Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

performance - Page 4

  • In and Out

    Nous sommes déja entrés, assis, installés. C'est à elle d'y trouver sa place, dans ce lieu, s'y glisser et y être, dans cette espace imprimer une trajectoire, des impressions, des idées. Le contexte reste de pure réalité, en lumière neutre, non théatralisé. Elle propose à l'un d'entre nous de tenir une camera: devenir participant en restant spectateur. Puis crée sa performance à vue, sans plus de moyens que son corps et quelques accessoires, pour ainsi dire à mains nues. L'artiste se tient à la lisière des codes: la quarantaine pincée ne détonne pas dans cette galerie d'art. Ni ses vétements chics, mais ils sont lacérés, ouverts sur sa chair: une première brêche qui déchire la normalité.

    frasq23_GRAZ%20-%2006.jpg

    Sur son visage des peintures, aux murs des oeuvres furieuses, transgressives, crues. Au sol est construit un cercle, mais sans qu'elle y soit enfermée, et sur le coté des rideaux de couleurs. Elle les traverse aussi, y reste entre-deux comme retenue, encore, longtemps, y revient attirée. Tout notre plaisir se maintient et se tend à ne rien savoir, ne pas pouvoir anticiper ces actions qui semblent s'improviser dans la dynamique inconnue de celles de la veille et celles du lendemain. Puis on interprête, plus ou moins. En fond sonore un discours sur la performance, que l'on oublie d'écouter, comme pour ignorer une concession à cette auto-complaisance sans doute consubstantielle au genre. Notre incertitude est adoucie par sa danse, accroupie, à terre, allongée, de retour dans le cercle, puis au delà.

    frasq23_GRAZ%20-%2007.jpg

    Elle se rapproche parfois, trés près de nous, comme pour venir nous chercher, puis retourne interroger les limites d'à travers les rideaux. Peu à peu, sans se forcer, elle a changé, s'est défigurée, est passée de l'autre coté. Elle a rempli le cercle d'eau: il faudra qu'elle y retourne s'y plonger, mais que fera-t-elle (sur son corps) de ces bonshommes de papiers? Pour encore se transformer. De son corsage elle extrait une cigarette, en inspire-expire la fumée. Est-ce aujourd'hui cela se mettre en danger, s'engager? Sous la jupe elle est nue. Discretement (oserait-on écrire), mais nue et sans filet: ici mise en jeu aussi. Et celà abolit une autre frontière entre le regard public et le corps privé, entre le dedans et le dehors.

    frasq23_GRAZ%20-%2015.jpg

     

    A travers une large baie vitrée, la galerie elle-même est ouverte à la vue des passants: dehors le monde entier, ou sa possibilité. Elle change, et donc le monde juste un peu. Un moment, elle sort, dehors. Pas longtemps. Dedans, l'inconscient gagne du terrain, alors que dans le cercle inondé, elle se transforme en sirène aveuglée. Ou en tout autre chose, selon les imaginaires. Mais elle devient une figure héroïque, pour le moins.

    C'était une étape de Corps en Papouasie, serie de performances de Christine Renée Graz, à la galerie Deborah Zafman, dans le cadre du festival Frasq. Frasq se conclut ce dimanche au Générateur, avec la performance culinaire de Kataline Patkai, déja vue au Regard du Cygne.

    Guy

    images vidéo de Véronique Godé-Orevo, avec l'aimable autorisation de Christine Renée Graz

    Ici le blog de Frasq

  • Mildred Rambaud: la femme et l'objet.

    Avant, glaise et peau ne faisaient qu'un, ici ce soir l'objet est de papier, blanc plié, sec, net, extérieur, delimité. Pourtant en continuité avec la robe immaculée, toujours tenu au corps, tout contre, lié. Il semble un prolongement protéiforme: vêtement, fardeau, membre, aile, paravent... 

    Porter papier plié.jpg

     

    Un objet chéri, précieux, une pensée matérialisée, un double inerte, un être aimé... Qui des deux se fait prisonnier de l'autre? Notre regard avec le corps dans la blancheur confond l'objet, abolit les limites entre eux. Dans ce trouble, peu de mouvements. Sur ce peu d'espace un lent renoncement: le corps inquiet porte l'objet, dans l'inconfort, le regard abandonné le long d'un chemin de croix détaché. De stations en stations, ce transport d'émotions ne dure que dix minutes d'une sourde lenteur, contenue, entretenue dans l'espace sonore par des pulsations engourdies. Le poids du papier s'accroit jusqu'au déséquilibre, la tête penche, dans un vertige contagieux, le corps plie aussi. Jusqu'au sol, toujours portant le papier plié, lui s'ouvre et se déploie en corolle au coeur des jambes nues. C'est d'une simplicité résolue, d'une puissante évocation.

    C'était Porter papier plié de Mildred Rambaud, créé à Point Ephémère, revu dans le cadre du 54e salon d'art contemporain de Montrouge, à la Fabrique.

    Guy

    lire aussi: pot.

    Photo (D.R.) avec l'aimable autorisation de Mildred Rambaud

  • Gyohei Zaitsu livre la danse à domicile

    "Je viens danser chez vous''
          - livraison de danse butô en domicile par Gyohei Zaitsu-


    Gyohei dans la rue.jpg

    Mesdames, Messieurs,


    En 2008, j'ai dansé une cinquantaine de lieux en plein air dans la ville de Paris, sous le nom du projet '' Une tache sur la terre de Paris''. 

    J'ai l'intention de continuer ce projet (car il y a encore des lieux qui me donnent envie de danser), mais je voudrais lancer un nouveau projet en même temps pour cette année 2009.

    Dans le projet '' Je viens danser chez vous'', je voudrais apporter mon corps dansant chez un individu (ou ailleurs, selon la demande) comme une livraison de toutes autres matières.

    Ca fonctionnera sur rendez-vous entre vous et moi, donc appelez-moi ou envoyez-moi un e-mail pour prendre rendez-vous si cela vous intéresse.

    Je viendrai danser pour une seule ou plusieurs personnes. Le prix de la livraison n'est pas défini. Il peut être payé selon vos moyens (l'argent, le repas, l'objet, e.t.c...).

    Je crois encore à la valeur de l'art vivant et de l'échange direct dans notre société. L'art vivant est souvent mis à part (dans les théâtres, expos, ou sous forme de spectacle de rue, e.t.c...), mais il pourrait apparître n'importe où.

    Si vous voulez voir autre chose que la télé ou le DVD à la maison, n'hésitez pas à me contacter, s'il vous plaît.

    Cordialement,

    Gyohei Zaitsu (danseur du Butô)  email
  • Slat: Maki Watanabe indomptée

    Flyer Slat.Jpg

     

    Au début c'est confus. A travers une bâche, à peine vu. Nous, tout contre la bâche, à guetter. Dans l'obscurité. Des bruits par attaques, des ombres qui passent. Des menaces percussives et diffuses. Une forme à quatre pattes. Animal et femme, enfant sauvage. Tunique et hirsute. Juste éclairé par la lumière balancée d'une lampe tempête. Paniqué. Bondit, gratte le sol des mains, des pieds. Rejette l'écuelle. Gestes de chat hérissé. Autour des hommes passent. Fouets. Tout est aussi menaçant que vu à travers les yeux de l'enfant. Puis avec toute la mauvaise conscience de visiteurs d'un zoo humain, fascinés, quand nous montons au premier étage de l'échafaudage pour découvrir la scène d'en haut. Qui a changée. Lumière. Le silence se fait et elle se lève, femme désormais. Un éveil. Sur ses deux pieds. Le visage noyé de cheveux et de larmes. Toujours plus vers le haut. D'une beauté première. Des cloches sonnent, pour marquer le début de la conscience, le commencement du temps. Les hommes eux se sont courbés. Elle se redresse encore. Elle monte plus haut, grimpe l'échafaudage. Jusqu'à nous toucher. Pour aprés retomber. Dans une animalité dansée qui nous stupéfie. Elle emportée sans retour par les pulsations des percussions. Tout autour d'elle et hors d'atteinte, des manifestations dérisoires de civilisations: une femme sophistiquée qui vocalise et babille. Drôle et voué à l'inintelligibilité. Des parades et fanfares, tambours et accordéons, qui se mélangent dans notre esprit, et celui de l'enfant sauvage, jusqu'à se décomposer.

    C'était Slat, créé par Tevor Knight, chorégraphie de Gyohei Zaitsu, lumières et installation de Paul Keogan et Alice Maher, dansé par Maki Watanabe, joué par Rebecca Collins, Robbie Harris, Julie Feeney et Trevor Knight, au Centre Culturel Irlandais. Encore ce soir, vendredi.

    Guy

    P.S. : Claude Parle était là (en spectateur), nous a posté ses impressions:

    Victor–Maki ou de l’Aveyron à l’Irlande …

     

    Tout d'abord, ce qui force le regard, c'est l'évidence qu'il ne nous sera rien donné ni épargné ! ! ... à travers un plastique perforé, sans doute eu égard à ceux qu'un oubli fâcheux à privé de lunettes ! ! ...à travers ce plastique blanc opaque et indifférent, les “auditeurs“, parqués dans un étroit couloir , entre bêtes à l'abattoir et voyeurs prévoyeurs d'un de ces attractifs spectacles de foire où patientait une foule excitée et bruyante dans l'attente du "monstre" piaffant tandis que se vidait le précédent troupeau ...

    A force ...on finit par coller presque sans répugnance au plastique pervers pers-foré ...

    On découvre avec malaise un de ces cas d'animalité...mi fauve mi humain ...

    comme les sombres ménageries les jours d'été où l'orage menace ...

    Le sol est ocre, manque juste la poussière et l'odeur ...les fouets, les claquements étranges, les ombres furtives tout y est ...rhombes, tuyaux, wood blocks  et autres bruissements percussifs ...La bête captive d'une pauvre lampe à filament oscillante mue d'un vent fou ou bien d'un improbable tangage ....Quelquefois, un garde s'en empare puis la relance l'abandonnant au délire de la bête ...bête ruante, gémissante, courante animalité entée sur un torse humanoïde ...

     

    Enfin les portes s'ouvrent ...ou plutôt les escaliers ! ! ...

     

    On monte sur la plateforme d'un praticable qui entoure et autorise une vue plongeante sur la fosse où croupit la créature ...

    Des sonorités plus prégnantes apparaissent, voix, nappes de synthés, polyrythmies ...peu à peu, les percussions se font plus pressantes, plus incisives ...

    La performance, de fait repose presque entièrement sur les épaules de la danseuse ...

    Il faut tenir ...le rythme se noue, s'intensifie jusqu'au paroxysme ...

    Apparaissent trois doctes personnages, ithyphalliques, inertes, jaugeant, consignant ...

    N’oublions jamais l'irruption de la norme dans le pathologique mes frères ! ! ...mais, quand donc au juste tout cela a t-il bien pu commencer ? ...

    La danseuse progresse vers la verticalité jusqu'à l'exaspération ...

    Finit par se hisser à la hauteur des voyeurs ...qui ne la voient cependant pas ...plus qu'elle ne les voit ...

    En bas, les manifestations se succèdent dans un mélange de grotesque et de représentation, apparaît aussi un personnage de femme vocalisant puis se déréglant peu à peu, masque déformé par l'émotion, la violence, les glossolalies virant à l'imprécation, rires virant au grotesque, succédant aux pleurs soudains, ravagés à leur tour par quelque éructation suivie, je veux dire poussée par un babil se muant en rage ...Images, clichés de la folie, de l'hors norme, ou jeux de la vie sur fond d'obscénité ?

     

    Maki, en bas finit par s'immobiliser ...

    Finit par se baptiser elle-même de son propre amnion ...

    Finit par s'assoupir centrée sur elle même ...

    Finit par absorber la lumière ...

     

    Dans l'obscure itée ..(“ita est“ ! ) les spectateurs ont décidé de la fin et tapent des mains bruyamment !

    Tout le monde se salue ...dans la lumière revenue tout cela descend les marches ...

    Tout cela se retrouve donc en bas ... "Le voyageur épris au piège" ...

    Jean Pierre* ? tu nous attendais là ? ! avec Victor ? ! …

    ...

     

    CP

     

    * = J.P Duprey

     

  • 13 août 2008 - Rue du docteur Leray

    SL371433.JPG
    SL371421.JPG
    SL371434.JPG
    SL371426.JPG
    SL371457.JPG

     

    SL371446.JPG

     

     

    SL371459.JPG

     

    SL371462.JPG
    SL371467.JPG

     

     

     

    SL371469.JPG

     

     

    SL371484.JPG

     

     

     

    SL371488.JPG

    C'était Gyohei Zaitsu.

    Guy

    P.S. du 2/9: les photos par Jerome Delatour du 15 août sont ici son chronique est là, et le récit de la performance du 23/8 sur Neigeatoyko

     

  • Quatre Performances

    Première performance: un jeune homme projette un film sur un écran blanc. Il est assis à une table. Il utilise un vieux projecteur. Les couleurs sont délavées. On voit des paysages. On voit une voie de chemin de fer. On voit des ruines. On voit des personnages. On voit l'image du jeune homme. L'image du jeune homme danse sur l'écran. Le vrai jeune homme danse devant son image sur l'écran. Il y a une musique. La musique est emphatique. L'image est fixe. L'image est l'image d'une pellicule brûlée. Le jeune homme colle une bande de papier sur l'écran. Il n'y a plus rien sur l'écran.

    Seconde performance: La performeuse sort dans la rue. Elle met un truc avec des plumes. Elle est très maquillée. Elle enlève son jean. Elle porte des collants et un string. Elle est habillée en danseuse de revue. Elle met en marche un lecteur de cd. La musique est exotique. la performeuse fait des pas de danse. Elle sourit d'une manière forcée. Elle part dans les rues de la Goutte d'Or. Elle danse en marchant. Les spectateurs accidentels sont noirs. Ils sont jeunes. Ils sont bruyants. Ils sont excités. Ils sont étonnés. Les spectateurs intentionnels sont blancs. Ils sont silencieux. Ils sont plus vieux. Ils semblent calmes. Ils ne semblent pas étonnés. La performeuse s'arrête sur un chantier de voirie. Elle met en marche des voitures de police-jouets. Elle plonge sa tête dans le sable. Elle ne bouge plus. Elle sort la tête du sable. Les spectateurs intentionels applaudissent. Elle revient à l'Olympic café.

    Troisième performance: il y a quatre performeuses. Elles performent au sous-sol. Elles sont habillées de noir. La première performeuse est devant une table. Elle ne peut pas s'asseoir. Elle est attachée par son chignon à une corde. La corde est attachée au plafond. Elle lit à voix haute un dictionnaire franco-japonais. La seconde performeuse savonne son costume noir avec du savon blanc. Elle enlève son costume. Elle est en sous-vêtements. Elle savonne son corps blanc avec du savon noir. Elle met du typex sur ses ongles. Elle noircit son visage. Elle remet son costume. Elle met une perruque. la perruque cache son visage. Elle quitte la salle. Elle fait un tour au bar du haut. La troisième performeuse est devant une table. Elle peigne une peau de mouton. Elle parfume la peau. Elle utilise différents accessoires. Elle fait des tresses à la peau. Elle porte des tresses noires aux joues et au menton. La quatrième performeuse porte des salades. Elle monte sur un bar. Elle s'allonge face au bar. Elle se couvre de salades. Elle pose des escargot sur la salade. Elle pose des escargots sur son costume. Elle pose des escargots sur sa tête. Elle plonge sa tête au bord d'une boite de plastique. La boite est remplie d'eau et d'escargots. Elle ne bouge plus. Les quatre performeuses performent en même temps. Les spectateurs bougent d'une pièce à l'autre. Les spectateurs ne parlent pas.

    Quatrième performance: une femme danse.

    C'étaient les performances d' Art_tuilage 6 du C.R.A.N.E. à l'Olympic Café. Avec (1) Yoshitsugu Tsukamoto. Avec (2) Edwige Mandrou. Avec (3) quatre performeuses dont on a pas noté le nom sauf celui de Lea Le Bricomte qui figurait au programme. Avec (4) Isako Wakao

    Guy

    P.S. : quelques photos d'une version rurale de la performance d'Edwige Mandrou, ici

    Re- P.S. : la version urbaine: ici.

  • Miet Warlop: la Halle aux Vêtements

    On a des scrupules, on se gratte la tête, on s'efforce, encore on cherche, bon public.

    L300xH225_jpg_Miet_Warlop_5bis-73b61.jpgDécidément, non. Sans appel. On ne trouve rien à voir, ni à ressentir, ni à comprendre. La semaine d'avant, on pouvait être éxcédé par la pièce de Neuer Tanz, avec les gars qui déballaient des cartons de livres, et pourtant concéder qu'il y avait matière à en parler. Mais là on voit une jeune femme qui sur scène étale des vêtements, et l'on arrive même pas à s'énerver. Ca fait deux ans et plus de deux cents billets que l'on cherche de soirs en soirs de l'émotion et du sens, ou que le sens et l'émotion s'imposent sans qu'on aie à chercher. On dit merci chaque soir, mais là donc on voit une jeune femme qui avec des fringues crée des personnages inexistants. Ne fait rien de plus que de jouer à la poupée, même s'il n'y a pas de poupée, juste au plus le concept de poupée avec des vetements autour. Cela reste trés personnel, evidemment. Ses amis imaginaires restent silencieux, les vrais gens qui la regardent coincés dans leurs propres vêtements sont quant à eux vivants, mais tout autant neutralisés. Elle remplit un sac, donne des envies de voyage et de ne plus être là, arpente la scène, s'arrête, ostensiblement concentrée, pour montrer qu'en ce moment même: elle crée. A le bon goût de mettre un terme à la performance sans utiliser la pile entière de vêtements. Fin, on va se rhabiller, cela ne dit strictement rien, sinon trés platement le pire de la contamination du spectacle vivant par l'art contemporain.

    C'était Grote Hoop/Berg: propositie 1: Reanimeren de Met Warlop dans la Grande Halle de la Villette, avec 100 Dessus Dessous.

    Guy

    photo tirée du site de 100 dessus dessous

    P.S. du 25/05: merci à 100 dessus dessous qui nous signale le podcast de France Culture qu'on peut écouter ici: http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/toutarrive/fiche.php?diffusion_id=63926 .

    Ce qui prouve qu'on peut trouver à parler de la performance de Miet Warlop pendant 3'20".

  • Toru IWASHITA en direct

    Contrastes: on est derechef précipité en territoires improvisés, et très, très loin des paysages cérémonieux que le danseur nous faisait explorer en compagnie de Sankai Juku au Théatre de la Ville. Extrait et libre du contexte du groupe de Ushio Amagatsu, Toru Iwashita danse ce soir sa 1101355892.jpgdifférence. Au placard robes orange et maquillage blanc, oubliés les éclairages. Assis le long des murs de la Galerie Tampon, on est jamais pourtant dans une salle et presque dans la rue encore, où on voit les passants s'arrêter face à la vitre, regards happés dedans. Est-ce pour marquer la rupture avec toute esthétique de la lenteur ?- Toru attaque en un rythme physique et saccadé, par courses et bonds, exacerbé jusqu'à la chute. Il va court et vient au milieu de nous, on se colle contre le mur. Relié du regard, à distance de vibrations, il y a assis l'ami Claude Parle. Qui laisse fuser à coups d'accordéon quelques premières décharges énervées. Taquine d'une main le piano. Les notes chatouillent Toru, visiblement, s'amplifient dans ce corps qui se soulève de plus belle, s'agite et re-tombe, Toru n'est pas parti pour s'économiser. On ne peut pas ne pas remarquer jusqu'à quel point le quinquagénaire est mince et musculeux. Qui évoque un maître d'arts martiaux. Puissant à en être intimidant, jusqu'à ce qu'il rompe la théatralisation, soudain très bon enfant, de quelques traits d'humour et connivences.

    L'improvisation part sur de nombreuses pistes, et voltes-faces. En laissant rêver des moments de mélancoliques médiations, de vulnérabilité. Mini séquences, nouveaux débordements, humeurs variées, au gré de la matière sonore. Dans une attaque espiègle, Toru confisque au prix d'une brève lutte l'accordéon. Le câline comme un enfant. Ce qui oblige Claude a faire retraite pour étonner au piano. Enfin le voleur lui rend l'instrument. La performance se réinvente sans cesse, sans artifices et à portée de la main. Fait oublier derrière ce qui est déja passé. Mais il y a toujours des histoires qui surgissent, ou que chacun se raconte, en tout cas qui restent. Un voisin se fige, souffle coupé, chaque fois qu'il ne peut échapper à ce regard intense. Une voisine avoue avoir vu dans chacun des gestes depuis le début comme de déchirants efforts qui échoueraient contre la mort.

    C'était Ushio Amagatsu et Claude Parle, à la Galerie Tampon.

    Guy

    visuel: site de Claude Parle

  • O

    000000000000000000000000000000000000000000000000000 0000000000000000000000000000000000000000000000000000000 00000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 00000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 00000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 00000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 00000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 00000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 00000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 00000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 00000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000

    1928887059.jpg

    0000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 0000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 0000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 00000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 0000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 0000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 00000000000000000000000000000000000000000000000000000000 000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 0000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 00000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 0000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 0000000000000000000000000000000000000000000000000000000000

    1727397908.jpg

     

     

    C''était X-event 0 de Annie Vigier/ Franck Apertet- Les Gens d'Uterpan, à Micadanse, avec le festival Faits d'Hiver

    Guy

    photos: merci à Jérome Delatour

  • Place Saint Michel: Gyohei Zaitsu en archange

    La Place Saint Michel  est toujours au même endroit, et ce depuis pas mal de temps, déja à cet endroit même du temps où les téléphones 1268075405.jpgportables n'existaient pas. Alors, tout ce que la rive gauche comptait comme lycéens et étudiants devait s'accorder à l'avance sur des lieux de rendez-vous. C'était donc toujours à la sortie du métro Odéon, ou place Saint-Michel. Au choix. Ou on y traînait à tout hasard, pour rencontrer ceux qui avaient oublié de prendre rendez vous. Ou rencontrer celles à qui d'autres avaient posé là un lapin. Bien plus tard, en 2007, ce soir, la place Saint Michel est toujours là, froide, humide et fébrile comme un 31 décembre, et encore à jamais autant entourée. Mais plus de touristes que d'étudiants qu'avant peut-être, qui s'arrêtent quelques instant pour photographier à coups de téléphones la fontaine, les dragons qui ce soir ne crachent plus d'eau, la statue aux grandes ailes et à l'épée, alors même que Gyohei Zaitsu n'y est pas encore perché.

    Ce soir on est pas là par hasard: on attend Gyohei Zaitsu, qui a e-mailé rendez vous. D'autres disséminés dans la foule l'attendent aussi mais dont beaucoup d'entre eux qui ne se connaissent pas. Juste discrètement rassemblés par des indices de jubilation anticipés. On reconnaît Maki derrière un arbre. Gyohei Zaitsu, enfin, se matérialise, non devant la fontaine, mais sur le trottoir (ouest) opposé. Comme échappé d'autre part. Maquillé de blanc et d'un filet de sang, avec le sourire béat d'être en liberté. Court vetu, jambes nues, manifestement venu d'un pays où il fait plus chaud les 31 décembre. Mine de rien, il danse. Tombe à terre, se tend, bondit, bras au ciel. Deux, trois allées-retours vers la statue, pour que tout l'espace soit conquis, l'étrangeté installée entre deux passage de bus. Faire démentir que dans la rue rien ne peut plus surprendre, ni un fou, ni un artiste. Gyohei danse et la place change. Peu à peu l'attroupement s'est formé, plus dense que justifierait une affluence ordinaire. Constitué par ceux qui étaient venu le voir, et parmi ceux qu'il prend par surprise, ceux qu'il arrive à retenir. En tout, déjà plus de publics qu'habituellement à Bertin Poiré. Le buto doit il pour de bon s'aventurer hors des caves, continuer à plus se montrer dans la rue? Deux touristes italiennes, jeunes et enthousiastes, le photographient. Sans doute jamais ne sauront elles qui il était. Un policier vient évaluer la situation d'un oeil blasé, deux dames agées sont captivées. Alors que Gyohei Zaitsu plonge dans les eaux mortes de la fontaine, elles spéculent sur la pneumonie qui le guette. S'interrogent sur la réalité du filet de sang. Surtout restent là, regarder. Un jeune homme sûrement venu exprès tente de convaincre avec de doctes explications sa compagne plutôt réservée qu'il y aurait un rapport entre Hiroshima et le buto. 

    Comme depuis 150 ans, l'archange sculpté par Francisque-Joseph Duret brandit son épée, toujours prête à s'abattre, figé pour l'éternité. 643385189.JPGGyohei s'élance à sa rencontre, part à l'escalade du socle, toujours l'air d'un bienheureux, mais plus aventureux. Se balance d'une main, joue l'équilibre en danseur. Parvient en haut, soudain très grand, dressé avec superbe, pour un instant héroïque, suspendu entre ciel et terre, dans le rôle de l'idiot magnifique. Plus proche de l'esprit et de la pierre que Billy T. Jones  de toutes les statues du Louvre. Se laisse retombe en quelques bonds, plus bas, dans l'eau glacée, toujours innocent, joyeux.

    La place Saint Michel est toujours là, au même endroit, mais son souvenir transformé. Applaudissements, dans quelques heures, c'est le réveillon. Et après, de nouvelles résolutions.

    Très bonne année à tous.

    Guy

    C'était Gyohei Zaitsu, place Saint Michel (Paris, V° arrondissement), à 17H le 31 décembre 2007.

    1ere photo, en haut à gauche, avec l'aimable autorisation de Ralph Louzon , d'autres sont à voir ici

    2nd photo, en bas à droite, avec l'aimable autorisation de Kaori Isogai.

    P.S. du 15 mai: la suite à la République, c'est ici