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Un Soir Ou Un Autre - Page 65

  • Alain Buffard: qui connait les chansons?

    1. I Wanna Be Your Dog (1969), d' Iggy Pop et des proto-punk The Stooges, ouvre le bal de (Not) A Love Song. Sur les trois accords habituels et à quatre pattes, pas besoin de traduction: il n'y a pas grand chose de plus dans les paroles que dans le titre. Retenons qu'on va parler d'amour avec humour, de passion avec distanciation. Tout un programme. Et Vera Mantero,  à défaut de faire star dans ce contexte, est très drôle quand elle fait le chien. Aux dernières nouvelles et contre toute logique, Iggy Pop est toujours vivant.
    2. S'installe ensuite, nonchalamment, la Femme Fatale (1966) de Lou Reed.  La chanson fut crée par l'anti-chanteuse Christa Päffgen, plus connue sous le nom de Nico (1943-1988). Dans l'album avec une banane en couverture. Sans ici dépayser: des Stooges au Velvet Underground, il n'y guère plus que la distance de quelques blocs du New-York de la fin des années soixante. La sophistication fait quand même la différence, et plus encore la caution snob d'Andy Warohl. Cette ballade aurait été inspirée à Lou Reed par l'actrice et mannequin à la trajectoire météorite Edie Sedgwick (1943-1971). Personnage également évoqué dans "Just like a woman" d'un certain Bob Dylan. Etre immortalisée par deux tubes planétaires, est- ce une raison pour disparaitre à 28 ans? Glamour, staritude, destinée tragique, cette sélection était en tout cas un must pour rentrer en plein dans la thématique de la pièce. Mais Lou Reed, comme Iggy Pop, survit.
    3. l'immense It's A Man's Man's World (1966) de l'immense James Brown (1933-2006), scie dont chacun pourrait réciter les paroles à l'endroit et à l'envers, s'avère ensuite un choix très -trop? - fédérateur. On pardonne pour deux raisons. D'abord l'interprétation par Claudia Triozzi  et sa partenaire est destructurée à l'extrême. Ensuite on a affaire, peut être, au premier hit féministe: Yes, it's a man world indeed, but it sure would be nothing without a woman or a girl. That's right, James.
    4. On ne rajeunit pas, avec Die Ballade Von Der Sexuellen Hörigkeit (1928) de Bertold Brecht (1898-1955) et Kurt Weill (1900-1950). Il était temps d'un peu s'aventurer musicalement hors des U.S.A.. Mais on est vite obligé de retourner là-bas, tant l'oeuvre commune aux deux allemands- qui s'exilèrent, mais séparement, en des temps dramatiques outre-atlantique  -a été acclimatée par les yankees. Mack The knife scatté par Louis Armstrong ou Ella Fitzgerald, Alabama Song électrifié par Jim Morrison, avant que le titre ne soit recyclé par un futur goncourt en chapeau d'une bio des Fitzgerald (Zelda et Scott, pas Ella). Jusqu'à Lou Reed qui s'est obligé à un September Song (de Weil sans Brecht) dans le bel hommage collectif Lost in the stars. Mais de quoi parlait cette "ballade de l'asservissement sexuel", dans le détail ? On a bien une petite idée, mais quelqu'un aurait il un Opera de Quatre Sous en V.F. sous la main? 
    5. Les paroles de Be My Husband (1966) de Nina Simone(1933-2003)- créditées à son mari Andy Stroud- sont juste un degré au dessus dans la complexité que celle de "I wanna be your dog". Quand même nettement au dessus sur le plan de la dignité. Une complainte en blues, un cri de désir, de passion déja déçue- on reste dans le sujet de la pièce- car on comprend vite que le mari en question ne va pas être digne de l'amour offert. Mais Nina Simone était une femme en colère, peut être parcequ'elle ne fut jamais la star qu'enfant elle aurait rêvée d'être. Doit on rappeler qu'elle était noire? Coup de théatre: on découvre que Nina aimait chanter Pirate Jenny et Alabama Song, écrits par nos vieilles connaissances Brecht et Weil. Il y a décidément beaucoup de correspondances dans cette playlist, cela ne doit sûrement rien au hasard...
    6. On revient dans les seventies, et sur notre continent, avec She's Lost Control (1979) de Ian Curtis (1956-1980) et des post-punk Joy Division. Alain Buffard joue avec les contrastes. Même si les arrangements reconstituent au tout une juste cohérence. Surprise: le groupe reprenait volontiers sur scène le Sister Ray de ses ancètres du Velvet Underground. Le nom "Joy Division" faisait référence aux femmes placées en situation de sexuellen Hörigkeit  par les nazi dans les camps. Tout à coup on ne rit plus. Oublions. Retenons plutôt que Ian Curtis choisit de mourir plus jeune encore qu'Edie Sedgwick. Plus jeune que Lou Reed et Iggy Pop, parce qu'eux sont toujours vivants. Quant à la chanson, elle nous rappelle qu'il n'y a pas de star sans une part d'hysterie et de déraison. Selon la morale dominante, un prix à payer.
    7. Avec La Macorina d'Alfonso Camin (1890-1982),  Chavela Vargas (née en 1919) fait, par évocation, son entrée sur scène. Enfin une star absolue. Parce que facinante et unique, dans sa manière de troubler la définition des genres sexuels. Non pas en raison de son homosexualité, que la chanteuse a d'ailleurs attendue 81 ans avant de rendre publique. Non pas en raison de sa liason avec Frida Khalo. Mais parceque Chavela s'habillait, fumait, chantait- chante toujours- comme un homme, s'appropriant attributs et repertoire masculin. Ce qui définit une star, c'est d'une façon ou d'une autre, la singularité.
    8. You're My Thrill fut composé par Jay Gorney (1894-1990). Comme Kurt Weil, un immigrant à Broadway et hollywood. Un juif ayant fuit les pogrom de sa Russie natale, mais rapportant au moins dans ses bagages l'ébauche de la mélodie de "Brother, Can You Spare a Dime" devenu l'hymme officiel de la grande dépréssion des années trente, et que chantonnait encore Billy T. Jones au Louvre, il y a quelques mois. Jay Gorney n'était pas une star, c'était juste un auteur, et vit sa carrière brisée par le maccartysme. Dans la chanson, aux parôles écrites par Sidney Clare (1892-1972), interprétée entre toutes par Billy Holliday, de quoi on parle-t-on? D'amour, quelle surprise!
    9. I'll be your mirror (1966) est, comme "Femme Fatale", à Lou Reed-période-Velvet-chanté-par-Nico.  Avec une nouvelle chanson indispensable, forcement (mais il y avait sans doute quelques milliers de chansons indspensables que Buffard aurait pu choisir parmi quelques millions de chansons d'amour). Quoiqu'il en soit,  pas de portrait de star sans son miroir, essentiel accessoire. Pas d'amour sans narcissisme et le reflet de soi même dans l'oeil de l'être aimé. Pas de play-list de Buffard sans deux morceaux de Lou Reed
    10. On ne pouvait non plus faire l'impasse sur Fame (1975) de David Bowie. Pour plusieurs raisons: David Bowie était (est toujours ?) une star moderne, a émergé en tant qu'icone androgyne, cultivant le mauvais genre comme Chavela Varas ou Lou Reed. Il fût l'artisan de plusieurs resurrections artistiques d'un autre monstre sacré: Iggy Pop. La star cynique au secours de la star maudite, en un beau dédoublement de personnalité. Fame théorise sardoniquement la célébrité éphémere, avec le soutien vocal de John Lennon, qui s'y connaissait en célébrité. Et sur un rythme irrésistiblement funky, pour faire bondir et sauter Miguel Guitierrez et ses deux partenaires, ce qui ne gache rien.
    11. Le choix de Moi j'm'Ennuie de Camille François et  Wal Berg (1910-1994) pose un serieux problême: la chanson a été reprise par Arielle Dombasle. L'oeuvre survivra surement à cette mésaventure, car elle en a connu d'autres depuis sa création qui se perd dans les années trente. Avant d'abandonner notre enquête on a quand même rencontré sur notre chemin la starissime Marlene Dietrich, qui se situe par ailleurs à la source de plusieurs inspirations  cinématographiques du spectacle, l'Ange Bleu, etc...  
    12. Avec (This is not) a love song (1983) de John Lyndon (ex Johnny Rotten) avec Public Image Limited(et non avec The Sex Pistols), a au moins été trouvé un titre- paradoxal- pour le spectacle (titre d'une originalité relative: vient d'être édité un roman français intitulé pareillement). Surtout c'est un pretexte commer un autre pour permettre à l'excellent instrumentiste Vincent Séal de s'époummoner 3 minutes.
    13. All Tomorrow's parties (1966) est du à Lou Reed. Toujours issu du même disque velvet, on craque un peu. On commence à se douter de ce qu'on doit trouver sur l'Ipod d'Alain Buffard, et on se réjouit d'avoir échappé à Walk on the Wild Side. Mais au hasard d'une consultation d'un forum de discussion, on lit un défenseur de Nico comparer son chant las à celui de...Ian Curtis. Troublant.
    14. Mais on assiste à un beau rétablissement final avec Je ne t'aime pas (1934) collaboration de l'écrivain (un peu) maudit Maurice Magre (1877-1941) et de Kurt Weil, lors de son passage à Paris. On répond "Moi si".  On retrouve tout l'emportement désuet de la chanson réaliste française, complainte, tristes reflets dans l'eau du caniveau, et grandiloquence. Merci d'avoir osé.

     

     

    Et tout au long du spectacle, des extraits de "Des orchidées au clair de lune” (1984) de Carlos Fuentes, écrivain et diplomate mexicain. Dernier ouvrage paru en France: "En inquiétante Companie"  (Gallimard).

    Conclusion: le temps de (Not) a love song, la danse post-moderne-post-non-danse contemporaine se ressource, se sur-référence, s'abreuve d'images, de littérature, de culture populaire, de chansons. Se guérit de la sécheresse du nombrilisme conceptuel. Tant mieux. Vera Mantero est habillée par Chanel, Claudia Triozzi par Christian Lacroix, et Alain Buffard inspiré par Broadway et par un répertoire musical à prépondérance anglo saxonne. Toute l'équipe artistique emmène la qualité vocale, chorégraphique, musicale, scénique, à haut niveau. Avec ce qu'il faut de recul et d'ironie. Pour aller vers des lendemains qui chantent? On voit ce soir- ce n'est pas par hasard- des personnages qui pleurent de ne plus être star (ou peut être de ne jamais l'avoir été ). Ne nous demandons même plus s'il s'agit ou non de divertissement, c'est de la possibilité même de l'enchantement dont il est question ici.

    P.S. : Et Sunset Boulevard... Il etait plus question, dans les interviews, de Sunset Boulevard que des autres sources d'inspiration cinématographiques. Et pourtant...si Alain Buffard voulait au départ s'inspirer de Sunset Boulevard, le projet a surement depuis évolué. Et pour cause: Sunset Boulevard (1950) n'est pas reproductible: l'essence du projet de Billy Wilder était de faire interpréter une fiction par les personnages mêmes. Que cruellement fiction et réalité se confondent: le rôle de Norma Desmond, ex star du cinéma muet, était interprété par Gloria Swanson, véritable ex star du muet. Norma Desmond vivant dans les réves de sa splendeur passée, et regardant, dans sa salle de cinéma privée, Queen Kelly. Queen Kelly, film megalo-sado-masoshiste réalisé à l'aube du parlant par Eric Von Stroheim, avant qu'on ne ne lui retire, et qu'il ne puisse plus jamais tourner. Eric Von Stroheim interprete bien evidemment, dans Sunset Boulevard, le rôle de Max von Mayerling, ex metteur en scène de Gloria Swanson, ex mari de Gloria Swanson, et desormais son domestique dévoué. Cecil De Mille joue son propre rôle, et Buster Keaton vient jouer aux cartes avec Gloria, sans desormais se soucier de ne faire rire qui que se soit.... Tout cela pour dire que ni Vera Mantero ni Claudia Triozzi ne peuvent être Norma Desmond/Gloria Swanson: elle ne peuvent être que Vera Mantero et Claudia Triozzi- ce qui déja est beaucoup- et jouer à être star dans le miroir.

    C'était (l'an dernier déja), (Not) A love Song  ♥♥ d'Alain Buffard, avec Miguel Gutierrez , Vera Mantero, Claudia Triozzi , Vincent Ségal au Centre Georges Pompidou, avec le Festival d'automne à Paris

    Guy

    L'article du Tadorne ici, et un extrait sur images de danse, l'article de Clochette bientôt

  • Place Saint Michel: Gyohei Zaitsu en archange

    La Place Saint Michel  est toujours au même endroit, et ce depuis pas mal de temps, déja à cet endroit même du temps où les téléphones 1268075405.jpgportables n'existaient pas. Alors, tout ce que la rive gauche comptait comme lycéens et étudiants devait s'accorder à l'avance sur des lieux de rendez-vous. C'était donc toujours à la sortie du métro Odéon, ou place Saint-Michel. Au choix. Ou on y traînait à tout hasard, pour rencontrer ceux qui avaient oublié de prendre rendez vous. Ou rencontrer celles à qui d'autres avaient posé là un lapin. Bien plus tard, en 2007, ce soir, la place Saint Michel est toujours là, froide, humide et fébrile comme un 31 décembre, et encore à jamais autant entourée. Mais plus de touristes que d'étudiants qu'avant peut-être, qui s'arrêtent quelques instant pour photographier à coups de téléphones la fontaine, les dragons qui ce soir ne crachent plus d'eau, la statue aux grandes ailes et à l'épée, alors même que Gyohei Zaitsu n'y est pas encore perché.

    Ce soir on est pas là par hasard: on attend Gyohei Zaitsu, qui a e-mailé rendez vous. D'autres disséminés dans la foule l'attendent aussi mais dont beaucoup d'entre eux qui ne se connaissent pas. Juste discrètement rassemblés par des indices de jubilation anticipés. On reconnaît Maki derrière un arbre. Gyohei Zaitsu, enfin, se matérialise, non devant la fontaine, mais sur le trottoir (ouest) opposé. Comme échappé d'autre part. Maquillé de blanc et d'un filet de sang, avec le sourire béat d'être en liberté. Court vetu, jambes nues, manifestement venu d'un pays où il fait plus chaud les 31 décembre. Mine de rien, il danse. Tombe à terre, se tend, bondit, bras au ciel. Deux, trois allées-retours vers la statue, pour que tout l'espace soit conquis, l'étrangeté installée entre deux passage de bus. Faire démentir que dans la rue rien ne peut plus surprendre, ni un fou, ni un artiste. Gyohei danse et la place change. Peu à peu l'attroupement s'est formé, plus dense que justifierait une affluence ordinaire. Constitué par ceux qui étaient venu le voir, et parmi ceux qu'il prend par surprise, ceux qu'il arrive à retenir. En tout, déjà plus de publics qu'habituellement à Bertin Poiré. Le buto doit il pour de bon s'aventurer hors des caves, continuer à plus se montrer dans la rue? Deux touristes italiennes, jeunes et enthousiastes, le photographient. Sans doute jamais ne sauront elles qui il était. Un policier vient évaluer la situation d'un oeil blasé, deux dames agées sont captivées. Alors que Gyohei Zaitsu plonge dans les eaux mortes de la fontaine, elles spéculent sur la pneumonie qui le guette. S'interrogent sur la réalité du filet de sang. Surtout restent là, regarder. Un jeune homme sûrement venu exprès tente de convaincre avec de doctes explications sa compagne plutôt réservée qu'il y aurait un rapport entre Hiroshima et le buto. 

    Comme depuis 150 ans, l'archange sculpté par Francisque-Joseph Duret brandit son épée, toujours prête à s'abattre, figé pour l'éternité. 643385189.JPGGyohei s'élance à sa rencontre, part à l'escalade du socle, toujours l'air d'un bienheureux, mais plus aventureux. Se balance d'une main, joue l'équilibre en danseur. Parvient en haut, soudain très grand, dressé avec superbe, pour un instant héroïque, suspendu entre ciel et terre, dans le rôle de l'idiot magnifique. Plus proche de l'esprit et de la pierre que Billy T. Jones  de toutes les statues du Louvre. Se laisse retombe en quelques bonds, plus bas, dans l'eau glacée, toujours innocent, joyeux.

    La place Saint Michel est toujours là, au même endroit, mais son souvenir transformé. Applaudissements, dans quelques heures, c'est le réveillon. Et après, de nouvelles résolutions.

    Très bonne année à tous.

    Guy

    C'était Gyohei Zaitsu, place Saint Michel (Paris, V° arrondissement), à 17H le 31 décembre 2007.

    1ere photo, en haut à gauche, avec l'aimable autorisation de Ralph Louzon , d'autres sont à voir ici

    2nd photo, en bas à droite, avec l'aimable autorisation de Kaori Isogai.

    P.S. du 15 mai: la suite à la République, c'est ici

  • Woody Allen: familles, je vous hais.

    Au Palais Royal, on redécouvre tout ce qui fait le charme discret du théâtre privé: les ouvreuses à pourboires et les grands d6596934e7a714158bd2fcbc5be90aef.jpgescaliers, les spectateurs bien habillés dont des dames à visons, les rideaux très rouges et les dorures au plafond, le sentiment de s'y glisser sur la pointe des pieds et les places à 46 € en orchestre. Et sur scène, des acteurs comme à la télé jouant très pros des pièces à texte, textes qui respectent la règle d'or selon laquelle il faudra tôt ou tard absolument tout expliquer au spectateur. Si l'on préfère un spectacle qui laisse un peu à imaginer, mieux vaut aller voir ailleurs des personnages se taire et danser.

    Ce qui n'empêche pas que l'intrigue- située au sein d'une famille américaine des fifties -emprunte maints détours narratifs, et ménage des révélations graduées: on ne va quand même non plus tout expliquer dés le début. Les flash-back et sauts en avant s'enchaînent habilement et on ne se lasse pas d'admirer le plateau qui tourne, les murs qui montent et descendent pour transporter l'action en flux tendus de Brooklyn à Hollywood. Il y a de l'argent sur scène, et intelligement utilisé. Du talent et du métier aussi, avec des rôles caractérisés sans équivoque, sans pour autant renoncer aux nuances du jeu. Gérard Lartigau s'aventure plus vers le boulevard que ses camarades, sans que le contraste ne gène pour autant. Ceux qui sont venus pour rire peuvent retourner chez eux et choisir dans leur intégrale Woody Allen pour une soirée dvd: ce Puzzle est aussi guilleret qu'une pièce d'Harold Pinter. Proposant une vision tout aussi noire et cynique de la nature humaine. La famille est un piège, les hommes suivent d'autres femmes que les leurs, les femmes suivent l'argent, l'argent sourit aux hommes qui ont su fuir la famille. Restent, amers, les femmes abandonnées ou les hommes qui n'ont pas eu le courage de les fuir, chacun replié sur ses misérables secrets et le deuil de ses rêves. Dans cette histoire rien ne surprend vraiment, mais tout fascine, assez méchamment. Vue par les yeux désabusés d'Alma, la fille intellectuelle et bohème, plus narratrice que véritable personnage de cet "second hand memory", celle qui a choisi de partir, et de vivre librement sa marginalité. Une rescapée.

    C'était (la centième) de Puzzle de Woody Allen, adapté par Stéphane Azzopardi, mis en scène par Annick Blancheteau et Jean Mouriere , avec Michel Aumont, Geneviève Fontanel, Gérard Lartigau, Julie de Bona, Anne Loiret, Sébastien Azzopardi, Marie Le Cam, au Théatre du Palais Royal

    Guy

  • Alain platel - se souvenir de V.S.P.R.S.

    Parfois il faudrait avoir le courage de s'indeterminer, radicalement. C'est à dire de rester dans l'indétermination. Tout le problème est qu'il suffit de succomber au passage à l'écrit pour que les choses tendent à se figer. Dans l'instant. Autoritairement. Se stratifier en émotions. Même si l'on veut être nuancé, les choses se figent dans cette nuance même. Même punition même si on reste ambigu. On a vu la pièce d'Alain Platel il y a plus qu'un bon moment, restée jusqu'ici dans les limbes du non jugement. Suspendue dans l'état flou qui succède à la sortie de salle. Sans avoir été obligé d'en parler jusqu'à maintenant. De cette pièce que l'on a aimée et que l'on a pas aimée. Une pièce qui nous a irrité et épuisé par sa richesse même. Par ses trouvailles et ses facilités. Une pièce surthématisée. Qui nous a laissé saturé d'images et de sons, autant de nourritures pour des sensations contradictoires. les sensations s'éffacent alors que s'enfuit le temps, mais les écrits restent, même mis à distance:

    Tels que: Dans cet iceberg de tissus blancs, à la droite du spectateur la musique, Monteverdi, un groupe de musique baroque et tzigane, une chanteuse magnifique, une voix qui s'élève directement jusqu'aux cieux, soulève le coeur, et le porte également dans ce mouvement vertical, en partant du bas ventreAjoutez à ce bouillon créatif, une chorégraphie s’inspirant des films du neurologue Arthur Van Gehuchten sur l’hystérie et ceux de Jean Rouche sur les transes africaines, et vous avez une œuvre magistrale, transdisciplinaire, euphorisante. Elle atteint votre inconscient, comme un rêve éveillé. Sous nos yeux, un groupe de femmes et d’hommes « en transe » se forme, se sculpte. Comme dans la cour d’un hôpital psychiatrique, ils se parlent, se relient avec leur corps qu’ils plient, contorsionnent. ces êtres fragiles sans doute, traversés de convulsions et de tremblotements, et que nous jugeons déshérités, sont habités des mêmes passions que nous. Quand un membre bouge, change de place, de rôle, l’ensemble se modifie. La solidarité fait le groupe, le cimente. À mesure que le processus de création du groupe se joue, les danseurs se transforment. Ils rient, ils pleurent, ils dansent, trépignent, connaissent la joie et la fraternité ; ils sont aussi chargés de tous les trésors que nous avons abandonnés, savent des passages secrets entre réel et rêve, enfance et sagesse que nous croyons avoir murés. Usage et raison mêlés n'ont jamais fait de nous que des moitiés d'hommes...

     Une fois de plus, les Ballets C. de la B. touchent par leur justesse, la lisibilité du propos et la qualité de l'interprétation. Pourtant j'ai été déçu(e), je crois que Platel n'a pas été à la hauteur de son propos. on a un discours qui se veut drôle sur le caca, qui applatit plus qu'il ne se fait signifiant. Le choix du travail sur l'hystérie a le danger des évidences : c'est certes un état de corps qui permet d'explorer l'excès et les limites du corps mais attention au sens, il s'agit d'une névrose de symptômes organiques qui traduisent en réalité des troubles neurologiques, psychologiques ; c'est une pathologie de la simulation en quelque sorte. L'hystérie n'est pas une étape vers un état de transe, ce n'est pas la même chose, il serait temps de le comprendre.. Il faut du temps pour dépasser le profane, tout ce bavardage n'était peut-être que rite, celui des chorégraphes contemporains qui essaient de trouver du sens, englués dans notre contemporanéité certes plutôt hystérique, pour atteindre, enfin, le moment de grâce. Heureusement il y a cette scène finale, sur le magnificat où la transe se fait chair et orgasme, passage du profane au sacré. D'accord à 100 %, mais sans trop s'engager.

    C'etait V.S.P.R.S.   ♥♥♥♥♥  ,  d'Alain Platel et les ballets C. de la B., au Théatre de la Ville.

    Guy ...avec surtout la participation non autorisée de Clochettes, d'Images de danse, et du Tadorne

  • Shakespeare: contes et songes

    Il est tout à fait possible d'emmener les petits découvrir Shakespeare, sans que le songe ne se transforme en f05fbe43deffc2465e3d973143a7a8b5.jpgcauchemard. Au Théatre Mouffetard, les sortilèges d'amours sont administrés à coups de piqûres par deux acteurs déguisés en moustiques géants, qui courent sur scène en bourdonnant. Dans ces conditions, le succès est assuré. Bien sur, les adultes vont sourciller en entendant les personnages être rebaptisés "Rillettes" ou "Pur Porc", en découvrant l'intrigue du Songe d'une nuit d'été  simplifiée de 3 à 2 actions simultanées. Tant pis pour eux, ce n'est pas aux adultes qu'ici on s'adresse. Pour le bonheur des vrais spectateurs, les cinq acteurs, et tous leurs masques et costumes, en font des tonnes, en couleurs et en chansons. Les enfants découvrent avec un effarement délicieux que sur scène, et peut être aussi dans la vie, on peut tomber amoureux n'importe quand, n'importe où et de n'importe qui.

    Approche tout à l'opposé, mais avec tout autant de réussite à l'arrivée, au T.N.O. : une voix, quelques 1c6e3715d6b5761733705651e53956b0.jpggestes, une percussion, c'est assez pour quitter la rive et que surgissent de l'obscurité les images du Songe, de la Tempête, de Roméo et Juliette. Le choix de la sobriété. Pour emmener par les détours du conte les enfants, bouches bées, bien plus loin dans la complexité des pièces qu'on aurait pu le penser.

    C'était le Petit songe d'une nuit d'été de Stéphanie Tesson d'aprés William Shakespeare, mis en scène par Antoine Chalard, au Théatre Mouffetard,  jusqu'au 5 janvier, et les Contes de Shakespeare, d'aprés Charles et Mary Lamb par Monique Lancel au Théatre du Nord Ouest, en alternance jusqu'au 9 mars dans le cadre de l'intégrale Shakespeare.

    Guy

  • Delgado et Fuchs à la fois

    Ils sont tous deux minces, souples, sexys, musclés juste comme il faut, parfaitement épilés, propres et beaux. On leur pardonne, et même de danser disco, 2e5a92124bb881ffd86c7a940dd68ad7.jpgla hanche battant la cadence avec tant d'élégance. On est-pire!- obligé de leur pardonner d'être intelligents. Pas de doute à ce sujet, à constater comme ils manient à coups de reins et sans sourciller un humour incisif et distancié. Les corps des deux s'exposent et triomphent de santé sur le mode de l'hédonisme, fonctionnels, performants, auto-centrés sous le prétexte d'une séance de remise en forme. Pour que le ridicule éclate avec une rare cocasserie. Le vrai faux duo réussit à être à la fois à être acteur et commentateur de la situation- et nous mêmes complices- lorsque que l'exposé évolue vers d'autres genres, du disco au contemporain. Réussit à se jouer avec finesse des codes de la représentation. Mais, sublimant la satire, les corps échappent aux normes et scénarii. Avec la charge sexuelle qui s'impose et se superpose à la vision des poses de salle de gym, exécutées avec une candeur feinte, impossible. Avec aussi une soudaine étrangeté, lorsque Nadine Fuchs à terre ne semble plus savoir que faire de ses interminables jambes. Avec une indéniable cruauté, lorsque Marco Delgado est graduellement transformé par sa partenaire en un patin animé. Une petite musique bat en arrière fond, sardonique, et l'habit fait le stéréotype, toujours rose-fille et bleu-garçon. En costumes, en vêtements de gym forcement moulants, voire nus sans être nus pourtant, c'est une performance hilarante, tout autant que le bel escamotage en conclusion. Il est permis, il est bienvenu, de produire du rire avec de la danse.

    C'était MANTEAU LONG EN LAINE MARINE PORTE SUR UN PULL A ENCOLURE DETENDUE AVEC UN PANTALON PEAU DE PECHE ET DES CHAUSSURES POINTUES EN NUBUCK ROUGE  ♥♥ de la compagnie Delgado Fuchs, avec Nadine Fuchs et Marco Delgado , vu en filage à Mains d'Oeuvres.

    Guy

  • Anne Hirth: en attente

    Les décors et costumes ont la patine d'un théâtre qu'on imagine d'avant la fin des années soixante. En route pour un voyage dans le temps, stricte cravate, robe à fleurs, papiers peints et toile cirée. Pour observer trois personnages, contraints dans le même espace, peu à leur aise, comme enfermés dans une salle d'attente. Trois personnages mutiques, dont les pré-relations resteront non définies, ce qui est délicieusement exaspérant. Oublié ce prologue qu'on a entrevu par une fenêtre du décor: un temps d'ivresse, de musique et de convivialité. La fête est bien finie, la fête entre eux trois n'a même sans doute jamais existé. La parole aussi s'est tarie, réduite au strict utilitaire. Ils ne parlent que pour demander du feu. Ce n'est pas que nos personnages ne veulent pas communiquer-chacun manifeste en permanence la conscience de la proximité de l'autre-, c'est plutôt que quelque chose les en empêche. Quelque chose d'indéterminé, quelque part entre le pathologique et le social. L'enfer, une fois de plus, c'est les autres, et le temps s'est arrêté. Résultat: sont en début seuls montrés ici les moments qui n'existent pas vraiment, du moins dramatiquement. Qui existent surtout par leur durée. Les moments insignifiants, les moments d'observation, les moments d'hésitation, les moments d'inaction. Les autres moments, les moments qui restent, entre les moments forts. Des moments non faits, ou faits plus de vraie vie que de théâtre. Mais c'est tout l'art d'Anne Hirth  de faire que l'exercice existe lui-même théâtralement, subtil et sarcastique, et que cet exercice soit tout sauf ennuyeux. 

    On ne peut pas ne pas communiquer, les personnages interagissent. Les gestes, devenu réflexes, hors contexte, perdent sens. Les frontières de la coexistence sociales se font poreuses. Dans cet espace aux règles sans raisons, les mouvements dérapent, imprévus, s'emballent peu à peu, jusqu'à la rudesse. Empoignades sans pitié dans la queue pour les toilettes. Au bord de la névrose, l'absurde s'insinue. Les enjeux se font flous. Les positions se renversent. La cabine de douche devient fumoir, et le fumeur cul par dessus tête. Coup de théâtre: une femme dans le placard. Rien de vaudevillesque, il s'agit plutôt une survivante. Une non vivante. Égarée. De quoi mettre en évidence l'incapacité des trois autres médusés de rassembler, de faire groupe, pour résoudre l'énigme. Mais tôt ou tard l'impossibilité d'être se résout par la danse, l'espace est reconquit poétiquement, comme en une évasion qui s'engourdirait en rêve. Autour de la femme sortie du placard, le groupe se fait. La parole réussit enfin à renaître, dans la bouche de cette femme, submergée par des souvenirs d'enfance, comme somnambule, qui avance ainsi dans la belle ivresse d'un mouvement continu, rhabillée à chaque pas d'une nouvelle robe par ses compagnons.

    C'était Wait Here for futher instructions ♥♥ d'Anne Hirth-Büro für Zeit + raum, avec Blandine Costaz, Daniel Bausch, Jürg Plüss, Ellen Schiess, à la Halle aux Cuirs de la Villette avec 100 dessus dessous.

    Guy

     

  • Yves Noël Genod: Aprés la chute.

    En colère. On lui en veut. A Yves-Noël Genod. D'être puni d'Hamlet. On lui avait rien fait pourtant à Y.N.G.. Parcequ'on se sent devenir plus que réac. A voir son Hamlet à lui. Dégoûté. Prêt à revenir au théâtre de papa. Plus conservateur que Alain-Gérard Slama. Avec tout le respect qu'on a pour Alain Gérard Slama. Qui lui au moins a une pensée qui se tient. Plus vitupérant que Jacques Julliard. Et ses conceptions bien arrêtées quant au texte et la diction. Pourtant on était arrivé idées ouvertes. Mais en premier il y a eu la fumée. Et après la fumée un grand n'importe quoi. Un indéchiffrable foutoir. Où des gars errent. On vitupère. Seul dans son coin. Avec les autres seuls eux aussi. On repense à la belle pièce d'Anne Hirth. On attend Miss Marion. Ou l'inverse. Peu importe. Et les gars sont à poil. Évidemment. On a déjà vu cent fois. Mais ça fait glousser les bourgeoises. Ce soir aussi. Les gars sont à poils. Ils errent. Et puis voilà. Ca nous énerve. On se s'élève pas vue sur le dépotoir. On s'emmerde. On déprime. On devient vide. On devient con. Une heure de punition. On tapote sur le fauteuil. On se penche en avant. On se tasse en arrière. On soupire. On entrouvre Le Monde sur les genoux. Froissements. Regards furieux de la voisine. On relit trois fois le programme. Cinq fois. Projet inspiré de la planète des singes? Pourquoi pas. Après le grand cataclysme, le défilé des primates. Qui foulent au pied les résidus culturels. Regard vers Jérome. Au premier rang. Dans la fumée. Trop de fumée alors Jérome a du halluciner. Et surinterpréter. Oui Jérome d'accord. Il y a avec plein de choses sur scène. Des bouquins. Des guitares. Des fringues. Des os. Le crâne évidemment. Des résidus de marché aux puces. Et après? Dans mon salon aussi il y a tout ça. Les mauvais jours. Au moins moi, je ne pisse pas dans les bassines. Et tout ces objets ne font pas sens. Sauf le sens qu'on finit par leur prêter. Comme lors d'un test de Rorschach. Ici pour tuer le temps. Pour éviter de trop s'emmerder. Inventaire après faillite. Au bout d'un temps, des acteurs parlent. Disent des morceaux de textes. Encore des débris. Decontextés. Y.N.G. montre qu'il a des lettres. Tant mieux pour lui. Dommage pour nous. Shakespeare. La Bible. Corneille. Montherlant. Bel alibi. Pour en faire quoi? Et Cabrel aussi. Et Eddy Mitchell. Pour tout mettre sur le même plan. Style cultures au pluriel. Symptomatique. Est ce la mort du théâtre? Mise en pratique? Tout balayer pour reconstruire à partir des débris? Mais pourquoi ? Le théâtre est bien vivant. Mais juste bien vivant ailleurs qu'ici. Audacieux. Inquiet. Travaillé. Fort. Avec des gars à poils, mais à poils intelligemment. Qui parlent à poils intelligement. Ici on ne voit que des débris. Ici, en trois mots: c'est bâclé. Improvisé ou préparé en l'état? Peu importe. C'est juste déplacer le problème. En amont. On applaudit pas.

    C'était Hamlet   , d'Yves-Noël Genod, avec Guillaume Allardi, Julien Gallée-Ferré, Frédéric Gustaedt, Yvonnick Muller, Marlène Saldana, Thomas Scimeca, la Halle aux Cuirs de la Villette, avec 100 dessus dessous.

    Guy

  • Bye Bye, Miss Marion

    Vous posez impavide, et avec grande classe, sur la mezzanine, Miss Marion, regard tendu au loin pour l'eternité, habillée chic entre deux mannequins 68734dadd6acb7b5efedadb96ec403ce.jpgnus. Mais pour vous comporter ensuite de manière nettement plus cavalière, à glisser califourchon, jupe toute relevée, sur la rampe de l'escalier. Maîtrisiez vous tout à fait cette ambivalence, entre glamour et trivialité? Toujours dans cette ambiguïté, vous exposez la suite de votre propos sur le canapé. Gants longs, portes jarretelles, plastique irréprochable et sourires coquins: tout est bon pour mener à bien cette dernière tentative, un peu désuète, peut être désespérée, pour réenchanter la séduction, quitte à convoquer le souvenir de Gilda. Mais attention Miss Marion, défiez vous de coups de reins et de clins d'oeil trop appuyés, trop de connivence désamorce le charme. Vous êtes pourtant assez sage pour garder vos sous-vêtements roses. Vous êtes assez prudente pour rester muette, à la différence de Delphine Clairet. Alors que vous faites virevolter les plumes au bout de vos cache-tétons adhésifs, cent paires d'yeux vous scrutent dessus dessous et s'interrogent in peto, pour déterminer si cette performance rentre sans équivoque dans le champ artistique. Mais vos pensées se sont alors envolées bien loin de ces préoccupations: vous m'avez aperçu, assis au centre de la salle. 

    Soudaine tension, qui laisse chacun pétrifié. Vous fendez la foule à la ma rencontre, indifférente à tous les autres. Vous venez vous s'agenouiller devant moi, adoptant la pose allanguie d'un mannequin allongé à vos cotés. En suspens, à une respiration de mon visage, vous me gratifiez de votre regard le plus profond, le plus langoureux. Vous tentez de me séduire d'un souffle léger: quand vous entrouvrez vos lèvres, on s'attendrait à ce qu'en sortent des bulles de champagne, des bulles de savon. Autour de nous deux, personne n'ose respirer. Mais je reste de marbre, imperturbable: désolé Miss Marion, mon coeur est déjà pris depuis longtemps. Dans vos yeux, je lis une cruelle déception. Vous vous reprenez en l'espace d'un instant, ne laissant presque rien paraître, car vous êtes une vraie professionnelle. The show must go on. Mais d'évidence rien ne sera plus comme avant. Bientôt vous vous rhabillez, un peu tristement, d'égarement vous laissez aller à des démonstrations buccales plutôt déplacées à l'aide de votre paire de lunettes, avec les marches de cette échelle d'aluminium. Sorry, Bye bye, Miss Marion.

    C'était Dressing Room ♥♥ par Miss Marion  co-mise en scène par Moïra Szpirko à la Maison de la Villette avec 100 dessus dessous

    Guy

  • Veronica Vallecillo: surveiller la chute

    C'est un travail en cours, qui court fébrilement et va se heurter avec énergie, mais déja très élaboré, en bordure de beaucoup de genres: tout 1771396240.2.jpgsemble se propager du centre, du regard de la danseuse, intense, hagard, fier, fiévreux? Un regard presque furieux, qui part en vol pour ne plus s'arrêter, on guette la chute promise dans le titre. Plutôt d'abord on est soi même assez secoué à force de remarquables vibrations: Veronica Vallecillo martèle sans relâche le sol de coup de talons néo-flamenco, et le cataclysme se propage irrésistiblement. La danseuse est vetue code noir baroque, bottines- mais sans ailes de géants-, trés dense, main peinte en rouge, poitrine en transparence gazée. On est déstabilisé aussi par, projetées sur le fond, des images de chutes et ascensions, d'immeubles qui défilent au vertical, vertigineusement. V.V., devant, vole par transparence. Pour la recadrer: deux personnages, d'abord à la vidéo et la batterie histoire de relancer la pulsation, V.V. en est alors projetée vers d'autres danses. Qui a dit Hip hop? Les assistants interviennent par la suite plus physiquement, pour contrôler ou aider l'artiste, on ne sait, c'est en tous cas entre eux trois un rapport intéressant, qui évolue ou dérive en un cérémonial curieux: les deux deviennent officiants d'un rituel inédit et un peu sulfureux: notre sujet toujours provocante et maintenant yeux bandés marche sur des têtes de plâtre, guidée par ses comparses courbés. Troublante encore, elle tombe plus tard , en passivité... mais c'est tout pour le moment, la suite parait il pour plus tard en Avignon. Frustrations!

    C'était une étape de travail de Solo sous surveillance, Alb'atroz II, le temps de la chute, par Veronica Vallecillo-Cie Anouchka Vallon , avec Uriel Barthélémi et Elise Boual, à Point Ephémère.

    Guy

    P.S. : et un peu de video ici

    photos de Veronica Vallecillo avec l'aimable autorisation de Myriam Martinez