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Un Soir Ou Un Autre - Page 73

  • Version clip: 10 minutes et puis s'en vont

    Que peut-on montrer en dix minutes? Peu et beaucoup à la fois, en abandonnant en tous cas les spectateurs à de délicieuses frustrations, et à la promesse de futures rencontres.

    Restent en attendant les souvenirs de paysages juste entrevus, d'étonnements ambigus et d'impressions en suspend. D’abord avec Flora Sans- Ephe & Ina- 2 filles tous sourires qui nous apportent une boite mystérieuse pour un jeu dansé construit autour des 5 sens, et c’est proposé avec une gentillesse quasi-enfantine et si désarmante qu'on est obligé d’accepter. Motoko Yoda- Après touts’aventure dans des territoires plus butô, et aux sous-entendus plus adultes, pour une démonstration parfois peut-être encore incertaine, mais déjà riche de tensions, qui ouvre vers des profondeurs surprenantes. On devine Yuko Kametani prête à tout oser: d’abord l’immobilité, puis des larmes, et ensuite interrompre une danse à peine entamée pour couper la bande son... et surprendre son monde. Gonflé ! Enfin Miguel Ganiko- mémoires d’un pétale de jasmin, danseur fort de plus d’expériences, s'avance bandeau sur les yeux, pour un solo inquiet et douloureux, sobre, quasi féminin.

    On a manqué entres autres Céline Angèle et Jocelyne Danchick, excellente raison pour les retrouver avec d’autres danseurs encore aux épisodes suivants de Version Clip, mardi prochain et puis celui d’aprés

    C'était Version Clip à Bertin Poirée, dans le cadre du festival dance Box 07

    Guy

    P.S. Ce n'est sans doute pas encore le printemps, mais c’est déjà le dégel, et enfin la saison du buto: le Festival Dance box tout ce mois de mars à Bertin Poirée. Et Yumi Fujitani s’installe tout avril au Proscenium, pour différentes performances,-en solo ou très bien entourée-avec entre autres deux nouvelles version de Kao

     

     

  • Le Songe d'une nuit d'été: Un Shakespeare qui peine à faire réver

    Sept erreurs:

    1. Jouer Le Songe d'Une Nuit d'Eté en noir et blanc
    2. Utiliser un caddie de supermarché sur scène (c'est éliminatoire)
    3. Commencer trés trés lent et en trop lourdes convinences.
    4. Laisser (la remarquable) Claude Degliameen faire beaucoup, beaucoup, beaucoup trop. Dans le genre "je refais Blaise Cendrard. Alors que Marie Vialle (non moins remarquable) se laisse oublier et redécouvrir.
    5. Moderniser la langue de Shakespeare(1564-1616)-de peur de sinon ne être compris?- mais ainsi la banaliser, en vocabulaire de discothèque et de reality show.
    6. Adopter un parti pris de travestissement et d'inversion systématique des sexes. Choix assez laborieux à l'usage. Sur Don Juana, celà fonctionnait meux.
    7. Annoncer du rire, de l'Eros, du  rêve, de la jubilation, de l'ivresse dans la note d'intention... et sur scène commencer exactement à faire l'inverse, dans le décalage et la distanciation. La chair est chic, la chair est triste.

    Sans doute les erreurs types que risque un théâtre qui affiche le nom du metteur en scène en aussi gros caractères que celui de Shakespeare.  Heureusement, à la mi-temps, Shakespeare reprend l'avantage. On pourrait dire, pour être polémique, malgré tout. Au bout d'un temps avec, car en couleurs enfin, une Puck toute rousse et un Ane plus que truculent, on s'intéresse. Soyons juste: en prêchant le factice, J.M. Rabeuxfinit par toucher au vrai. L'exagération paye à la longue, le caddie finit par s'envoler aux cintres, le rimmel couler, la pièce dans la pièce se jouer en bouquet final, le grotesque se muer en poétique, comme suivant les intentions, mais in extremis.

    C'était Le Songe d'Une Nuit d'Eté de Shakespeare, mis en scène par Jean Michel Rabeux à la MC 93 Bobigny. Jusqu'à début avril.

    Guy

    On a relu après l'interview de J.M. Rabeux dans La Terrasse. Grave erreur. Plus on lit, moins on comprend. "J'ai monté cette pièce pour des raisons politiques. Je suis effrayé par ce qui se passe aujourd'hui sur le plan des moeurs"? De quoi parle-t-il ? Si quelqu'un a compris, qu'il nous écrive d'urgence. Ou on va peut être ouvrir un débat sur Scènes 2.0. Mais la réponse est peut être contenue dans la question suivante de l'interview.  "Votre relecture du Songe souffre-t-elle d'être en avance sur son temps?" Avec des questions d'une telle impertinence, tout les metteurs en scène doivent rêver d'être interrogé sur la Terrasse...

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  • Les Printemps de Léveillé

    Extraites du répertoire de Daniel Léveillé, deux pièces jetaient hier soir un regard 20 ans en arrière. Mais deux pièces, qui, de notre point de vue qui n'est pas celui de l'historien, résonnent- comme Herses- plus actuelles que bien des nouveautés. Sauf à considérer qu'il faille du texte ou de la vidéo pour être moderne.

    Or pas même de musique au début du premier solo, Traces N°2. Une lumière simple et une femme- Louise Bédard- un vrai personnage bientôt. Embarrassée d'habits trop grands. Dans ce silence qui de plus en plus pèse, l'interprète exécute brusquement des spasmes comme nerveux. S'installe l'illusion que ces spasmes saisissent malgré lui le personnage ainsi créé. Brèves interruptions, mais pour laisser s'exprimer l'angoisse d'un regard à la dérive. Un visage décomposé. Cris. L'invention hachée et brute d'un nouveau vocabulaire gestuel, violemment inédit. Que Gilles de La Tourette aurait pu composer. Langage sans compromis, qui vient chercher quelque chose très loin dans le corps, pour nous l'imposer. Cela continue. Stupeur et tremblements. Gène, et toujours aucune musique pour l'atténuer.

    C'est une révélation poignante quand, une éternité de 10 minutes plus tard sautillent les premiers accords de guitare de "The girl from Ipanéma", qu'on a entendu mille fois, mais jamais comme cela. Louise Cavallier déambule alors gauchement, comme une danseuse de buto. "But she doesn't see....?" La phase répétée par Stan Getzsur le registre brumeux mais léger du sax ténor installe un contraste pathétique avec ce qui est vu. Mais le dérangement n'en est pas atténué, ni happy end ni rémission.

    On ne parvient pas, après ces émotions, à s'intéresser vraiment au Sacre du Printemps qui suit. Malgré Stravinsky (1882-1971), malgré les toutes les trouvailles, malgré l'énergie et l'excellence des quatre danseurs, rhabillés de la Pudeur des Icebergs. La majorité de l'audience semble pourtant acquise ou conquise, de la pré-ado à couette du premier rang aux mamies expansives derrière. Mais cette pièce va beaucoup moins loin que Traces. C'est simplement de la danse, et les pas sont toujours placés, impeccablement, SUR le tempo.

    C'étaient, de Daniel Léveillé, Traces N°II (1989) -♥-interprété par Louise Bédard, puis Le Sacre du Printemps (1982), interprété par Frédéric Boivin, Mathieu Campeau, Justin Gionet, Emmannuel Prouix. Une fois encore à Vanves Théatre, avec Artdanthé.

    Guy 

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  • Tous en scène

    Au commencement, il y avait quatre bloggeurs passionnés par le spectacle vivant et qui ne satisfaisaient pas d’être de simples consommateurs : leurs blogs se nomment Clochettes, Images de danse, Tadorne, Un soir ou un autre.

    Un jour, ils se sont rencontrés. Et ont décidé de fédérer leurs articles, afin de proposer aux internautes un palmarès original, indépendant, désintéressé, fruit des critiques croisées de spectateurs comme eux. Ils l’ont nommé Scènes 2.0, parce qu’ils se reconnaissent dans le mouvement dit du Web 2.0, qui entend faire d’Internet un réseau de démocratie collaborative.

    Le principe du palmarès de Scènes 2.0est simple. Il s’intéresse à toutes les expressions du spectacle vivant, mais principalement à la danse et au théâtre contemporains. À chaque critique qu'il publie, chaque bloggeur participant attribue au spectacle qu’il vient de voir une note de 0 à 6. Un sondage en ligne est ouvert pour permettre aux internautes d’attribuer leur propre note. En fin de saison, la note moyenne des internautes s’ajoute aux notes des bloggeurs pour déterminer le palmarès Scènes 2.0 de l’année.

    Vous êtes intéressés par notre projet ? Si vous publiez régulièrement des critiques de spectacle sur Internet, écrivez-nous et nous vous indiquerons la marche à suivre pour figurer aux côtés des quatre blogs fondateurs. Si vous souhaitez seulement donner votre avis sur un spectacle, votez pour lui dans notre palmarès ou laissez un commentaire sur l’un des blogs participants.

    Mais Scènes 2.0 sera surtout un lieu de réflexions et de projets afin que la blogosphère puisse se développer dans le paysage médiatique culturel comme un espace de communication entre vous, les artistes et les institutions. Scènes 2.0 sera un réseau, une toile de mots, de liens, d’images et d'émotions, pour que la création culturelle puisse participer aux défis du monde global. Belle utopie !

    C'était un message de Scene 2.0, sur internet, mis en scene et interprété par  Clochettes, Images de danse, Tadorne, Un soir ou un autre.

     

  • Les Jumelles: Copi A 4

    Ca flingue pire que chez Tarantino, et on a bientôt renoncé à comprendre qui flingue qui et pourquoi. Aucune importance d'ailleurs, avant tout une manière pour Copi (1939-1987), à force d'outrances et de répétitions, d'épuiser jusqu'à la trame et medium_les_quatre_jumelles.jpgjusqu'à l'absurde les mécanismes du policier d'action: dollars, revolver, mensonges, trahison, meurtres, cadavres, cavales, compte en suisse, lingots d'or et cocaïne à gogo. De même que l'auteur fou furieux a dépecé sans pitié d'autres genres "mineurs": boulevard, whodonit, space opéra... (voir nos quelques soirs Copi d'avant).

    Qui dit répétitions en crescendo signifie un sacré défi en terme de mise en scène. il faut varier pour ne pas lasser tout en restant cohérent. Un cas d'école. Ici c'est gagné, avec un juste peu d'effets de lumière et beaucoup d'idées et d'énergie. Et des voix étonnantes dés les premiers instants. Copi est peut-être l'un des auteurs les plus exigeants qui soit pour les acteurs qui s'y frottent, qui leur demande un engagement physique de danseur. Oserait on être impitoyable et demander à nos quatre jumellesde grimper encore un degré plus loin dans la folie? Mais elles se démènent déja très généreusement pour essayer de fuir de ce lieu plus clos que la scène- une cabane en Alaska-  et ne jamais y réussir. On n'échappe pas à ses crimes. Ne leur reste qu'à régler leurs comptes sanglants- Je te tue, tu me tues..-en famille(s). Comme toujours chez Copi, cela commence en blessures et finit en agonies. Heureusement loufoques.

    C'était Les Quatre Jumelles  -♥-de Copi, mis en scène par Pierre Pirol, avec  Justine Assaf, Daphné Barbin, Alexandra Cahen et Eléonor Weiss , au theo theatre, et ça continue jusqu'à fin mars.

    Guy

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  • Equus: mais qui a donc déshabillé Harry?

    Au moment des saluts une petite dizaine de teenager trés rousses, échappées à la surveillance de leurs parents avec cinquante £ en poche, bondissent sur leurs petits pieds pour applaudir et crier des bravos à leur jeune héros, vu ce soir de plus prêt que jamais revé. La femme de notre vie fait preuve de plus de retenue...

    medium_acdgequusaffiche.jpgSi on avait eu le choix, qu'aurait on pu voir d'autre ce soir, de l'autre coté de l'Eurostar, sur la scène londonienne? Sur la face visible, celle du West End, s'affichent en trés grand et clignotant: The Lion King, Stomp, The Little Shop of Horrors, Evita, Boeing-Boeing, Chicago, Porgy and Bess, Cabaret, Marry Poppins, Les Misérables, The Phantom of the Opera- quand même The Tempestde Shakespeare (avec Patrick Stewart, ressucité de X-men 3)-, The Glass Menagerie aussi, et Equus, par Peter Shaffer avec Daniel Radcliffe... Soit, à plus ou moins 70%, les mêmes "musicals" que ceux donnés en ce moment sur Broadway. Est ce à dire qu'il n'y aurait à voir (hors des perles si discretes que l'on a pas eu le temps de les trouver) que des blockbuster efficaces? 

    Pas si simple, car cet Equusressemble beaucoup à du théâtre contemporain. On pourrait imaginer de voir ça au Theâtre de la Ville ou à l'Odéon. Avec des codes familiers: de l'argument morbide- la confrontation entre un psy en crise et un ado qui vient de crever les yeux à 6 chevaux- aux choix scéniques trés noir et blanc-elliptiques, en finissant par le nu tragique. Du contemporain bien grisonnant quand même: Shaffer a écrit sa pièce il y a plus de 30 ans, et c'est John Napier, scénographe à la création en 1973 qui s'y colle à nouveau. Et coté visuel rien à redire, tout est beau à voir et surtout les masques des chevaux du titre, qui interprétés par des danseurs, s'animent magnifiquement. 

    Mais pour le reste, c'est un peu raide et statique. Lesté par un texte psychologisant lourd, du Tenesse Williams au ralenti: adolescence-perte de sens-Dieu-souffrance-psy angoissés- impuissance-et chevaux indomptables, mais on entend déja certains insinuer que quelques subtilités du texte anglais nous auraient échappées. Le jeune Daniel Radcliffe, jouant apre et révolté, se tire quand même la tête haute de quelques situations à risques. Mais évidemment, d'autres auraient fait aussi bien. Le remplaçant de Daniel Griffiths, titulaire du rôle principal, et ce soir làmedium_equus_bw1.2.jpg indisposé, se contente lui de lire le texte plus ou moins bien.

    Mais parlons du scandale, quand même. Pas que l'on(?) fasse jouer, à l'interprète de qui-vous-savez-au-cinema agé de 17 ans, une scène de nu, qui plus est une scène d'amour avec sa partenaire. C'était d'ailleurs spécifié dans les didascalies, et puis après tout il tenait à faire du théâtre.

    Non l'horrible vérité, c'est qu'il fume un clope sur scène.

    C'était Equus de Peter Shaffer, mis en scène par Thea Sharrock, mis en décors et costumes par John Napier, avec Daniel Radcliffe et sans Daniel Griffiths, au John Gielgud Theatre(London, UK)

    Guy

    Plus haut: affiche et photo de presse présenté sur le site Equus 

  • Les Ombres de Pinter

    La ravissante metteur en scène, toute fière de sa première création au T.N.O. nous avait quand même prevenu au guichet que ça ne serait pas gai du tout. C'était peu dire. Et vu la dureté de cette matière artistique, on ne pourra lui reprocher sa fierté.

    Autant entend-t-on encore dans "l'Amant'", du même Harold Pinter- (1930-) Nobel 2005-, une petite musique de vaudeville grinçant, autant ici, toute chair disparue, il ne reste du drame que le cassant des os.

    Et dans le cadre ici oppressant du T.N.O., trois spectres -mère, père, fils- qui se parlent, s'écrivent sans s'écouter ni se répondre. 3 monologues étranglés de rancoeurs, de bouffées d'angoisse, de regrets inutiles, d'amour qui s'assèche en haine, et de culpabilité infectieuse. Autour de situations non dites, que l'on ne pourra appréhender que par allusions douloureuses. Le père semble lui mort pour de bon, et parle peut-être juste son ombre, qui conclue avec une cruelle indifférence pour les vivants en évoquant ce qui ne sera jamais dit et qui de toute manière n'a plus d'importance. Avant de disparaître (à jamais)? Cet instant poignant porte en lui-même toute la pièce, qui meurt bientôt, peut être un peu trop résignée, trop respectueuse. Mais d'une terrible efficacité: ils resteront longtemps plongés dans de sombres méditations, ceux qui à la sortie n'iront pas tout de suite se pendre,

    C'était "Voix du sang (Family Voices)" d'Harold Pinter, mise en sçène par Elise Rouby, au T.N.O. dans le cadre du cycle (?) "Le coeur et l'esprit".

    Guy

  • Something Else?

    On l'a enfin ce soir vue de nos yeux pour de vrai, l'ultimate-work-in-progress-trash-performance, celle que si elle n'existait pas il aurait fallu l'inventer, le mètre étalon de l'éternelle toute dernière tendance, à chaque génération récrée- mais toujours la même!- avec enthousiasme et urgence, le truc tel que se l'imaginent d'un air entendu les gens normaux quand on essaie de les persuader de venir voir au moins une fois dans leur vie de la danse contemporaine avec nous: tout y est en effet et jamais dans le bon ordre: surtout d'abord des temps morts qui n'en finissent pas de mourir, à bouger eux mêmes tous les deux les projecteurs, les accessoires, la sono, les instruments de musique et  tous les objets superflus, et accomplir toutes les actions inutiles de ce genre, et aussi s'acharner à des actions censées être signifiantes, mais sans d'intentions claires, ni scénario, ni progression, sauf que la fille perd sa jupe au bout de trente secondes et que l'étourdie a oublié de mettre une culotte, et si distraite qu'elle garde le haut un peu avant d'avoir trop chaud, le garçon résiste tout de même quant à lui dix bonnes minutes avant de se retrouver à poils lui aussi, après inévitablement, tout dégénère très rapidement: à part ce à quoi on s'attend- et qui évidemment se produit dans les grandes lignes et en poses démonstratives-, en plus ils crient, chantent et ânonnent- Les Idiots de Lars von Triers pourraient passer pour des surdoués à coté- dans le meilleur des cas on distingue quelques phonèmes d'un anglais soap-variété, ils font souffrir des guitares désaccordées et à usage phallique, et font souffrir nos oreilles avec du larsen, jouent beaucoup avec des adhésifs aussi, sont fascinés par les fluides, et nous font bien sentir qu'ils pourraient allez encore plus loin (encore plus bas? encore plus haut?) s'ils voulaient mais le travail est en cours encore, pour explorer au 1er et au 13° ces deux originales thématiques: everybody-is-a-fucking- rock-star et regarde-c'-est-incroyable-moi-aussi-j-ai-des-organes-génitaux, mais en tous cas on ne comprend pas soi-même pourquoi en fin de compte on a aimé, alors que c'est exactement le genre baclé qui nous crispe d'habitude, mais le fait est qu'on les aime, peut-être parcequ'eux-même n'ont pas vraiment l'air de se pendre au serieux, et sur scène ne semblent jamais être d'autres personnes qu'eux mêmes, qu'ils ont de la présence à la tonne, que tout cela irradie une honnêteté brute dans le genre destructeur et régressif, too much pour être vraiment et méchamment provocateur, et presque tendre au fond-limite romantique punk- et qu'ils s'y croient moins que "La Zampa", et qu'on les remercie pour quelques éclats de rire libérateurs, surtout au vu d'une glissade nue dans l'huile et la bière, après toutes ces semaines à voir et écrire des spectacles si sérieux, on en avait bien besoin, et puis on investit: après tout peut-être feront-ils le Théâtre de la Bastille l'an prochain.

    C'était Stand by me/mad even (travail en cours) de la Compagnie Else, à Point Éphémère, devant cinquante personnes par terre sur des coussins au début et tout de même encore vingt cinq à la fin. C'était gratuit et ça recommence demain.

    Guy

    P.S. Voir des photos sur leur site 

     

  • Coriolan 22.04: plus lourd que la légende

    Contexte antique, mais allusions appuyées à l'actualité politique. Style Rome et ses banlieues bétonnées. Et les peuples vaincus parqués comme des esclaves. Bonnes "racailles" et vilains-méchants politiciens cyniques. Que d'originalité!  Belle scénographie. Des moments medium_coriolan.jpgemportés. De la provocation, mais si peu. Un peu de drôlerie dans la charge. Sur un texte sonnant à peine plus travaillé que pour Gabegie.Mais en moins la fraîcheur et l'urgence. Si lourd. De l'emphase avant tout. Et tout plein de bon sentiments. Perdus les acteurs, comme en roue libre, pas vraiment raccords, grandiloquence plus au moins dosée, chacun sur sa partition, sous employés, sans enjeux, un peu en répétition machinale des tics de la pièce d'avant. Et finalement, bien peu d'interactions entre eux. Surtout, chacun son tour, de la déclamation. Quelques beaux éclats, pourtant.

    Trés dommage. Surtout après un Maldororincandescent. Après un Claudel sur-vitaminé. Vivement Gabegie 8. Vivement surtout 2008. 

    C'était Coriolan 22.04 de et par J.F. Marrioti- compagnie Heautontimorouménos au Théâtre des Déchargeurs, jusqu'à fin mars.

    Guy

    P.S. En début de soirée, on a vu Moeno Wakamatsudanser un travail en cours à la fondation Boris Vian, Cité Veron. Ce soir elle recommence et ça promet. Et elle revient finir tout ça en mai, et au même endroit.

  • Boris Charmatz: la révolution permanente

    André Malraux aurait dit - selon Romain Gary-: "L'Art c'est ce qui n'est pas". Bel aphorisme, et qui pose de beaux défis à qui se risque à parler d'art justement. Ce soir une chose au moins est sure: il s'agit ici de refus. Le medium_Herses.jpgrefus des codes de la discipline et du spectacle, le refus de la décence et de la joliesse, jusqu'au final: proposé en un état de corps indistincts et agglutinés, une triste masse de membres, de chairs et de nudités qui roule et s'affaisse sur elle-même. Soit l'exact inverse d'un bel et dynamique ensemble dansé. Avant ce rassemblement sans union, les interactions entre danseurs apparaissent accidentelles, hasardeuses, évoquent plus des manoeuvres d'approches animales que le sempiternel rituel de séduction dont la danse de couple tend à faire la représentation dans 80% des cas.

    Pour créer il ne suffit pas de tourner le dos à la tradition: avec des intentions voisines beaucoup s'abîment dans la lourdeur et la médiocrité, le premier moment d'ivresse passé, tous repères perdus, incapables de recréer un vocabulaire qui nous intéresse. On en a déjà vu plus d'un dans ce cas et c'est triste à se pendre. Mais chez Boris Charmatz c'est peu de dire que quelque chose se passe. D'incroyablement riche et dense, nouveau, passionnant. Ni sympathique, ni drôle, ni aimable. Quelque chose de peut-être trop dense pour une seule soirée. 

    C'est que le garçon, de formation académique, ne part pas de zéro. Mémoire et oubli se heurtent et se répondent. Les danseurs s'envolent quelques instants en figures classiques avant de s'effondrer en relâchements piteux, d'un grotesque très buto. Les portés mous se transforment en vagues affalements. La narration se trouve sans cesse brisée, l'action éclatée et décentrée en de multiples errances. L'éclairage se contredit d'un épisode à l'autre, la musique se pose en décalage, et l'anti-solo de violoncelle s'introduit après la danse. Les attributs masculins pendent de tous cotés, les developpés des danseuses s'ouvrent à rebrousse poil sur la crudité de leur entrejambe. Le corps a perdu ici toute sa superbe scénique et ce choix du nu facial et clinique, qui karcherise tout effet érotique, n'apparaît que comme l'un des moyens puissants mis en oeuvre pour affirmer le refus de la joliesse, le recherche de la radicalité.   

    Il s'agit d'une reprise, d'une pièce crée il y a 10 ans, et qui est resté un repère dans le mouvement contemporain. Boritz Charmatz avait 24 ans à la création, à peu prés l'age où un autre surdoué, Orson Welles commit Citizen Kane, l'âge où l'on renverse les règles de l'art pour en imposer des nouvelles. Une fois cet aspect historique venu à la conscience, c'était presqu'impossible de d'en abstraire. On a donc essayé d'écrire comme si on était en 1997. Cela fait il une différence? Notre regard est bien trop faible pour embrasser l'ensemble de la scène actuelle et en evaluer la créativité. Mais l'on se demande si cette pièce n'est pas plus révolutionnaire aujourd'hui qu'hier, à voir aujourd'hui tant de spectacles qui réinventent inlassablement la banalité. Et Boritz Charmatz a t il tenu ses promesses d'il y a dix ans? Oui, à en lire certains (Clochettes). mais pour d'autres, c'est moins évident (Image de Danse). Ceux qui iront le voir ce soir ou demain à Vanves avec Ardanthe  se construiront leur propre réponse.

    C'était Herses(une lente introduction) ♥♥♥, de et avec Boris Charmatz, avec aussi Audrey Gaisan, Christophe Ives, Latifa laabissi, Alain Michard au Centre national de la Danse.

    Guy

    Avec tout ça, presque pas le temps de se rhabiller, on va voir les danseurs de Daniel Leveillé mardi prochain. Pas frileux eux non plus.

    Photo de J-M Cima tirée du site du C.N.D. 

    P.S. : un second regard sur herses, ici

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