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Un Soir Ou Un Autre - Page 61

  • Sous le Soleil de Bercy

    13H50: comme l'an dernier à la même époque, on entre dans la danse à Bercy. En plein air. Il a plu hier, demain il pleuvra. Il devrait pleuvoir aujourd'hui aussi. Mais, pourtant, le ciel est juste menaçant. Tant qu'il ne pleut pas encore, les organisateurs décident d'avancer de dix minutes Tourlourou, de Carlotta Sagna. C'est bien à propos, puisqu'on lit que la pièce évoque un compte à rebours...Toulourou...: du texte, beaucoup de texte! Trop de texte, qui se disperse à ciel ouvert. Même si- comme on nous le fera remarquer plus tard- face au mur de béton de l'UGC Bercy on aurait pu s'imaginer être dans une salle du C.N.D.. La diction anglo saxonne de l'interprète-  Lucy Nightingale- éloigne encore un peu plus les mots de leur signification. Sur les gradins, les mêmes dames de tous âges qu'on voit dans tous les lieux où on voit de la danse. Et puis des familles, ou des moitiés de familles- du genre qu'on ne voit jamais dans ces endroits. Des enfants qui ouvrent des yeux ronds. On est plus occupé à être contrarié de l'incompréhension que l'on croit comprendre autour de soi, qu'à essayer de comprendre soi même la pièce. Plus haut, quelques jeunes lancent en passant des "c'est nul"- et d'autres observations nettement plus grossières à l'attention de la soliste. On applaudit des deux mains au projet d' Entrez dans la danse, et à la démocratisation culturelle en général. Mais on se dit quand même que ce n'est pas gagné. De la performance reste des miettes, quand même de beaux morceaux, exécutés par l'interprète en tutu et treillis. La danseuse fait de belles choses entre deux discours, perchée sur une cible carrée, se tord et chute, martiale et déterminée, au son du tambour. Mais on a absolument oublié ce qu'elle avait dit au début. On flashe quelques photos floues d'elle avant que la batterie ne s'épuise avant terme. Bref, la photo c'est une affaire de pro, ou d'amateurs très organisés, dommage en passant pour Jérome qui s'est défilé. Les deux garçons qu'on a amenés s'ennuient un peu. Essaient de voir la culotte de la danseuse sous le tutu. Fin: on en ressort convaincu qu'il y a des performances qui sont peut être remarquables en salle mais impossibles dehors, et d'autres inversement. Pause. Il fait beau, on mange des glaces.

    15H30: danse ensuite Andréa Sitter, qui elle aussi parle beaucoup. Et pour cause, puisque le projet d'Im Kopf est de dire ce qui se passe dans la tête de la danseuse. Mais maîtrise mieux son texte et son affaire. Pince sans rire, elle part à l'assaut du public sur les marches des escaliers, fait des effets de tablier. Joue sur la confusion des mots. Mais on est pas sûr que les allusions aux subventions, et ainsi de suite, passionnent grand monde ici. Mais au fond, on en sait rien. Ni des révélations que ces deux performances auront suscitées, ou pas. En tous cas, les photographes, pros ou non, s'en donnent à coeur joie. De tout là haut, deux, trois gouttes de pluie, et c'est tout. Que du soleil après.

    16H00: programme en main, guidé par les gentilles hôtesses, on fait son chemin dans le village de Bercy. Il y a foule. Dans les passages entre les chais, des danseurs prennent par surprise les regards des passants. On se dirige vers le parc. On s'arrête prés de la maison du lac. Il y a beaucoup de monde, des gens qui sont venus pour le jardin, des gens venus pour la danse, des gens qui ne se souviennent plus. Les deux garçons partent s'écorcher les genoux dans les buissons du labyrinthe. Il fait bon. Alors que jouent les garçons, on s'abandonne à quelques minutes de torpeur allongé sur l'herbe (ne pas laisser les mamans lire ce post). On est réveillé par un peu plus de silence. Rosalind Crisp  danse. C'est toute la beauté de la chose: personne n'a compris quand elle commençait à danser, certains croyaient qu'elle s'échauffait, d'autres ne l'avaient même pas remarquée. Elle danse donc sans crier gare, sans faire de bruit, sans scène ni costume. Et continue tout aussi absurdement. Fait la nique aux photographes. Un enfant hilare, l'imite et fait des roulades. Elle s'en saisit, le fait tournoyer, il rie au éclats. On sourit de ces petits riens. On avait déjà vu Rosalind Crisp en salle une fois, pour se souvenir de la performance d'alors comme quelque chose de très respectable... et terriblement sérieux. Mais ici et maintenant, sur l'herbe, sans début ni fin et en toute insouciance, c'est leger, parfait, tout simplement. Fin quand même, et applaudissements. Assez nourris pour réveiller d'autres spectateurs encore endormis, qui se demandent quand elle va commencer. On discute, on promet de revenir tout à l'heure voir les zonards celestes de Fabrice Dugeid, qui construit à coté un étrange édifice.

    16H30: les garçons ont survécu au labyrinthe et aux écorchures, on repart avec eux vers la place de l'UGC. On arrive en avance, c'est la fin d'un atelier de danse contemporaine, de Sophie Meary, avec adultes et enfants réunis en une ronde. Les deux garçons trépignent, n'y tenant plus, se précipitent rejoindre le groupe, entrent dans la danse pour de bon. Et se livrent avec délices à des improvisations. Heureux dix minutes durant. Retour sur les gradins joues rouges des nouveaux danseurs contemporains.

    16H50: Place au solo de Sabrina Giordano, chorégraphiée par Johan Amselem. Titre: "A quoi je tiens". Est ce à une orgie de consommation, franchement régressive? Une journée (de bonheur) au grand magasin? Elle y va à fond en tous cas, piercing, techno et du mauve partout, ose le sac à main d'un mauvais goût absolu. C'est vif et drôle, assez turbulent, plutôt inattendu. Surtout concret, ancré dans le quotidien. Du contemporain mais qui parle à tout le monde. Surtout quand la danseuse se barbouille de nutella. Une fillette indignée lui hurle "Tu es sale", sans discontinuer. Les garçons adorent, et sont scandalisés. Un débat suit, plutôt pour les parents, mais vite expédié. On fait connaissance. Les garçons sont fatigués et veulent rentrer. Moins de soleil, mais il ne pleut toujours pas, on repart en direction de la maison du lac.

    17H40 (ou plus tard, on ne sait plus, on ne sait pas): on arrive tard, beaucoup trop tard, de retour dans le parc. Les zonards célestes ont déja commencé, ou sont prêt de finir, difficille à dire ça a l'air trés improvisé. Il sont beaucoup à danser sur l'herbe, font des choses qu'on a du mal à voir et qui s'appellent des mémoires qui dansent. Il nous vient des images de Woodstock avec des personnages d'époque. Ils ont l'air heureux. Pas déplacés ici. Raccord. Cela ressemble à du Buto, mais ce n'est pas du buto. Pourquoi? On ne sait pas, on sature, on ne voit plus, on est fatigué. On tient cinq minutes, les garçons tirent vers la maison. Forfait. Vivement l'an prochain.

    C'etait Entrez dans la Danse, par Mouvances d'art, dans le parc de Bercy et Bercy Village.

    Guy

    La journée en image sur Photodanse

  • Christian et François Ben Aim: Douce Transe

    En une heure (ou moins, ou plus) d'un temps abandonné, rien n'est heurté. Tout se suit, en épure: on ouvre les yeux, on résiste d'abord, mais jusqu'à accepter, simplement, désarmé. Aucune histoire n'est racontée, si ce n'est le passage graduel de l'individuel au collectif, vers des répétitions enivrantes et partagées d'où s'évadent de courtes variations, des esquisses de soli: on pense à John Coltrane- A love Supreme. Tout le reste aboli, de ce corps ou d'un autre s'exprime à cet instant la sérénité, des corps dévoués à la sensation: on se sent attiré, accueilli. Les mouvements répétés ensemble ne semblent jamais contraints, jamais forcés, parviennent à l'aisance du naturel, amples et relâchés: on se berce avec eux, on ondule, on oscille. 

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    Le résultat flotte intemporel, rythmé cependant, hors de tout contexte et en plein coeur: on rêve pour se demander si le sujet ultime de toute danse non narrative n'est pas le temps lui-même. Un temps qui se perdrait là tout à fait s'il n'y avait les repères d'un souffle d'accordéon, d'un pincement de corde, et du son des carillons, sans les aubes et crépuscules de lumières: renoncé, on se laisse aller à se griser aux couleurs. Quelque soit la vitesse, les mouvements semblent se balancer au ralenti, des vagues vont et viennent. Pourtant aucune mièvrerie: la danse est dynamique, l'engagement généreux, dans un doux paradoxe. La jubilation est pudique, sans la facilité d'un sourire, elle est féminine, on est gagné par la chaleur, juste ni plus ni moins que par un peu de bonheur. 

    C'était Amor fati fati amor, de Christian et Francois Ben Aïm-Compagnie CFB451, avec Caroline Allaire, Christian Ben Aïm, Aurelie Berland, Agnès Dufour, Eric Fessenmeyer, Anne Foucher, au Théatre de Vanves, avec Artdanthé.

    Guy

    Visuel: site de la compagnie

  • Kataline Patkai: Six Fois Marguerite Duras

    On garde une image précise et fascinée de Marguerite Duras (1914-1996), quasi statue octogénaire au balcon de son appartement de l'Hôtel des Roches Noires, au dessus de la plage de Trouville-sur-mer. Marguerite Duras, postée là comme à jamais tous les jours des étés de ses dernières années 90. Ratatinée, ravinée, impénétrable et figée. Sans réactions perceptibles à nos regards de badauds ou à la pluie normande. Concentrée sur la conscience d'elle-même, ou dialoguant avec la mer et l'horizon. Paysanne et presque orientale, crapaud buffle déifié.

    Marguerite Duras qui à 25 ans s'écrit- et c'est déja la même- Kataline Patkai  nous la fait entendre, telle quelle, nous la fait rêver par la danse. Avec d'abord un texte de M.D. d'une simplicité trés travaillée qui prend le corps comme sujet- son propre corps en tant que manifestation de l'être. Un texte à rebours de beaucoup de lieux communs littéraires et autobiographiques: "Tout autre passé que le mien m'appartient d'avantage". Il est notoirement ardu de faire coexister textes et danses. On accompagne Kataline Patkai avec d'autant plus d'intérêt dans ce projet, plus fécond que que le dernier travail consacré à Jim Morrison qui s'épuisait à notre sens dans l'impasse de l'imitation. Ce soir la danse évoque (et non imite) un corps écrit, féminin, générique. Non celui de la jeune amante de l'Asie du Sud Est, ni le corps de la vieille des Roches Noires. Un corps commun, étonnamment ré-imaginé avec un humour glacé. Qui d'un devient six, se multiplie à force de s'auto-considérer, devient chenille sur le chemin de sa propre découverte, en retrait du monde. C'est une transposition intéressante du processus de création littéraire, qui aboutirait à se dédoubler en se réfléchissant. Pour viser à l'universel.

     

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    Sur un fond de décor d'une sophistication notable-colline de matière réfléchissante, couverte de langues caoutchouteuses, culminant au dessus d'un tunnel lumineux et originel-, se succèdent des évènements suprenants, des roulades, des duos en miroirs, des progressions au sol tirées par les cheveux. Le recit s'interrompt et resurgit où on ne l'attend pas. Ce qui est peu déstabilisant. Un texte mortifère sur la vague et la mer renvoie à des peurs essentielles. La conclusion paroxysmique au son d'un rock survolté marque une nette rupture de ton. De toutes ses images, celles d'une orgie métaphysique et sans jouissance prédominent. Comme une scéne d'onanisme entre les doubles de l'écrivain. La chorégraphe met plutôt en scene une sensualité plutôt distanciée. Cet inventaire paisible et apppliqué des positions sexuelles, il nous semble déja l'avoir vu sur scène quelque part, en ébauche et sous d'autres angles. Pas plus loin qu'à Mains d'oeuvres, avec Appropriate Clothing must be worn. De la pièce d'alors à ce soir Sister, en passant par les postures de Rock Identity. On ne peut nier que K.P. suive une vraie continuité dans les thématiques. Et dans le style: il y a toujours un moment dans ces pièces où cette grande interprète hieratique, impliquée au ralenti dans une situation incongrue, semble porter trés loin au delà un regard calme et détaché.  

    Il y a plus d'un point commun ici avec la proposition de Julie Nioche qui précédait dans cette même soirée des Rencontres: audaces visuelles, originalité, legers regrets d'inaboutissements, réflexions sur la féminité, approche plutôt intellectualisé de l'émotion, grande sophistication plastique... sauf que les résultats ne se ressemblent en rien, ce qui marque bien l'originalité de l'une et de l'autre. Tant mieux

    C'était la création de Sisters, de Kataline Patkai, avec Kataline Patkai, Aude Lachaise, Lisa Nogara, maxence Rey, Agnes Sourdillon, Erika Zueneli, au Nouveau Théatre de Montreuil, dans le cadre des Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine Saint Denis.

    Guy

    Photo avec l'aimable autorisation de Jérome Delatour (au centre: kataline Patkai)

    extrait et interview, sur arte

  • Julie Nioche, d'âme et d'eau

    Dés qu'on voit on regrette d'avoir été prevenu d'avance du concept. Que ceux qui veulent vivre pleinement l'expérience que Julie Nioche propose ne lisent pas ce qui suit....

    On regrette donc de ne plus pouvoir être surpris. Comme ce qui ne surprennait plus disait l'essentiel, et que des significations plus subtiles ne pouvaient apparaitre ensuite que plus difficilement. Mais, bizarrement, c'est par la poésie des sons qu'on se laisse d'abord quand même séduire: le bruissement des robes, la chute mate de la goutte d'eau... Car voilà: les robes sont de papier, et l'eau peu à peu les délite. Voilà au moins pour ce qui se laisse voir de plus évident. Mais si le dispositif est original, quelles idées sert-il? Il est question de l'identité de chacune des quatre danseuses. De disparition et repères perdus. De fragilité. De féminité. Et l'on sait que le vêtement de tous temps à la fois opprime et protège. Qu'il soit rigide  ou, comme ici, léger. Pour autant, poser la simple équation nudité = libération (=vie=vérité) serait par trop simpliste, aussi réducteur qu'une commémoration de mai 68 sur la plaine des lieux communs.

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    Visuellement, les impressions sont fortes. Ambiguës aussi. Nous laissant suspendus entre fascination et impatience. Les danseuses se suivent en soli. Chaque solo affirme un rythme et un style propre, comme si le respect de la personnalité de chacune des interprètes devait l'emporter sur la cohérence de l'ensemble. Au risque que cette succession nous laisse par moments perdu, par effet de dispersion. Toutes restent enfermées dans les strictes limites marquées au sol par un beau dispositif scénique, que l'eau envahi. Le blanc sage des robes suggère d'inépuisables interprétations. Sur le visage de la première danseuse, un masque fait écran, nous fruste. Bien que l'on comprenne que c'est justement dans cet obstacle que réside l'enjeu. Avant que son histoire ne culmine en un déluge libérateur, qui fait, sous le papier prêt à se rompre, la chair se gonfler de vie et d'humidité. La seconde femme rêve yeux fermés. La raideur semble se concentrer en résistance, les pieds s'engluent dans une terrible marée noire. Puis la frénésie prend des échos de désespérance. De plus en plus, l'eau est d'encre. Par tâches, trouble le blanc. Le réfléchit. La troisième femme écarte larges les bras. Cambrée, yeux au ciel, comme dans l'apprentissage de nouveaux langages. Ou en extases. La quatrième, aveugle, déambule, essuie le choc de jets de sceaux d'eau. Avec une violence qu'on ne sait comment prendre. A chaque fois: un combat, une transformation, tout au long de la dissolution du faux tissu. On ne sait si elles accompagnent ou subissent ce dévoilement. Mais à l'issue de chacune de ces trajectoires, même la peau libérée du carcan de papier, chacune de ces femmes retombe au sol, semble tout autant vaincue qu'à moitié nue. Évasions sans succès, ou trop cher payées. Une assistante revient imposer à nouveau à chaque sujet une armure fragile, en de délicats agrafages. Mais fastidueux.

    Nous laissant avec le sentiment d'avoir chaque fois tout à recommencer ? Mais si le déroulement nous déroute, en commun de toutes ces singulières propositions se laisse voir à fleur de peau beaucoup de pudeur, une grande délicatesse. Même malgré parfois la violence des gestes. Et tout au long, une belle justesse et sobriété. Et les corps s'imposent avec évidence. S'épanouissent plutôt plus généreux que selon les carcans esthétiques: d'autant plus beaux de vérité, simplement. Surtout, en conclusion, après leurs réaminations et rabilllages les quatre femmes se mettent soudain, à exister ensemble. Les regards s'animent et se croisent. Sous une pluie nouvelle, les tissus se disolvent encore mais un groupe se crée.

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    Leur rencontre crée un lien avec nous, crée un sens. Alors que les lumières tombent, il y a un trés beau et court dernier moment, où toutes ensemble avancent vers nous, pour s'évader du cadre. Tout se joue au dernier instant.

    C'était Matter, de Julie Nioche, au Nouveau Théâtre de Montreuil, avec Mia Habib, Rani Nair, Julie Nioche, Bouchra Ouizguen, dans le cadre des Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine Saint Denis.

    Guy

    Photos avec l'aimable autorisation de Jérome Delatour-images de danse. Toutes les autres sont ici

    P.S. D'autres réactions sur Images de Danse et Tadorne

    extrait et interview, sur arte

  • Toru IWASHITA en direct

    Contrastes: on est derechef précipité en territoires improvisés, et très, très loin des paysages cérémonieux que le danseur nous faisait explorer en compagnie de Sankai Juku au Théatre de la Ville. Extrait et libre du contexte du groupe de Ushio Amagatsu, Toru Iwashita danse ce soir sa 1101355892.jpgdifférence. Au placard robes orange et maquillage blanc, oubliés les éclairages. Assis le long des murs de la Galerie Tampon, on est jamais pourtant dans une salle et presque dans la rue encore, où on voit les passants s'arrêter face à la vitre, regards happés dedans. Est-ce pour marquer la rupture avec toute esthétique de la lenteur ?- Toru attaque en un rythme physique et saccadé, par courses et bonds, exacerbé jusqu'à la chute. Il va court et vient au milieu de nous, on se colle contre le mur. Relié du regard, à distance de vibrations, il y a assis l'ami Claude Parle. Qui laisse fuser à coups d'accordéon quelques premières décharges énervées. Taquine d'une main le piano. Les notes chatouillent Toru, visiblement, s'amplifient dans ce corps qui se soulève de plus belle, s'agite et re-tombe, Toru n'est pas parti pour s'économiser. On ne peut pas ne pas remarquer jusqu'à quel point le quinquagénaire est mince et musculeux. Qui évoque un maître d'arts martiaux. Puissant à en être intimidant, jusqu'à ce qu'il rompe la théatralisation, soudain très bon enfant, de quelques traits d'humour et connivences.

    L'improvisation part sur de nombreuses pistes, et voltes-faces. En laissant rêver des moments de mélancoliques médiations, de vulnérabilité. Mini séquences, nouveaux débordements, humeurs variées, au gré de la matière sonore. Dans une attaque espiègle, Toru confisque au prix d'une brève lutte l'accordéon. Le câline comme un enfant. Ce qui oblige Claude a faire retraite pour étonner au piano. Enfin le voleur lui rend l'instrument. La performance se réinvente sans cesse, sans artifices et à portée de la main. Fait oublier derrière ce qui est déja passé. Mais il y a toujours des histoires qui surgissent, ou que chacun se raconte, en tout cas qui restent. Un voisin se fige, souffle coupé, chaque fois qu'il ne peut échapper à ce regard intense. Une voisine avoue avoir vu dans chacun des gestes depuis le début comme de déchirants efforts qui échoueraient contre la mort.

    C'était Ushio Amagatsu et Claude Parle, à la Galerie Tampon.

    Guy

    visuel: site de Claude Parle

  • sx.rx.Rx: Samuel Daiber nous a compris

    Ici la langue est une inconnue, intrigue. Contre le sens, bute. En exclamations, se musicalise. Tourne en rythmes. Sur la toile vidéo se dessine une ligne. Des signes. Un mur? Au milieu toutefois une porte ouverte. Là l’ombre, l’image, la place de Samuel Daibler. Dans un champ clos, toujours. Comme celui de la folie ?

    Bien qu’interné comme lui, Samuel Daiber n’est pas Antonin Artaud. Ce qu’on entend ici-des extraits de lettres authentiques- témoigne de l1327953100.jpga démarche introspective de cet homme, montre un langage en train de se construire, laisse une trace de sa lutte, perpétue son manifeste. Ni plus, ni moins. Ne prend pas valeur d’œuvre, à priori. Plutôt constitue un document. Mais Patricia Allio renverse joliment les postulats de l’intentionnalité poétique. Et fait jouer Didier Galas. Qui tient le rôle de Daiber, le rôle du Fou. C’est à dire qu’il marque l’hésitation, la perte des repères l’inquiétude…et la jubilation. Il joue le personnage, et non le texte. Mais le texte aurait il pu exister ici d'une autre façon?

    On l’écoute: Des phrases en cul de sac, et répétés: Sx.rx.Rx… Consonne, consonne, consonne, consonne, consonne, consonne…Peu de voyelles pour se rassurer. Fascinant, et difficile. Poésie sonore, d’accord. Mais comment l’écouter ? Poésie visuelle aussi. Sur l’écran, Daiber se considère, dans le champ clos se multiplie. Son errance se dédouble en vidéo. Nous plonge en rêve et vertige. On se dit que son langage est peut être vierge, ou amnésique. Non. Ce langage est construit. A l'extrême. Samuel Daibler aspire à un « logement officiel ». Il proteste… mais pour revendiquer la normalité. Une normalité, du moins. A l’inverse d’une position de révolte contre un ordre établi- tel qu’on le comprend ce soir et tel qu’on ne le lit pas dans les intentions de mise en scène…Samuel Daiber structure, d’une rigueur évidente, même dans l’inintelligible. « Je ne veux pas qu’on me rature. » Pour survivre, de mots et sons, il re-crée un ordre.

    Ses révélations énigmatiques nous portent au bord du fou rire, comme des équations illisibles au tableau noir, portées par une force de conviction irrésistible. Quelle distance subsiste-t-il, pourtant, entre lui et nous? Terriblement étranger, mais la situation spectaculaire nous invite à la rencontre avec cette grammaire hermétique. Qu'on aurait pu soi-même initier. Nous invite à pénétrer ce système clos et minutieusement organisé. La mise en scène crée ce désir. Rare rencontre. On comble les vides, on s’abandonne, on projette. De quoi nous libère-t-il? Il nous rend la parole en tous cas, nous provoque. Le lien se fait. Le lien ne se fait pas. Énervements. Fuites et claquement des dossiers. Ou de violentes révélations, comme celle qui emporta le Tadorne.

    A un moment: silence, danse, corps et images se tiennent en équilibre, sereins, au-delà de la raison. Samuel Daiber nous a compris.

    C'était sx.rx.Rx au lieu de garder silence j'ai voixé ♥♥♥♥♥, texte de Samuel Daibler, mise en scène de Patricia Allio. Avec Didier Galas.

    Au Théatre de la Bastille. Jusqu'au 30 mai. 

    Guy

    P.S. : On découvrira la nouvelle création de Patricia Allio, et Eléonore Weber: Un inconvénient mineur sur l'échelle des valeurs, à la Villette avec 100 dessus dessous, les 10, 11 et 12 juin. A en juger par ce qu'on en a entrevu de déja fort lors d'une ouverture de répétition au public, on s'attend à une perturbation majeure sur l'échelle de la réprésentation...

  • Avec Bertolt Brecht, le blogueur se dédouble

    Merci au Tadorne, c'est un animal d’une espèce très sociable, qui vous accueille volontiers sur ses territoires, qu’ils soient virtuels, ou bien terrestres. Comme ce soir à la Joliette, pour une fois l’air de Marseille y flotte aussi doux qu’à Lisbonne. Le long du port ont été abattus les taudis, et des tours surgissent de terre. La Minoterie résiste à la démolition pour perpétuer ici une mémoire de pierre, de bois aux couleurs chaudes et de théâtre populaire. Un lieu, forcement, pour jouer Brecht.

    Comme son titre ne l’indique pas, « La bonne âme du Se-Tchouan» est une pièce écrite en Finlande par un écrivain allemand en partance pour Hollywood. Et l e s chinois ont ce soir un accent provençal prononcé. On en conclut que la fable racontée ici a valeur universelle. Qu’en tous temps il est tout sauf évident de choisir entre le bien et le mal, lorsque l’on est d’abord contraint par la misère. Confrontée à ce problème, Shen Tsé, pauvre prostituée au bon cœur que les Dieux ont soudain gratifié d’un joli pécule, a trouvé une stratégie. Pour garder les moyens de faire un peu de bien, elle se dédouble en un cousin aussi imaginaire qu’impitoyables en affaires. Et lui cède la place, quand il s’agit d’assumer de dures positions à l’encontre de tous les miséreux qui s’abattent sur ses dollars comme une nuée de sauterelles.

    618037503.jpgCe dédoublement de personnalité, source d’inépuisables rebondissements, en évoque un autre: celui qui affecte le Maître Puntilla du même Brecht. Le meilleur des hommes quand il est ivre, le pire des patrons quand il est à jeun. Dans les deux pièces la leçon est la même: impossible de concilier morale humaine et propriété privée. Mais la comparaison entre la version qu’ Omar Porras avait donné de Puntilla en janvier dernier au théâtre de la ville, et la Belle Ame que l’on voit ce soir, embarrasse. Toute l’énergie semble ici se disperser dans les transformations successives du décor, un superbe ensemble de palissades de bois que les acteurs ré-agencent en de nouvelles combinaisons scène après scène. On est vite étourdi par cet incessant jeu de construction, sans réussir à comprendre ce qui est mis en place. Alors même que quelque chose ne semble pas décoller suffisament, dans l’interprétation. C'est que le catéchisme social du lauréat du prix Staline 1955 se fait pesant à la longue, il aurait fallu mettre en jeu beaucoup (et à la fois) de folie et de précision pour le faire passer en force. Et réussir un équilibre plutôt antinomique entre empathie et cynisme. Mais ici on décroche. Distancié pour de bon, trés loin. Et toujours le décor n’en finit pas de se transformer, en vain, fait écran. L’encombrement de l’espace visuel nous épuise les yeux, au détriment du reste. L’affaire dure quand même deux heures trente, et on sent le Tadorne –qui pourtant a couru de bien plus longs marathons- piquer du nez à nos cotés. Réveillé par des interludes dissonants façon Kurt Weil, joliment soufflés par un trio de cuivres (il faut bien un peu meubler pendant que les palissades sont démontées). On est surpris de sentir soulagé à la dernière scène, alors seulement quand le plateau est nu et l'esprit dégagé. On se lève, et –surprise ?- c’est à la pause que le meilleur théâtre fait irruption. D’un coup le Tadorne est bien reveillé. On lui rend la parôle...

    Je n’ai même pas le temps d’applaudir. La troupe démonte le décor, le plie, le case, le reconstruit. En un tour de magie (celui du théâtre !), les comédiens tombent leurs tuniques chinoises pour se vêtir de costumes de mariages. Alors que des salariés du Théâtre de la Minoterie apportent quelques friandises (savoureux sushis et autres combinaisons de fruits), nous voilà projetés dans l’opulence des bourgeois. Les artistes s’approchent pour nous parler et nous inclure dans un jeu de rôles étonnant où l’on couve le spectateur pour éviter qu’il ne se tire après les deux premières heures (décevantes) de la « Bonne ame du Se-Tchouan ». Le moment est délicieux, comme suspendu entre fiction et réalité. Après un quart d’heure, nous devons  redescendre sur la terre brechtienne pour « La noce chez les petits bourgeois ». Le théâtre n’attend pas.

    La table du banquet de mariage est immense. Seraient-ils treize que cela ne m’étonnerait pas. Les insultes volent haut et bas, tout dépend d’où l’on regarde. Les costumes en couleurs forment une mosaïque d’humeurs où je me surprends à faire des combinaisons parfois hilarantes pour ne pas perdre le sens. Cette pièce, écrite par Brecht avant l’arrivée du nazisme, transpire la déchéance à l’image de ces meubles de salon qui s’émiettent comme autant de valeurs qui finissent sous le tapis une fois fait le ménage des convenances. Je ris, mais le niveau de tension est paradoxalement assez bas et la mise en scène de Haïm Menahem met à distance le contexte de l’époque. Il n’en profite d’ailleurs pas pour actualiser le propos, préférant s’en tenir aux bruits, à la fureur, aux corps désarticulés comme langage d’un groupe social à la dérive. Certes, mais le tout me paraît distancié à l’image de cette table qui nous éloigne, comme si Haïm Menahem semblait gêné par toute cette opulence de mots et de corps et pour tout dire un peu dépassé par le chaos généré par sa mise en scène. Cette frénésie qui n’autorise aucun temps mort ouvre le champ aux comédiens pour déployer leur talent quitte à laisser le public sur le côté. Étrange paradoxe que d’assister à ce mariage en lointain spectateur.

    J’aurais bien aimé que l’on ne m’enlève pas le pain de la bouche

    C'était, de Bertolt Brecht et mis en scéne par Haïm Menahem: La Bonne Ame du Se-Tchouan (raconté par Guy) et La Noce chez les Petits Bourgeois (raconté par Pascal Bely).

    On peut tout relire, ici!

    Au Théatre de la Minoterie,  jusqu'au 17 mai.

  • Au Parc des Nations, Olga Roriz met les cultures en fusion

    La journée mondiale de la danse fait escale à Lisbonne, ici, au Teatro Camoes, cube bleu posé au bord du Tage. Dans le Parc des Nations, un quartier surgi de terre pour l'exposition de 1998. Un espace résolument moderne, pourtant d'une bienveillante élégance, où l'humanité parvient à trouver sa respiration. Où règne la même douceur que dans les vieilles rues de Lisbonne, belle endormie. D'ici on voit le pont Vasco de Gamma s'étirer entre deux rives et donner à l'estuaire de faux airs de Miami, comme pour faire rêver de futurs explorateurs vers de nouvelles ambitions. Mais pour le moment s'essaient à danser au soleil devant les portes du cube bleu des groupes d'enfants et d'adolescents, dans un balancement entre sérieux et désinvolture. Ces groupes rejoignent plus tard une autre jeunesse tout aussi souriante pour mettre le public mûr et chic en minorité, lors du voyage que propose Olga Roriz  . Un voyage dans le passe?

    Car c'est presque un récital, une revue incandescente des chansons d'amour du XX° siècle, de Marlene Dietrich à Franck Sinatra. L'entreprise est menée avec détermination et ferveur. C'est en écoutant les airs de Chavela Vargas, celui de Je ne t'aime pas de Kurt Weil,  que frappe la convergence thématique avec (Not) a love song d'Alain Buffard. La nostalgie se languit en harmonieux, douloureux, soupirs, abandonnés dans des fauteuils club à roulettes. Le travail vocal est remarquable, à un tel point qu'on serait tenté de classer le projet dans la catégorie des produits made in Broadway et dérivés s'il n'y avait toujours dans le contrepoint gestuel à ces beaux clichés musicaux une tendre insolence. De la profondeur et de la créativité.

    Agitée de tremblements, puis débordée par les manifestations de brutalité d'un amant mais qu'elle a dans la peau, souffre d'amour une nouvelle Piafen robe noire. Images crues et d'une remarquable cruauté. D'autres passages évoqueront des joies plus heureusement partagées. Pourtant l'amour s'achève ici presque toujours en déchirements. Même en parodie et dérision, le sentiment s'assume haut, dans une ambiance capiteuse et charnelle. La danse est d'une belle vitalité, drôle, exubérante et spectaculaire. Peu importent les poncifs, femmes fatales et mauvais garçons sont emportés par la même passion. D'où qu'ils viennent: les chansons se succèdent, en anglais, en espagnol, en français, en allemand, en portugais. Les couleurs d'un blues d Europe et d Amérique du sud, entre Tango et Fado, tout de même prédominent.

    Mais l'inspiration est mondiale, avant tout. Au delà du plaisir immédiat, on ne sait si l'on doit s en réjouir ou s'en inquiéter. C'est seulement dans cet autre pays que le sien que l'on touche du doigt cette réalité qui nous échappait l'an dernier à la vision de la pièce d'Alain Buffard, (entre autres): la culture se mondialise. Et la danse n'échappe pas à ce mouvement. Abreuvée aux sources des mêmes mythologies modernes. A prédominance nord américaine. Sources de richesse, ou de banalisation? Ici la vision d Olga Roriz s'impose assez forte, pour construire quelque chose de nouveau et personnel à partir de ces matériaux. Son projet touche au coeur, et intelligemment. Les artistes vont voir partout, depuis toujours. Mais comment comprendre cette appropriation au delà même des mythes européens, tout spécialement dans un pays qui semble à jamais imprégné de la nostalgie de ses anciennes conquêtes? Les références culturelles tendent elles à s'afficher partout les mêmes, aussi sûrement que les enseignes des marques dans les centres commerciaux? On est rassuré par les indices de toute la vitalité de la scène Lisboate, qui- peut être a défaut de moyens- fourmille de talents. Si les affiches annoncent la visite prochaine de Pina Baush, on regrette surtout d'avoir manqué de peu ces jours ci La festa de danca, où danse entre autres Eleonore Didier. On sera d'autant plus attentif aux voyageurs d'ici qui nous feront en France cadeau de leur visite, telle Sofia Fitas  à Mains d'Oeuvres, il y a peu.

    C'était Paraizo d'Olga Roriz  au Theatre Camoes de Lisbonne

    Guy

    Playlist : Rocio Jurado, Georges Gershwin, Nino Rota, Patsy Cline, Chavela Vargas, Dean martin, Pascale Comelade, Kurt Weil, Franck Sinatra, Edith Piaf, Ben Wester; Leonard Berstein, Boris Vian, Orquestra Universittaria de Tangos, Carmen Miranda, Marlène Dietrich, Rogers & Hart, Zca Afonso, Alejandro Dolina, Ana Carolina, Nancy Sinatra.

  • Toujours des formes en court

    Pour commencer par la fin de ces courts, Le Bruyant Cortège s'ébranle mais sans nous, laissés sur le coté du chemin. On sourit triste, une fois de plus, en le regardant défiler. La fête est désenchantée à dessein, l'agitation vaine. C'est forcé, vu le sujet: l'invocation moderne d'un Dyonisos libérateur, par des contemporains en mal de fantasmes. Mais le Dieu hermaphrodite n'apparaît en seins et postiche que pour aussitôt désintéresser ses adorateurs. Une allégorie trop parfaitement déprimante.

    Elle est plus drôle, paradoxalement, la proposition d'avant. Un chapitre des 120 journées de Sodome, sous la forme d'une lecture en costume et robe de soirée. Le phantasme est ici présenté d'une manière plus distancié: les recits de coprophilie sont articulés on ne peut plus chic. Mais le plat qui nous est proposé est quand même indigeste à force. Peut-on vite se blaser de tout, même de l'obscénité élégante? Une fois le premier effet de contraste amorti? Une fois le premier plaisir passé d'entendre le verbe "baiser" employé à l'imparfait du subjonctif? On re-decouvre que Sade écrit bien, mais on n'apprend rien de plus sur le texte, en fin de compte. C'est néanmoins grinçant et gonflé, et au moins de sentir le public ne pas trop savoir comment réagir. On aurait préféré cela plutôt que la voix d'Alain Delon en guise de bande son du dernier Piétragalla. On est en tous cas par principe rassuré de pouvoir entendre de telles choses sur une scène.

    Mais c'est avec Notre Père, que l'audace prend un vrai sens, au delà de l'exercice de style, et pour un résultat admirable. Les thèmes abordés sont des plus sombres, difficiles, dangereux: la mort et le deuil qui pourrit en plaie ouverte, les désirs tout autant lancinants, ambigus et inavoués, les liens qui se tissent entre toutes ces douleurs. Et quelque part, inommée, l'ombre de l'inceste. On pourrait être rebuté: on est pris à la gorge. Sans doute car, à l'inverse d'autres propositions de cette soirée, le choix est fait ici d'une intense sobriété, tous moyens concentrés sur l'obscurité et la lumière, sur la voix à vif et le corps exposé, épurés à l'extrème, de Celine Milliat Baumgartner, rejointe par  Marc Mérigot. Qui nous emmènent en direction du gouffre, avec le beau texte de Cédric Orain, toujours à la frontière de ce qui peut, de ce qu doit, ou non être dit, et une mise en scène d'une impitoyable précision.

    C'était Notre Père de Cédric Orain, avec  Céline Milliat-Baumgartner et  Marc Mérigot, Les 120 journées de Sodome de Sade adapté par Eram Sobhani, et Le Bruyant Cortège de Julien Kosellek, au Théatre de l'Etoile du nord.

    Jusqu'au 10 mai, avec chaque semaine deux autres nouvelles propositions, dans le cadre d'A court de forme.

    Guy

  • Des courts encore en forme

    Prévenu depuis il y a deux ans déja, on est plus pris de court par ces formes courtes, qui se bousculent, audacieuses et abruptes. Avec des résultats contrastés- c'est forcé- mais sans jamais qu'on leur en veuille d'avoir tout essayé.

    L'exagération, pour commencer, avec la Sinistre Répétion. Pas si sinistre que celà: ça gueule trés fort maquillé blanc, dans une coméda dell arte d'un mauvais goût assumé. Le principe s'affirme ici d'étriller les codes de représentation. De l'acteur en cadavre las de rester allongé, aux lamentations de la veuve de théatre au delà du suraiguë, jusqu'au faux metteur en scène qui intervient à tout bout de champs. C'est une entreprise risquée, le rythme en est cassé. Mais à force d'excès et d'énergie, de grimaces, de boyaux brassés à pleines mains, on sourit, au moins.

    Pour continuer avec les codes à vue, il y a au début de Phèdre une accumulation telle que rarement osée de signes superposés sur les épaules d'un seul acteur: le récitatif, le travestissement en femme, le masque de clown, la gestuelle dansée, le tout sur une musique d'opéra...et c'est étonnant que le tout paraisse joliment cohérent! Quoiqu'à ce stade on ne fasse que sourire-encore!-, avant d'en revenir à une variation sur un spectacle en train de se faire. Ce qui laisse craindre un temps qu'on en revienne à une sinistre répétition de l'exercice précédent. Mais Eram Sobhani reste en juste équilibre, pince sans rire. Surtout Stéphane Auvray-Nauroy est tout Phèdre- généralisé en archétype de la passion amoureuse- digne et étonnant. Et finit par porter bien haut de beaux morceaux de texte, pour réhabiliter le sentimentalisme.

    C'était La Sinistre Répétition de la Dernière Scène de Florent Dorin, et Phedre, Pauvre Folle de Syvie Reteuna et Stéphane Auvray-Nauroy sur des textes de Racine et d'Eugène Durif, à L'Etoile du Nord.

    Deux des cinq propositions de cette semaine, dans le cadre d'A Court de Forme

    Guy