de l'enfant sauvage, jusqu'à se décomposer.

    C'était Slat, créé par Tevor Knight, chorégraphie de Gyohei Zaitsu, lumières et installation de Paul Keogan et Alice Maher, dansé par Maki Watanabe, joué par Rebecca Collins, Robbie Harris, Julie Feeney et Trevor Knight, au Centre Culturel Irlandais. Encore ce soir, vendredi.

    Guy

    P.S. : Claude Parle était là (en spectateur), nous a posté ses impressions:

    Victor–Maki ou de l’Aveyron à l’Irlande …

     

    Tout d'abord, ce qui force le regard, c'est l'évidence qu'il ne nous sera rien donné ni épargné ! ! ... à travers un plastique perforé, sans doute eu égard à ceux qu'un oubli fâcheux à privé de lunettes ! ! ...à travers ce plastique blanc opaque et indifférent, les “auditeurs“, parqués dans un étroit couloir , entre bêtes à l'abattoir et voyeurs prévoyeurs d'un de ces attractifs spectacles de foire où patientait une foule excitée et bruyante dans l'attente du "monstre" piaffant tandis que se vidait le précédent troupeau ...

    A force ...on finit par coller presque sans répugnance au plastique pervers pers-foré ...

    On découvre avec malaise un de ces cas d'animalité...mi fauve mi humain ...

    comme les sombres ménageries les jours d'été où l'orage menace ...

    Le sol est ocre, manque juste la poussière et l'odeur ...les fouets, les claquements étranges, les ombres furtives tout y est ...rhombes, tuyaux, wood blocks  et autres bruissements percussifs ...La bête captive d'une pauvre lampe à filament oscillante mue d'un vent fou ou bien d'un improbable tangage ....Quelquefois, un garde s'en empare puis la relance l'abandonnant au délire de la bête ...bête ruante, gémissante, courante animalité entée sur un torse humanoïde ...

     

    Enfin les portes s'ouvrent ...ou plutôt les escaliers ! ! ...

     

    On monte sur la plateforme d'un praticable qui entoure et autorise une vue plongeante sur la fosse où croupit la créature ...

    Des sonorités plus prégnantes apparaissent, voix, nappes de synthés, polyrythmies ...peu à peu, les percussions se font plus pressantes, plus incisives ...

    La performance, de fait repose presque entièrement sur les épaules de la danseuse ...

    Il faut tenir ...le rythme se noue, s'intensifie jusqu'au paroxysme ...

    Apparaissent trois doctes personnages, ithyphalliques, inertes, jaugeant, consignant ...

    N’oublions jamais l'irruption de la norme dans le pathologique mes frères ! ! ...mais, quand donc au juste tout cela a t-il bien pu commencer ? ...

    La danseuse progresse vers la verticalité jusqu'à l'exaspération ...

    Finit par se hisser à la hauteur des voyeurs ...qui ne la voient cependant pas ...plus qu'elle ne les voit ...

    En bas, les manifestations se succèdent dans un mélange de grotesque et de représentation, apparaît aussi un personnage de femme vocalisant puis se déréglant peu à peu, masque déformé par l'émotion, la violence, les glossolalies virant à l'imprécation, rires virant au grotesque, succédant aux pleurs soudains, ravagés à leur tour par quelque éructation suivie, je veux dire poussée par un babil se muant en rage ...Images, clichés de la folie, de l'hors norme, ou jeux de la vie sur fond d'obscénité ?

     

    Maki, en bas finit par s'immobiliser ...

    Finit par se baptiser elle-même de son propre amnion ...

    Finit par s'assoupir centrée sur elle même ...

    Finit par absorber la lumière ...

     

    Dans l'obscure itée ..(“ita est“ ! ) les spectateurs ont décidé de la fin et tapent des mains bruyamment !

    Tout le monde se salue ...dans la lumière revenue tout cela descend les marches ...

    Tout cela se retrouve donc en bas ... "Le voyageur épris au piège" ...

    Jean Pierre* ? tu nous attendais là ? ! avec Victor ? ! …

    ...

     

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    * = J.P Duprey

     

  • 13 août 2008 - Rue du docteur Leray

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    C'était Gyohei Zaitsu.

    Guy

    P.S. du 2/9: les photos par Jerome Delatour du 15 août sont ici son chronique est là, et le récit de la performance du 23/8 sur Neigeatoyko

     

  • Quatre Performances

    Première performance: un jeune homme projette un film sur un écran blanc. Il est assis à une table. Il utilise un vieux projecteur. Les couleurs sont délavées. On voit des paysages. On voit une voie de chemin de fer. On voit des ruines. On voit des personnages. On voit l'image du jeune homme. L'image du jeune homme danse sur l'écran. Le vrai jeune homme danse devant son image sur l'écran. Il y a une musique. La musique est emphatique. L'image est fixe. L'image est l'image d'une pellicule brûlée. Le jeune homme colle une bande de papier sur l'écran. Il n'y a plus rien sur l'écran.

    Seconde performance: La performeuse sort dans la rue. Elle met un truc avec des plumes. Elle est très maquillée. Elle enlève son jean. Elle porte des collants et un string. Elle est habillée en danseuse de revue. Elle met en marche un lecteur de cd. La musique est exotique. la performeuse fait des pas de danse. Elle sourit d'une manière forcée. Elle part dans les rues de la Goutte d'Or. Elle danse en marchant. Les spectateurs accidentels sont noirs. Ils sont jeunes. Ils sont bruyants. Ils sont excités. Ils sont étonnés. Les spectateurs intentionnels sont blancs. Ils sont silencieux. Ils sont plus vieux. Ils semblent calmes. Ils ne semblent pas étonnés. La performeuse s'arrête sur un chantier de voirie. Elle met en marche des voitures de police-jouets. Elle plonge sa tête dans le sable. Elle ne bouge plus. Elle sort la tête du sable. Les spectateurs intentionels applaudissent. Elle revient à l'Olympic café.

    Troisième performance: il y a quatre performeuses. Elles performent au sous-sol. Elles sont habillées de noir. La première performeuse est devant une table. Elle ne peut pas s'asseoir. Elle est attachée par son chignon à une corde. La corde est attachée au plafond. Elle lit à voix haute un dictionnaire franco-japonais. La seconde performeuse savonne son costume noir avec du savon blanc. Elle enlève son costume. Elle est en sous-vêtements. Elle savonne son corps blanc avec du savon noir. Elle met du typex sur ses ongles. Elle noircit son visage. Elle remet son costume. Elle met une perruque. la perruque cache son visage. Elle quitte la salle. Elle fait un tour au bar du haut. La troisième performeuse est devant une table. Elle peigne une peau de mouton. Elle parfume la peau. Elle utilise différents accessoires. Elle fait des tresses à la peau. Elle porte des tresses noires aux joues et au menton. La quatrième performeuse porte des salades. Elle monte sur un bar. Elle s'allonge face au bar. Elle se couvre de salades. Elle pose des escargot sur la salade. Elle pose des escargots sur son costume. Elle pose des escargots sur sa tête. Elle plonge sa tête au bord d'une boite de plastique. La boite est remplie d'eau et d'escargots. Elle ne bouge plus. Les quatre performeuses performent en même temps. Les spectateurs bougent d'une pièce à l'autre. Les spectateurs ne parlent pas.

    Quatrième performance: une femme danse.

    C'étaient les performances d' Art_tuilage 6 du C.R.A.N.E. à l'Olympic Café. Avec (1) Yoshitsugu Tsukamoto. Avec (2) Edwige Mandrou. Avec (3) quatre performeuses dont on a pas noté le nom sauf celui de Lea Le Bricomte qui figurait au programme. Avec (4) Isako Wakao

    Guy

    P.S. : quelques photos d'une version rurale de la performance d'Edwige Mandrou, ici

    Re- P.S. : la version urbaine: ici.