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Un Soir Ou Un Autre - Page 70

  • Flavia Ghisalberti: une lune dans le caniveau

    Un clochard qui d'un coup s'effrondre, c'est de la danse contemporaine, dixit Thierry Bäe.

    Mise en application, mais un peu trop appliquée: elle et lui titubent à deux en talons-aiguilles, bas déchirés et imper ramasse-poussière. Coule sur la peau la vinasse en gros ruisseaux, goulot forcé entre les dents- geste galant version amour vache?- gigle la chair de l'orange, entre sueur et salive, avant de choir hagard et torturé à poils ou à peu près

    Etc, etc.. dans le genre premier degré, sans surprendre ni transporter, on tue l'évocation à force de coller à la représentation. Sans surprendre ni transporter. On se recule un peu pour éviter les éclaboussures- Maman nous a dit il y a longtemps qu'il ne faut jamais jouer avec la nourriture. On rentre chez soi, et on ouvre plutôt Conte d'Asphalte, d'Anne Calife.

    C'étaient Flavia GHISALBERTI et Grigory GLAZUNOV dans ZERO, invités par Moeno Wakamatsuà la Fond'action Boris Vian.

    Guy 

  • Moeno Wakamatsu: eau, baton, pierre blanche

    Pour installer cette Obscurité de Verre, au premier actes'imposait une remise à zéro, intemporelle, dépouillée à l'essentiel. Oubli et table rase. Au second épisode: une renaissance- Eau nue- la nudité se trouble d'une mince brume de tissu. La vie commence- cela ne peut être un hasard- par une lente immersion dans ce lac d'un calme de 3ce50685dbec46d2f979aac53c4d31e8.jpgmort au fond de la scène, alors que l'accordéon joue le vent. Après l'évocation de l'origine du monde d'une soudaine violence, la robe devient lourde et mouillée, pèse sur le corps et l'existence. Agitée par les soubresaults du dialogue furieux entre les décharges sonores émises par Claude Parle, et la danse de Moeno.

    Au troisième acte, c'est un véritable personnage qui apparaît, un Voyageur habillé d'une robe de temps oubliés, appuyé sur son bâton. Mais nulle joliesse n'est possible ici, la danse échappe au linéaire de la narration, de même que Ninh Lê Quanfait vibrer ses percussions au rebours des productions de rythmes attendus, pour faire surgir par frottements ondes et climats. La robe tombe bientôt de l'effet du chaos intérieur des mouvements. Brûle comme braise une présence charnelle et acharnée, irréductible, démembrant sa forme première en un inhumain mouvement de réversibilité, finissant par s'échapper à elle même en tension du regard vers le haut, juste retenue de l'envol par les extrémités au sol.

    Le quatrième jour, naît une fleur de lotus,qui s'extrait de ses pétales en déchirements. Cette forme voilée de transparence blanche vient se meurtrir contre la pierre, ose y rechercher assise un impossible apaisement, dans l'équilibre de la douleur. Mais la blancheur est bientôt maculée d'encre, qui tombe goutte après goutte, altérant tout rêve d'innocence et de pureté.

    C'était Moeno Wakamatsu dansant le cycle Obscurité de verre: Eau Nue avec Claude Parle, Voyageur avec Ninh Lê Quan, et Soleil de Lotus, à la Fond'action Boris Vian.

    Guy

    Photo: Jacques Sadoun

  • Transit: Berlue à Bercy

    Certains enfants restent figés sur place, bouche bée, dans leurs yeux grands ouverts un océan de curiosité et une pointe d'effroi. D'autres continuent à jouer, comme si de rien n'était: dans ce monde compliqué il faut beaucoup d'expérience pour faire le tri entre ce qui est normal et ce qui l'est un peu moins. Dans tous les cas les mamans prudentes s'empressent de retirer les marmots du milieu du chemin, où les quatre danseurs de Transit avancent chaotiquement, sur le pavé devant les chais de la place Saint Emilion, dans le village de Bercy. 

    e5e0ae99d85b484d4d54ad9d28701a1d.jpgLa première créature, grimaçante, trace sa route incertaine dans la réalité de ce début d'aprés midi, tire un filet de pêche, où les trois autres sont empêtrés. Tous quatre habillés de noir et maquillés de blanc, se débattent, tournoient et tombent. Tordus, muets, aveugles, hors d'atteinte. Gyohei Zaitsu, le crane rasé et interminable, la peau de ce crâne livide et marquée de la strie du filet, bouche rouge de sang. Maki Watanabe, saisissante d'intensité de chute en chute, en déséquilibre constant. Quatre noyés, en transit vers les enfers? Une procession de condamnés?

    En tous cas une vision dérangeante, telles qu'on voit rarement s'insinuer dans le quotidien rassurant d'une promenade familiale. Quelques passants osent s'arrêter, s'attardent à accompagner le groupe le long de ses divagations. La plupart des promeneurs soutiennent l'épreuve quelques secondes et quelques pas. Tentent d'apprivoiser la situation d'un sourire. Mais, chaque fois, ne peuvent faire autrement que de porter un jugement. Entre tous ces témoins, de brèves conversations incrédules, souvent ironiques et toujours un peu affolées, avant que de tourner les talons. On s'interroge. On condamne: c'est evidemment trop morbide, trop violent. Ou l'on autorise: d'accord c'est très bizarre, mais pourquoi pas, après tout ils ont bien le droit? Et quand on reste pour regarder, on reste muet alors, est ce par émotion? Pour une fois la danse va à la rencontre du monde, et le monde est obligé de lui répondre, ne serait ce que quelques secondes durant.

    C'était Transit , avec  Cinzia Menga, Cécile Raymond, Maki Watanabe, Gyohei Zaitsu, pour une improvisation dans le village de Bercy, avec entrez dans la danse.

    Guy

    P.S. : une photo d'un peu plus tard dans la même journée, avec l'aimable autorisation de la compagnie transit 

  • Claude Parle /Jean Pierre Robert: cordes, bois, lames, archet, maillet,etc...

    La musique contemporaine se prend-t -elle au sérieux? Ou a-t-elle pour objet de dynamiter les scléroses de la tradition, e96be098fb08736ac3d41d862a5f5458.jpgperruques, harmonies codifiées et noeuds papillon?

    La question tourne un peu autour de cela avant de s'en échapper vite incontrôlée par toutes les issues possibles. Tout est permis jusqu'à un certain point, c'est une jubilation de voir Jean Pierre Robert, qui a la virtuosité narquoise, frapper à coup de maillet les cordes de sa contrebasse tout en suivant scrupuleusement sa partition de Ferneyhough.

    Autant que de se concentrer sur la musique, on est fasciné de suivre les mouvements des64bd48812397d185718f9047ba580959.jpgmains, qui attaquent l'instrument par tous les angles possibles, histoire d'en sortir quelque chose d'inédit et d'abord percussif, coups de paume contre le bois, qui vont chercher des résonances inédites au plus près du chevalet. Le fait est que, de Giacinto Scelsi à Jacob Druckman, le résultat sonne inattendu, entêtant, urticant, réjouissant, abrasif. Mais sonne "juste" à chaque fois. Absolument libre en tout cas. Tout en restant très contrôlé, on s'en rend compte à postériori quand Claude Parle à l'accordéon vient taquiner le contrebassiste pour une improvisation partagée. Le jazz en prend un sérieux coup de vieux. 

    Pour nous laisser quand même avec une angoissante question. Comme pour le sexe, aprés avoir tout essayé, que reste-t-il?

    C'était Jean Pierre Robert, avec Claude Parleà la fond'action Boris Vian, invités par Moeno Wakamatsu dans le cadre du cycle Obscurité de Verre.  

  • Saskia Hölbling: F comme ?

    JDs'est éclipsé après le solo de Maria Donata d'Urso, prétextant un problème de billet. Prudence ou prémonition? La pièce de Saskia Höbling suit et commence, mais sans commencer vraiment. Les accessoires sont bien là, épars, mais l'espace tarde à se faire habiter. Las, trois présences féminines s'installent en prenant leur temps, la soirée continue  sous le signe de la patience.

    Cette forme sous un drap est celle d'une femme nue, mais qui une fois dévoilée reste encore longtemps, très longtemps inanimée. Ses deux partenaires, après quelques fausses entrées, explorent nonchalamment ce territoire bien encombré. Il y a du travail: sur le sol pâle billes, jouets, arbustes, mannequins en morceaux, poupées, dalles de gazon, échelle, tulle, vêtements de genres différents, perruques, fourrures, coquillages, chaises, lampadaires... Il s'agit sans doute d'épuiser les possibilités de vagues manipulations qu'offrent ces objets incongrus. Il s'agit de danser un peu aussi, mais si peu, comme par accident comme par distraction, de manière décalée, comme pour évoquer par gestes perdus des souvenirs oubliés. Les transitions entre chaque action s'insinuent heureusement à rebours de toute logique: quand une danseuse extrait interminablement de sa blouse de travail une pièce de vêtement, c'est pour aller ranger la chose dans un carton et ne s'en servir que beaucoup plus tard.

    Mais à force de passer chacune d'un objet à l'autre les filles perdues donnent l'impression de ne jamais trouver chaussure à leur pied. Dans ce jardin un peu triste l'ennui même ironique devient contagieux. On se console en cherchant dans cette désolation un peu de poésie, et dans ce bric à bric des reminiscences de Dali. Quand on est oisif et désoeuvré parfois on tue le temps en allant se baigner. C'est une exquise surprise pour conclure et nous réconcilier: nos trois belles deviennent baigneuses endormies à ne pas remarquer l'absence d'eau- bonnets fifties et maillots démodés, toutes trois ensemble réunies enfin, dans un lieu fictif et qui commence à exister. Pour qu'elles créent du charme in extremis, de la délicate nostalgie. de l'étrange dans une belle rêverie.

    C'était F on a pale ground de Saskia Höbling au CDN de Montreuil , avec Les Rencontres chorégraphiques internationales de Seine Saint Denis.

    Guy

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  • Masaki Iwana: le buto est un humanisme

    Cet homme porte une histoire, dés lors qu'il apparaît sur scène, c'est évident. Intimidant aussi. Hirsute et presque nu, le corps sec et noué, sans faux semblants. Dégageant un mélange d'autorité revêche et de vulnérabilité 0e2f58fdbe43e90c94b412e0f7ac3cff.jpgdouloureuse. Il porte une mémoire de 30 ans de parcours artistique et humain, qui nous relie par lui à la mémoire des premiers maîtres du buto. Pour une danse au delà des modes et des compromissions, au delà des tentations du spectaculaire et du divertissement. Une leçon de pure humanité, et de survie ordinaire. D'une lenteur assumée. Le poids de l'histoire est-il trop lourd? Progression incertaine, ivre, chancellement, chute brutale, terrible effondrement sous le poids des caractères japonais, inscrits sur des bandes de papier attachés à son corps. Songe allongé, sombres tentations, plaisir, colère, douleur. Mais l'humanité se reconstitue à terre de ses propres débris, tremble, réussit à se relever. Pour combien de temps?

    C'était L'Eternité de Masaki Iwana, invité par Moeno Wakamatsu dans le cadre du cycle Obscurité de Verre à la Fond'action Boris Vian.

    Guy

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    P.S. : Et on pourra voir Masaki Iwana début juin a l'espace Bertin Poiré, dans le cadre du 8° festival de Buto.

  • Maria Donata d'urso: Lapsus ou répétition?

    Quand on a déja vu une fois Maria Donato D'Ursose fondre morceau par morceau sur/à travers une table truquée, faut-il retourner la voir tourner dans un anneau géant? Pour dire vrai on se disait in petto que non, ne nous y risquant finalement que sur la sollicitation amicale de JD. Moralité: alors que JD, d'avance convaincu, en ressort trés déçu, nous au départ réticent on en revient intéressé. A se mettre les jambes en haut, la tête en bas, puis au milieu et dans tous les sens possibles, elle a finit par tous deux nous retourner.

    Plaidoyer: oui d'accord il n'y a ni recit ni morale. Oui, on frise l'esthétique publicitaire. Oui on constate l'épuisement systématique des procédés. Oui d'accord sur tout, et alors? Il faut accepter de revenir à l'essentiel, écouter cette lente respiration qui nous dit: "arrêtez vous un instant, oubliez et regardez, oubliez que vous voyez un corps comme déja vu cent fois et laissez vous surprendre à voir d'autres choses". On repense aux impressionnistes, aux pointillistes, au cubistes, qui réinventaient la forme humaine et le nu. Ici nait un projet du regard au ralenti, à la fois voisin et à l'exact opposé du travail de Claudia Triozzi. Cette dernière jouait sur le plein, la surcharge et l'accumulation. Maria Donata d'Urso épure jusqu'au presque rien, la rencontre de formes qui se détachent en ombres sur le fond. Après les rondeurs de sa précédente Collection particulière posées sur un plan horizontal, ici des lignes brisées de corps qui naissent d'un point de départ foetal, s'élancent et se replient au sein de la rondeur faciale d'un cercle protecteur. D'une performance l'autre la stratégie visuelle se poursuit mais les effets sont loins de se répéter. Bien sûr, on somnole un peu- la bande son est spatiale et la vision floutée- puis on est réveillé par un éclair opportun ou, à coté de nous, par les manifestations d'impatience de JD. Mais une fois qu'on a renoncé à attendre quoi que ce soit, on accepte que des images apparaissent, contours dessinés par les membres, les replis, les chairs de cette femme nue. Les caractères mystérieux d'un alphabet féminin, les aiguilles d'une horloge organique à contresens du temps, les pinces d'un mollusque indolent, une respiration qui lourde s'impose et fait ressentir l'existence du dedans, une pupille palpitante de lumière au centre d'un oeil géant, un personnage au bord d'être emporté par la tempête, pour finir une femme qui médite perchée sur un croissant de lune. L'anneau est un portail vers d'autres dimensions, comme le savent tous les amateurs de fiction: quand la danseuse disparaît d'un coté, alors qu'elle réapparaît, c'est transformée...

    Tiens, c'est fini, déja ou enfin. Pour la prochaine performance, plutôt que pour le carré on pose un pari sur la sphère transparente et suspendue. Ou le ruban de Moebius.

    C'était Lapsus , par Maria Donata d'Urso, au CND de Montreuil, avec les Rencontres du 9-3

     Guy

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  • Pouliches: Manon fait du cheval

    Pouliche, bien qu'en talons aiguilles, elle s'ébroue, piaffe et rue, s'arqueboute contre le mur, se roule au sol, arpente le manège à quatre pattes. Remarquable métamorphose, à un tel point qu'on ressent l'épaisseur molle de la chair, évidente, d'une lourde nervosité, lentement agitée de mouvements abêtis. Quelque chose à l'intérieur gronde, peut être quelque chose d'aussi banal qu'une sourde animalité. En tout cas rien de sexuel, ou alors qui ne pourrait intéresser que les vétérinaires.

     

    Mais il n'est pas indifférent d'être confronté à la bestialité chez l'autre, et par contrecoup chez soi même. Pourtant quand la pouliche progresse au sol, les gestes semblent alors plus humains, tels ceux d'une acrobate. Ici d'une lenteur et d'une application si grossière et obstinée que toute transcendance est lestée. Les postures s'étirent au delà du convenu. Et en deviennent originales. On reste comme figé dans l'univers d'un cirque sinistre- après les chevaux bridés l'écuyère triste-, tout le clinquant disparu, reste la pénibilité fascinante du geste athlétique. Le doublage vidéo nous propose une version en gros plan, plus littérale, assez terreuse de ces exercices. Puis la jument remontre le bout de ses naseaux. Impressionnant. L'exercice évite le piège de l'imitation. Il choisit le parti bien plus efficace de l'évocation: c'est donc d'emblée original et troublant.

    2003654071.jpg

    Même si la démonstration appuie et dure un peu, même si le sens en reste un peu obscur. S'agit-il d'évoquer la femme sauvage, à en lire le programme? Pourquoi pas... On nous parle aussi de l'identité féminine: c'est réducteur sauf à n'en retenir parmi les mille potentialités que celle d'un anti-fantasme masculin. On nous parle aussi de sublimation du corps féminin: on la recherche ici en vain. Ou peut-être portée au second degré par la contrebassiste et la chanteuse lyrique, cette dernière d'une sophistication précieuse. Il est donc grand temps de jeter la feuille de salle à la poubelle, alors que la jument s'humanise ouvertement, en un long frémissement de plaisir, qui nous semble bien trop élaboré pour être chevalin.

     

    Suivi par des variations chorégraphiques plus familièrement anthropomorphiques malgré l'usage du harnais, et plus qu'allusives. Elle rie. Si on se lâche à scénariser, on tend à penser, à la vue de cette conclusion, que le précédent avatar de cette créature ne participait après tout que d'un jeu délibéré, et ouvertement pervers. Qu'il n'existe pas de retour innocent à la nature. Mais toutes les hypothèses restent ouvertes-tant mieux. Il parait que pour comprendre cette fascinante performance on peut trouver des pistes dans l'oeuvre de la photographe Cindy Shermann. 

    C'était Pouliches , de Manon Oligny(Manon fait de la danse),  dansé par Anne-Marie Boisvert, avec Mona Somm au chant et Anne Gouraudà la contrebasse, avec des videos de Thomas Israel, à Point Ephemere .

    Guy

     

    P.S. du 27/5: photo avec l'aimable autorisation de Thomas Israël

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  • Moeno Wakamatsu à fleur de peau

    Moeno Wakamatsudanse, et cette danse a comme irrésistible effet de faire oublier, pour le temps qu'elle existe, ce qui a précedé, tout ce qui est extérieur à elle. C'est sans appel et sans regrets. Au ralenti une déferlante. Un an. Un an et pour rien? On prend soudain conscience que l'on est revenu pas très loin du point de départ, et assez allégé. Revenu au point d'où on etait parti ou sinon juste quelques centimètres au dessus, aprés un an de regards aléatoires sur à peu pres soixante-dix expériences, pour n'évoquer que celles qui se placent plus ou moins dans le champ de la danse contemporaine. Pour chaque soirée une trace laissée ici, une évocation comme à la lueur d'une lampe de torche, pour voir creuser du regard un peu au delà de la barrière des discours de fumée et des attentes sociales, mais c'est à peine plus, ou même un peu moins chaque fois, qu'une capture d'écran floue, une appropriation arbitraire comme seule alternative à l'oubli radical. Pour un an surtout pas de bilan anniversaire, juste cette évidence qu'on abandonne en passant: c'était un an d'imprévisibilités, une explosion en rafales de formes chaque fois différentes, d'énergies généreuses et de talents obstinés. Merci. Autant pour les déclinologues qui soupirent à chaque saison, pour les entomologistes de tempérament, pour les faiseurs de jugements à l'emporte pièce: le spectacle reste indéfinissable, insaisissable et vivant. Mais ce soir, aprés un an de propositions en tous sens, certaines très scénarisées, d'autres concentrées à percevoir leur propre respiration, collectives ou solitaires, discrètes ou bruyantes, techniques ou basiques, pudiques ou provocatrices, généreuses ou désabusées, enflées ou modestes, bavardes ou elliptiques, naives ou conceptuelles, et certaines qui à forces de surcharges ou de discours nous avaient alors un peu éloigné du corps, on y revient, en plein. On revient à quelque chose de fondamental et inexpliqué. On revient à Moeno. Un an après. Mais qui elle va depuis bien plus loin.

    "Obscurité de verre": c'est un bel oxymore. Plus signifiant qu'il y parait d'abord. Plus immédiatement l'épure s'impose à la conscience, dénudée et transparente, plus le mystère persiste, impénétrable plus que jamais. La performance sera intense et dépouillée, et déja littéralement. Cette nudité qui n'est pas sans risques, non pas tant une question de pudeur ou de provocation, mais plus simplement en termes artistiques: accessoires et ornements qui pourraient accrocher le regard, esquisser comme un scénario, et distraire de l'essentiel, sont ici vite abandonnés, comme cette peau déja morte. Une fois tout ce qui est de l'ordre du social extirpé, que reste t il? Une sourde animalité clouée au sol, qui échoue à s'extraire d'un corps contraint, tous membres étirés en tensions contraires? Ou un réceptacle creux de douleur, lentement ouvert à toutes les forces invisibles prêtes à le traverser? Les interprétations s'épuisent contre le temps et s'évanouissent jusqu'au renoncement. Reste le mouvement: la forme, de foetale devient diaphane, dans un effort décharné se renverse d'un coté puis de l'autre, développée à l'extrême du méconnaissable, visage contre le sol, yeux entre-ouverts qui n'appartiennent plus à personne. Les yeux de la danseuse osent enfin se lever en direction du ciel et le corps debout les suivre. Ce n'est pas la conclusion, pourtant, c'est une nouvelle étape, qui perdure, miraculeuse. On a laché prise mais voit-on mieux, notre regard un peu éduqué à force d'expérience? Rien n'est moins sûr. L'émotion est toujours première, irréfléchie, et cette danse porte en elle même sa résolution. Jamais répétée. Plus forte que toutes les tentatives d'accumulation, elle laisse derrière elle une page blanche. On a rien appris, depuis un an sauf que cette danse s'est encore élevée. On venait d'ici. C'est ici où l'on revient, au tout début, quand les lumières s'éteignent, amnésique, l'inquiétude déjà avivée, saisi par le vertige de tous les possibilités.

    C'était Fleur de Peau contaminée par Moeno Wakamatsu, accompagnée de Claude Parle. 1er épisode du cycle Obscurité de verre en huit parties, tous les mercredis à la fond'action Boris Vian.

    Guy

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  • Claudia Triozzi: Vers le haut

    On se sent dés après les premières minutes un brin intimidé par le travail de Claudia Triozzi. En lui reconnaissant le mérite de se situer d'emblée loin au delà de la danse. De la danse tel qu'elle est généralement présupposée, telle qu'elle nous est donnée à voir, le plus souvent. Ici pour une fois au moins, parler de recherche n'est pas un vain mot. Comme dans "Plus ou moins l'infini",mais d'une toute autre manière, l'enjeu se détourne du corps et de ses mouvements, prend du recul. Plan large sur la mise en situation croisée des matériaux scéniques et perceptifs: corps et décors, lumières et sons. Jusque là on reste dans les paramètres ordinaires du spectacle, mais la différence est qu'ils sont ici imbriqués à un rare niveau de sophistication. Et sans progression dramatique, qui s'incarnerait en un sujet, qui s'imposerait vraiment. On met un temps à accepter cette règle du jeu.

    medium_up_to_date.JPGMais que voit on alors? La mise en scène d'états évolutifs et flous d'un milieu contrasté dont la danseuse, de dos le plus souvent, n'est que l'une des composantes. Jusqu'à parfois s'effacer, par effet d'illusion. Durant l'exploration de ce labyrinthe baroque de musiques, de formes et de couleurs, la matière visuelle et sonore mise à contribution est d'une exceptionnelle richesse. Pas de ligne elliptique, mais au contraire de l'accumulation, du tout-plein, du luxueux au luxuriant. Ce sont les modifications de l'environnement- de magnifiques toiles imprimées sur des colonnes qui pivotent, motifs baroques, forêts, cascades, villes, intérieurs bourgeois- qui commandent les transformations de la danseuse. Progressant au vertical sur les degrés du décor, celle-ci abandonne chaque fois sa robe précédente pour en découvrir une nouvelle, imprimée des mêmes motifs que le fond. C'est visuellement troublant, même jusqu'au vertige. Le sonore est au même niveau d'originalité, d'humour froid et d'exigence. Heurté et atypique. Cerébral à l'excès? Selon l'adage, quand on met un caméléon sur une couverture écossaise, il risque d'exploser. Et le déroulement est d'une lenteur obstinée- ce qui nous rappelle avec soudain un peu d'hésitation qu'on ira revoir bientôt Maria Donata D'urso. Mais ce sera une autre soirée, l'enjeu est pour le moment de trouver assez de relaxation, ou d'exigence, pour mériter de regarder.

    C'était Up to Date de ..., au Thêatre de la Commune à Aubervilliers, avec les rencontres chorégraphiques internationales du 9-3.

    Guy

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    P.S. du 11 mai: plus efficace que toutes les tentatives d'explication, plus haut une belle photo, avec l'aimable autorisation de Raphael Pierre

    P.P.S. du 12 mai : voir plus bas le commentaire de Cyril Seguin qui rectifie et precise le rôle des différents intervenants pour la création des décors. On en profite pour proposer un lien sur l'échange entre Claudia Triozzi et Vincent Dupont à propos d'Up to Date sur le site des laboratoires d'Aubervilliers

    PPPS du 13 mai: à la demande des intéréssés, écrivons une fois pour toutes qui fit quoi: 

    Conception, interprétation, scénographie: Claudia
    Triozzi.
    Musique: Haco, Michel Guillet (électronique), Claudia
    Triozzi (voix et textes)
    Costumes: An Breugelmans
    Lumières: Yannick Fouassier
    Conception technique et construction décor: Christophe
    Boisson
    Textures du décor composées par Jacques Ninio.
    Régie Son: Samuel Pajand
    Régie vidéo: Romain Tanguy
    Construction: Damien Arrii

    P.P.P.P.S du 30 septembre: Claudia Trozzi à Nightshade: c'est ici