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performance - Page 4

  • Actions à la carte

    Mirea Arnella propose au public de tirer des cartes, chacune de ces cartes détermine une performance qu’elle exécutera. Les spectateurs sont responsables, ce jeu est-il anodin? La performeuse s’offre dans un rapport de séduction, souple et fine, voix douce, coiffée/vêtue d’un noir entre domination et soumission. Les performances dressent ensemble le catalogue allusif de pratiques pornographiques: consommation de boulettes de viande jetées au sol, bouche déformée par des billes de bois,  tuyau d’eau dans la gorge et liquide jaillissant sur le visage, fleur plantée dans le fondement…  Le public peut se sentir piégé dans ce rapport avec l'artiste, en apparence de soumission de celle-ci, plutôt de manipulation de sa part car né de l’invitation initiale à tirer les cartes. Pourtant alors que la performeuse s’est laissé tomber en arrière à plusieurs reprises face au public, une femme se lève et spontanément se précipite pour empêcher une nouvelle chute. Libéré de la boucle, un rapport nouveau s’est instauré.

    Ohh Fortuna !!! de Mirea Arnella au générateur de Gentilly dans le cadre du festival de la performance  Frasq. 

    Guy

  • Corps d'amateurs

    Si pour un amateur monter sur scène est un défi, y aller à poil, est-ce ajouter à la difficulté ou un moyen de se libérer? Les performeurs d’un soir rassemblés par Enna Chaton sont nus, la photographe n’est pas en reste, et il fait tellement chaud qu’il s’en faut de peu que les spectateurs eux aussi se jettent à l’eau. Mais ils restent sagement à observer, de plain pied, ces beaux tableaux vivants avec accessoires de cartons, plutôt naïfs, ironiques et bon enfant, construits de corps des deux genres en leur désarmante vérité, jeunes ou vieux, minces ou gros, fins ou musclés. Tous fiers et affirmés. La nudité est démystifiée. Chacun des spectateurs doit être consolé de ne pas se sentir soi-même un top model.  Et à la sortie on spécule pour savoir dans quelles conditions l’on consentirait de même à se dévoiler. 

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    Le corps de Corinne Dadat, 50 ans, femme de ménage, est moins performant selon les critères du spectacle vivant- tests objectifs de souplesse à l’appui- que celui de la danseuse Elodie Guézou. Mme Dadat le reconnait volontiers, mais juge son propre métier plus utile, bien que personne ne l’applaudisse quand elle nettoie les chiottes. Charmée par le lac des cygnes, elle esquisse ce soir quelques pas, d’une beauté soudaine. Qu’en est-il des gestes de son travail quotidien, pourquoi et comment les montrer sur scène? Les deux femmes s’y emploient ensemble : Corinne joue du seau d’eau et du Kärcher, Elodie s’engage de tout son corps, devient à terre serpillère humaine. La belle rencontre se fait, sans s’affadir de bons sentiments.

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    I feel Awkwad (Je me sens maladroit(e)) d’Enna Chatton et Corps de Ballet de Mohamed El Khatib, vu le 11 octobre à la Loge dans le cadre du festival Zoa.

    Guy

     

     

    Photos d'Enna Chaton et de Marion Poussier avec l’aimable autorisation de Zoa.

    Enna Chaton présente une autre performance, son nombre est rose, au festival Frasq le samedi 19 octobre (Générateur de Gentilly)

  • Dans la grotte

    Retour aux origines. Là où mijotent les mythes, profond dans nos têtes, au fond de cette grotte. Chouette endroit. Autour: le potager du roi, et Versailles (le monde qu’on dit réel). Je pense aux histoires, qu’enfant, on s’invente dans des lieux comme ça. Aux lueurs du braséro, nous distinguons les ombres sur les murs de la caverne. Des personnages primitifs. Pasiphaé aime très fort et cru un beau taureau- illustration d’une sexualité féminine irrépressible? Malgré les incantations, le Minotaure si redouté reste invisible. Venue d'autres profondeurs une gumboots dance tient lieu de rituel: folklore syncrétique. Rêves en self-service. La dérision des chansons lisse les transitions. Viviana Moin, en Pasiphaé, exagère, ose, déborde. Elle a raison. Elle finira dans l’étang, à la grande joie des enfants.

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     Photo par Didier Dupressoir avec son aimable autorisation

     

    C’était Minotaure#78 de Viviana Moin, avec Viviana Moin, Pierre Courcelle, Samuel Buckman, La Bourette, vu le 15 septembre au Potager du Roi dans le cadre de Plastique Danse Flore.

    Guy

    Minotaure75 sera joué  le 19 octobre au Générateur de Gentilly dans le cadre de Frasq (et ce sera une autre performance).

  • Plus grande ZOA

    ZOA (Zone d'occupation artistique) vous connaissez peut-être, ou peut-être pas.

    C'est un festival de danse contemporaine et de performance, accueilli par la Loge et programmé par Sabrina Weldman.

    Dans la foulée de la première édition, priorité et liberté seront laissées à des créations qui se voudront étonnantes, détonantes, inattendues...

    La deuxième édition se tient du 7 au 13 octobre, avec Mélanie Perrier, Christian Soto et Stéphanie Lupo, Clyde Chabot et André Eric Létourneau, Mohamed El Khatib, Enna Chaton, Eva Klimackova

    ZOA a besoin d'argent (aujourd'hui, est ce étonnant?)

    Si comme moi vous pouvez aider ZOA , beaucoup, un peu, cliquez: 

    http://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/zoa-zone-d-occupation-artistique-festival-de-danse-contemporaine-et-de-performances--2?utm_source=critsend&utm_medium=email&utm_campaign

    Parce que que donner pour ce que l'on aime fait plaisir, bien sur.

     Guy

  • Hier

    Bilan ?

    …Anti-Bilan ?

    … Rapport d’activité ?

    Il est sans doute moins malaisé de commencer par les chiffres? 53 nouveaux spectacles chroniqués cette année 2012, juste au-dessus du seuil symbolique d’un par semaine. Impossible de nier que le rythme se ralentit depuis le début du blog (500 entrées entre mi-2006 et mi-2012). Pourquoi? J’écris lentement  depuis toujours, aujourd'hui plus lentement sans doute. La production au rythme actuel suffit sans doute pour justifier la continuité du blog, compte tenu de contraintes liées à ma vie professionnelle, familiale, personnelle… La lassitude vient parfois, jamais au point de me faire envisager d’arrêter. Tant qu’il y aura de l’étonnement et de l’émotion, et la sensation que l’écriture ensuite réordonne la perception…

    Ce chiffre ne correspond pas au nombre de posts publiés. Certains posts rassemblent plusieurs spectacles, mis en perspective dans le cadre d’un festival (Frasq) ou par choix personnel (Fauve et this is the end autour de la jeunesse). A l’inverse, il y a une bonne vingtaine de spectacles dont je n’ai pas parlé, presque autant de autant de regrets, quand ce n’était pas par manque d’intérêt, mais  par manque de temps ou difficulté dans l’approche.

    Aussi, j’ai rediffusé une dizaine de chroniques (La mort et l’extase, show funèbre à sept voix...) à l’occasion de reprises, encouragé par les remarques d’amis frustrés de ne jamais pouvoir voir des spectacles dont ils ne lisent souvent le compte rendu qu’après la fin des programmations (souvent courtes). Je me rends ainsi compte que je dispose d’un fond de textes, mais qu’en faire?

    L’une des vocations du blog était de découvrir de nouveaux artistes. Le rapport entre propositions d’artistes que je connaissais déjà, et d’artistes que j’ai découvert a été en 2012 de 60%/40%. J’ai dans les faits plutôt privilégié la fidélité au détriment du renouvèlement. J’ai vu cette année deux créations de de Thibaut Croisy, de Laurent Bazin, de Sandra Abouav, des artistes donc prolixes et assez bien programmés. Au moins sont-ils jeunes et émergeants. Il y a des artistes dont je suis les travaux avec passion sur la durée, voire des propositions dont j’ai  rendu compte plusieurs fois à différentes étapes  de la création (Le modèle d’Eléonore Didier, Sous ma peau de Maxence Rey). Les choix sont compliqués. L’offre est si abondante à Paris que je ne peux en embrasser qu’une fraction. Au-delà de mon plaisir et de ma passion, le désir d’être utile vis-à-vis d’artistes entre trop peu connus et de partager constitue un moteur. L’animation cet automne d’un atelier d’écriture en milieu carcéral a été pour moi une expérience forte et féconde.

    Si l’on parle de catégories…. Les choix se portent plutôt vers ce qui est considéré comme de la danse de danse, aussi du théâtre, un peu de cirque, des performances, des lectures, des concerts… en privilégiant des formes mixtes, surprenantes, incisives, qui transcendent les genres, à forte teneur en émotions, incarnées, avec de vrais sujets et utilisant de nouveaux modes narratifs. Les propositions de Viviana Moin (hélas absente cette année) répondent bien à cette définition. Seule contrainte définie dès le départ, ne parler que  ce qui peut être qualifié de spectacle vivant. Je suis tenté, paradoxalement de faire de plus fréquentes incursions dans des genres populaires (théâtre classiques, café-théâtre)… sans y parvenir pour le moment.

    Je me sens bien incapable de tirer un bilan artistique de l’année, ce pour plusieurs raisons. Mon regard sur chaque proposition est singulier, subjectif, et indissociable de circonstances particulières, n’existe que dans le cadre d’une relation à un moment donné avec des artistes. Et surtout, j’assiste qu’à 1% de ce que ce qui est proposé à voir, ne participent pas aux festivals (Avignon) ou saisons (Théâtre de le Ville) qui forment, même en négatif, l’opinion.

    Ma fréquentation se concentre sur certains lieux pour différentes raisons: une confiance en leur programmation, l’habitude d’y rencontrer des personnes avec qui j’au plaisir à échanger, et pour des raisons pratiques et financières tenant aux invitations. J’ai beaucoup fréquenté La Loge (8 fois), ce qui rend justice au développement de ce jeune lieu, sans délaisser des valeurs sures (Théâtre de Vanves et Artdanthé: 7 fois), Etoile du nord (5 fois), les lieux de résidence où se travaillent de jeunes  chorégraphes (Point Ephémère 6 fois à l’occasion des petites formes, Mains d’œuvres, Micadanses 3 fois). J’y vois beaucoup de Solo, duo, trio, des propositions sensibles et intimes, en rapports serrés avec les artistes, au détriment du spéculaire avant grand moyens décors et effectifs. Dans des lieux aux salles à taille humaines à l’exception de la villette (2), du nouveau théâtre de Montreuil (2), de la cité la cité internationale (3), le Rond point (1). Pour être complet, je suis aussi passé par Gennevilliers, Regard du cygne, le colombier, atelier Carolyn Carlson, le centre culturel suisse Ma fréquentation se concentre clairement sur quelques lieux, ce qui porte à réflexion. J'ai cependant assisté à 6 proposition dans des lieux inattendus: Salon de coiffure (Lionel hoche) appartements, lieux publics…

    L’écriture…Elle est toujours difficile à produire, mais me semble plus s’assagir, moins libre dans la forme que ce que je rêverai. Banalisation ou maitrise ? J’ai au moins le sentiment d’assumer ma position de spectateur concerné sans être érudit, ainsi que l’exposé de ma subjectivité, et d’adopter une juste posture entre bienveillance et lucidité.

    Fréquentation: Plusieurs milliers de visites uniques par mois me laissent à penser que je suis lu, ainsi que de nouvelles inscriptions à ma mailing list d’une grosse centaine d’abonnés. Peu de commentaires sont laissés, mais les « j’aime « sur facebook, témoignent de lectures actives plutôt de de visites fortuites. Certains échanges me confirment mon rôle de prescripteur même vis-à-vis de professionnels.

     Vos suggestions?

     Bonne année

    Guy

  • Poils, tissus, cheveux, performances

    Soyeuse surprend, en surgissant de derrière les bacs à shampoing. Mais semble une brave bête malgré ses airs de yeti à longs poils noirs, gros toutou inoffensif et apprivoisé à l’instar des renards sélectionnés par Dimitri Belaiev. Il ne faut pas avoir peur des monstres poilus, tous les enfants savent ça. Soyeuse s’adapte vite à de nouveaux milieux- ici un salon de coiffure (on souhaite bon courage à son coiffeur). Soyeuse balaie le sol avec des gestes de diva. D’évidence, Soyeuse a besoin de regards attentifs et de gestes d’affection. J’avais fait sa connaissance lors de sa performance avec Emmanuel Rabu, qui est aujourd’hui absent, mais dont on entend la voix et les textes. Soyeuse me tend une brosse, je brosse son dos vigoureusement, comme je fais avec mon chat. Soyeuse semble apprécier. C’est déja un échange. Soyeuse n’a ni yeux ni visage mais s’exprime par gestes, généreusement. On réverait dune telle liberté. Soyeuse se trémousse sur un morceau cuivré de Sun Ra. Joies premières. Sous toute cette pilosité, difficile de pénétrer ses émotions, ses pensées. Où est l’acquis, où est l’inné? Il parait que l’animal songe à surgir dans de nouveaux lieux comme bon lui semble. Et que sous les poils se cache le danseur Lionel Hoche. Légende urbaine ?

    frasq

    A la bête succède la belle: Sarah Trouche. Sensation: nudité blanche, lisse et poudrée. Très féminine, très sexuée. Mais l’attention se focalise sur ses cheveux. Quatre très longues, épaisses, tresses sont attachées à sa chevelure, passent par des poulies fixées au plafond. Aux extrémités de ces tresses sont attachés quatre poids, apparemment de 25 kg chacun. Je crains presque que ne se prépare une sorte de torture médiévale. Les assistants s’affairent. Puis lentement la performeuse se plie, les tresses se tendent, par les poulies, les poids se soulèvent. On entend des chœurs héroïques. Intensité instantanée. On craint pour elle, son corps. La tension est évidente, ainsi que la concentration à l’œuvre dans cet équilibre. Mais, sans vraie expression, elle ne nous communique aucun signe de souffrance, on ne peut que supposer ce qu'elle éprouve. Elle ne nous regarde pas. Quand la performance est achevée, au bout d’une dizaine de minutes, je reste plongé dans l’irréalité, sur l’impression d’une illusion. L'action est forte, dans quelle direction va-t-elle? A-t-elle eu mal? S’il s’agit d’une épreuve, quel sens lui donner? Pourquoi est-elle nue? En signe de vulnérabilité? Pour nos yeux? S’est elle mise en danger? Le titre est ensuite annoncé: Action for Korea, et le contexte: cette performance a été accomplie pour la première fois sur la zone démilitarisée entre les deux Corées. S'il y a là une dimension politique, je suis d’autant plus perplexe. Cette performance d’une dizaine de minutes est-elle trop brève pour être méditée? Ou la verrais-je mieux avec plus de recul? 

    frasq

    Le dimanche après midi, au générateur de Gentilly, Manon Harrois se fait tresser les cheveux à l’africaine. Mais cette action, et ses suites, dureront plus de trois heures. La performeuse est habillée en noir. Il s’agit d’une cérémonie. Prenant le micro, elle nous entraine d’une seule vibration de sa voix dans les souvenirs de traditions enracinées. On ne connait pas la langue de ces beaux chants, mais il s’agit de deuil. Assise, son image projetée au mur, elle revient souvent au temps présent, interroge la femme qui la coiffe derrière, en répétant: «il t’en reste combien» ? Mais le temps s’écoule comme il faut, comme il veut, tresse après tresse, geste après geste. Le public va et vient, alors que d’autres actions ont lieu à proximité. C’est vrai qu’à chaque instant donné il y a peu à voir, le changement ne se manifeste qu’insensiblement. Quand je reviens, tous ses cheveux sont en tresses, et les assistants commencent à les relier aux fils d’un métier à tisser loin derrière. Pas de poids ici, pas de verticalité, mais une pression constante, de long fils horizontaux qui l'un aprés l'autre la relient à cet instrument ancestral. Elle chante encore les chants du passé, parle à son assistante : «encore combien? Les gens vont se lasser!» Mais elle reste prisonnière immobile et patiente de ce rituel encore mystérieux. Cela dure, et la durée tue l’impatience. Plus tard encore, elle est enfin attachée de tous ses cheveux à la machine. Une autre phase commence. Un complice s’installe sur le métier à tisser, la performeuse le guide de la voix dans ses gestes répétitifs: jouer des pédales, faire passer la navette, serrer les fils blancs. Cela prend du temps, comme tout, avant notre ère technologique. Elle, les fils, le tisseur et le metier dessinent une longue ligne. L’assistante entreprend de peu à peu découper les vêtements noirs de la performeuse, les apporter prés du métier à tisser afin qu’ils soient utilisés avec le fil blanc. Un long rite de passage a commencé, ponctué de chants. « En as tu encore pour longtemps? » demande-t-elle souvent avec un rien de dérision à l’artisan improvisé qui s’affaire sur le métier. De la tête, elle maintient la pression sur les fils qui permettent à l’instrument de fonctionner, accepte le sacrifie morceau par morceau de ses vêtements alors que sur le métier ils sont recyclés, régénérés. Plus tard, après une heure ou deux elle sera nue, comme pour une nouvelle naissance, puis libérée des fils, avant de se revêtir du nouveau vêtement qui aura été confectionné.

    Plus tôt dans l’après midi. Romina de Novellis joue, elle aussi, sur la durée. Séparée du public par un rideau de guirlandes de fête, comme pour signifier une joie forcée, elle danse. Elle tourne sans fin et sans repos, figée dans l’apparence. Belle, entourée de très longs voiles rouges qu’elle peine à ajuster. Elle est empêtrée mais ne peut s’arrêter. Elle se défait ou se recouvre des tissus-on ne sait- en des mouvements cycliques. Ils glissent sur son corps, se défont pour découvrir chairs et intimité avant de se reformer autour d’elle. Elle tourne au son de musiques traditionnelles désuètes qui tournent en boucle: des chants de femme ou des fanfares, des airs de noël, qui lorsqu’ils s’achèvent laissent croire à chaque fois à la fin de la performance. Non, tout recommence, porté par différentes intensités : énergie, lassitude, fatigue, ivresse, transe, épuisement… Sourire toujours obligé, sa détresse devinée, elle semble une éternelle prisonnière de sa condition.

    C’était dans le cadre de Frasq, rencontre de la performance: Lionel Hochel (Soyeuse) et Sarah Trouche (Action for Korea) au salon Renato Badi avec Glamorama, Manon Harrois (Attachement) et Romina de Novellis (Guirlande-Partie1) au Générateur de Gentilly.

    Frasq continue, cet aprés midi, au générateur de Gentilly.

    Guy

    Photo 1 DR avec l'aimable autorisation de Lionel Hoche

    Photo 2: GD

  • Quand on était punk

    Quand 3, 4 spectateurs quittent la salle, c’est souvent bon signe. Quelque chose se passe, qui les dérange. Stone et Charnel, alias Joël Hubaut et Léa Le Bricomte, performent. Partant de là, tout est ouvert. Premières notes du concert, premiers mots, qui sont déjà brouillés. Les premières phrases qu’il dit portent, je crois, sur l’impossibilité de communiquer, et se perdent ensuite dans l’écho. Elle joue d’une guitare saturée, notes tenues, tendues, refuse les accords. Une seule chanson, sans contrastes, une grosse caisse préenregistrée frappe les cranes, très fort. Le répit qu’on attend ne viendra pas. Lui: las et lourd, spasmodique, agité, chapeau et lunettes noires, se déchire la voix et cabotine, vieillit en une heure. Elle: jeune, semble ailleurs, à contrecœur. On ne distingue pas les mots noyés et les notes brouillées. Pourtant le sens s’impose et pilonne. Aujourd’hui la crise, et demain ne sera pas vachement mieux. J'entends: tout est foutu mais rien n’est grave. Je me souviens des décibels punks, d’une autre crise, no future, la fin des 70’s. Elle tourne sur la scène et l’emmêle dans les fils, les distorsions, le larsen. Impuissance, bruit et déprime. C’est dur à supporter, et en un sens exceptionnel. Moins sexe que rock and roll, le couple se cherche, empêtré dans les fils, sans faim ni nécessité. La performance erre, dévie, s’achève à défaut de s’épuiser. La créatrice du festival interpellée par la performeur, apparait la première surprise du résultat, prise à contrepied. Ce festival vit.

    C’était Stone et Charnel, performance de Joël Hubaut et Léa Le Bricomte, dans le cadre du premier festival Zoa, à la Loge.

    Guy

    Stone et Charnel reviennent (mais comment?) au Générateur de Gentilly le 28 octobre...

  • Couples en 3 D

    Les histoires d’amour finissent mal, à ce qu’il parait. Ce baiser entre deux femmes durerait alors pour toujours, dans le temps de la pièce. Je pense à Cary Grant et Ingrid Bergman, amants si ardents dans Notorius d’Alfred Hitchcock, pour ce possible plus long baiser de l’histoire du cinéma, mais entrecoupé de pauses et murmures, pour déjouer les règles d’alors. Ce soir pas de censure, seule la conscience du risque, la peur de tout rompre, par la séparation. Elles restent donc attachées aux lèvres l’une de l’autre,  comme à l’écran bougent pourtant, traversent la scène, s’allongent, se retournent. Unies mais empêchées, bloquées à ce stade de l’intimité, sans pouvoir ou vouloir aller plus loin, tout changement interdit.

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    Un autre couple joue dans le même temps à la manière de grands enfants d’une abondante matière molle et fluo, pâte à modeler instable et protéiforme, pour masques, projectiles et divers objets. Ils en construisent une yellow brick road qui ne mène à rien (ou est ce une barrière aux couleurs de La Loge?). Ils triturent et jubilent, déstructurent et remettent en ordre.

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    Le troisième couple est gardé à distance, silhouettes piégées dans le temps clos de la vidéo, muettes comme du temps du cinéma d’avant, au bord du burlesque. Notre camera ne bouge pas. Tout est écrit et cadré d’avance de la rencontre à la séparation, en passant par le lit, les jeux, les baffes et les gnons. Trois actions simultanées, l’ironie, le temps qui passe si bizarrement et que fait-on de tout cela?  On se laisse surprendre par l’imprévu, on suit le fil, on imagine et on se refait le film la saison reprend…

    C’était la création de Le risque zéro n’existe pas par Muriel  Bourdeau à La Loge dans le cadre du festival ZOA créé par Sabrina Weldman.

    Guy

    Lire ici Autoportrait de Muriel Bourdeau.

    Le jeune festival ZOA continue cette semaine à la Loge, avec Joël Hubaut & Léa le Bricomte, Gurshad Shaheman, Yalda Younes et Gaspard Delanoë.

    Photos avec l'aimable autorisation de Muriel Bourdeau

  • Hors les murs

    Est-il parfois à l’étroit entre 3 murs? Le spectacle s’évade alors en sortant dans les rues, en s’invitant dans les lieux publics, les appartements, pour retourner à la vie. Le rituel théâtral y est allégé au profit d’un rapport plus troublant entre artiste et spectateur, pour un coup de jeune et d’imprévu. Les limites entre représentation et réel deviennent floues. On assiste ainsi aux errances du fou dans la ville avec Goyhei Zaitsu, aux parcours dans la ville de performance en performance avec hors-lits.

    Ce soir on a trouvé le porche, tapé le digicode, sonné à la porte avec sous le bras une bouteille ou un plat. Dans l’appartement inconnu, l’une des pièces est devenue une salle, avec chaises et tabourets. On vient chercher l’amour. L’amour auquel les écrivains nous ont initiés tout autant que nos propres expériences. Mais ces livres sont devenus secs à force d’être restés fermés depuis; il faut à nouveau les enflammer. L’actrice Marie Delmares-qui est une amie- a pour celà en elle l'étincelle. Avec ses histoires d'amour elle redonne voix, vie et corps aux personnages de J.D Salinger, Albert Cohen, Marguerite Duras... ainsi qu’à ceux d'auteurs contemporains (telle la non moins amie et non moins talentueuse Géraldine Barbe). A fond sans hésitation... Tour à tour homme, femme, jeune, vieux, Marie devient médium, corps jeté en avant, ses yeux dans nos yeux, incarne les avatars du sentiment amoureux, toute la gamme de l’innocence à la rupture en passant par l’extase… et par des épisodes plus burlesques. Si vous voulez inviter Marie chez vous pour faire rêver vos amis, écrivez-lui de ma part.

    Marie n’est pas la seule à célébrer Belle du Seigneur: la suisse Aline Papin souvent devient Ariane dans son bain. Le temps de s’entasser à cinq ou six spectateurs dans la petite salle de bain d’un appartement sous les combles, et la tête d’Ariane émerge de l’eau tiède de la baignoire. Elle attend Solal, son amant, elle se raconte, nous sommes d’invisibles témoins. Le corps se cache pudique sous la mousse, parfois surgit un pied, mutin. Ses pensées se livrent intimes, délicieusement balancées entre audace gourmande et prude naïveté, et maintenant la volupté de soi et de l’attente. Aucun regard pour nous, elle est présente et inaccessible, entière avec Solal en ses parôles et pensées. Je pourrais tendre la main pour refaire couler un peu d’eau chaude, mais le quatrième mur est bien là, infranchissable. Dans une ambiance d’étuve et un parfum de mousse, on a très chaud bien sûr. Soudain le visage d’Ariane replonge dans l’eau du bain, elle disparait dans le livre, et nous de la salle de bain.

    Loin de la salle de bain, il y a des lieux qui ne ressemblent à rien: froide signalétique, portes battantes, linoléum, couloirs sans fin et couleur d’hôpital. C’est le soir et toute activité a déserté cet édifice public, en cet instant fade et inutile. La représentation à venir va-t-elle animer ce lieu d'une nouvelle fonction, de nouveaux enjeux? C’est Thibaud Croisy qui nous a invités là, après nous avoir fait pénétrer pour sa dernière création dans l’espace privé –mais devenu fictionnel- de son appartement. C’est donc- dans la continuité- un grand écart. En suivant le regard de Thibaud Croisy, impavide, jusqu’au bout d’une perspective sans fin, on devine à nouveau Sophie Demeyer à sa posture. Alors elle vient lente, elle hante… Et je resterai évasif quant à la suite, cette performance qui existe de part notre attention à de micros événements, à la qualité de présence de l’interprète mais à son inaccessibilité aussi, à sa rencontre possible de ses mouvement avec le texte que l’on entend aux suggestions sensuelles, aux échos de la proposition précédente. Peut-être s'agit-il, avec cette Soustraction du monde d'une expérience limite sur la représentation, un traité d’effacement.

    Et il y a une proposition dont je ne pourrai pas parler: Leila Gaudin dansant en appartement avec Mains d'Oeuvres... j’ai loupé le coche, une autre année peut-être.

    C’était Histoires d’amour texte de plusieurs écrivains interprétés par Marie Delmares vus dans un appartement, Ariane dans son bain texte d'Albert Cohen mis en scène par Denis Maillefer avec Aline Papin, vu dans un logement dans le cadre du festival Extra ball du centre culturel suisse, Soustraction du Monde de Thibaud Croisy avec Sophie Demeyer vu dans un lieu public parisien et programmé par le Studio Théâtre de Vitry.

    Guy

    Lire aussi:

    je pensais vierge mais en fait non de Thibaud Croisy

    Goyhei Zatsu rue Caulincourt

    hors-lits à Montreuil.

  • Le rouge est mis

    A l'occasion de la cloture ce samedi de MA GANG DE MONTREAL au théatre de Vanves dans le cadre du festival  Artdanthé, avec Julie Andrée T. (Rouge et Not Waterproof) et Nicolas Cantin  (Belle Manière), ci aprés la rediffusion du texte du 7/5/2011

    "What color is this?". A la première occurrence de l'interjection, quelques voix dans la salle s'élèvent pour répondre: "Rouge..." Et c'est vain de dire la réponse, tant elle est évidente, et n'appaise en rien l'interrogation, qui tourne à l'obsession. Repétée par Julie Andrée T. des dizaines, des centaines de fois, sur tous les tons. Plainte, hurlement, psalmodie, injure, balbutiement, plaisanterie, manifeste... Chaque objet (de couleur rouge évidemment...) qu'elle extrait de sa malle à malice: nappe, coeur en plastique, chapelet, poivron, bombe à peinture... (on s'en épargnera l'énumération complête) offre chaque fois un nouveau prétexte à une action. Chaque fois, sans apporter plus d'explication. Mais en contribuant à une accumulation critique, et à l'évolution sensible des humeurs de l'artiste. Les parties passent, anecdotes, le tout importe.

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    Ces actions partagent le public. J'en prends conscience aux réactions mitigées ce soir au théatre de la Bastille, aux échanges avec des spectateurs d'Avignon. Certains semblent choqués par les libertés que l'artiste prend avec son corps, d'autres, blasés, jugent la performance "datée" (en tant que performance?), n'y trouvent pas de sens... Pour ma part je ne suis pas ce soir à la recherche de sens. Je suis plus sensible aux sensations. J'aime ce désordre de plus en plus envahissant, cette escalade vers la saturation, ce cimetière d'objets suspendus en collection précaire à des fils sur le plateau. J'accepte d'être débordé par cette confusion agressive et monochrome d'objets design, inattendus ou quotidiens, de tâches et de reliefs, le corps éperdu et agité au milieu. Le sens vient quant il veut, parfois appuyé (l'évocation du sang menstruel), plus allusif en général. En tapant large dans l'universalité (couleur forte oblige) on finit forcement par toucher juste et faire saigner un peu, entre la vie, l'amour, la mort, du coté des blessures partagées.

    entrer des mots clefs

    Quant au début de débat sur la nouveauté de cette proposition, je ne sais pas si celui ci a grand intérêt. J'ai l'intution que l'on exige plus de novation des propositions artistiques considérées comme des "performances" que s'agissant d'autres formes. La performance est elle encore praticable? C'était l'un des enjeux de Magical,vu récemment. Quoiqu'il en soit, et bien qu'on ne sache pas quelle part cette proposition laisse chaque soir à l'improvisation, Julie Andrée T. fait preuve d'un grand sens de la théatralité. Le nez rouge ne fait pas le clown, mais l'apparition de chaque objet produit un effet comique bien préparé (l'effet "Tshirtologie" ?). Puis, les éclairages qui paniquent, la bande son qui s'affole, concurrent d'une manière organisée à une montée spectaculaire de l'enervement, un voyage rouge de colère ou de honte vers l'angoisse, la rage, l'intensité, avec une étonnante intervention au ukulélé saturé de feed back, avant le reflux de cette vague panique. L'artiste parvient presque alors à mettre le feu (métaphoriquement) à nos perceptions. Significativement, Julie André T. se drape dans un rideau de scène, accessoire théatral par excellence. Un détour dans l'imagerie pourpre érotique se révèle également trés codifié, accessoires mis à contribution jusqu'à nous faire rougir...

    performance,julie andrée t.,theatre de la bastille

    Une chose ne souffre pas de doute: l'artiste engage, sollicite (empourpre ici) son corps sans managements (mais cette démarche est-elle spécifique aujourd'hui à la performance, plus qu'aux arts de la scène? C'est douteux..), telle une matière première dramatique, sans plus d'égard qu'avec les autres objets à disposition. Si ce n'est avec plus de rudesse et impudeur vers le ridicule assumé, l'auto-dérision ou la cruauté... L'emmène sur le chemin de l'enfance également, vers la régression, à se bourrer de bonbons, dégouliner de jus de poivrons. Le rapport vis à vis de la nourriture et la salissure déborde basique et viséral. Ce retour vers les émotions premières touche profond. Le corps est contaminé de rouge, aprés un passage par le noir, tout finit heureusement sur une touche de bleu espoir.

    C'était Rouge de Julie Andrée T. au théatre de la Bastille, jusqu'au 10 mai.

    Guy

    merci à Jérome Delatour - images de danse, pour les photos (1et 2)....et pour m'avoir guidé vers cette performance!

    Voir sur images de danse ses photos et son compte rendu.

    Photo 3 par Jean Lheureux, avec l'aimable autorisation du théatre de Bastille