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Un Soir Ou Un Autre - Page 40

  • Danse entravée

    Le pari est risqué que de pratiquer une danse sous contrainte, ici littéralement: c'est-à-dire jambes, ou bras, liés. Oui, je distingue bien un effort vers des gestes nouveaux. Mais la danse me semble rester prisonnière, comme si la créativité ne parvenait pas à totalement se libérer de ces chaînes volontaires. Pour commencer, une sirène se meut par bond de carpes. Surprend. Se trouve de nouveaux chemins, mais qui toujours ressemblent à d’impossibles évasions, jusqu’à s’épuiser. Son regard prend le relais, son corps ruse, tronc, joue avec nos perceptions, va nous faire puiser dans nos banques d’images sociales. La danseuse commence à nous attirer jusqu’à nous faire accepter de nouvelles anormalités, aussi tendres que des images de Freaks, apprivoisées par l’acte artistique. Mais l’idée s’enlise peu à peu, frustration. La deuxième femme a les bras entravés, ses talons hauts et sa cambrure font glisser notre perception d’elle vers un archétype de femme objet. Là encore, dans l’inconnu des gestes, mais rassemblées autour des repères plus convenus- symboliques, vestimentaires- s’impose une image possible, celle- quelque part entre vulnérabilité et séduction -d’une prisonnière. Puis je la perds.

    C’était Inedito de Luigia Riva, au colombier de Bagnolet.

    Guy

  • La bête est cachée

    La nouvelle d’Henry James – «La bête dans la jungle »- nous raconte la vie d’un homme-John- convaincu d’avoir un Destin. Un événement majeur, mais indéfini, devrait un jour dans sa vie survenir. On assiste à ses discussions répétées, années après années, avec une amie nommée May. Des spéculations à propos de cette survenance, plutôt de cette non survenance. Le texte donc parle d’attente. Mais la pièce elle-même devient l'attente. L’objectif est atteint, et je suis déçu. Malgré d’infinies nuances, de glissements narratifs, de suspends, de possibilités d’émotions. J’ai l’impression de voir deux acteurs, une heure durant, s’expliquer leurs personnages, en s’appelant par leurs vrais noms. Ils jouent au lieu de jouer, parlent au lieu de parler. A coté.  La bande son d’un Bunuel en arrière fond pour mieux combattre l’illusion théâtrale. Une manière pour le metteur en scène, Jan Ritsema, de dire que le vieux théâtre à personnages est mort, victime de « l’esthétique de l’émotion ». Mais ce théâtre ci, défini comme « un exercice de pensée » ne me semble guère plus vivant. La morale de l’histoire est qu’à la mort de May, John ressent peut-être mais trop tard que l’événement absent n'était d'autre que l’amour de sa confidente, une chance qu’il n’a pas saisie. Parralellement, la pièce se révéle à elle-même les 10 dernières minutes. Cette expérience théâtrale ne me révèle pas le sens de la vie, au moins ne me prend- elle à moi qu’une heure. Dans ce parfait exercice de distance et d’assèchement Nathalie Richard et Gérard Watkins se montrent admirables de subtilité, souvent drôles, et c’est à peu près inutile. Et le tout est d’une terrible fidélité au texte d’Henry James, dont la grande valeur littéraire tient, parait-il, pour beaucoup à son insaisissabilité.

    C’était ça, de Jan Ritsema, d’après La Bête dans la jungle de Henry James, au Théâtre de la Cité Internationale jusqu’au 10 décembre.

    Guy

  • Danse en puzzle

    D’abord une entrée. Puis une sortie. Entrée à nouveau. Fausse sortie. Encore ainsi de suite. Sans raccords jusqu’à en sourire. Mais chaque action décrite au mur, en sous-titres. Avec des déphasages, des descriptions menteuses, à diverger de plus en plus. A n’en croire que ses yeux ? Des jeux déjà avec les nerfs, mais la danse qui y trouve son chemin, l’air de ne pas y toucher. Vite drôle et chic, presque pédagogique. L’une des deux en combi moulante, l’autre en robe panthère. L’une grande, l’autre moins. Sur les deux notre attention focalisée, la salle très silencieuse, comme rarement concentrée, mais sans impatiences. Un joli jeu de cache- cache pour tout de suite résumer.

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    En abandon, humour, décontracté. Comme un dialogue entre elles, qu’on devrait deviner, avec les non dits au milieu. Illustré d’événements minuscules, accumulés, gravitant autour du sujet (l'entre d'eux?): de soli en miroirs, d’actions simples et d’autres moins. Accompagné de tout ce qui peut être autour communiqué, tous moyens confondus, par inventaire de procédés: le bruit du vent, et des corps alors emportés, même un nu impromptu, instantané, des accords de guitare emphatiques, voire des lumières à se faire remarquer, ou des ombres coquines, des films d’errances bucoliques, à la poursuite de deux folles et une biche, des petits mystères et de la fumée verte, « Frère Jacques » entonné à coups de balles de tennis, des grands écarts, de lentes figures, des impertinences en patins à roulettes. Autant d’instants à saisir, à déguster. Le tout à regarder sans faim, léger. Un puzzle libre, sans grand tout à rassembler.

    C’était long Long Short Long Short d’Alix Eynaudi & Agata Maszkiewicz, à la Ménagerie de Verre avec le festival Inaccoutumées.

    Guy

    Photo par Vincent Tirmache avec l'aimable autorisation de la Ménagerie de Verre

  • L'absence intangible

    Quelque chose se perd ici par trop de pudeur, l’essentiel je le crains, mis à trop de distance. Je suis vite découragé par la lecture blanche de ces lettres d’amour, de prison et de manque, rescapées d’une Palestine non nommée, puis par d’autres textes trop dispersés, en arabe, en français, en anglais. Aussi par cette danse qui se contente d’abord de n’être que fragilité, au mur par des images obscures, et par ce bruit de fond qui renonce à se faire entendre. Le recours à cette pluridisciplinarité ne me semble pas faire sens, chaque voix trop faible pour dialoguer avec les autres. L’accumulation s’annule. Il s’agit certes tout le long de perte et d’absence, de la mémoire des lieux et des gens mutilée par l’histoire. Mais ce minimalisme au départ courageux finit par ressembler à de l’affection, économe et asséchée. A entendre chaque histoire, on se rapproche de l’empathie, mais sans vraie compréhension.

    Se détache pourtant un moment très beau d’émotion, et qui échappe aux pièges d'un militantisme univoque pour nous faire toucher l’universalité. D’un malheur qui ne peut pas ne pas se partager. L’évocation d’une maison détruite, ses souvenirs d'une vie réduits à néant. Si fort soit le texte, il ne suffit plus. La danse vient alors au secours des mots. Sans ne pouvoir rien expliquer, mais pour tenter de soigner cette perte. Les tambours de Max Roach se révoltent. C’est un moment assez beau pour suffire à ne pas nous faire regretter toute l’expérience.

    C’était le Tangible, du collectif tg STAN et Frank Vercruyssen, sur des textes de divers auteurs, au théâtre de la Bastille jusqu’au 14 novembre.

    lire aussi  Neige à Tokyo, Théatre du blog.  , un fauteuil pour l'orchestre , Théatrorama

    Guy 

  • Viviana et Viviana

    Rêve et mystère… On est à nouveau aspiré à la recherche de Madame Gonzalez, ce soir au milieu des étranges images de l’exposition consacrée à Moebius. Le créateur de bandes dessinées a-t-il été associé à la programmation de ces soirées nomades? Il semble que l’univers de Viviana Moin communique avec le sien par de troublantes coïncidences. Les imaginaires s’ensemencent, ouverts. Dés l’apparition de ce corps hybride, en transformation et mouvance. Deux apparences entremêlées, vraies et sociales: c'est-à-dire en dessous la chair crue et à vue, par dessus le costume merveilleux, ridicule, extravagant. Cette robe en morceaux veut briller argentée, et ainsi l’incroyable perruque, comme en un impossible retour à la grâce et l’innocence de l’enfance.

     75173_454544464692_670589692_5168528_8273950_n.jpgViviana Moin sait tout oser. Le corps se renverse en souvenirs de figures de ballerine, transformé par des mouvements émouvants de lenteur puis de soudaines et feintes maladresses, impudique se retourne comme un ruban. Il se déplace et nous emmène dans l’espace et dans le temps, dans un va et vient entre Paris ici et là bas Buenos Aires. Entre maintenant et le temps flou d’il y a plus de 30 ans. La voix, irrésistiblement naïve et hésitante, ouvre un portail trans-dimensionnel, dans une belle connivence, une machine à remonter le temps. La fragilité offerte est une force qui balaie les résistances. Le « Je » de la narratrice emporte auteur, interprète, personnage dans les mêmes transfigurations. L’hypnagogie s’étend, le songe suit. Tout est possible maintenant dans la logique forte de l’inconscient: pas de hasard mais des surprises, des rires, et des enchantements. D’un seul trait épuré, d’une phrase, nait un possible, d’un coté le plein et de l’autre le vide, en surgit pour nous submerger toute la matière du récit. Madame Gonzalez, qui jouait du piano au cours de danse, du jour au lendemain a disparu. D’évidence un coup des extra-terrestres, également responsables de la fêlure du carreau cassé sur le chemin de l’école. On est sur le coup convaincu que dans l’Argentine des années 70, il ne pouvait y avoir d’autres explications. L’œil de l’enfant, comme celui de l’artiste voit l’invisible, préfère construire des évidences cosmiques. Le tragique jamais loin, la mort derrière le rideau.

    La parole à la fin se tarit, les mystères plus entiers que jamais et le corps plus dénudé, qui s’abandonne aux origines, à la transe d’une extraordinaire danse chamanique, vers la vérité, vers son origine ré-imaginée au son des flutes andines.

    C’était Ou est passée Madame Gonzalez? de et avec Viviana Moin, dans le cadre des soirées nomades de l’exposition trans-formes consacrée à Moebius, à la fondation Cartier.

    Un premier état de la pièce, Madame Gonzalez au Piano, a été créé en février 2010 au Dansoir dans le cadre du festival Indisciplines (voir le texte et les photos de Jérôme Delatour-images de Danse).

    Guy

    Lire aussi à propos de Billy, d’Espiral, et de Montre moi ta Pina , et aussi à propos des danseuses qui parlent.

    Photo de répétition (X) avec l’aimable autorisation de Viviana Moin

  • Je me souviens d'Anouilh.

    Je me souviens d’avoir été aussi jeune et affamé que les ados qui s’emparent ce soir de la scène de la Comédie Nation, avec peur de rien et l’envie de jouer à très haute voix, de tout être à la fois. J’aurai aimé rencontrer alors un bon professeur. Ce soir, il ne faut pas plus longtemps que la première seconde à chacun de ces jeunes acteurs pour exister à 100%. Chaque personnage sitôt dessiné. Pour rester après dans le rythme et aussi féroces que le texte. Pour parler vrai, j’aime voir enfin jouer des amateurs sans craindre de les voir jouer faux.

    Je me souviens d’avoir bizarrement lu d’Anouilh, trop tôt et il y a très longtemps, les pièces roses, pièces noires et pièces grinçantes, avant même de comprendre que tout théâtre était avant tout fait pour être joué sur scène. Avant de savoir qu’Antigone avait d’abord été écrit par Sophocle. En lisant les pièces, je commençais au moins à comprendre le sens de l’ironie, la politesse du désespoir. Toute mise en scène d’Anouilh balance sans doute entre deux feux, c’est ce soir en surface moins noir que drôle, même burlesque. Quoiqu’à gratter un peu…

    visuel Anouilh.jpg

    Je me souviens avoir vu une seule des ses pièces, la dernière (le Nombril) en 1981. Un jour Anouilh mourut- puis longtemps aprés, mon père- trente ans durant ses pièces disparurent des scènes. Trop écrites, trop datées, trop peu flexibles? Cette année il a 100 ans, il est temps. J’aime voir ce soir Anouilh non trahi mais un peu détourné, joué comme du Feydeau, en crescendo, tous quiproquos télescopés. J’aime le contraste entre le contexte suranné de l’après guerre (les « cher maitre », les réquisitions de m2 carrés), et l’énergie contemporaine, jubilatoire, cartoonesque des très jeunes acteurs. Pas de temps à perdre pour tout s’approprier: ils n’ont qu’une heure! J’aime voir une pièce qui fait rire sur un si grave sujet : les emmerdeurs…. Pour nous étourdir dans l’éternel tourbillon des égoïsmes.

    Je me souviens de « Léon » (ne pas confondre avec « Léon »). Ca marche à tous les coups. Et j’aime voir mes propres fils rire pour la première fois des mots d’Anouilh. Je crois qu’ils s’en souviendront. L’un d’eux m’explique ce que le costume du plombier doit à Super Mario.

    Je me souviens d’avoir lu (vers 1975 ?), trop tôt encore, les entretiens de Numa Sadoul avec Gotlib. Adolescent alors, découvrant pour la première fois que des œuvres pouvaient non seulement se lire avec plaisir, mais s’interpréter. Ignorant toutes les années d’après jusqu’à presque maintenant que l’interlocuteur sur papier d’Hergé, Franquin, Moebius, Tardi et les autres, mettait aussi le mouvement en scène, et Anouilh qui plus est. J’aime quand les univers sortent des cases.

    Je me souviendrai d’Episodes de la vie d’un auteur, de Jean Anouilh, interprété par les Enfants Terribles et mis en scène par Numa Sadoul, à la Comedie Nation.

    C’était hier soir samedi, et encore aujourd’hui.

    Guy

  • Où est la musique?

    La musique évidemment est invisible, presque se devine. Elle semble pourtant ce soir être une matière. Surtout cette musique dite "concrète", est d'une grande qualité de densité, quasi à la toucher. D'où mon trouble également, de ne rien voir d'abord en rapport, ici assis. Je ne vois même pas les amis que j'étais censé retrouver. Essayer de renoncer alors à regarder. Déja les haut-parleurs, partout. Ne pas voir qui joue .Se focaliser sur-juste en face de moi- une petite photo du compositeur, sur une plaque au milieu de fils electriques et circuits intégrés, bobines et fragments de magnétophone, le tout dans une de ses nombreuses créations picturales, chacune un assemblage inédit. Imaginer Pierre Henry quelque part deux étages plus bas, barbe blanche et concentré, devant ses consoles, écouteurs aux oreilles, doigts sur des curseurs. Mais avec quoi joue-t-il vraiment? Chef d'un orchestre virtuel, dirigeant des fantômes, régnant sur les câbles et les amplis? De quelle manière, ici et maintenant, agit-il, sur ce qu'il a préalablement déja est conçu, pensé, enregistré? S'agit-il ce soir d'une simple transmission, d'une mise en situation. Ici à voir ni geste ni instrument. La main, la bouche ne rencontrent ni corde, ni embouchure, ni touche. Voire, à écouter la musique, difficile de visualiser à partir de quels instruments en a été produite la matière première, avant tout traitement, toutes transformations. On entend sortis des baffles, en rythmes et notes, des chocs, des grondements, des agitations, des vibrations, des soupirs, des foules et des évenements qui se bousculent comme des troupeaux impatients, des superpositions, des rencontres,des éclosions, des travaux, des émissions, des rémissions, des inquiétudes et des éclats de joie, des sautes d'humeurs et des traits d'humours, des bulles, des songes et des abandons. Mais ni piano ni violons (à l'exception de quelques samples de Schubert). Elle ne se vit jamais abstraite, cette musique libérée de sa source, qui d'autant plus directement nous touche.

    Puis, à force d'ouvrir les yeux et bouche bée, je vois ce qui est évident depuis le début, comme une lettre cachée dans cette pièce. La maison, la musique ne font qu'une. L'expression de la même pensée, la même. Dans les airs et aux murs la beauté mis à nue, entre rigueur et hasard, matériaux mis en pièces, ré-agencés et ré-inventés, en profusions, accumulation, en contrastes et mouvements. De dedans je vois la musique en voyant la maison assis dans la chambre de Pierre Henry, au dernier étage de sa maison de sons.

    C'était un concert chez Pierre Henry, chez lui à Paris, avec Phrases de Quatuor, Miroirs du temps, et Envol, deux programmes par soir jusqu'au 30 octobre.

    lire aussi : Dieu à la maison, et Pierre Henry au TCI

    Et à s'offrir: La maison de sons de Pierre Henry, avec les photos de la maison et le Cd des musiques du concert (Fage editions)

    Guy

    ...et cette semaine: les gueules d'automne au théatre de l'Etoile du nord, Viviana Moin à la fondation Cartier (soirées nomades de l'exposition Moebius) et Episode de la vie d'un auteur d'Anouilh par Numa Sadoul à la Comédie Nation.

  • En V.O.

    As we hear the first lines, we're surprised! The theatre did let us know the performance was in english language, but it appears the french subtiles (that were announced on the program) are, for some technical reason, actually missing....Well, We've all got to adapt, and focus. As watching a danse performance. I remember reading that Orson Wells once said he rather attend a show in a language he didn't knew, to let him fully envoy the playing of the actors... The consistency and musicality of the work of the two actress on stage are indeed attractive. But I am frustrated. I sure miss a great part of the subtility of the play. I've got the feeling to always stay far behinds the meanings, being always to slow, unable to catch all of possible implications. Thanks to Barker's writing style, some words and sentences are often repeated. On the other side, placed into an accurated state on attention, I've to let my imagination work, forced to fill the gaps. Being aware that Barker's theatre can be interprated in many ways. All things considered, It's tonight quite an interesting expérience to live.

    In addition, according to Barker's habits, the time and place of the plot are all but explicit. What did I hear, what did I see? It's as confused as the words I use to express it. After a mysterious "alteration", a catastrophe of some kind, they're only two women left on stage (and in the world?): that is a former contess and her servant. Lost in a no man's world, maybe in a no male's world. The relationships betweens these two women seem to be have been reversed, now upside-down. The former servant rules (but the situation is much more twisted than it seems at first glance). She wants her husband to have her former mistress (in a sexual way). The whole play is built on this strange request. But I'm not sure the invisible husband really exists off the stage, maybe he's only the expression of the two women's desire. Of the former servant thurst of social revenge, or of the former mistress secret fears and fantasy. It's no surprise we feel an heavy erotic atmosphère all along. The play deals strongly with social power, desire, dignity, dependence and cruallty. Sometimes a mecanic dogs appears, to claim some contess clothes, have her partly undressed. The dogs is beautifully played by a man, he frighteens the two women, it seems he is send by the husband. I ask myself if the dog could be the husband himself. There is a strong contrast between the elegance of the lines and pronunciation and the violence of their very physical relationships. What the language may be, the two women litteraly fight each other. I enjoy this harscheness. Most interesting, the former contess appears, by her way of speaking, not to be a victim, she dosn't act as submitted. The former servant domination is full of doubts. At last, the former contess disapears off the stage to have forced intercourses with the invisible husband. Or maybe it was just an fantasy. Anyway, she returns form this encounter placed an upper position. The dog nows obeys her, the roles are again reversed. The play could continue in a circular way from now on, with further alterations. Only one thing is sure: the two women need each other. It may have political implication, beyond phsycological meanings. I'm out of words now, so that'll be all, and sorry for the many mistakes. If anybody saw another story he's welcome to tell it.

    Guy

    Howard Barker's Deep wifes, shallow animals , directed by  Patrick Vershueren, at Gare au Théatre (cup of theater festival).

    lire aussi: Dona Juana

  • Danse et démons

    C'est dans la convulsion des derniers instants que tout se précipite et se rassemble. Dans un vertige où tout prend (non une logique) mais force et sens, au paroxysme d’un tourbillon. La danse, d’abord enfermée dans un solo en boucle  (A Conspiracy), s’est mise à contaminer tout l’espace autour d’elle, s’est propagée, par cercles successifs, de danseurs en danseurs, en expansion irréversible, par décharges, par déferlements de sons et sensations, par brusques possessions. Notre espace d’observateur est emporté, balayé, les fantômes parmi nous libérés. Le moment est saisissant, effrayant à dire vrai.

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    C’est dans ce dénouement en débordement que se justifie et trouve une cohérence ce qui a précédé, vécu jusque là comme un patchwork déroutant  de danses (vues ou nouvelles), et théâtre, poésie, musique, performance: une étrange carte blanche(1). A commencer par ce long prélude qui sur le coup paraissait fastidieux: trois femmes, dont les robes lugubres et cérémonieuses contrastaient avec les poitrines dénudées, une combinaison comme sacrée. Elles semblaient devoir tournoyer lentement pour l’éternité au son des trois mêmes notes, tandis que trois sorcières de Macbeth lançaient leurs malédictions. C’était, rétrospectivement, un rituel, un envoutement. Aussi une manière de nous faire accepter le principe de répétitions et de subtiles variations comme moyen de faire apparaitre ce qui sinon resterait caché, la mise en œuvre d’une transe au ralenti, diluée. Circulaire également, la lutte ensuite de ces deux guerriers presque nus. Les corps s’attaquaient l’un l’autre en contacts exacerbés, leurs gestes accumulés, saturés, dans un combat d’abord à mort dont la violence s’épuisait peu à peu, en ralentissements, pour se transformer en étreintes amoureuses. Dans cette répétition de mouvements pouvait donc changer la signification de l'ensemble. Par contraste, le corps avait tout à fait disparu de la partie qui suivait: une pure évocation de l’invisible sous trois angles, tentée via trois sensations. La musique de Philippe Glass interprétée au piano, la voix portant la poésie d’Emily Dickinson, les images floues d’un film fantomatique (de Xavier Baërt). Durant cette absence le temps encore s’étirait. On en venait enfin à la dernière histoire, celle de la folie d’un prince- d’un fou-shakespearien(Lionel Hoche), condamné halluciné à répéter encore et encore mots et gestes, enfin à s’en libérer tout en nous entrainant avec lui dans ce cycle. Nous avons été invités à deviner toute cette soirée des recits de fantômes et de disparitions, d’exorcismes enfin.  On peut comprendre ainsi le final, sur une variation d’Amazing Grace. Mais ne sommes- nous pas à notre tour,invités à danser, pris au piège, sommes nous vraiment libérés de ces démons? Je retrouve surtout, au terme de cette soirée rétrospective, ce qui me fascine dans l’art d’Alban Richard: la faculté de faire naitre des émotions brutes de la rigueur et géométrie des formes.

    C’était Shake that Devil d’Alban Richard, au CDC Paris Réseau.

    Guy

    (1) bien que le déroulé de la soirée ai été quelque peu ralenti et dispersé par le parti-pris de la partager entre quatre lieux reliés par des trajets en car: l'Atelier de Paris Carolyn Carlson, le studio Le Regard du Cygne, L'étoile du nord et Micadanses. L'initiative a pour avantage de nous informer que ces structures constituent désormais un centre de développement chorégraphique en réseau (c'est surement une excellente chose), mais aussi pour inconvénient de nous faire mesurer toute la congestion de la circulation routière à Paris et petite couronne...

    photo de Vincent Jeannot avec l'aimable autorisation de la compagnie.

    lire aussi As far as et lointain

    et à lire en anglais...

  • Les plus beaux chemins...

    Les plus courts chemins de Daniel Dobbels nous emmènent très haut, nous emmènent loin. A condition de soi-même accepter de ralentir, de prendre le temps, de se placer en état d'écoute, de se dégager de bien des conditionnements.

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    Pour s'approcher alors d'une utopie, celle de voir des corps qui s'exprimeraient en leurs émotions, en leurs verités, libérés de toute contrainte sociale, de toute obligation trop spectaculaire. Cela posé, de la danse elle même on ne se risquera donc pas à entreprendre de description, forcement de réduction. Sinon remarquer que les mouvements semblent se développer toujours sur un autre rythme que celui celui auquel on s'attendrait, à une autre vitesse. Il faut accepter de se couler dans une autre mesure du temps, un autre possible. Aussi ressentir que rien ici n'est appuyé, ni demonstratif, ni évident, la subtilité des rapports entre les êtres et les corps respectée, de la résilience à l'affirmation exaltée de la vitalité. Du silence à l'exacerbation des sentiments, de la musique de Cecilia Bartoli au blues de Jimi Hendrix, les corps se révèlent à eux même attentifs et yeux mi clos, maitrisent dans un espace appaisé d'invisibles objets. Cet art ressemble avant tout à une morale, à une attitude, c'est aussi une chance d'écouter parler quelques minutes le monsieur, à l'image de sa danse: intelligent, sensible, respectueux, passionné. Et de mieux comprendre son projet: faire découvrir à tous les publics que les gestes ne sont pas des armes mais des dons, des richesses.

    Les plus courts chemins, de Daniel Dobbels (Compagnie de l'Entre Deux), suite composée de Les revenants (trio), Etre à même (duo), Effectif réduit (quintette) sera créé les 8 octobre et 9 octobre (aujourd'hui et demain) au Forum de Blanc Mesnil.

     Guy

    photo avec l'aimable autorisation de la compagnie.