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Un Soir Ou Un Autre - Page 39

  • Quand j'entends le mot culture,...

    Colt python 357 Magnum, carabine a bascule à air comprimé Gamo, Glock 17, Beretta 75 auto KWV, Kalashnikov AK 47, Smith and Wesson 45, alarme portable Prévenson, Taser TW11, bombes lacrymogènes, pistolets jouets à amorce et à bouchon, Sophie la girafe (?), rubboards, plaques tonnerres, sifflets de police, appeaux d'oiseaux, corne de brumes... ce sont quelques-uns parmi la trentaine d'instruments non conventionnels et plutôt menaçants maniés par les musiciens de la création chorégraphique de Geisha Fontaine et Pierre Cottreau, Ne pas toucher aux oeuvres.

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    Pour autant, personne ne peut être vraiment surpris: programmes et dossiers de presse annoncent la couleur. La stratégie d'annonce et de promotion de l'oeuvre met en avant des visuels intrigants et explicites sur ce point: les musiciens mettront en joue autant qu'en jeu les danseurs. Le teasing est efficace, le sujet annoncé fort, et du coup les attentes de beaucoup de spectateurs d'ors et déja aiguisées vers une politisation de l'exposé, vers de potentielles allégories de la situation précaire des artistes dans un environnement hostile...

    Qu'est il fait de ces attentes? La seule que je me suis moi-même autorisée à s'exprimer n'est pas déçue: la pièce-même si l'idée de départ est un peu déflorée par le teasing- dépasse en originalité d'approche et créativité la grande majorité de ce qu'on peut voir sur scène. C'était déja le cas avec Une Piece Mécanique,et les deux propositions ont aussi ceci en commun de remettre en question l'acte de danser: les interprêtes y sont chaque fois placés dans des situations incertaines. Hier contraints de retrouver leur place au milieu des robots en mouvement, ce soir confrontés à des musiciens armés. La danse chaque fois non seulement y survit, mais s'adapte et s'y développe de manière innattendue, par des correspondances inédites avec les composantes du contexte.

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    En commençant par déjouer les attentes trop évidentes. Si les quatre musiciens prennent place d'abord, occupent le terrain martialement, ce sont ensuite les cinq danseurs-parmi lesquels je reconnait Sophie Demeyer- qui commandent de leur gestes les premieres mesures de la musique. Le rapport conventionnel musique/danse ainsi inversé, aussi le rapport persecuteurs/victimes auxquel on aurait pu s'attendre. Tout évoluera de manière ambigue et surprenante, de ces interactions visuelles et sonores entre les deux camps en présence. Oppositions vestimentaires également, entre les musiciens habillés stricts et les danseurs en jean et T-shirt, inversion ponctuelles des rôles par mise en mouvement des musiciens ou appropriation de percussions par les danseurs. On devine, suggérées avec humour à froid, des stratégies complexes, sacrifices offerts et provocations, actions et réactions, regards lourds de sens, rapports de force, toujours incertains et souvent renversés, de suggestion, violence seduction, manipulation...

    Si ce plaisir interprétatif est intellectuel, j'en goute un autre plus esthétique et sensuel, celui liée à la pure musique. Celle-ci est bien sur essentiellement percussive, se joue des contraintes du choix des instruments, garde puissance et expressivité, sur un registre qui s'étend du claquement discret aux détonations plus franches. Toutes les cartouches ne sont pas grillées dés le début, des surprises réservées jusqu'à la fin dans l'utilisation des objets. Les musiciens devant leurs partitions, veillent avec leurs armes à l'exécution de l'oeuvre musicale autant que celle des danseurs. Ou est ce un effet dramatique de mise en scène, cette précision représentée avec beaucoup d'ostensation pour nous faire imaginer par opposition la fiction d'une danse plus libre, laissée à l'initiative de de corps qui ruseraient et s'affirmeraient par rapport à ce cadre rigide? En revanche mon intérêt se laisse distraire aux moments où la musique laisse du répit et la danse livrée à elle-même, moments me paraissant vagues et répétitifs, d'enlevage de vêtements. et ré-habillages. Un troisième niveau m'échappe, mais sans doute sans dommages: de savantes références, musicales et chorégraphiques. Pour moi la jubilation l'emporte pourtant, même si je commets l'erreur de discuter immédiatement à la sortie avec d'autres spectateurs plus réservés, et déçus dans leur attentes, qui auraient préféré une oeuvre plus affirmée dans sa signification. Je dois leur concéder que malgré les armes manipulées ce soir il y a plus de bruit que de danger. Nous avons été prudemment avertis de nous boucher les oreilles si nécéssaire, et aucun spectateur n'a été bléssé durant le spectacle.

    C'était Ne pas toucher aux oeuvres.Geisha Fontaine et Pierre Cottreau, création musicale de Francesco Filidei, à l' Auditorium Saint Germain, en ouverture du festival Faits d'hiver.

    Guy

    Lire aussi: Danzine

    photo (Pierre Cottreau) avant l'aimable autorisation de la compagnie)

  • La douleur et la mémoire

    Ce sang ne sèche jamais vraiment, le sang des victimes des occupants nazi et de leurs complices. Les noms des otages et résistants sont arrachés ce soir à l’oubli en une furieuse litanie, d’une voix rageuse, sans merci. Les feuilles de papier tombent à terre au fur et à mesure de la lecture, mais les images persistent, des crimes et des supplices, intolérables, obsédants. Pas de place ici pour la distance, encore moins pour l’élégance. A prendre comme un bloc, l’engagement total de Nadège Prugnard, qui se heurte à l’indicible, yeux endeuillés de noir, qui crie et pleure ce texte et cette révolte sans reprendre son souffle. Les mots s’abiment et souffrent comme les corps humiliés sous les coups, évoquent les larmes, la sueur, la merde, la terre, la peur, haissent et demandent justice, et aiment comme l’amour éperdu, sans retour, des amants arrachés l'un à l'autre par l’Histoire. L’expérience du spectateur n’est ce soir pas plaisante, la performance salutairement excessive, à rendre bien d’autres propositions dérisoires. Faudrait-il oublier tout cela comme de l’histoire ancienne, noyée dans l’inflation des génocides? Ou se souvenir encore ces crimes, toujours imprescriptibles, refuser la banalisation, déjà à l’œuvre quand un ancien fonctionnaire chargé des question juives siégeait au gouvernement de la France dans les années 70, quand l’un des organisateurs de la rafle du vel’d’hiv’ avait dans les années 80 ses entrées à l’Elysée, alors, qu’il n’y a pas si longtemps, le leader d’un parti politique français jugeait que l’occupation allemande n’avait pas été particulièrement inhumaine.

    C'était Suzanne takes you down de et par Nadège Prugnard, au Lavoir Moderne Parisien.

    Guy

  • Bon appétit!

    texte initialement mis en ligne le 7 octobre 2010: Une Raclette est servie à nouveau au Théatre de Vanves du 11 au 13 janvier.

    Bien sur qu'on peut rire de tout (et, avant tout, de soi-même), c'est pourtant trop rare devant une piéce contemporaine. Mais surprise: ici cela fonctionne, d'autant que la forme n'est pas dupe d'elle-même et relativise ses propres prétentions dés le prologue (cela devient alors surement du théatre méta-contemporain).

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    On craint durant un laps de temps un entre-soi trop étroit, trop catégoriel, lorsque dans la salle comble commence l'appel des spectateurs pour vérifier si on peut commencer la piéce: Mélanie Chéreau (présente), Thibaud Croisy (présent), etc... C'est juste une concession clin d'oeil et factice à la participation du public (et peut-être seulement pour le soir de la première: tout fait si improvisé...), et le grand sujet est bientôt mis sur la table: la bétise. Alors c'est grand, c'est beau, et c'est universel (Ont-ils relu, de Flaubert, le dictionnaire des idées reçues?). Avant tout trés drôle, bien ammené (dommage, j'aurais sinon titré "Indigeste!"). Tellement universel, ce traité de la vacuité, qu'on se voit soi-même sur scène en tics, à enfiler des perles, tel en gros plan le beauf qui en nous sommeille, attablé comme à un repas entre voisins ou plus ou moins pôtes, bien digéré dans cette Raclette. Nous dinons avec eux, par délégation. Une amie était à la sortie décue de ne pas trouver cela assez "politique": voire... La férocité semble se nourrir de la tradition du café théatre, et la dépasse allégrement par échappées soudaines tous azimuth que se permettent  ces sales gosses jusque-boutistes. Ca fuse et ça pétille et tombe souvent juste, entre un beau babil intelligible, et blancs idiots, et rires sociaux. Surtout tout est possible, le rêve libéré, finalement dépassées les intentions brocardées au début. Malgré ou grâce aux ratés, plans de partouze un peu forcés, et sorties de route, la piece est portée par l'inattendu (spoiler:qui aurait prévu d'assister au viol de la maitresse de maison par une carotte géante? fin du spoiler) et une suite d'autres moments aussi surprenants et poétiques, mais n'allons pas tout deflorer... Et il y a ces moments, pas forcement les plus exubérants, où soudain la réalité bascule et se fige dans le silence ou dans l'absurde, comme la matérialisation objective de ces instants où tout en assistant à l'evenement social on sombre trés profond et sans retour dans ses pensées. Samedi nous recevons des amis pour diner: est ce encore possible?

    C'était Une Raclette des Chiens de Navarre mis en scène par mise en scène par Jean Christophe Meurisse au théatre de Vanves pour l'ouverture de la saison théatre d'Artdanthé. 

    Encore ce vendredi et ce samedi.

    Guy

    lire aussi Neige au théatre

    photo (©Balthazar Maisch) avec l'aimable autorisation de la compagnie

  • Effeuillées

    On voudrait croire encore pouvoir assister ici à quelque chose d'interdit et de dangereux, voire louche, même sulfureux... quand le rouge règne dès l'entrée alors que des créatures se balancent langoureusement dans les alcoves. Mais ce mystère là vite s'évapore, avec le public c'est plutôt la complicité que la provocation qui s'installe, le strip tease définitivement bien apprivoisé, qui d'ailleurs maintenant s'enseigne à l'Ecole Supérieure de Burlesque, même à Micadances, sûrement demain dans toutes les assoc' culturelles entre un cours de tricot et un cours de tango. Tandis que les filles palmées de Tournée font salle comble au T.C.I., que Celine Milliat rechauffe toujours les salles, les trois danseuses de ce Pourpre 26-C, elles aussi, mènent joliement leur affaire. Renoncent à toute surenchère avec la pornographie étalée dans notre quotidien au dehors, charment plutôt qu'effaroucher, choissisent plus que jamais de moins en montrer, persistent à faire du rève avec de la chair, du désir avec du tissu. Obligées de jouer la connivence, la matière étant connue elles surprennent par la manière. A trois interprêtes il ne s'agit pas ce soir d'une succession de numéros mais d'une course de relais, la tension montant chaque fois d'un cran. Ces femmes se parent en mille-feuilles, comme emballées sous des papiers cadeaux, dessous leurs corps mieux que parfaits: tout simplement vrais. Chaque couche qui s'envole en dévoile une nouvelle, en un jeu de détournement à renouveler perpétuellement. Le leurre fonctionne plus que jamais, la réalité du sexe cachée vers son imaginaire. Les tambours font vibrer, le blues donne la chair de poule, les lacets indélassables agacent de tant de complications, les mouvements s'attardent dans les courbes sans jamais déraper, puis font tourner imprévisiblement les caches tétons. Il faudrait des contorsions du cerveau tout aussi spectaculaires pour voir ici des manifestations de féminisme, on en revient, comme de tout temps, au pouvoir derrière la séduction, qui s'alimente d'archétypes en exotismes. Ces voluptées paraissent sans doute bien inoffensives, mais, gestes aprés gestes, les trois danseuses recréent un peu de l'enchantement du corps.

    C'était Pourpre 26-2,  avec Belladonna LaPoison, Cherry Candy, Joy Va Voï, mis en scène par Christine Armanger à la Loge , et encore jusqu'au 6 janvier.

    Guy

  • Levons notre verre!

    Voyons-les entretenir leurs corps, tout d'abord, dans un même mouvement, suer ensemble sur le stepper. Ce n'est pas le lieu mais ils jouent le jeu, positifs, enthousiastes. Et ce spectacle ne ressemble pas un spectacle, la drolerie s'introduit déja par cet espace. Puis regardons les, une fois attablés, lever plus ensemble que jamais leur verre à l'amitié entre les peuples, à la paix, à la fraternité, à la construction de l'Europe. Parler et parler encore, considérer avec incrédulité les errances du passé, et les horreurs de la guerre. Jouer collectif. Entre deux évidences, rassurantes, entonnons avec eux l'Hymne à la Joie, confiants en l'avenir, rassemblés sur la route de l'humanité en direction du progrés, prêts, tous amis, à celebrer l'union entre les hommes de bonne volonté, et l'art et les artistes. Et tout en souriant, danser, reprendre un verre, ignorer les différences et dépasser les préjugés. Leurs mots nous décapent sans pitié, bons clients et bon public, et citoyens vraiment citoyens, politiquement corrects et absolument ridicules à communier en bonne conscience dans le confort intellectuel et dans le grand n'importe quoi, l'idéo- magma.

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    Mais le rire, en grincant, ne s'est pas épuisé: la célébration bégaye et se répete du tout début, amnésique, altérée et plus absurde encore, avec le sentiment de moins en moins réfutable d'avoir perdu quelque chose en route depuis bien des années dans l'évidence de nos convictions, la conviction que l'important se passait ailleurs que sur les banderoles agitées devant nos yeux. Ces acteurs nous le rappellent, oublions un moment et etonnons devant les errances des champignons géants, une chanson absurde ou une colère irraisonnée, regardons les partir à poil dans la neige, dehors, et rions en plutot!

    Bonne et heureuse année à tous, paix et prosperité!

    D'aprés Une Autruche peut -elle mourir d'une crise cardiaque en entedant le bruit d'une tondeuse à gazon de Jean Christophe Meurisse et les Chiens de Navarre, vu à la Ménagerie de Verre.

    Les Chiens de Navarre rejouent Une Raclette, du 11 au 13 janvier au théatre de Vanves

    Guy

    photo par Balthazar Maisch avec l'aimable autorisation de la compagnie

  • Retour aux classiques

    Un mercredi blanc de neige et Paris au bord de la paralysie: c’est le moment de se souvenir que le Théâtre de Vanves n’est qu’à cinq minutes du métro, donc le trajet le plus court pour repartir en Villégiature, même juste le temps d’une soirée… Cette pièce est admirable. Beaucoup le savent, depuis deux siècles et demi, même pour moi ce n’est pas une surprise: je partageais ici tout mon enthousiasme en 2009. Nous avons presque passé 2010 mais la crise s’accroche, Goldoni reste donc actuel plus que jamais (et pas moins que Copi), avec ses riches impécunieux prêts à tout pour sauver les apparences. Les revenus fondent, les dettes s’accrochent,  on tient malgré tout à partir en vacances quand même, tous esclaves de la ronde des modes et des convenances, et de  l’argent bien sur.  

    La mise en scène de ce soir semble le résultat- heureux à l’arrivée- d’un compromis, entre des tentations contemporaines (la stylisation de la première partie située en ville et jouée plaquée avec frénésie à l’avant-scène avant que le décor ne tombe pour ouvrir l’espace sur l’aisance et le calme de la résidence d’été,  les didascalies dites face au public, les changements de rôles sans artifice…) et une jubilation à jouer pleinement les personnages et les intrigues. La pièce ne s’en porte pas plus mal, énergique et rythmée. Et ne sont pas sacrifiés pour autant la clarté des situations, sous la drôlerie l’acuité des observations sociologiques. En vérité j’oublie la mise en scène et suis emporté, y crois (en particulier épaté par Filippo- Olivier Achard, la bonhomie et naïveté faite homme). Frustré pourtant que la trilogie soit amputée de l’épisode du retour, avant qu’il ne faille soi-même repartir dans le froid…

    Un peu bas que Vanves, sous encore plus de neige, se trouve Clamart, deux jours plus tard, pour Macbeth. Se pose à moi un cas de conscience, car à force d’être refroidi, je ne me trouve plus dans des conditions de santé propices pour apprécier cette fois ci la performance et moins encore pour en parler…  Mais impossible de ne pas tout de suite saluer l’énergie et l’enthousiasme de cette troupe qui sans décors ni budget visible, sur un plateau de salle des fêtes, ranime de force Shakespeare avec bruit et fureur. C’est un antidote efficace à la sinistrose culturelle ambiante !

     C’était la Villégiature de Goldoni, mise en scène par Thomas Quillardet et Jeanne Candel, vue au théatre de Vanves, et Macbeth de Shakespeare, mis en scène par Thomas Adam-Garnung à l’Espace saint Jo

  • Copi 2010

    Le génie de Copi, c’est peut-être de savoir comment, jusqu’où et encore repousser les limites,  tabous tombés, nous faire accepter le mauvais goût porté au sublime. On rit jaune, mais on rit, en assistant à ce réveillon qui donne déjà la gueule de bois. Au menu très arrosé: anus de boa truffé aux couilles de rat, sur fond d’infanticide.

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    Dans la Tour de la Défense est suggéré un paysage mental seventies, s’y rencontrent les marginaux de l’époque: toxico, pédé, arabe, travelo…  comme dans un refrain de Gainsbourg/Dutronc. Ivres et paumés, bêtes et méchants, désespérés, attachants: dur de les faire exister en se réglant au bon niveau de caricature, mais cette toute jeune troupe réussit à ne pas faire regretter la pourtant mémorable version des lucioles. C’est ce soir brut et direct, emporté voire plus: douches chaudes, sexe, cris, larmes, danse, pied nus et verres cassés. Joué avec le juste ton dans l’inclassable, alors que dans la pièce sont recyclés et transgressés les codes du mélo, du tragique, du boulevard, du polard et du réalisme. Les mots osent et jouissent, les rebondissements emportent le jeu dans la transe et l’hystérie, sont alors bienvenus ces beaux soli en aparté, qui donnent soudain aux personnages une autre épaisseur en mode onirique: la jeune femme juste vêtue d’un grand collier de perles, le garçon qui chante France Gall pathétique… Avant de tous se replonger dans cette fête apocalyptique, rencontre sans issue de noirceurs et d’égoïsmes, jusqu’au denoument-forcement- tragique. La pièce, de 1977, contient en pure insolence, liberté, démesure, ce qui fut Copi-collé par des dizaines de suiveurs audiovisuels, en simple vulgarité. La charge ici est intacte, prête à exploser, laisse encore incrédule. Bon réveillon à tous !

    C’était La Tour De La Défense, de Copi, m.e.s. par Florian Pautasso et Maya Peillon.

    A la Loge, encore les 21/22/23 décembre.

    Guy

    lire aussi: le souffleur

     

  • Des regrets: le cabinet des figures

    Mais à quoi bon? Ou va-t-on? Et aprés?... Que me reste-t-il de cette heure formelle, découpée en parcelles, par passages réguliers du noir à la lumière, avec deux corps morcélés sur fond géométrique, le tout égalisé par un bourdonnement hypnotique? Le temps d'un inventaire méthodique, millimétré, de centaines de postures, de points de vue. Je suis gagné par le même desintérêt qu'à la vision de la pièce de Charmatz consacrée à Cunnigham. Témoin d'une étape peut-être obligée dans l'évolution de la chorégraphe, mais que partage-t-elle avec moi, avec nous? Quelques instants d'amusements, de bizarre? Des poses "figure" cachée, dos en métaorphose, m'évoquent le travail de Sofia Fitas avant de s'en éloigner. Les dernières minutes, avec un duo presque de marionettes, font regretter ce qui aurait pu être, espérer ce qui sera peut-être.

    C'était le Cabinet des figures de Vanessa Le Mat, au Centre National de la Danse

    Guy

  • Tout le temps du monde

    C’est en revenant encore à LaiSSeRVenir d’Eléonore Didier que je ressens chaque fois comme un temps qui ne s’écoulerait pas linéaire mais circulaire, comme l’entêtement de l’artiste. Un temps qui ne s’écoule pas, se rassemble. Je vois des gestes allégés du superflu, à force d’avoir été répétés. Des gestes alors transparents, à presque en apercevoir à travers eux la pensée. Et toujours des échelles comme des mystères. Je suis fasciné. Ne me demandez plus pourquoi.

    Ce soir, le solo se duplique, en fractale, réitéré par trois interprètes, aprés déja avoir été transmis ce printemps. Un quart d’heure à perpétuité.  De la même valeur que les deux heures vues il y a longtemps à l’origine de ce cycle, et la même virginité. D’abord ce corps qui se présente plus épanoui, sexué. Le silence prend de la beauté, la pose de la langueur, la pause de la longueur, plus d’impudeur voire de froide lascivité. Les figures retombent, ressemblent à des tentatives, une danse qui se penserait dans son hésitation, des rêveries surprises, des spéculations muettes, à jamais incomprises. Quelque chose, au fil de cet effeuillage destructuré ouvre enfin la possibilité d’un achèvement, d’une parfaite symétrie. L’échelle posée contre le mur à l’envers, et les jambes de la danseuse en symétrie, elle-même à l’envers de quelque chose, mais en parfait équilibre. Eléonore Didier ensuite se succède à elle-même, laisse à quelques spectateurs excédés le temps de retourner dehors s'offrir à un autre temps plus normé. La chorégraphe danse brusque et abrupte, sèche,  le souffle évident, tel un petit animal maigre. Donne l’impression, des exacts mêmes gestes pourtant, de vouloir prendre ses distances d’interprète avec cette performance. L’accouplement avec l’échelle se fait nerveux. La clé de ce solo est peut-être qu’il est un duo rêvé. Mais, puisqu’on prête parfois plus de sens et de pensée aux formes qu’aux mouvements, un troisième interprète, masculin, vient renverser toutes les interprétations possibles, et refait de toute autre manière le même chemin, naïf et généreux, juvénile, viril.  Il faut assurément du temps pour créer, répéter (dans tous les sens du terme) et se réinventer, je souhaite vivement voir un jour parfaite la pièce pour plusieurs interprètes esquissée par Eléonore Didier il y a 1 an ou déjà 2, les mêmes pensées dansées en simultané.

    C’était  LaiSSeRVenir d’Eléonore Didier, dansé par Pauline Lemarchand, Eleonore Didier, Lorenzo de Angelis, au Colombier de Bagnolet.

    !Kung solo, d’Eléonore Didier, est re joué les 7 et 8 décembre au Colombier de Bagnolet.

  • Nue

    texte mis en ligne pour la première fois le 18/06/2009, Strip Tease est rejoué au Théatre de la Bastille du 3 au 17 décembre.

    Il y a, à la fin, un moment vertigineux, éperdu: robe abandonnée, le corps dénudé tournoie autour de la barre de strip-tease, repête en boucle les mêmes figures, persiste à s'offrir, se plie et se déplie, s'expose, s'entête et s'épuise de fatigue, et force notre désir à s'épuiser aussi, vaincu par l'empathie. Le regard demande pitié pour le nu...

    Striptease© Denis Arlot.JPG

    C'est- tous doubles sens autorisés -l'exposé le plus pénétrant auquel on ait assisté au sujet du strip-tease. Le professeur Céline Milliat-Baumgartner (1) fait la part belle aux travaux pratiques. L'actice emmène l'auditoire où elle veut, d'un bout à l'autre suspendu à ses lèvres. Avec l'habileté d'abord de le rassurer en se laissant passer pour une ravissante decerébrée, de suciter son hilarité complice, avant de le questionner à chaud sur ses motivations... La prise de pouvoir s'effectue en douceur! La conférencière annonce en un clin d'œil appuyé la problématique obligée: « c'est long, hein ! ». D'évidence, tout est ici question d'attente! Si la démonstration est généreuse, les exemples pertinents, la théorie n'est pas sacrifiée pour autant, documentée aux meilleures sources, le petit Georges Bataille bien assimilé. La langue caresse patiemment des évidences, mais qui sont bienvenues. L'effeuillage étant donc l'art de détourner le regard de l'obscur objet du désir. Cet objet restant par essence inaccessible, au cours du dévoilement toujours plus loin vers les profondeurs du corps reculé. Et de re-diriger ce regard vers les signes qui exacerbent l'érotisme, laissent les pensées s'emboiter: plans rapprochés sur les longs gants noirs de Rita Hayworth devoilant des mains lisses, sur une croupe tendue et soulignée par le tissu, sur des cambrements aigus et des talons aiguilles, sur des méches de cheveux soudain incontrolés, vers la convergence jupes courtes de jambes dénudées, sur un regard chaviré ou des lèvres entre-ouvertes, sur la rougeur d'une joue ou à fleur de peau une perle de sueur, sur le glissement d'un string le long de chevilles écartées, le dessin d'un sein ou la naissance d'une toison comme un chemin en biseau, l'ombre d'un teton dressé dans l'imaginaire et l'obscurité confondus, le contre-champ flagrant et implicite d'une pose impudique, l'aperçu entre-ouvert de chairs à contre jour. . Jusqu'à la brève contre-démonstration, faite et parfaite, que le cul sous une lumière cru, n'a (sur le plan du désir) pas grand chose à montrer: un vrai cul-de-sac. Mais que du récit naît l'érotisme: avec une chanson gorgée de promesses, par l'évocation en frisson du mythe du strip-tease originel- un accident de nudité qui aurait laissé spectateurs et danseuse médusés, vaincus par l'inconcevable, érotisés par l'innatendu, privés de volonté...

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    Tout est très sensuellement montré et démontré, remis à neuf, virginisé. Et à intelligemment déshabiller le regard du spectateur, c'est au bout du compte la strip-teaseuse- et la question de la réalité de son désir - qui s'en retrouvent occultées. « Foufoune Darling », « Lili la Pudeur »: on écoute la lithanie de ces noms de scène exotiques qui semblent autant de cache sexes sémantiques... Dites, « Mademoiselle Céline », en montrant tout de votre corps, ne gardez vous pas le plus précieux de votre pouvoir, de votre mystère?   

    C'était Striptease, création et jeu de Céline Milliat-Baumgartner, texte et mise en scène de Cédric Orain. Dans le cadre de Trans, au théatre de la Bastille, ce soir encore. Précédé de Manque et de Blanche Neige.

    TRans se poursuit avec Un presque Rien, Quel chemin reste-t-il que celui du sang ?, laboratoire, Phèdre, pauvre folle , Hamlet (fragments), Toujours le même fantasme.

    Guy 

    photos par Denis Arlot, avec l'aimable autorisation de la compagnie Jean Michel Rabeux

    Ailleurs: Rue 89

    (1) Vue dans Le Cas Blanche Neige et d'autres mises en scène de Cédric Orain: la Nuit des rois, Notre Père