vendredi, 20 novembre 2009
Nagège Prugnard: Femmes Fatales
Si M.A.M.A.E était un morceau de jazz, il pourrait être signé Charles Mingus. Avec en fil rouge une pulsation obsédante et organique brisée par de
soudaines éruptions de stridences et de provocations, avec un humour féroce et politique, avec des impressions de sang, de larmes et de sueur, et d'un bout à l'autre, malgré des plages de réveries et de tendresse, un grondement de révolte et de colère. Un morceau hurlé à six solistes qui se soutiennent et se répondent. Un morceau traversé d'éclats modernistes et toujours techniquement maitrisé.
La métaphore n'est pas gratuite: les mots s'installent et s'imposent d'abord par leur musicalité, portés par les six voix et à travers les six corps en soutien rythmique, pour six portraits de femmes dans tous leurs états d'urgences, d'excès et de dépendances. Sur tous les terrains de saturation des boulimies sexuelles, affectives, artistiques, consuméristes, politiques. Les six personnages, chacune différente incarnation de la femme portée à vif, recrachent par attaques verbales tout ce qui à l'intérieur fait mal, à en pétrifier d'effroi le mâle pris à témoin dans la salle. Le moment où est mise en évidence la violence que porte en lui le regard du spectateur-quand poussé à l'extrême de sa logique- n'est pas le moins dérangeant. L'exploit est qu'il y a ici toujours de l'audace, jusqu'au rire d'incrédulité, jusqu'à l'obscènité du verbe quand il le faut, mais sans jamais de vulgarités. Le mérite en revient à une écriture d'une belle pertinence, et à une réalisation sans gratuités. Qui s'allient pour mettre tout à bas de la convention théatrale, et reconstruire aussitôt.
C'était M.A.M.A.E- Meurtre Artistique Munition Action Explosion ♥♥♥♥♥ , de Nadège Prugnard, mis en scène par Marie-Do Fréval en collaboration avec Nadège Prugnard, avec Véronika Faure, Marie-Do Fréval, Sophie Million, Johanne Thibaut, Juliette Uebersfeld, Tessa Volkine, au Lavoir Moderne Parisien.
Cet article a été initialement mis en ligne le 18 janvier 2008, M.A.M.A.E. est présenté au théatre de la Bastille, aujourd'hui samedi à 18H00.
P.S: Monoi est ici
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samedi, 18 octobre 2008
Erika Zueneli fait son beau cinema
Il y a tout à voir, et des milliers d’autres choses. En l’espace d’un clin d’œil ou dans la respiration d’une pose. Le corps sans relâche est traversé d’images et de souvenirs, personnels ou partagés. Mais justement, tout aussitôt se partage...
Comment? Par quels moyens? On admet et on renonce à expliquer ce qu’on ressent avec évidence. Cette qualité d’adaptation à l’univers visuel des autres, déjà à l’oeuvre dans Noon, sans jamais que le travail n’apparaisse ostensible. Une empathie extrême. Le fond peint vient discrètement rappeler qu’il s’agit là de représentation, et aussitôt s’impose une danse caméléon. Erika Zueneli dirige ou libère sa mémoire, ouvre la notre dans le même temps. Evoque avec telle force et une telle économie qui n’est besoin de rien raconter. Etats animaux, marche à quatre pattes et drôles d’oiseaux, réminiscences juste entre-aperçues de propositions passées, danse exotiques et surannées, morceaux de quotidien, scènes de cinéma qui s’égrènent et se répètent de Métropolis à James Bond, avec un humour qui relance la pièce plus loin, là où on ne l’attend pas… Même fugitives, populaires ou non, les références invitent au lieu d’intimider. Pourquoi? C’est un autre mystère, la bobine touche à sa fin, le projecteur éclaire encore quelques instants à blanc, en un commentaire ironique sur cette entreprise de représentations et métamorphoses.
C'était Daybreak d' Erika Zueneli, assistée d'Olivier Renouf. Au Théatre de l'Etoile du Nord avec Avis de turbulences. Jusqu'à samedi, avec H2O, et précédé de Champs à Mains d'Oeuvres
photo par Philippe Noisette avec l'aimable autorisation du Théatre de l'Etoile du Nord
13:04 Écrit par guy dans Danse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : danse, théatre de l'étoile du nord, erika zueneli, yes! |
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mardi, 03 juin 2008
Christian et François Ben Aim: Douce Transe
En une heure (ou moins, ou plus) d'un temps abandonné, rien n'est heurté. Tout se suit, en épure: on ouvre les yeux, on résiste d'abord, mais jusqu'à accepter, simplement, désarmé. Aucune histoire n'est racontée, si ce n'est le passage graduel de l'individuel au collectif, vers des répétitions enivrantes et partagées d'où s'évadent de courtes variations, des esquisses de soli: on pense à John Coltrane- A love Supreme. Tout le reste aboli, de ce corps ou d'un autre s'exprime à cet instant la sérénité, des corps dévoués à la sensation: on se sent attiré, accueilli. Les mouvements répétés ensemble ne semblent jamais contraints, jamais forcés, parviennent à l'aisance du naturel, amples et relâchés: on se berce avec eux, on ondule, on oscille.

Le résultat flotte intemporel, rythmé cependant, hors de tout contexte et en plein coeur: on rêve pour se demander si le sujet ultime de toute danse non narrative n'est pas le temps lui-même. Un temps qui se perdrait là tout à fait s'il n'y avait les repères d'un souffle d'accordéon, d'un pincement de corde, et du son des carillons, sans les aubes et crépuscules de lumières: renoncé, on se laisse aller à se griser aux couleurs. Quelque soit la vitesse, les mouvements semblent se balancer au ralenti, des vagues vont et viennent. Pourtant aucune mièvrerie: la danse est dynamique, l'engagement généreux, dans un doux paradoxe. La jubilation est pudique, sans la facilité d'un sourire, elle est féminine, on est gagné par la chaleur, juste ni plus ni moins que par un peu de bonheur.
C'était Amor fati fati amor, de Christian et Francois Ben Aïm-Compagnie CFB451, avec Caroline Allaire, Christian Ben Aïm, Aurelie Berland, Agnès Dufour, Eric Fessenmeyer, Anne Foucher, au Théatre de Vanves, avec Artdanthé.
Visuel: site de la compagnie
22:54 Écrit par guy dans Danse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : danse, artdanthe, christian & françois ben aïm, cfb451, yes! |
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samedi, 08 mars 2008
Mildred Rambaud, au coeur de la matière
Il arrive rarement, trop rarement, qu'une performance s'impose brusquement à l'oeil et au coeur avec la force et la beauté de l'évidence.
Évènement insoupçonné l'instant d'avant, indispensable dés la première seconde, ensuite 15 minutes essentielles. Qui n'auraient pu être autrement, avec une telle simplicité. La danseuse debout, portant bras au dessus de la tête un vase lourd et humide de terre, à la forme féminine. Cette matière encore instable vit et se courbe, et les épaules sous le poids. L'eau de la terre suinte le long de la robe brune contre la peau. Le corps de la femme devient matière originelle, la terre sur la peau glisse par devant et s'affaisse, s'éffrite, se rompt, par fragments sur le corps vers la bas, les jambes se plient, le regard part au delà. La terre s'assèche, les gestes sont douloureux. C'est une lente fusion organique, une métamorphose jusqu'à terre, un retour tout près de l'être avant qu'il ne se relève. L'ensemble ne se voit plus en gestes que le regard critique pourrait appréhender, mais en en états élémentaires. Ne transporte plus ni joie ni douleur. Une sérénité première?
C'était Pot, ♥♥♥♥♥♥ de et avec Mildred Rambaud, présentée par Moeno Wakamatsu, et durant la même soirée: Kiyoko Kashiwagi (Métamorphose), tombo (Atari) Chirstos Vlassis avec Gen Shimaoka (Kreonta), et Moeno Wakamatsu.
Ce soir encore, à la Fond'action Boris Vian
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mercredi, 27 février 2008
Le Roi Lear d'heures en heures
Pour ouvrir l'intégrale Shakespeare, Troilus et Cressida étaient expédiés à très grande vitesse. Pour finir, le Roi Lear prend son temps pour mourir. Cinq heures d'errance, de folie, et de délitement. Pas plus, pas moins.
C'est la première heure qui parait la plus longue. On écoute et on résiste. Comme contre tous les débuts de pièce? Malgré le Roi Philippe Desboeuf, magnétique, passé de l'autre coté de l'âge, osseux et aux longs cheveux d'argent, madré et reptilien. Mais tout au long de ces premières minutes, il n'y a rien à comprendre que l'on ne sache déjà: la grande scène du partage du royaume, les flagorneries de Gonerill et de Regane, la disgrâce de Cordelia, les premières manoeuvres d'Edmond, on connaît tout cela par coeur. Et le début de cette pièce chaque fois choque par trop d'invraisemblances. Qui peut croire à un Roi qui abdique avec tant de légèreté, et donne tout à ses filles? Il y a des difficultés insurmontables à rendre crédible la colère capricieuse de Lear contre la pudeur de Cordelia. Prétextes, fausse pistes... Pour nous mener où? Consolation: Philippe Desboeuf nous pétrifie de fascination, son interprétation du Roi Lear est dans notre esprit hantée du souvenir de celle du Roi Ferrante. Les deux personnages ont en commun d'avoir de sérieux problèmes avec le pouvoir et la vieillesse. Et chacun a sa stratégie propre pour échouer à les résoudre. Autour du phénomène Desboeuf, la distribution est homogène, ce qui n'a pas toujours été le cas durant cette intégrale.
Seconde heure, des fourmis dans les jambes, mais l'affaire décolle pour de bon avec le retour de Kent (l'excellent Jérome Keen), qui entraîne Lear et son fou vers d'étonnants terrains bouffons. Joue-t-on souvent ces scènes là de cette façon si légère? Le roi Lear n'est pas si digne que cela, plutôt un enfant terrible, on en excuserait presque son hôtesse Gonerill d'exiger des coupes budgétaires dans cette escorte si tapageuse. Ces enfantillages constituent ils les premières manifestations de la folie de Lear? On ne ressent nulle pitié à être témoin de son aveuglement. La tension monte, c'est le retour chez Regane, enfin Lear est chassé, au dehors, dans la tempête, hors du monde. Les choses sérieuses vont commencer. Une dame ronfle sur son siège, mais c'est plutôt bon signe, car le reste de la salle en est agacé. On sort 10 minutes à l'entracte, rassuré d'avoir envie d'y retourner. On lit une interview de Jeener sur un mur, on y apprend qu'avec Shakespeare le T.N.O. a fait sa meilleure recette depuis sa création. Très bonne nouvelle, tant mieux pour les comédiens, on espère juste qu'il restera de quoi remplacer quelques fauteuils.
Retour pour la troisième heure, on est accueilli et ébranlé par la tempête. On s'abîme d'un coup dans une pièce devenue onirique, un aspect qu'on avait un peu oubliée. Les personnages sont dispersés par les éléments, les liens entre eux se brisent. Basculement et vertige au moment précis où, au milieu de fumées aux couleurs psychédéliques, Edgar/Tom apparaît. Créature chauve et nue, balbutiante, contrefaite, primitive. beuglante. Place à la folie, et dans notre regard une incompréhension jubilant et inquiète. Réplique celebrissime "Toi aussi tes filles t'ont tout pris?" Lear lui tend son manteau de peaux de bêtes, tous deux dansent nus, quitte à choquer silencieusement quelques vieilles barbes dans le public, qui viendront s'indigner sur le livre d'or. Faux problème: Jeeener n'est pas du genre à déshabiller Tartuffe pour épater. C'est juste qu'à lire W.S.,Tom doit être nu, donc il est nu: c'est aussi simple que cela. Et il est d'ailleurs toujours aussi difficile d'écrire quoique ce soit à propos des mises en scène de Jeener, tant celles-ci se caractérisent par leur humilité. Par un parti pris de transparence. Aucun effet déplacé, aucun procédé anecdotique qui donnerait prise à des commentaires faciles. Le regard est dirigé sur les acteurs, qui oublient de s'économiser. A défaut de décors, une utilisation quasi métaphysique des lumières... et un goût confirmé pour les "beaux" placements. Pas d'option fermée, la mise en scène reste ouverte sur les multiples sens de l'oeuvre, nous laisse libre. Mais, puisqu'il n'y a jamais de lecture vraiment neutre et objective, une interprétation spirituelle de la pièce est plus que suggérée...
Quatrième heure enchainée: ankylose certaine, mais on est passé au delà de la fatigue pour s'abandonner à l'ivresse de ressentir. Le sentiment intense de tout voir et tout comprendre par instants, la frustration de se perdre le moment d'aprés dans la confusion. Le sujet de la pièce s'est définitivement déplacé de l'étude du pouvoir et de l'ingratitude, pour essentiellement parler du dépouillement, de la mort. Desboeuf est toujours excellent, mieux que cela. Tant pis pour les brechtiens: on a depuis longtemps oublié qu'il joue. Sublimement, l'intrigue tourne à vide, malgré l'agitation des armées et les rebondissements des intrigues. Quelque part hors la scène, les soldats des différentes factions s'affrontent pour rien. Car Lear est ailleurs. Revenu à l'essentiel. Rien de plus, rien de moins, qu'un homme prés de mourir. Car Gloucester, qui avec ses yeux ne voyait jamais rien, est pour de bon énucléé. Jeener montre l'homme. Réduit à l'essentiel. Le fou et l'aveugle errent dans un monde qui se désagrège, privé de Roi, d'ordre et de raison. Tous deux restent cruellement hors d'atteinte des tentatives de leurs amis pour les faire revenir dans la société. Le langage obscurcit ce qui reste de réalité, il n'est plus besoin du fou. Le ciel est vide. On se perd. Pas de décors ici, ce qui ne fait que donner plus de force à l'impression d'irréalité spatiale, d''indéfinition des lieux, qui caractérise la pièce. Jusqu'au paroxysme de la scène de la falaise, où la convention théâtrale atteint son point d'abîme.
Cinquième Heure: la bouteille d'eau est presque vide, mais le niveau de tension reste élevé. C'est comme du théâtre existentialiste avec des combats à l'épée. Lente décrue. Les "mauvais" personnages succombent à la logique de leurs ambitions et de leurs folies. Les "bons" aussi. Tous sont punis. On sent venir la fin, le taux de mortalité monte en flèche, les morts sont tristes et inutiles. N'ont même plus d'importance. Ovations. On sort, poursuivi par Lear pour longtemps encore, n tout cas plus que cinq heures.
C'était Le Roi Lear ♥♥♥♥♥ de William Shakespeare, mis en scène par Jean Luc Jeener, avec Philippe Desboeuf, et quinze comédiens, au T.N.O.
Prochaine et dernière représentation dimanche 9 mars, dernier jour de l'intégrale W.S.
19:13 Écrit par guy dans theatre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : théâtre, t.n.o., jeener, shakespeare, philippe desboeuf, nus, yes! |
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dimanche, 10 février 2008
Boris Charmatz: Retour sur Herses?
Revoir Herses intéresse, fascine, mais sans rien éclaircir. On est pas plus avancé. Et encore moins à relire nos réflexions d'il y a un an. Naïvetés. On voit, on est frappé, mais sans en comprendre les raisons. Doit on renoncer à chercher un sens, d'ensemble? Tout juste persister à traquer des indices, pas plus? Pour commencer, on relit la feuille de salle: "Traversée critique des utopies (...) du corps naturel, du couple, de la communauté." Là on a quelques pistes: des oppositions. La seule approche possible serait-elle de tenter des définitions de la chose... mais en négatif? Par fragments. Sauf déja qu'il s'agit de danse, de toute évidence. Voilà pour le le positif. Mais à part ça? D'abord de quoi ne s'agit il pas?
Aucune narration déjà. Ce qui est peut-être une bonne chose, un espoir de durer. Pas d' "histoire de". Juste au début quelques gestes de semeurs (?), mimés, sans explication. Pas de métaphore forcée, ni Dieu, ni tragédie, ni évocation d'un destin, ni dénonciation. Juste quatre, cinq corps qui ne seraient qu'eux-mêmes. Jusqu'à la nudité? Mais pour quelle raison? Cette nudité est inexpressive. En soit il semble qu'elle ne vaut rien: ramenée presque à l'absence de costumes. Comme un refus. Le corps n'est pas glorifié. Plutôt pataud. Sans s'affirmer jusque dans le ridicule. Cette nudité peut elle être vue comme une représentation de la naissance? De l'innocence? On avait cru voir cela chez d'autres, ici on ne voit rien de tout cela. Il faudrait que les gestes soient simples, émergents, vierges, en découverte, en explorations de leur vérité. Mais ce soir ce n'est pas le cas, on distingue du maniérisme, accompli avec gaucherie. Des postures tarabiscotées et jambe en l'air, mais qui auraient oublié leur achèvement. On tient enfin le début de quelque chose: des souvenirs d'autres danses, mais comme engourdies, léthargiques. Le printemps ne s'éveille jamais pour de bon. Se suivent des mouvements qui ne mènent à rien, courses gauches seins en main, tout le superbe reste en plan. Pas d'envolée. Des débris esthétiques, qui ne seraient pas posés là par hasard...mais pourquoi?
Pour le second mouvement, toujours hasardeux, les corps se rencontrent. Un peu, mais dans une flagrante indifférence. Vagues frôlements, sans réactions, contacts incertains, rapprochements sans intentions. Tout sauf une représentation de l'attirance, de l'empathie, ni d'aucun autre sentiment. Puis des duos portés mous, danseuse balancée sur l'épaule comme un sac de linge. A nouveau une anti convention? Encore le refus du beau geste? Le pire pour finir: l'affalement de l'un sur l'autre, en une proximité inexpréssive, pour montrer ce qui ne se passe quand même pas quand le plus de peau s'épouse. Puis enfin le mouvement de groupe, mais en grappes. Les corps agglutinés et lents, englués ensemble. Tout au long-c'est un refus de plus- les lumières s'interdisent de montrer vraiment, économes jusque parfois aux limites de l'obscurité, pourtant créant à mi-parcours un soudain contraste, alors crues et blanches. Le véritable éclairage vient de la performance au violoncelle, qui pour l'essentiel prend place, après la danse. Une provocation comme le reste, provocation pas nécessairement à comprendre dans le sens agressif du terme, un dernier refus de l'interaction communément convenue entre la musique et le geste. Car pourtant les deux actes artistiques s'expliquent sans se rencontrer: comme chez Jean Pierre Robert l'instrument est utilisé au delà des approches classiques, en explorant de nouvelles résonances, de nouvelles attaques, aux limites des cordes et du bois, de même que les gestes se jouent dans d'autres sens.
C'est fini, pour nous une seconde fois, on est pas plus avancé, et le contraste est frappant de par hasard revivre cette expérience juste après avoir vu Pietragalla. Dans Sade, il y a des audaces, de la créativité, mais solidement installées sur un socle d'expressivité, une base de romantisme, irréfutable et rassurante. On sait où on est, où du moins on sait d'où on part. Avec Charmatz, table rase des conventions, et là dessus reprise de fragments de langage déja-vu, ou d'anti-langage, dénoncé, c'est selon. C'est délicieusement intriguant et laisse sur une intéressante insatisfaction. Mais où va t'on? Est ce un nouveau vocabulaire qui est en construction, ou juste la déconstruction de l'ancien qui est montrée? Peut être faudrait il continuer à représenter Herses tous les 10 ans, pour sortir de l'engourdissement, et recommencer.
C'était encore Herses(une lente introduction) ♥♥♥♥♥♥, de et avec Boris Charmatz, avec aussi Audrey Gaisan, Christophe Ives, Latifa laabissi, Alain Michard, cette fois avec Artdanthé.
P.S. : Boris Charmatz vient au Jeu de Paume (1 place de la Concorde Paris) présenter son film "Une Lente Introduction" mardi prochain 12 février à 19H, et en discuter. Avec les images de la création de Herses par la première distribution. Et en attendant, Boris Charmatz s'explique un peu au CND .
Re-P.S. Les musiques étaient d'Helmut Lachenmann, au violoncelle Andreas Lindenbaum
12:50 Écrit par guy dans Danse | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : danse, artdanthe, nus, spectacle, yes!, perruque, boris charmatz |
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lundi, 04 février 2008
Ali Fekih ouvre les portes
Ce vendredi soir, Faits d'hivers est à quelques heures de retourner hiberner. A 19H c'est le dernier moment des découvertes. Commençant par l'exploration d'une salle obscure avec Jean-Pierre Bonomo. Juste à peine éclairée par quelques lampes de poche, et encore, placées face aux murs. Quelque part dans cette pièce il y a une danseuse, que l'on voit peu, par éclipses de lumière dévoilant des tableaux figés. C'est sûrement dans cette frustration, dans l'attente et la parcimonie, en déplacements furtifs, que se joue le concept, chic et plastique. Soit. C'est vrai qu'on est toujours chaque fois curieux de la nouvelle position que l'on découvre, en suivant pas à pas l'inconnue jusqu'à ce qu'elle émerge entre deux obscurcissements. A terre. Contre le mur. Debout. Inerte. Vivante. Au milieu de la pièce. Les membres étayés de planches. Habillée. Torse nu. Le dos envahi de plastique. Affublée d'un nez rouge démesuré, qui mute en béquille. Équipée d'ampoules. La belle bleue, la belle rouge! Joli. Interpellant. Mais à chaque extinction des feux, on revient au tout début. Pour une nouvelle, toute belle, image fixe... sans scénario? On cherche sa place. On finit par s'asseoir, prés de là où la danseuse finira bien par venir poser. Et cela continue, chic et relaxant, où sont les petits fours?
Après cette performance en pointillés et clair-obscur, détonne la présence frontale, évidente, atypique et assumée d'Ali Fekih. Qui se paye le
luxe d'attaquer son solo par un face à face silencieux avec le public. Est ce pour affirmer une fois pour toutes: "Je suis bien là"? C'est vrai qu'il est très improbable que le personnage ait pu arriver jusque sur une scène de danse contemporaine, avec sa dégaine à lui demander ses papiers, avec sa polio et sa patte folle, avec sa taille en dessous des normes. Mais Ali est bien là, avec ses béquilles, ses expériences tous-terrains, et pas mal de crânerie. Sans ses masques ce soir. Il est là, et tant mieux. Dés cette entrée la partie est en passe d'être gagnée. Aucune baisse de tension ne déçoit ensuite, le danseur se joue des styles pour devenir marionnettiste, animant par moulinets de béquilles des personnages de papier de journal. La même élégance est mise en oeuvre quand le solo en revient à la danse. A un corps inhabituel, un nouveau vocabulaire chorégraphique à inventer, qui exploite ses particularités physiques, un style marqué par une énergie bien mise en évidence. Puissance du torse, lutte de la force et de la souplesse contre les contraintes physiques. Contre la vulnérabilité. Ce combat-vérité est organisé avec le souci du spectaculaire, et un sens infaillible du tempo. "Il est fou Ali!" répète un enfant au premier rang. On a notre hypothèse pour expliquer cette efficacité. L'artiste vient de l'école du spectacle de rue et cumule sûrement bien plus d'heures de travail-sans filet et face au public- que beaucoup de ses camarades confinés aux seuls studios. On se lamentait en choeur, il y a quelques temps, à l'initiative de Faits d'Hiver et en présence de Nicolas Maloufi et d'Ali Fekih justement, sur la grande misère de la danse contemporaine, et toutes les difficultés à faire connaître la discipline au delà d'un milieu d'initiés. Que les gens d'Uterpan poussent la logique jusqu'au point 0, l'hara-kiri artistique, est symptomatique. Mais qu'Ali Fekih, ovni dans ce milieu, soit accueilli ici, qu'il puisse ouvrir les portes, pour aérer le genre, est un signe beaucoup plus encourageant. Et il reste un malentendu à éviter: Ali Fekih n'a pas besoin de son handicap pour être un danseur remarquable. C'est plutôt sa danse qui nous fait voir le handicap autrement.
C'était Ceci est mon corps ♥♥, de Jean-Pierre Bonomo, avec Vanessa Tadjine (ou Tiana Delome?), et Des équilibres... à quoi ça tient ♥♥♥♥♥, de et avec Ali Fekih,co-mis en scéne par Anne-Catherine Nicoladzé, à
Micadanses dans le cadre du festival Faits d'hiver, clos ce vendredi 1er fevrier.
Post scriptum le lendemain, samedi, quelque part dans Paris. Une fête d'école, mais d'une école pas tout à fait comme les autres. Réunissant des enfants scolarisés à la maison grâce au dévouement de leurs enseignants et de bénévoles. D'autres béquilles, des chaises roulantes, ou dans beaucoup de petites têtes de grosses difficultés à trouver les moyens d'affronter le monde. Certains ne peuvent venir, on pense à eux. Suivent des spectacles, préparés avec coeur et sérieux: certains enfants montent sur scène, pour se montrer à tous autrement, pour quelques instants. Souvenirs de la veille. La danse aide a comprendre la vie.
photo d'Ali Fekih avec l'aimable autorisation de Jerome Delatour-Images de Danse
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lundi, 21 janvier 2008
Cindy Van Acker: Temps 0
Pour cet acte III de Faits d'hiver, evanouis les fantômes, et non plus nulle d'apparition d'un corps fantôme, qui par définition se manifesterait durant l'aprés du corps vivant. Place plutôt au corps d'avant, au corps de l'origine. Ce Corps 00.00 qui nous fascine plus que la pourtant belle virtuosité d'enchainements au sol d'Obvie.
Ce corps fascine, jusqu'à vite faire oublier les aspects technologiques du projet, les stimulateurs électriques et autres fils, jusqu'à ce qu'on s'approprie la chose autrement. Pour formuler d'abord que Cindy Van Acker ose sereinement une danse à risque, dans le sens où il s'agit d'une danse au bord toujours d'être trop abstraite, trop épurée. Non sans évoquer ce que fût parfois le buto. Une danse développée dans la lenteur, organique, concentrée et solitaire, introvertie, vierge de développement narratif, insouciante de tout rapport à l'autre. Dans un sens une danse d'avant l'histoire, tous repères effacés, d'avant le temps. On veut comprendre ainsi le titre: Corps 00.00. Cette piece est portée par un corps presque nu, comme d'avant la conscience sociale, et au tout début de la conscience de soi. Cette presque nudité ne se charge d'aucun érotisme, se laisse voir comme une nudité d'innocence toute proche de la naissance. Parce que de cette danseuse se dégage une forte, évidente, qualité de sérénité, Perrine Vallisemble toute destinée à incarner ce rôle. Dans une lumière de presque l'aube. Sous l'influence de musiques incertaines, qui émergent juste de la neutralité harmonique, dont les rythmes flous semblent à peine esquisser l'invention du temps. Perchée en hauteur, la danseuse chute deux fois, comme chaque fois accouchée. Le câble électrique auquel elle est relié devient ombilical. A terre, elle commence à inventer son chemin. L'existence s'impose peu à peu par l'action, par le geste, par la mesure du corps. Sans heurts. En évidences. L'espace est géométriquement exploré, comme il se doit pour un commencement, par les bras souvent tendus, et à l'aide de mouvements qui explorent les limites de l'équilibre. La danseuse aborde un parcours, dont des marques au sol imposent la progression des pieds et des mains. Elle l'exécute plusieurs fois, accéléré. Le récit commence ainsi à être, et avec lui l'ébauche d'un temps premier, défini par des évènements plusieurs fois répétés. Aux dernières secondes surprend un effet de lumière chaude. La danseuse est debout, immobile, éclairée comme une femme enfin. Face aux autres. Pour une vraie naissance.
C'était, de Cindy Van Acker, Corps 00.00 ♥♥♥♥♥♥ avec Perrine Valli, et Obvie ♥♥♥♥, avec Tamara Bacci, à Mains d'Oeuvres, avec le festival Faits d'Hiver.
video a voir sur le site de Julien saglio
En quelle manière sont donc ces deux temps: le passé, et l'avenir; puisque le passé n'est plus et que l'avenir n'est pas encore? Et quant au présent, s'il était toujours présent, et qu'en s'écoulant il ne devint point un temps passé, ce ne serait plus le temps, mais l'eternité. Si donc le présent n'est un temps que parcequ'il s'écoule et devient un temps passé, comment pouvons nous dire qu'une chose soit, laquelle n'a d'autre cause que son être, sinon qu'elle ne sera plus? De sorte que nous ne pouvons dire avec vérité que le temps soit, sinon parce qu'il tend à n'être plus. Saint Augustin.
photo de Cindy von Acker avec l'aimable autorisation de Jerome Delatour
10:40 Écrit par guy dans Danse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : danse, suisse, mains d'oeuvres, cindy van acker, perrine valli, faits d'hiver, yes! |
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